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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La Carançà.

Auteur Sujet: La Carançà.  (Lu 929 fois)

Hors ligne sergent

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La Carançà.
« le: 08 Juillet 2021 à 12:22:37 »
Un petit texte sans prétention pour répondre à un défi sur une autre plateforme.



 

Ça y est ! Le sentier déboule sur le monument à Lluis Companys. C'est sûr, on a semé ces cons de l’ONF. Gégé me suit, j’entends presque pas son 400 Suzuk. Dans 200 m on sera en Espagne et on pourra remettre nos plaques.

Rouler sans immatriculation c’est 75 €. Se faire choper par l’ONF c’est 1500€ et peut être la confiscation des bécanes, c’est cher la montée d’adrénaline.

Nos tétines ont rejoint le goudron, on va redescendre sur La Jonquera. Mais avant on va s’arrêter au restaurant Manrella sur la route de La Vajol, on mange bien et il y a une piscine.

On est maintenant allongé sur le gazon, on sèche au soleil nos motos refroidissent à l’ombre.

         _ T’es quand même un faux cul. Pour un membre de Greenpeace, tu vas pas saluer tes potes de l’ONF ?
         _ Je me suis contenté de te suivre, c’est tout.
         _ Ouah ! la mauvaise foi des écolos. Moi encore je dis pas… j’ai jamais aimé l’ONF, dans une autre vie j’étais dans l’industrie du bois… alors je sais que c’est magouille pot de vin et compagnie.
         _ On s’est quand même bien amusé. Je vais commander à boire, tu veux quoi ?
         _ Un Red Bull comme mon blouson, on a le temps… c’est pas avant 22H que j’ai rendez vous avec une de mes Carançà girls.
         _ Va falloir que tu craches le morceau, c’est quoi cette formule que tu emploies pour désigner tes amies ?
         _ Apporte à boire et je te raconterai.

Assis sur le bord de la piscine les pieds battant l’eau, je lui expliquai.

         _ Alors voilà, j’ai deux types de copines, les Carançà et les autres. Tu connais la Carançà ?
         _ Oui c’est une gorge qui monte au lac.
         _ Tu sais qu’il y a plus d’une vingtaine d’année elle était très dangereuse et qu’il y a eu pas mal de victimes ?
         _ Oui, oui je sais.
         _ Eh bien mon truc avant d’approfondir une relation, c’est d’embarquer une fille dans un plan foireux, voir dangereux, mon test suprême c’est la Carançà avant un gros orage, avant qu’on puisse sortir de la gorge. Eh bien Gene est une de ces filles. Ça a été la rando la plus folle de toute ma vie.
        _  Je savais que t’étais barjo… mais raconte j’suis trop curieux.
         _ Bon ce que je vais te raconter cela s’est passé il y a plus de vingt ans. C’était au printemps, un printemps pluvieux c’était bien pour mes plans. J’étais bien équipé, pas elle, elle voulait marcher léger qu’elle disait. Tu me connais j’aime pas contredire les gens, je dis une fois les choses comme je pense et basta. A l’époque la gorge était beaucoup moins bien équipée. Il faut que je te dise, Gene n’était qu’une amie et je désespérais de parvenir à mes fins, c’est tout juste si je pouvais la masser, mais c’était une putain d’allumeuse, tu peux pas imaginer… jamais de soutif, même avec un débardeur et ce jour là c’était le cas, imagine une fille de vingt ans en débardeur avec un short ultra court taillé dans un vieux jean… oui son truc c’était la récup, elle allait même jusqu’à retirer l’étiquette quand c’était de la marque. Bon pour aller jusqu’au lac sans se presser il faut un jour et autant pour redescendre, moi j’avais prévu large 4 jours. Comme tu le sais il y a deux façon de remonter la gorge soit la rive gauche avec la grande vire, soit la droite plus chiante avec son chaos granitique et qui est surtout moins empruntée. Donc devine ? Je choisis la droite, au début c’est amusant on joue à saute moutons avec les blocs. Il fait grand soleil, cela fait 5 heures qu’on marche, il est 13 h, on s’arrête pour manger, on est au bord de l’eau qui est fraiche, mais cela ne rebute pas Gene qui toute nue ce trempe dans l’eau, j’ai le droit de regarder, mais de pas toucher. Enfin presque car elle s’allonge sur un gros bloc en plein soleil et me demande de lui passer la crème solaire. La garce, je suis dans un état tu peux pas imaginer… Elle est là sur le dos pendant que je lui donne le tube, elle se frictionne tout le devant du corps, je dis bien tout le devant, en bref j’existe pas. Elle attend un peu puis se retourne et elle me demande que je lui masse son coté pile. Evidement que j’accepte… eh bien tu le croiras pas… c’est à ce moment où j’allais tenter un baiser sur son épaule que toute une bande de gendarmes de montagne passent devant nous… le dernier de la bande s’arrête, me jette un regard goguenard, avant de nous dire : « les jeunes il va falloir penser à redescendre, il va bientôt pleuvoir. » pendant tout ce temps Gene n’a pas bougé, même pas elle a rougi, alors que moi je suis écarlate pire qu'une pivoine.

