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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Chapart, Claudius) » Antoine

Auteur Sujet: Antoine  (Lu 1498 fois)

Hors ligne libertyjoan

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Antoine
« le: 28 octobre 2010 à 13:46:25 »
Salut, j'espère que ce ne sera pas trop long. Je viens d'arriver. Ma nouvelle est destinée à être envoyée au concours Nougaro à Toulouse. merci d'avance de vos avis.


   Je sais bien que ça ne va pas quand maman me regarde avec ses grands yeux tout ronds. Je sais bien que ça ne va pas quand papa me fait sa grosse voix. Je ne comprends pourtant jamais. Ils ne m’expliquent rien.
L’autre jour j’étais avec Aude, une copine. J’avais eu la permission d’aller chez elle et pour une fois on était seuls dans sa chambre. On avait eu le droit parce que les grands disaient que je m’étais bien comporté depuis la fois où j’étais parti chez Aude sans demander. Cette fois là justement, on avait vu un film de ses parents. J’avais trouvé marrant ce que les gens faisaient dedans. Alors, avec Aude, on avait décidé de faire pareil. Ca n’a pas plu à ses parents. Ils m’ont renvoyés, ils faisaient une drôle de tête. J’étais pas content parce que Aude pleurait quand je suis parti. Ca devait être grave pour que Aude elle pleure. Aude, elle comprends toujours tout plus vite que moi. Pourtant, on ne faisait rien de mal, enfin je crois. J’ai déjà vu mes parents faire ça. Les parents ça ne fait jamais rien de mal sauf ceux qui vont en prison et mes parents, ils ne sont pas en prison.
En tout cas, avant que ses parents rentre dans la chambre, on s’amusait bien. Aude, elle m’apprends toujours plein de choses, plus que mes parents. Je ne comprends pas, les gens de mon âge ont droit de faire plein de choses et pas moi ! J’ai 18 ans quand même, un âge presque grand. En plus, les autres me traitent de débilos ! Heureusement Aude, elle est gentille avec moi. Un jour elle m’a dit qu’elle était amoureuse de moi, moi aussi je l’aime bien, même, je l’aime beaucoup. Quand je dis que j’aime Aude, mes parents me disent que c’est pas possible parce que je suis différent… Ca veut dire quoi différent ?!
*
   Bonne nouvelle ! Aude m’a dit qu’il y avait un petit moi dans elle et que c’était l’autre fois (quand on était seuls dans sa chambre) qu’on avait fait le bébé ! On a réfléchit à des noms. Moi j’ai dit comme c’était un petit moi qu’il devait s’appeler Antoine, comme moi mais Aude a dit que ce serait plus drôle avec un nouveau nom. Alors j’ai dit d’accord. On a choisi Pierre pour un garçon et Camille pour une fille mais on saura que dans 5 mois. C’est long !
*
   Quand je l’ai dit à mes parents, ils étaient vraiment pas content, encore moins que la fois chez Aude quand on était tout nus. Je l’ai dit à Aude, elle m’a dit qu’il fallait partir si on voulait continuer à se  voir. J’ai dit d’accord. Je dis tout le temps d’accord à Aude parce que Aude elle sait plus de choses que moi.
   Un jeudi après midi, je me souviens que c’était un jeudi parce que j’avais école avec madame Nerlot, Aude avait fait l’école buissonnière comme elle dit et était venue me chercher dans ma classe en se faisant passer pour ma cousine. On est allé chez moi parce que mes parents étaient pas là. On a prit le plus grand des sacs qu’on a trouvé et on y a mis des habits, à manger, de l’argent que j’ai pris dans la boîte que cachent mes parents sous leur lit et tout un tas d’autres trucs. On l’a mis dans le coffre de la voiture d’Aude. Ensuite, on est allé chez elle et on a pris son sac qu’elle avait déjà préparé.
On a roulé longtemps. C’était marrant parce que comme il faisait chaud, les fenêtres étaient ouvertes, le vent faisait voler les cheveux de Aude et c’était beau. Souvent elle chantait, j’aimais bien, des fois je connaissais la chanson alors je chantais avec elle. Elle rigolait. Elle était belle. On a beaucoup parlé. Enfin surtout moi, parce qu’elle me regardait fort quand je parlais. On s’est arrêté dans une petite ville pour acheter des cartes postales. On a écrit à nos parents. Elle m’a dit de le faire parce que ça leur ferait plaisir. Alors j’ai dit d’accord. Je crois qu’elle aime bien quand je dis d’accord. Je me mets à crier :
« D’accord, d’accord, d’accord, d’accord, d’accord, d’accord ! »
Elle rigole.
*
