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02 Mai 2026 à 14:11:30
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Auteur Sujet: Jajou  (Lu 2869 fois)

Hors ligne Scrapi

  • Plumelette
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Jajou
« le: 29 Avril 2021 à 15:17:41 »
Bonjour,
Je vous propose ci-dessous une histoire. C'est une histoire de famille. Je remercie ceux qui auront à coeur de la découvrir.
Je reste dans l'attente de vos remarques tout en sachant que je dois améliorer le vocabulaire ... en effet, les mêmes mots sont souvent utilisés. J'ai cependant pris l'option (cette histoire se déclinant en trois parties et je vous propose la première) d'écrire et de retravailler certaines parties au gré de mon inspiration.
Merci pour votre indulgence.


JAJOU - Partie 1

- On aime comme on a été aimé -
- Sam -

- Allo, maman ! C'est Sam.
- Comment vas-tu ma chérie ? Inquiète ?
- C'est aujourd'hui ... vous n'avez pas oublié ? Ne soyez pas en retard.
- Je sais Sam, ton père est prévenu et nous serons là à temps.
- Génial. Je te laisse, Marie m'appelle. A tout'
[/i]

- Saaaam, tu viens …
- Ouiiii j’arrive !


Je m’appelle Sam. Je suis la 7ème des petits-enfants, la petite dernière. Je suis arrivée par hasard et j’en suis fière. Ma famille est immense et aujourd’hui encore je mesure la chance que j'ai de vivre avec eux. J'ai à peine vingt ans mais déjà une vie bien remplie. Ma grand-mère dit que je suis de son temps. Elle m'a toujours trouvée différente. Je ne sais pas si c'est bien mais moi je sens que l'entendre seriner ces mots me procure pourtant certaines lettres de noblesse. Je m'imagine de cette époque où tout allait moins vite. Je savoure le fait que je participe à quelque chose de plus grand que moi mais surtout je mesure l'intensité du lien existant entre elle et moi.

-Saaaam, dépêche-toi, on t’attend !

Je m’appelle Sam, j’ai vingt ans et ce dimanche c’est l’anniversaire de Jajou. Jajou c'est ma grand-mère. Petit bout de femme si simple et pourtant incroyable. Elle est née dans les années soixante, le siècle dernier. Elle est d'un temps où il n'existait ni téléphone, ni internet, ni whatsapp. Ainsi dit, cela semble si loin et surtout si improbable.  Toutes ces choses qui rendent les contacts faciles mais superficiels ne sont pas encore inventées. Nous étions hyperconnectés à l'humain. Elle est de la bonne époque, dit-elle, toujours, et nous a élevés dans cette idée que l'autre est le principe.

Petite, j'ai été bercée par ses histoires. A son époque, parce que c'est comme ça que commencent la plupart de ses phrases, la seule occupation possible était de partir, dans les chemins, à vélo, mobylette ou à pied et, entouré d'amis, ils refaisaient le monde. Jajou est de cette drôle d'époque. Une époque révolue où la dimension humaine est importante. Elle regrette tellement ces moments que, pour conjurer le sort, elle en a fait un rituel familial.

Nous sommes chez elle, nous sommes chez nous. La maison vit, elle nous accueille et Jajou sourit, elle est heureuse. J'ai beau regarder autour de moi, il n'y a pas un endroit que je ne connaisse. Chaque recoin de cette maison est témoin d'un moment particulier, d'un événement heureux, d'une histoire vécue et nous pouvons passer des heures à nous souvenir.

Nous avons nos traditions. Chaque deuxième dimanche du mois, parce que le premier est déjà réservé, nous nous réunissons dans la maison de campagne familiale. C'est l'occasion pour chacun de pouvoir s'exprimer, demander, chercher conseil. Nous aimons nous voir, vraiment, décoder dans les petites rides du quotidien les soucis passagers. C'est aussi le moment du vivre-ensemble et de moments inoubliables. Nous débarquons à Bois-et-Borsu, avides de partage et curieux des nouvelles que nous pourrions y entendre. Nous farnientons, nous jouons, sourions au soleil et surtout nous mangeons. Après le repas, nous levons les toiles, allumons les braseros et regardons un film sur grand écran à la lumière des flambeaux.

Aujourd'hui est un jour béni. L'été est commencé, tout le monde est réuni et qu’elle est belle ma famille.

Ma grand-mère a eu trois enfants et chacun d'eux a aussi eu des enfants. Chacun compte et apporte sa pierre à l'édifice. Les réunions de famille sont essentielles. C'est le deuxième dimanche du mois que nous nous régalons.