Les gendarmes sont loin, mon plan vient de tomber à l’eau. Moi qui pensais la garder sous ma tente au moins deux nuits et deux jours c’est rappé. Les keufs ont parlé météo. Je tente un : « Alors on fait quoi ? on rentre ? »

         _ T’es dingue, on a le temps. Il fait trop beau et ton coin est vraiment super, non je propose qu’on continue encore un peu.
          _ Tu me connais Gégé, jamais j’insiste et surement pas là. Alors faux cul je lui dis… comme tu veux, mais il va falloir marcher vite pour arriver sur le plateau.

Elle enfile son short sans sa culotte « petit bateau » roule en boule son débardeur qu’elle fourre dans son sac « Lafuma » on est reparti, elle les seins à l’air.

         _ Tu sais c’est pas sérieux.
         _ Quoi ça ? marcher les seins à l’air ? Je fais ça à la plage… alors qu’il y a plus de monde, alors ici…

J’ouvre la marche je presse le pas bientôt on arrivera au secteur des passerelles. A l’époque ça craignait plus que maintenant. On fait un arrêt... Mademoiselle veut faire des photos. Elle pose son sac sur la passerelle pour sortir son instamatic… je ne sais pas comment elle fait son compte, elle donne un coup de pied dans le Lafuma qui dégringole cinq ou six mètres plus bas dans le torrent… je le vois qui parts dans l’eau écumante.

         _ Tu as quoi dedans ?
         _ les clefs de la voiture, de ma chambre en cité U, mon duvet mes fringues.

Bordel si on est dans cette galère c’est à cause de moi et de mes idées perverses. Je pense cela mais je ne le lui dis pas. Juste je lui dis : On aurait dû écouter les gendarmes. Juste je finis ma phrase qu’on entend le roulement du tonnerre, c’est la cata, faut pas trainer. Je lui dis garde mon sac, j’y vais il faut récupérer le tien, j’y vais, il flotte, il va bien s’arrêter quelque part !

Je désescalade, il commence à pleuvoir, d’abord quelques grosses gouttes, puis de nouveau le vacarme du tonnerre qui est répercuté en écho entre les falaise de la gorge, Gene me suit en parallèle sur la passerelle, alors que je patauge dans l’eau froide je pense : « mais comment elle a pu se baigner là-dedans ? » 200 ou 300 mètres plus loin je vois le sac, maintenant il pleut fort, un véritable orage de montagne. L’eau du torrent commence à monter, ça y est j’ai le sac qui pèse une tonne, je le porte. Entre la pluie et ce maudit sac sur mon dos je suis trempe. Les parois lisses sont trop glissantes pour que je regagne la passerelle. De toute façon la corniche ou le plateau sont trop loin. Il me faut une échappatoire et vite. Gene est toujours torse nu, je ne sais pas si elle se rend compte de la situation ? Je n’ai pas envie de faire monter les chiffres des morts. C’est vrai qu’à l’entrée de la gorge, avant le tunnel il y a des panneaux avec : Attention danger… Itinéraire dangereux aux risques et périls des randonneurs. Et c’est écrit en gros…

Bon réfléchissons… le ciel est noir, il pleut de plus en plus, l’eau monte, je commence à avoir froid, mais je connais cette gorge comme ma poche. Je sais que plus bas sur l’autre rive il y a une vire assez haute protégée par le surplomb de la falaise.