   Je ris, j’aime bien quand Antoine me dit d’accord. Il est si mignon. Les lettres sont postées et nous roulons à nouveau. Je ne sais pas encore où nous allons vivre. Pour le moment on va chez Diego, un copain sur qui je peux compter et surtout que mes parents ne connaissent pas. Je m’en veux un peu de cet « enlèvement », en particulier pour les parents d’Antoine. Ils vont être dépités en recevant les lettres. Son absence va leur faire du mal, je le sais. Mais ils ont déjà vécu plus de la moitié de leur vie et ils ne peuvent pas l’empêcher éternellement de vivre la sienne ! J’ai surtout peur d’avoir fait le mauvais choix. Je veux tellement son bonheur. Je sais qu’il n’était pas totalement heureux dans son ancienne vie mais celle que je vais lui proposer lui conviendra-t-elle mieux ?
*
   On est dans un champ, Aude m’apprends à conduire. Mes parents m’avaient dit que je pouvais pas mais c’est pas vrai, je peux. Elle m’explique. Mains sur le volant, 10h10, il faut faire comme ça. J’appuie sur la pédale. Boum ! On est dans le foin. On rigole. Il y a du foin partout qui vole. Aude aussi rigole, elle dit que c’est pas grave, que elle non plus elle a pas réussi du premier coup. Elle reprend sa place et dit qu’il faut reprendre la route si on veut arriver avant manger chez Diego. C’est marrant comme nom Diego, elle m’a dit qu’il est mexicain. C’est en Amérique, il y a New York aussi en Amérique m’a dit Aude. Elle m’a aussi dit qu’on irait peut-être un jour parce qu’elle aime beaucoup. Enfin, faut pas tier des plans sur la comète comme elle dit toujours.
*
   On est chez Diego. Il est impressionnant Diego. Plus tard je voudrais être comme lui. Il a des gros muscles et plein de tatouages. Il parle bizarrement mais j’aime bien : « Vous allez pioncer dans ma piaule. J’prends le canap’ ». Il a dit qu’il travaillait en ce moment. Il a dit qu’il faudrait que Aude trouve un travail aussi et moi je ferai le ménage. J’aime bien. Je chante et j’aime bien.
   On est au lit. Aude elle se colle contre moi. Elle a la peau douce et j’aime bien ses seins ronds et son ventre rond aussi. Des fois ça bouge un peu dedans. Je crois qu’elle préfèrerait que ce soit une fille, moi c’est peu importe mais je veux que ce soit une fille pour que Aude est heureuse. Elle me caresse et ses mains sont douces. Ca fait des frissons et mes poils sont tout droits. Elle prend ma main et la met sur ses seins. Je touche, c’est beau. Elle descend mes mains sur son sexe. C’est chaud et humide. Je caresse doucement pour pas qu’elle crie comme la dernière fois quand on a fait le bébé.
*
   On sort d’un magasin. C’est marrant. Aude a dit au chef du magasin que je suis son petit frère, que je peux pas travailler et que nos parents ils sont morts. Elle a pleuré. Pour de faux. Elle pourrait être actrice. Maintenant on saute de joie et on crie. Elle a un travail. Diego me montre comment faire la vaisselle, le ménage et surtout le feu. Avec mes parents j’avais le droit à rien faire. Ici j’aime bien, j’apprends plein de choses. Je sais allumer le gaz, je leur préparerai à manger le soir.
   Je suis seul maintenant. Je suis grand. Mes parents me laissaient jamais seul à la maison. Je range la maison, je mets la musique fort. C’est drôle.
« Toc, toc, toc ». Quand j’ouvre la porte, la dame à l’air en colère. Elle est toute rouge :
« - C’est quoi s’bordel ?! Ca va pas la tête ! J’ai un enfant qui dort moi ! Vous avez aucun respect, vous avez réveillé l’goss ! J’mets toujours trois plombes à l’endormir ! »
Diego arrive, il court vers nous.
« - Madame Blanchart, je suis désolé. Il ne savait pas que vous aviez un fils. C’est mon cousin il vient d’arriver. Il fera attention la prochaine fois. Regardez, il est tout chamboulé. »
C’est Diego, pourquoi elle crie la dame ?
« - Ouais bin c’est pas vous qu’allez m’le calmer maintenant mon baptiste. »
« - Encore désolé Madame Blanchart. Je vous laisse, il faut que je m’en occupe. »
   J’ai peur, elle crie, je comprends pas. Ses mots sont bizarres, je comprends pas, je, je…
*   
Diego m’a dit qu’il avait eu une crise. J’ai peur pour lui. C’était trop tôt. Il a eu des convulsions. Je ne l’ai vu qu’une seule fois dans cet état et c’était horrible. Demain je vais essayer de l’amener avec moi au boulot. Il n’était pas prêt. J’ai peut-être eu tort d’essayer de le laisser seul si tôt. Il est trop fragile, je lui en demande trop.