Mon père est le fils unique et préféré de ma grand-mère. Il est grand, c'est le plus grand de la famille et j'ai hérité de lui sa taille mais également ses cheveux châtains indisciplinés. Les yeux noirs de ma mère me donnent ce regard interrogateur mais la bouche de ma grand-mère fait de moi une fille prête à rire à tout moment.

J'ai également hérité du caractère préféré comme on reçoit une récompense. Ma grand-mère a fait de moi son étendard et par la même occasion son bouclier.

Autant je suis grande, Jajou est toute petite. Elle a des cheveux noirs bouclés de plus en plus parsemés de gris tenus dans un chignon défait ou attachés en couettes et des grands yeux marrons qu'elle ouvre sur notre monde souvent sans mot dire mais avec fierté et perspicacité. Chaussée d'improbables converses, elle adore parcourir la campagne et rapporter des tas de photos insolites. Lorsqu'on la regarde, elle paraît si jeune et surprend encore pas sa vivacité et son énergie. Pourtant elle a nonante ans aujourd'hui.

Elle est intemporelle. Je respire son parfum comme des souvenirs heureux. Elle en change selon son envie ne variant que de Paris ou Noa restant fidèle à Cacharel réservant à ces senteurs l'exclusivité de ses humeurs.

Ma grand-mère et moi vivons ensemble. Nous partageons notre temps entre la maison de ville et celle de la campagne au gré de nos envies et besoins. Notre cohabitation est une longue histoire, c'est l'histoire de ma vie en fait. Pas un moment ne se passe sans elle. J'ai d'ailleurs l'impression que nous sommes liée depuis toujours.

Ma grand-mère est un personnage. On me l'a souvent répété et j’ai plaisir à dire ces mots rien que pour moi. Je n'ai pas partagé ses belles années, forcément, elle a eu une vie avant moi et il m'a fallu du temps pour me rendre compte que c'est sa détermination pourtant qui a rythmé la mienne. J’ai grandi dans l’ombre de celle qui allait me montrer la voie.

Je me suis souvent demandé pourquoi elle aimait être seule. J'ai vite compris que c'était une habitude. Elle est de celle qui se sont construites sans aide et c'est là que réside sa force. Elle n'a pas eu de parents. Comme peut-on naître sans parents ? Je me suis souvent posé la question. Je n'imagine même pas ma vie sans mes parents ni même sans toute cette smala qui se mêle de tout et qui intervient dans les moindres décisions de tout un chacun. Et puis, à force de questionner, j'ai compris qu'elle ne l'a pas vécu comme une fatalité mais plutôt comme une chance. L'amour absent d'en haut, elle le donnerait en bas et il y a aura d'autant plus à partager. Nous sommes donc plus que tout gâtés.

Pourtant, au début, mes parents m'ont souvent raconté qu'elle était absente. Jajou ne tient pas en place. Peut-être est-ce sa manière à elle de remplir sa vie, de rechercher le bonheur, elle a besoin de bouger. C'est surtout une inconstance due à un manque de cadre. Sans parents, elle a dû bricoler et s'adapter aux circonstances.

Elle n'a pas tracé sa route, elle a pris le chemin qui s'offre à elle sans poser de questions en essayant de tirer le meilleur parti des choses. Elle est restée simple mais particulière.

Elle rencontre mon grand-père, Clément Beltrand, à l'école et tout s'enchaine sans qu'ils puissent respirer. Les enfants sont là mais leurs chemins se séparent. Clément a cette rigidité d'esprit, c'est un homme carré et déterminé mais Jajou ne s'y habitue pas. Ils sont jeunes, inconscients. La vie les a séparés comme l’huile ne se mêle jamais à l’eau. Ils ne sont pas compatibles. Elle garde cependant en souvenir cet esprit pratique et des valeurs intemporelles. Leurs enfants sont le reflet de ce qu'ils ont été, trois enfants incroyablement différents, foncièrement humains et de toute évidence indispensables à sa vie.

Et puis, elle a vécu seule, parfois de sa faute. Aucun de ses enfants ne lui en tient rigueur mais ils se sont parfois aussi construits d'initiative. Ensuite, nous sommes arrivés. La deuxième ligne, les petits-enfants. Elle a compris qu'il est temps de prendre son temps afin de ne plus le perdre et elle a commencé à penser à nous.

- la fête à Bois-et-Borsu -
- Sam -

Le deuxième dimanche du mois c'est donc la tradition. Une parmi tant d'autres mais une des principales. Le brunch sans invitation.