Je crie à Gene fais-moi confiance ! jette-moi mon sac et laisse-toi glisser, je vais nous mettre en sécurité… Tu crois ? Même pas elle hésite, j’ai les deux sacs, je vais quand même pas lui refiler le sien gorgé d’eau, ni le mien avec ses 15 kg de matos, donc on patauge chacun avec un bâton pour garder notre équilibre rendu de plus en plus précaire à cause du courant qui forcit. Comme elle je glisse, je tombe, on est mouillé de la tête aux pieds. Je n'ai plus un poil de sec et même tout contre ce qui reste de rive on a de l’eau jusqu’à la ceinture, je pense à la chanson « 1942 » j’espère qu’on entendra pas un sinistre glouglou…

         _ T’as pas froid ?
          _ Tu sais j’ai des origines polonaises.

C’est vrai qu’elle est plus blonde que blonde et que s’en est une vraie comme j’ai pu le constater tout à l’heure. En même temps que je pense à cela, j’ai l’impression qu’on est à des années-lumière de cet instant-là.

On est vraiment dans une situation critique. Elle a beau dire qu’elle craint pas le froid, ses lèvres sont bleues, on tombe de plus en plus souvent, on s’agrippe à ce qu’on peut. De l’autre côté, ce sont des cascades d’eau qui tombent sur la passerelle, je suis sûr que mon choix est le bon : si on était resté dessus tôt ou tard, c’était la chute assurée avec entre 3 et 15 m selon l’endroit.

Enfin à travers un rideau de pluie je vois ma vire. Il va falloir escalader plus de 10 m dans la boue, en s’accrochant aux branches et aux troncs d’arbres. Heureusement j’ai une corde dans mon sac. Toujours avoir de la corde et un couteau. J’attache les deux sacs et je commence l’escalade. Par temps sec c’est fastoche 4+ voir 5 mais pas plus, mais là, sous la flotte c’est du 5+ voir du 6A en plus d’être du jardinage. Enfin je suis en haut, c’est bien ce que je croyais, le même espace qu’un lit à deux place mais en moins confortable, impossible d’y planter la tente mais on est au sec pour l’instant. Aucun endroit pour assurer la corde, aussi je me la passe autour de la taille et je crie à Gene de monter ; elle se débrouille bien, elle ne tire presque pas sur la corde. Tous les deux sur la plateforme on hisse les sacs. Et on les vide, le sien pas la peine d’en parler, pour le mien presque tout est sec et intact.

         _ Tu vois Gene à quoi ça sert de tout mettre dans des sacs poubelle. Ici on est au sec tant que le vent ne tourne pas. On est comme sous un préau. Maintenant ne dis pas que t’as pas froid, tu as la chair de poule et tes tétons…
         _ Quoi mes tétons ?
         _ T’offusques pas comme ça ! c’est pas moi qui qui me promène quasi nue. Et tant qu’à faire fout toi à poil comme moi on va se réchauffer.
         _ T’es qu’un porc ! tu crois que toutes les occasions sont bonnes pour me sauter ?
         _ D’abord je ne t’ai jamais sauté comme tu dis. Je ne t’ai même jamais embrassé sur la bouche.
         _ Alors ?...
         _ Tu es une sourie des villes, moi je suis un rat des champs, alors fait comme moi et prends-en de la graine.

Je sortis mon camping gaz, mon poncho imperméable et une gamelle remplie au tier d’eau.

         _ Assis toi face à moi.