Dès qu’il se réveille je passe la soirée à son chevet. Pour le moment je suis avec Diego. Ça fait du bien d’être avec quelqu’un de normal. J’aime Antoine comme il est mais parfois ça fait du bien d’avoir une vraie conversation avec quelqu’un de normal. Je ne pensais pas que ce serait si dur. Il y a tellement de sujets que je ne peux pas aborder avec lui. Avec Diego on réfléchit à une solution pour demain. Diego propose de lui acheter un portable pour qu’il puisse me joindre et que je puisse prendre des nouvelles. C’est une bonne idée.

On est en train de faire une partie de carte lorsqu’il se réveille. Diego veut nous laisser seuls et va chez un ami.
« - Ça va mieux ?
- Oui.
- Demain tu m’accompagneras au travail. Je ne te laisserai plus jamais seul, promis.
- Non ! Je viendrai pas, je suis grand. Je vais y arriver.
- D’accord, on réessaiera plus tard alors.
- Non ! Plus tard c’est trop tard. Demain tu vas au travail et Diego aussi. Je reste seul. Je mettrai pas la musique fort.
- D’accord .»
   Pour une fois c’est moi qui dit d’accord. Je mets son film préféré, Harold et Maude. Je l’aime tellement. Il a cette fraicheur que les autres n’ont pas. Avec lui, même la pire des situations devient simple. Diego fini par rentrer. J’en ai un de chaque côté, on forme une belle équipe tous les trois. Bientôt tous les quatre.
*
   J’aime bien quand elle se lève. Elle me fait toujours un bisou. Quand je me rendors pas, j’entends Diego qui la rejoint dans la cuisine. J’aime bien. Elle rigole avec lui aussi. C’est bien. Elle est belle quand elle rigole. Moi, je me lève 2h après. Il y a toujours un mot sur le frigo pour me dire ce qu’il faut que je fasse. Aujourd’hui :
- J’ai plus de culotte propre , j’ai été obligée de mettre un  de tes caleçons ! Pour la lessive, on sépare le blanc, le noir et la couleur. 40°, bouton de droite sur 2, un peu de lessive, d’adoucissant et le tour est joué.
- J’abuse si je te demande de nettoyer ma chambre ? Il y a plein de moutons sous mon lit (tu sais la poussière). Diego
- Pour le repas pour ce soir il y a des merguez (à la poêle), de la semoule (dans l’appareil avec du citron mais pas trop comme la dernière fois, tu te souviens comme ça piquait ?). J’ai mis un marque-page bleu dans le livre de recettes de gâteaux pour celui au yaourt, un rouge pour la patte à gaufre et un vert pour le quatre quart au chocolat.
-Un pincée d’amour pour tout ça, la vaisselle quand tu auras fini et ce sera parfait.
Je t’aime, Aude.
   J’aime bien ses mots. Maintenant que je sais bien faire, je veux faire un gâteau pour madame Blanchart. Pour quand j’ai réveillé Baptiste. Et puis je suis content, Aude m’a dit que je serai un bon papa. Le bébé sera bientôt là. Dans 2 mois et 3 semaines. Le patron d’Aude dit qu’elle ne pourra pas avoir plus de 3 semaines de congé parce qu’il a besoin d’elle au magasin. Mais c’est pas grave parce que je m’occuperai du bébé, moi. Pendant que le gâteau cuit je nettoie les moutons de Diego. « Ding », le gâteau est prêt. « Ding Dong », je le laisse devant la porte avec un mot qu’Aude m’a aidé à écrire. « Désolé pour la musique trop forte et le bébé. »
*
   Il y a un invité ce soir. C’est un copain de Diego, il s’appelle Miguel. Ils travaillent ensemble à la carosserie. Il est bizarre. Il parle fort ! Il boit beaucoup d’alcool aussi. Et puis il regarde Aude pas bien. Il lui touche les cheveux et j’aime pas ça. Je dis que je vais me coucher et demande à Aude de venir avec moi. Miguel dit qu’elle se couchera après, que j’ai qu’à me coucher seul, que les grandes personnes se couchent tard.
*
   Je crois qu’Antoine va s’énerver. Je calme le jeu et l’emmène dans la chambre. Je ne le sens pas trop ce Miguel. Je m’allonge aux côtés d’Antoine, lui dit que je vais dire au revoir et que je reviens me coucher tout de suite après. Quand je rentre dans la salle à manger je vois Miguel mais pas Diego. Il s’avance vers moi, m’attrape par les hanches et se colle contre moi. Je sens son haleine qui pue l’acool, son souffle lourd dans mon cou. J’essaie de me dégager lentement en pensant au bébé. Mais il plaque son bassin contre mes fesses et commence à danser. Je n’arrive toujours pas à me dégager. Je me sens oppressée, j’étouffe. Le bébé donne de plus en plus de coups. Je me sens lourde. J’ai des vertiges. Je vois Diego au loin mais n’entends pas ce qu’il dit. Miguel me lache enfin et je m’écroule sur le canapé. Je sens du liquide me couler entre les jambes. J’ai mal.
« - Ahhh ! J’ai mal. Les eaux, je perds les eaux. »
*
   J’entends Aude qui crie. Je cours. J’ai peur. Diego me dit d’aller chercher le téléphone et un verre d’eau. Je ne comprends pas. Je vois bien qu’ Aude ne va pas bien. Je ne sais pas quoi faire. Pourquoi elle crie ? Y a l’autre que j’aime pas qu’est assis sur sa chaise. Je suis sur que c’est lui qui a fait du mal à Aude. Je vais le taper.
*
Je me retourne et les vois qui se battent. Je veux me lever mais je ne peux pas. Diego essaie de les séparer. Mes contractions me font terriblement mal. Non ! pas maintenant ! il lui reste 2 mois encore.

« - Diego ! Mes contractions, j’ai des contractions ! Antoine, mon chéri ! viens ! s’il te plait. »
Je le vois qui se retourne et l’autre lui assène un coup de poing qui l’assomme.
« - Toi là l’autre gros con, tu m’approches pas ! Va cuver ailleurs, barre-toi !
- Barre toi Miguel, lui demande Diego. Tu vois bien que ce n’est pas le moment.
- Ok, Ok, j’me casse. »