On est tous là, à la campagne, vautrés dans les fauteuils, pendus aux arbres. Certains cuisinent, d'autres boivent, tous rient. Les enfants courent dans l'immense jardin et Jajou veille sur les plus petits. Enfin elle veille à sa manière. A la voir trottiner avec eux entre les buissons et jouer à cache-cache, on se demande parfois qui surveille l'autre.

Longtemps, nos parents ont tracé leurs routes loin les uns des autres et puis tout s'est un jour mis en place. Certainement avec l'arrivée des petits-enfants, il a fallu nous réunir pour ne pas passer à côté des meilleurs moments.

J'ai toujours été impressionnée par la facilité avec laquelle ce brunch est organisé. Personne ne dit jamais s'il participe mais Jajou a un sixième sens et la table est toujours dressée pour le nombre exact de convives. Comment fait-elle ? Nous ne le savons pas et personne ne se pose d'ailleurs la question.

Chacun a cependant sa petite idée et les multiples messages échangés durant le mois entre les uns et les autres peuvent donner une indication sur la méthode. En attendant, il y en a toujours assez pour tous et d'ailleurs, souvent, tout le monde est là. Chaque mois, nous nous entassons dans les voitures et nous filons à la campagne. Cette habitude mensuelle remplace toutes les fêtes de famille.

Aujourd'hui, le soleil brille. Les enfants sont déjà à l'oeuvre comme ils en ont l'habitude. Chacun a sa tâche et chacun s'y emploie, comme un rituel bien rôdé.

Jajou a eu trois enfants. Je fais partie de la génération chanceuse, les petits-enfants, la deuxième génération. En effet, nous avons su éviter la pression des premiers et l'attente que l'on place dans les derniers. Nous, on nous observe de loin et cela nous arrange bien. Nous nous retrouvons, dès l'aurore, entre cousins sur les chemins pour refaire le monde. La troisième génération est confiée à leurs grands-pères et à Jajou, c'est le moment que nous préférons. Nous pouvons nous concerter sans la désapprobation ou les conseils des ainés et sans être interrompu par les petits. Cette longue promenade récréative nous relie tous. Nous parcourons des kilomètres et rentrons épuisés, affamés et soulagés d'avoir encore une fois de plus resserrés les liens familiaux. Nous partons très tôt, à travers la campagne.

- Et tes études Sam ?
- J'arrête, Evy. J'en ai assez, j'ai envie de lancer ma startup.
- Papa le sait ? et maman ?
- Oui tout le monde le sait, même Marie mais elle désapprouve.
- Tu sais que Maman veut toujours plus et surtout elle prône toujours la prudence mais elle est ambitieuse, on ne peut pas lui reprocher ça et tu as de telles capacités et tu n'as que vingt ans.
- Ralph, convaincre ta mère n'est pas un problème, elle finit toujours pas céder quand les arguments sont cohérents. J'ai fait mon temps et j'ai vraiment trouvé l'idée du siècle. J'ai déjà les prototypes et le financement.
- Et on peut savoir de quoi il s'agit ?
- C'est une longue histoire que je vous raconterais avec plaisir mais je suis certaine qu'on en parle déjà longuement à la cuisine. J'avoue que j'y pense depuis que j'ai emménagé à Liège. J'ai eu le temps de gamberger et Jajou m'a raconté tellement d'histoires que c'est devenu une évidence. Je sais que vous allez rire mais j'ai envie de faire tant de choses que gagner ma vie est le moyen le plus certain d'y arriver rapidement. Je veux vivre. Je veux profiter et la seule manière c'est d'arrêter de m'asseoir sur une chaise et d'écouter les autres parler pour réaliser mes propres projets.

Avec mes cousins et mes frère et soeurs, nous formons une belle bande. Seize ans me séparent de Vivienne, toute une génération presque. Vivienne est la première, fille de Marie et Ben, et Ralph, son frère, le premier garçon. Elle est déjà maman et médecin respectable. Ralph réussit tout ce qu'il entreprend. Entre eux deux, Alicia, la deuxième petite-fille, première fille de Juliette. Ensuite, mes frère et soeurs, les triplés, Evy, Joshua et Myriem. Tous ont donc cette particularité d'être premier quelque part. La mienne sera d'être la dernière.

- Vivienne, il paraît que tu achètes une deuxième maison ? Quand allez-vous donc pouvoir vous en occuper ?
- Justin et moi aimons investir. Alicia, je te vois rire mais oui je sais, je tiens de ma mère même si toi tu as la réserve et la moquerie de la tienne.
- Je ne me moque pas, je suis épatée par tant d'enthousiasme. J'avoue que je me contente très bien de ma maison à la campagne. Rien que le jardin me donne du fil à retordre.
- Et pourquoi ne prends-tu pas un jardinier ? Nous avons résolu le problème depuis bien longtemps, nous achetons et d'autres entretiennent.