On se recouvrit du poncho. C’était très intime je peux te dire que malgré ma volonté et le froid, je bandais. Bon Gene était élève infirmière et plus tard j’ai su que la petite était autrement plus délurée que moi mais passons… entre nous il y avait le réchaud et l’eau qui commençait à bouillir comme mon sang d’ailleurs. Notre igloo était vite devenu un sauna quand nous sortîmes de dessous notre poncho nous étions en nage et le torrent était monté d’au moins deux mètres, quant au courant je ne t’en parle même pas. Heureusement je suis le roi des bivouacs mais ça tu le sais. Tout ce que je peux te dire c’est que j’ai passé trois nuits dans un sac de couchage sarcophage avec Gene et que dans certaines positions on tient à deux.               
« Modifié: 08 Juillet 2021 à 23:22:59 par sergent »

Hors ligne Cendres

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Re : La Carançà.
« Réponse #1 le: 09 Juillet 2021 à 09:40:18 »
Merci pour le partage de ton texte.

C'est l'histoire de l'homme qui raconte, sa tentative échoué avec Gene pour coucher avec elle.

Ton histoire nous plonge dans une randonnée avec des détails intéressants. Ton histoire se lit avec plaisir.

Mais Gene a un drôle de comportement. Elle se baigne nue devant le héros,  lui demande qui lui passe de la crémé solaire alors quelle est nue, fait la suite de la randonné seins nues(D'ailleurs elle a du avoir froid ensuite)..
En plus elle ne porte pas de soutien gorge sous son débardeur, et après sa baignage, ne porte plus sa culotte(Petite bateau :huhu:) sous son short.

Je suppose que ca doit être des fantasmes masculins, mais franchement ce n'est pas crédible. Ou alors elle voulait chauffer le héros.

Tu aurais put faire qu'elle était réglé pour expliquer l'avortement de son plan^^

Sinon, j'espère que ce n'est pas trop au courant ce genre de raisonnement(Même si j'en doute). Car son but c'est de coincé Gene pour qu'elle n'ai pas d'autres choix que de coucher avec lui. :(
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne sergent

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Re : La Carançà.
« Réponse #2 le: 09 Juillet 2021 à 11:03:21 »
Salut, merci pour la lecture. Mais la réalité a dépassé la fiction. L histoire se passe au début des années 80. Les filles de cette époque n'ont rien à voir avec celle de maintenant. Cette fois là le torrent a arrêté de monter à moins de trois mètres de notre refuge.

Hors ligne Delnatja

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Re : La Carançà.
« Réponse #3 le: 09 Juillet 2021 à 11:57:33 »
Bonjour sergent, j'ai bien aimé ton texte, il se lit facilement et on a envie de connaître la fin.
Pour ma part, je dirais que c'était une petite garce et qu'il a été pris à son propre jeux.
Heureusement tout se termine bien.
Bonne journée.
Michèle

Hors ligne sergent

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Re : La Carançà.
« Réponse #4 le: 09 Juillet 2021 à 19:45:31 »
Pour ce qui est de l'histoire, elle est au dessous de la réalité, car cette rando a été assez rock n roll, avec dans le désordre une croisée de chemin avec un nœud de vipères sur la corniche avec 200 m de gaz. Une chute de pierres et une belle coupure sur mon crane. L'eau qui est montée jusqu'à moins de trois mètres de notre refuge. ma copine a fini à poils, car toutes ses affaires étaient mouillée. J'ai dû lui passer un pullover dont les manches lui ont servi de jambes de pantalon et un t-shirt pour le haut. le bouquet final cela a été la voiture visité par des indélicats qui ont cassé une vitre.
Cette fille était vraiment à l'ouest, ou plutôt je dirai qu'elle était nature, brute de décoffrage. Dans l'histoire le petit salop c'était moi, je pensais que sous la tente... avec la pluie et surtout une flasque d'Armagnac je pourrai enfin avoir ma chance. Mais l’alcool je l'ai mis sur ma blessure, bon comme elle était alors élève infirmière elle a bien pris soin de moi. Nous avons quand même passé un bon moment, mais nos nuits n'ont rien eu de romantiques car toutes les 5 minutes je sortais du sac de couchage pour voir où en était le torrent. Et je ne parle pas des contingences plus viscérales qui sur une étroite vire font que toute intimité est impossible. Nous avons passé 4 jours et 3 nuits à sur cette vire, sans que jamais elle ne m'en veuille, pourtant j'en connais pas mal qui auraient pété les plombs, elle est toujours restée zen, plus tard son diplôme en poche elle est partie en Inde, pour revenir prof de yoga.

 


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