Diego s’approche de moi après avoir appelé une ambulance. J’attrape sa main et la serre de toutes mes forces. Une éternité s’écoule avant qu’elle n’arrive. Mes contractions se sont un peu calmées mais j’ai toujours mal. Antoine ne se réveille pas. J’ai peur pour mon bébé et pour lui. Quand il avait 6 ans il s’est fait renversé par une voiture pendant qu’il faisait du vélo. Et c’est à cause d’un caillot de sang au cerveau qu’il est devenu handicapé. Je sais qu’il pourrait en mourir si ça recommençait. Je supplie les ambulanciers de le prendre à ma place et, après plus d’un quart d’heure ils acceptent de le charger sur le brancard. Je reste sur un fauteuil près de lui. Mon Dieu je vous en prie, même si je ne suis pas sure de croire en vous, faite qu’il se réveille, ne laissez pas mon enfant sans père. Mes contractions reprennent, elles m’empêchent de penser et me tiraillent le ventre.
*
   La petite est née. Comme nous l’avions décidé, elle s’appelle Camille. Je crois qu’Antoine peut le sentir, ça l’aidera à sortir du coma. Camille fait à peine la taille de mon avant bras, ils l’ont mise en couveuse. Les médecins ne sont pas surs qu’elle vivra. Ils veulent que je rentre chez moi. Mais mon chez moi c’est eux. Comment veulent-ils que je parte alors que les deux amours de ma vie sont entre la vie et la mort ? Je veux rester auprès d’eux. Je veux qu’ils vivent ! Parce que moi, je ne pourrai pas sans eux. Je ne le supporterai pas.
*
   J’ai fini par quitter l’hôpital. Diego m’a forcé. Je ne voulais pas partir. Après avoir passé une semaine là bas, il m’en reste deux ici. Je ne vais pas pouvoir… Je ne tiendrai pas le coup. Je ne suis rentrée qu’hier de l’hôpital et je n’ai qu’une chose en tête, y retourner. Je suis tellement seule, tellement démunie. Je voudrais les aider mais je ne fais qu’empirer les choses. Tout est de ma faute.   
*
   Encore un jour à ne rien faire. Les médecins m’ont demandé de me reposer. Je n’ai pas non plus le droit de conduire pour aller les voir. De toute façon je n’ai plus de force. Je suis bloquée ici et n’ai rien d’autre à faire que penser. Penser à eux, à Antoine qui ne se réveille toujours pas. Les médecins disent que son activité cérébrale est normale mais ils ne peuvent pas dire s’il sortira un jour du coma. Je pense à Camille aussi, si faible, je voudrais lui donner le peu de force qu’il me reste.
*
   Cinq jours, cinq jours et toujours pas de nouvelles. Je suis physiquement présente mais j’ai l’impression de vivre dans les limbes. Hier j’étais effondrée, aujourd’hui je n’ai plus la force d’être triste. Je suis entre deux eaux. Je passe presque mes journées entières au lit et lorsque j’en sors, mes cauchemars me suivent encore.
*
   Six jours et je sens que je ne vais pas tenir longtemps comme ça, sans savoir. Une seule chose me fait tenir, l’espoir qu’il y a au fond de moi, l’espoir de les revoir tous les deux, en vie.
Chaque fois que j’entends Diego rentrer, un sentiment de haine monte en moi. Je lui en veux de ne pas avoir arrêté Miguel assez tôt mais je m’en veux surtout à moi. Je l’entends qui rentre dans ma chambre. Je fais semblant de dormir pour qu’il ne me parle pas. Je veux rester seule. Je ne veux pas parler. Mais il n’en fait qu’à sa tête.
« - Ma petite Aude, je sais qu’tu dors mais tu veux plus ouvrir la bouche, qu’ce soit pour parler ou grailler. Je sais qu’si t’étais réveillée tu m’écouterais pas. Alors j’te parle maintenant. T’as pas l’choix, j’suis sur qu’y a quelqu’un qui m’entend dans ta ptite tête. Il faut que tu t’resaisisse. Ils ont besoin de toi. Je comprends ta douleur mais tu dois les aider. »
Je l’entends chuchoter. Une larme coule sur ma joue à cause de ses mots. J’essaie de la retenir mais rien n’y fait. Elle continue sa route sur ma joue et ses petites sœurs vont bientôt la rejoindre. Et puis d’un seul coup mon cœur explose dans ma poitrine et libère cette horrible douleur. Elle arrache la paroi de ma gorge et forme une boule qui m’étouffe. Mes cordes vocales se tendent et vont craquer. Alors les mots sont plus forts que mes lèvres closes qui sous leur poids, cèdent.
« - J’ai peur Diego ! J’ai peur, ma fille est sous respirateur et il n’est toujours pas sorti du coma. Comment je vais faire si je les perds ?! J’ai échoué. Je voulais le rendre heureux et il risque de perdre la vie. Comment ai-je pu lui faire ça ?! Je donnerais mille fois ma vie pour qu’ils vivent. «

   Tout mon être me brûle, ce sont ces mots restés trop longtemps enfermés qui l’enflamment.

« - Aude, c’est pas d’ta faute. C’est même plutôt d’la mienne, si j’avais pas invité cet abruti de Miguel ça ne serait jamais arrivé. Tout va s’arranger, il va se réveiller ton handicapé. »
Dans sa bouche ces mots me sont réconfortants.
*
Comme tous les jours depuis 10 jours je viens voir mon bébé qui se bat pour vivre et Antoine qui, j’en suis sûre m’entend quand je lui raconte comment elle avance, comment elle prend un peu de poids chaque jour, elle est de plus en plus loin des respirateurs, bientôt elle n’aura plus besoin d’eux. Je sais que chaque jour elle gagne des chances de vivre mais ma peur ne me quitte pas, elle est ancrée dans ma tête et j’ai beau dormir toute la journée, elle reste là.
*
J’entends la sonnerie du téléphone au loin. Je vais répondre sans avoir réellement conscience de ce qui m’entoure. J’ai pourtant ce sentiment qui me colle à la peau, comme un bourdonnement sourd dans les oreilles, j’ai peur, juste peur. Quand je décroche le téléphone la voix du médecin me sort de ma torpeur. Le nœud dans mon ventre se dénoue instantanément. L’état de Camille s’est amélioré. Demain c’est dimanche. Diego m’emmènera la voir. Je sens l’énergie revenir.
*
   Les malheurs ne viennent jamais seuls mais, parfois, ce sont les bonheurs qui viennent en groupe. Je suis à l’hôpital et Antoine a de grandes chances de se réveiller. Peu à peu je sors de ce grand trou noir dans lequel j’avais sombré. Je vois la lumière qui reviens me chauffer les épaules. Dès qu’ils seront tirés d’affaire je trouverai une petite maison à la campagne pour élever Camille.
*
   Lundi matin. Je n’aime pas ce jour ; il met fin au week end mais plus encore, cette semaine, il m’est insupportable. Je recommence à travailler. Camille est toujours en couveuse mais elle respire toute seule comme une grande maintenant. Pour Antoine, les médecins ne savent pas dans combien de temps il se réveillera, ils disent que ça peut prendre des mois comme deux jours. En attendant, je garde espoir. Cet espoir qui me permet d’avancer, de tenir. J’ai bien sûr toujours un peu peur, mais elle me quitte petit à petit.
*
   Hier soir Diego m’a prise dans ses bras, ça m’a réchauffé et je sais maintenant que j’ai un soutien. La nuit, lorsque je me réveille au milieu d’un énième cauchemar j’ai parfois envie de le rejoindre dans son lit. J’aime Antoine mais je me sens si seule. Je voudrais qu’il se réveille, tu m’entends Antoine ? Réveille toi ! J’ai envie de me noyer dans l’oubli. Je voudrais tellement sortir de ce cauchemar. Je voudrais pouvoir m’endormir et revenir en arrière, changer le cours des évènements mais je ne peux pas, ça me rend folle !
Quand je suis proche de Diego je sens la chaleur de son corps, j’ai envie de me coller à lui, d’apaiser ma solitude. Et puis, il est tellement attentionné, hier il m’a que si Antoine ne s’en tirait pas, il m’aiderait à élever Camille. Je ne serai pas seule… Je m’en veux d’avoir pensé ça.
*

   Il est sept heures, l’heure de me lever pour aller au travail mais je n’ai aucune motivation ce matin. Pour la première fois depuis que je suis rentrée de l’hôpital, ma nuit a été calme. Mes rêves n’étaient pas peuplés de monstres. Avant, tout n’était que brouillard terrifiant où des hommes sans visage venaient m’enlever ma fille et mon Antoine. Mais cette nuit j’ai rêvé qu’on rentrait tous les trois dans une maison, notre maison. Antoine lisait des histoires à Camille. Elle était une enfant très intelligente et maligne. J’attendais un deuxième enfant mais la sonnerie du réveil m’a empêché de voir l’échographie. Je veux me rendormir, je veux y retourner. La réalité ne me convient pas comme elle est. Je veux dormir et ne me réveiller que lorsqu’elle pourra rejoindre mon rêve.
« - Debout ma ptite Aude. Tu vas être en retard.
- Je veux pas y aller.
- Il va falloir pourtant. Après le travail, je passe te prendre et on va faire un ptit saut à l’hôpital. J’ai acheté un doudou pour Camille et un baladeur pour Antoine. Je sais qu’il adore la musique alors peut-être qu’il ne pourra pas résister. »

Diego a toujours les mots justes. Je ne sais pas comment il fait chaque fois, mais ça marche. Je me sens mieux, mon petit coup de blues s’est envolé. Je vais voir mes deux amours et je sens qu’il va se passer quelque chose de bien. Je ne comprends déjà plus pourquoi j’éprouvais ce mal être il y a quelques instants. C’est comme si mon sang recommençait à couler dans mes veines, comme si l’oxygène revenait peupler mes poumons, mes muscles et mon cerveau. Depuis qu’on m’a annoncé que Camille allait mieux j’avais l’impression que la situation stagnait mais ce sentiments a disparu. Aujourd’hui je me sens à nouveau vivante.
*
   J’ai été impatiente toute la journée. J’ai travailler comme jamais je n’avais travailler. Ainsi, je ne me projetais pas à ce soir, parce que même en m’acharnant à ma tache les secondes duraient des heures et les heures des jours. Mes huit heures sont enfin finies. J’attends Miguel, j’ai encore vingt minutes devant moi avant qu’il n’arrive. Je n’ai jamais fumé mais j’ai envie d’essayer. Il paraît que ça détend. Je vais demander à la femme qui passe.
Je prend une première bouffée de cette cigarette. Conséquence prévisible, je tousse. Mes poumons sont en feu. J’ai envie d’arrêter mais quelque chose me pousse à continuer. Comme si j’aimais sentir la fumée m’encrasser le corps.
   J’aspire une deuxième fois la fumée bleue. Même réaction mais je sens que ça contribue à me détendre. Je ne pense pas que ce soit réellement la cigarette qui me détende mais plutôt ma concentration qui se fixe sur elle, sur les volutes de fumée que j’imagine rouler dans ma bouche, glisser sur mon palet puis s’engouffrer dans ma gorge. Je les vois ensuite combler chaque petites alvéoles de mes poumons et courir dans le sens inverse pour être expulsée par mes narines.
   A la troisième bouffée je sais que si la cigarette n’est pas la cause de ma détende et elle permet au moins de faire passer l’attente.
   Je la fini rapidement et aussi vite ma bouche en réclame une seconde. Un homme qui passait par là m’en offre une autre. Cette fois-ci la sensation n’est pas la même. Je sens que je commence à m’y habituer. Je ne tousse plus. Le geste me semble presque familier. Pourtant quelque chose m’arrive en plus. Je me sens comme engourdie. J’ai l’impression d’avoir une colonie de fourmis qui s’active dans ma tête. C’est plutôt agréable. Je la termine en me délectant de chaque nouvelle bouffée. Lorsque je l’écrase sous mon pied je me sens bien. Je contemple la route et ses innombrables voitures. Elles sont toutes grises ou noirs, sauf quelques unes qui osent mettre dans ce paysage urbain une touche de couleur. Enfin, je vois celle de Diego qui pointe son nez au loin.
   La voiture s’approche et avec elle un bourdonnement. Plus elle avance vers moi plus le bourdonnement ressemble à une mélodie. Enfin, lorsque j’ouvre la portière, Sunny de Bobby Hebb se fait un chemin dans mes oreilles. Ces deux cigarettes et cette chanson m’offrent comme un déclic. Mes yeux s’ouvrent ou plutôt se réouvrent. Je crois que je m’étais enfermée dans ma tristesse et j’ai maintenant envie d’y croire.   
Diego lance la voiture sur la route. Bobby remercie Sunny pour son sourire et me rend le mien. Dehors il fait froid mais nous avons le droit au ciel d’hiver avec son soleil à vous éblouir et son bleu presque translucide. Nous ne parlons pas et j’aime ça. J’ai l’impression d’être dans un film, dans un de ces moments hors du rythme où le voyage est porteur de réflexion et d’émotion.    
   Lorsque je détourne enfin mon regard de la fenêtre c’est parce que le paysage défile moins vite et que je sens l’arrêt proche. Et lorsque enfin ma tête se remet dans l’axe de mon corps, l’hôpital me fait face. Je me sens un tout petit peu stressée de nouveau et me dis bêtement qu’une cigarette m’aiderait. Mais je n’ai plus envie d’attendre. Je regarde Diego qui, je pense est devin et me dit d’y aller pendant qu’il gare la voiture. Je le remercie d’un signe de tête et me dirige vers l’entrée.
Les portes de verres me font face. Elles s’ouvrent sous mes mouvements. J’avance et me retrouve dans cet immense hall immaculé que j’ai déjà vu bien des fois, je m’y sentirais presque comme chez moi. Je tourne ma tête vers la réceptionniste, elle me sourit et me fait signe de venir la voir. Je la reconnais mais en est-il de même pour elle ? Nous nous saluons. Je lui dis la raison de ma venue, elle me laisse alors la dépasser pour aller rejoindre les lourdes portes battantes qui me séparent du couloir qui mène vers eux. Là aussi les murs sont écrasants de blanc. Je croise des dizaines de portes avec un hublot qui doit être le seul lien entre les malades et le monde. J’appuie sur ce bouton concave et froid. Une lumière verte s’allume m’indiquant que l’ascenseur que j’attends se trouve au cinquième étage. Je vais devoir patienter encore quelques minutes avant de retrouver mon bébé. Ca devrait me laisser le temps de penser mais les images ne viennent pas et je n’ai pas envie de les forcer à peupler mon cerveau. L’arrivée de l’ascenseur est annoncée par un petit ding qui retentit au moment même où les portes s’écartent pour me laisser entrer. Je pénètre dans ce géant de fer et me laisse porter jusqu’à l’étage de néo natalité. Je regarde les étages défiler, toujours dans une lumière verte et je pense à elle. Peut-être que je pourrai l’allaiter ? Je voudrais tellement le faire. Je me suis toujours dis que je donnerai le sein quand j’aurai un enfant.
   Un nouveau ding se fait entendre et je suis recrachée sur le palier annonceur de petits êtres. Je recommence à longer ces immenses couloirs. Je suis éblouie par tant de blancheur. Je suis presque arrivée à ma petite Camille mais une infirmière me reconnais et me demande de mes nouvelles. Je voudrais lui dire que je ne veux pas lui parler, que je veux voir mon enfant mais mes bonnes manières ou ma timidité m’empêche de tuer dans l’œuf cette conversation. Elle me libère enfin au bout de ce qu’il me semble être une éternité. Je continue mon chemin et aperçois de loin le reflet sur la fenêtre de la garderie remplie de couveuses.
Quand j’arrive face à cette vitre qui me fait penser à celles à travers desquelles ont peut observer serpents et autres animaux au zoo, je comprends tout de suite. Je cours pour passer de l’autre coté de cette fenêtre immonde. Ils sont tous tellement affairés autour de ma Camille qu’ils ne s’aperçoivent de ma présence que lorsque les montagnes vertes retombent en plaines sur un bip qui n’en fini pas. Je sais qu’ils me parlent mais je ne distingue que des sons confus comme étouffés dans du coton. Ils m’apparaissent dans un blizzard épais qui les englue, je ne vois que Camille, ma petite Camille. Son torse ne se soulève plus, ses yeux sont clos. Ses minuscules pieds et ses mains sont violets. Il faut la réchauffer, pourquoi ils ne font rien ?! Je voudrais courir à elle mais mes jambes sont lourdes, mon corps n’avance pas. Lorsque j’arrive enfin à elle, je prends le petit être sans vie dans mes bras. Je la berce.
Une idée lancinante me frappe la tête me causant une douleur aigüe ; ils faut que nous soyons réunis au moins une fois. Juste tous les trois. J’avance en serrant Camille sur ma poitrine pour ne pas qu’elle ait froid. Je vais jusqu’à la chambre d’Antoine. Il dort, il semble si paisible. Ma tête s’est calmée. Je veux m’endormir, comme eux, les rejoindre. J’ôte mes souliers. Je me glisse contre mon Antoine et pose Camille au creux de nos deux corps. La température d’Antoine provoque un choc violent avec le corps glacé de ma petite Camille. A nous deux, on va réussir à lui rendre sa chaleur.
Les larmes ne coulent pas, elles pleuvent dans ma tête. Je sens mes paupières s’abaisser, dans mon dernier battement de cils je vois mes larmes sur les joues d’Antoine, un sourire sur ses lèvres et ses yeux qui me regardent. A moins que ne soit déjà le rêve qui m’emmène sur son chemin.


FIN


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Re : Antoine
« Réponse #1 le: 28 octobre 2010 à 15:36:07 »
Salutations. Bon, allez, premier commentaire depuis longtemps. Mode pinaillage : on.

Je commente en lisant, hein, donc y'aura peut être des remarques étranges  :mrgreen:

Je ne comprends pourtant jamais.
J'aurais mis le pourtant au début ou à la fin. Genre "Pourtant, je ne comprends jamais." parce que dans un texte au style plutôt oral, la phrase fait étrange, sinon.

En plus, les autres me traitent de débilos !
Pas forcément utile, ça alourdit le texte et on comprend qu'il est simple d'esprit sans le préciser.

Ca veut dire quoi différent ?!
Les deux points de ponctuation qui se suivent, c'est vraiment pas génial. Déjà, ça ne s'utilise pas, à part en BD, ou éventuellement en parodie. Ensuite, la question aurait carrément plus d'impact avec simplement le point d'interrogation.


Un jeudi après midi, je me souviens que c’était un jeudi parce que j’avais école avec madame Nerlot, Aude avait fait l’école buissonnière

"Après-midi".
Eviter le surplus de parenthèse, c'est une bonne idée, mais elles trouvent leur utilité dans ce genre de détail, qui s'insère au milieu de l'histoire sans en faire partie. Des parenthèse ou des tirets. En l'occurrence en tout cas. Tu nous coupes dans le récit, mais le lecteur ne s'en aperçoit pas immédiatement, et il est un peu perdu au début. "Un jeudi après-midi - je me souviens que c'était un jeudi parce que j'avais école avec madame Nerlot - Aude avait fait l'école buissonnière." Je trouve que ça passe nettement mieux, le narrateur prend à part le lecteur pour lui signifier un petit détail secondaire.



Enfin, faut pas tier des plans sur la comète comme elle dit toujours.
Tirer


Je crois qu’elle préfèrerait que ce soit une fille, moi c’est peu importe mais je veux que ce soit une fille pour que Aude est heureuse.
Pour que Aude soit heureuse.
"Moi c'est peu importe", c'est un peu étrange, mais j'aime bien.

« - C’est quoi s’bordel ?! Ca va pas la tête ! J’ai un enfant qui dort moi ! Vous avez aucun respect, vous avez réveillé l’goss ! J’mets toujours trois plombes à l’endormir ! »
Diego arrive, il court vers nous.
« - Madame Blanchart, je suis désolé. Il ne savait pas que vous aviez un fils. C’est mon cousin il vient d’arriver. Il fera attention la prochaine fois. Regardez, il est tout chamboulé. »
C’est Diego, pourquoi elle crie la dame ?
« - Ouais bin c’est pas vous qu’allez m’le calmer maintenant mon baptiste. »
« - Encore désolé Madame Blanchart. Je vous laisse, il faut que je m’en occupe. »
Pas de guillemets ou de tirets ensemble. On ouvre le dialogue avec les guillemets, puis on met des tirets. Tu le fais correctement dans le dialogue suivant.

-Un pincée d’amour pour tout ça,
"- Une".

Ils travaillent ensemble à la carosserie.
Carrosserie.

« - Ahhh ! J’ai mal. Les eaux, je perds les eaux. »
Pas de tiret.

Je suis sur que c’est lui qui a fait du mal à Aude. Je vais le taper.
Sûr.

« - Diego ! Mes contractions, j’ai des contractions ! Antoine, mon chéri ! viens ! s’il te plait. »
Je le vois qui se retourne et l’autre lui assène un coup de poing qui l’assomme.
« - Toi là l’autre gros con, tu m’approches pas ! Va cuver ailleurs, barre-toi !
Pas de tirets non plus.

Mon Dieu je vous en prie, même si je ne suis pas sure de croire en vous, faite qu’il se réveille, ne laissez pas mon enfant sans père.
Sûre, faites.

Les médecins ne sont pas surs qu’elle vivra.
Sûrs.



   
« - Ma petite Aude, je sais qu’tu dors mais tu veux plus ouvrir la bouche, qu’ce soit pour parler ou grailler. Je sais qu’si t’étais réveillée tu m’écouterais pas. Alors j’te parle maintenant. T’as pas l’choix, j’suis sur qu’y a quelqu’un qui m’entend dans ta ptite tête. Il faut que tu t’resaisisse. Ils ont besoin de toi. Je comprends ta douleur mais tu dois les aider. »
Toujours pas de tiret, sûr, ressaisisses.

« - J’ai peur Diego ! J’ai peur, ma fille est sous respirateur et il n’est toujours pas sorti du coma. Comment je vais faire si je les perds ?! J’ai échoué. Je voulais le rendre heureux et il risque de perdre la vie. Comment ai-je pu lui faire ça ?! Je donnerais mille fois ma vie pour qu’ils vivent. «
Le tiret, encore. La double ponctuation est lourde. "Comment ai-je pu lui faire ça", je trouve pas ça très utile non plus, ça alourdit, ça en rajoute un peu trop.
   

« - Debout ma ptite Aude. Tu vas être en retard.
Tiret, p'tite. Pareil en dessous, un p'tit saut.


j’avais l’impression que la situation stagnait mais ce sentiments a disparu. Aujourd’hui je me sens à nouveau vivante.
Sentiment.

même en m’acharnant à ma tache
Tâche.

A la troisième bouffée je sais que si la cigarette n’est pas la cause de ma détende et elle permet au moins de faire passer l’attente.
Petit bug dans cette phrase. Je suppose que tu as voulu dire "n'est pas la cause de ma détente, mais elle permet au moins..."

Je la fini rapidement et aussi vite ma bouche en réclame une seconde.
Finis, et aussi vite me paraît bizarre. "Aussitôt", plutôt.

Enfin, lorsque j’ouvre la portière, Sunny de Bobby Hebb se fait un chemin dans mes oreilles.
Cette phrase est vraiment bizarre. Tu peux essayer de la tourner autrement ? Du genre "se fraye un chemin jusqu'à mes oreilles".

Mes yeux s’ouvrent ou plutôt se réouvrent.
Rouvrent. J'aurais ajouté un tiret "Mes yeux s'ouvrent - ou plutôt, se rouvrent." Juste histoire de bien le mettre en valeur.


Désolé, il faut que je file, j'ai pas le temps de finir le détail. Globalement, j'ai bien aimé le texte, surtout le récit du point de vue d'Antoine, ça change un peu. J'ai moins aimé à partir de la naissance de Camille - c'est plus long, plus lourd et j'ai trouvé que c'était aussi moins bien écrit, moins travaillé. La chute est assez attendue, mais elle produit quand même son petit effet, donc ça va.

Bref, un peu long à mon goût, surtout dans la dernière partie où j'ai décroché. Malgré le fait que ce soit pas mon genre d'histoire, j'ai bien aimé le début. Avec Antoine dans le coma, c'est moins intéressant, moins original et moins entraînant, j'ai trouvé.

Voilà !
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Re : Antoine
« Réponse #2 le: 28 octobre 2010 à 16:38:20 »
Merci de ce commentaire. Pour les guillemets et les tirets des dialogues, je ne sais jamais, c'est comme certaines personnes avec la droite et la gauche, ça ne rentre pas. Merci pour les petites corrections.

Dans l'ensemble, tu rejoins ce que m'a dit une amie, que la deuxième partie est moins bonne. J'ai écrit ce texte il y a 2 ans, la fin ne me plaisant pas je l'ai réécrite. Je pensais que ce serait intéressant d'avoir les deux pensées, de commencer par Antoine et faire une transition vers Aude. Apparemment ce n'est pas l'avis général. J'y ai passé beaucoup de temps depuis ces derniers mois, je n'ai pas le courage de reprendre toute la fin maintenant mais ton avis m'est utile.

Merci Rain
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Re : Antoine
« Réponse #3 le: 28 octobre 2010 à 21:51:19 »
Salut :)

J'ai trouvé ça mignon, mais vraiment trop long. Le rythme, une fois passé le début qui était vite accrocheur (surtout avec les changements de narrateur et la situation un peu étrange quand on ne comprend pas), s'empêtre et se traîne, ça devient mastoc. J'ai dû faire des efforts pour me concentrer, et du coup j'ai perdu un peu du plaisir de la lecture. C'est dommage.
Personnellement, le thème ne m'aurait jamais attirée. En gros, malgré ces lourdeurs que, je pense, tu pourrais alléger, je trouve que tu t'en es bien tiré/e : c'est resté assez fluide et agréable, malgré le sujet un peu difficile. La fin m'a bien plue (bon, c'est vrai que je suis particulièrement attirée quand ça se termine un peu mal) : il y a comme un dernier souffle, presque insaisissable, quelque chose de très aérien qui laisse une sensation de fraîcheur tout au bout (mais c'est très subjectif).
Un point que j'ai trouvé vraiment chouette : tes descriptions. Assez justes pour nommer un chat, un chat, mais pas trop chargées pour assommer le lecteur.

Voilà :)
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

Hors ligne libertyjoan

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Re : Antoine
« Réponse #4 le: 29 octobre 2010 à 14:16:05 »
Merci Menthe.

Après vos conseils, ceux de quelques amis, je pense que je vais raccourcir la partie où Aude pleure sur son sort et y incorporer des petits bouts de pensées d'Antoine pendant son coma. J'aime bien aussi la toute fin, je trouve aussi que ça fini en légèreté, ça je vais le garder.
Sinon, pour ma défense^^, j'ai écrit la toute fin avant un bout de la deuxième partie que j'ai donc voulue faire durée, je ne voulais pas me précipiter mais je suis maintenant consciente que j'y suis peut être allée un peu fort.
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Re : Antoine
« Réponse #5 le: 04 janvier 2011 à 14:48:30 »
Citer
J’attends Miguel
Diego plutôt.

Citer
je sais que si la cigarette n’est pas la cause de ma détende et elle permet
Le "et" est de trop...

Globalement ça se lit bien, même si j'ai eu plus de mal après l'accident d'Antoine. Déjà la scène m'est apparue légèrement capilotractée. Je veux dire, dans les faits, Miguel se calme assez pour laisser Aude tranquille, puis agresse Antoine, puis part gentiment quand on lui demande. Il passe trop d'un extrême à l'autre du fou dangereux au type discret qui fait ce qu'on lui dit.

J'aime bien l'ambiance dérangeante de la toute fin, où on sait pas trop jusqu'où Aude affabule, mais tu aurais même pu l'accentuer davantage. Par contre, c'est vrai que tout le passage où elle est seule sans Antoine ni Camille est un peu longue.

Au plaisir de te relire et bienvenue parmi nous. ^^
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

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Re : Antoine
« Réponse #6 le: 04 janvier 2011 à 23:18:15 »
Merci Kathia, bon déjà, pour la partie longue je l'ai raccourcie après la première vague de commentaires et j'ai ajouté des pensées d'Antoine dans le coma. Ensuite pour Miguel et le "et" je les ai aussi corrigés en me relisant.
Et pour Miguel maintenant que tu le relèves je m'en aperçois même si ça ne m'avait pas choqué. Je pense que c'est peut-être un peu trop dans le texte mais je vais quand même garder ce changement d'humeur, je trouve que ça lui va bien. Je vais juste l'atténuer.
Encore merci
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Re : Antoine
« Réponse #7 le: 07 janvier 2011 à 02:54:04 »
Je ne vais pas répéter les commentaires précédents avec lesquels je suis assez d'accord soit dit en passant.

Par contre, par rapport à la fin, Aude est capable de prendre le corps sans vie du bébé et d'aller tranquillement dans la chambre d'Antoine ? Le verbe "avancer" laisse suggérer qu'elle n'a pas eu besoin de courir ? Alors qu'il y avait juste avant une armée de personnels médicaux autour du bébé ? L'action me semble...erronnée. Pas que je suis pour une fin très explicite, loin de là. De manière générale, la seconde moitié du texte n'a pas le ton pêchu du début, et la fin mérite d'être retravaillée plus soigneusement. Sinon, tu tiens une bonne histoire courte (good job !).
Général en chef de l'invasion rivagienne.
NB : Oui je suis un revenant...
Votez Gaston Président de la République ! :D

 


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