J'observe mes cousines et j'essaie de me rappeler un seul moment où je ne me suis pas dit qu'elles étaient le portrait craché de leurs mères respectives, tant dans leurs relations que leurs envies. Vivienne réussit, elle a l'ambition des choses avec zénitude mais détermination, Alicia se contente de ce qu'elle a mais ne transige sur rien. Elle voulait une maison à la campagne et elle l'a eu. J'aimerais avoir autant d'assurance.

- Et toi Evy ? enchérit Vivienne avec curiosité.
- J'allais l'annoncer aujourd'hui. J'ai le poste. Je suis la plus jeune Directrice générale communale de Belgique. Bon dis comme ça, je me la pète peut-être un peu, mais franchement, je le mérite. En plus, c'est une des seules communes écolos. Je suis aux anges.

Par contre, Vivienne, il faudra d'ailleurs que l'on parle de ton appartement. Myriem et moi avons des tas de soucis avec notre proprio. Vu que tu achètes une nouvelle maison, ça ne te dirait pas de nous louer ton appart. Il est super bien situé en plus et super beau.
- Ecoute, on se voit la semaine prochaine et on en discute. Nous, tant que vous payez le loyer, on est toujours d'accord.


A notre retour, tous s'affairent. Le jardin est une ruche où Jajou trône, comme la reine des abeilles, dans son relax en osier usé par le temps. Chacun connaît le rôle qu'il a à tenir et nous participons selon nos capacités à la réussite de cette magnifique journée. Jajou commande.

- Il faut mettre la table. Simon, tu vas à la cave avec Ben chercher quelques bouteilles. C'est mon jour aujourd'hui, non ? Souvenez-vous que les meilleurs moments ne se fêtent jamais avec un verre de jus d'orange. Le Moët & Chandon est au frais, aujourd'hui c'est champagne !

Elle se lève et court partout mais elle ne fait rien. Son discours est décousu, comme à l'habitude. Elle donne ses ordres que personne n'écoute vraiment mais tout se met en place comme par magie car nous savons depuis toujours ce qu'elle aime. Les enfants s'offusquent, les petits-enfants en rient et les arrières n'en ont cure. Après tout, c'est dimanche et le dimanche chez Jajou c'est bonheur.

La table est mise depuis bien longtemps, cette grande table en bois vermoulu qui ne bouge plus jamais. Elle est de toutes les saisons et on se demande même encore comment elle tient debout depuis le temps qu'elle végète au milieu de la pelouse uniquement protégée par le magnolia planté le jour de l'achat de la maison. La table est là et elle se remplit de mets les plus divers, l'apéro dure des heures, le diner n'en est jamais un tant on a déjà si bien mangé et Juliette cuisine encore et encore sous les conseils de Marie qu'elle accueille avec circonspection, tout le monde sait que Marie ne cuisine jamais.

- Sam, je monte deux minutes.
- Quelque chose ne va pas ? Tu me sembles bizarre.
- Ma chérie, aujourd'hui j'ai nonante ans, je ne suis pas bizarre, je suis vieille. Pas fatiguée, pas résignée mais uniquement vieille et j'aimerais prendre deux minutes pour moi. J'aime être seule et enlacer le bonheur de vous avoir autour de moi. Rien que cette pensée me fait sourire et le jour du sourire est toujours un jour un peu plus joli que les autres, tu le sais, non ?
- Ne t'inquiète pas, les filles sont occupées à la cuisine ... prends ton temps.


Bois-et-Borsu. Au début, j'avoue, enfant, je ne comprenais pas pourquoi il faut aller si loin pour s'asseoir et passer du temps à table à manger des tonnes de choses. Et puis, tout s'est mis en place. Nous avons intégré, en grandissant, que si le partage et l'écoute sont si présents dans cette famille c'est justement parce que nous avons su, à certains moments, nous pauser et laisser le temps passer.

Nous sommes tous espérés et si au début, de temps en temps, l’un ou l’autre osait ne pas venir, nous avons tous bien vite compris que ce n'est pas une invitation mais une nécessité : tous nous voir au jardin. Ces rendez-vous mensuels sont pour finir plus qu'attendus. Nous avons nos habitudes, Jajou y tient. Nous l'aimons.

Il est des rituels que nous adorons et jamais personne ne viendrait remettre en cause le déroulé de la journée.

Les filles font donc les courses, Marie et Juliette, mes tantes apportent tout ce qui servira au repas, maman se charge des légumes de son magasin mais le dessert est toujours réservé à Ben, le mari de Marie.

- Chéri, pose le dessert là-bas et tu t'occupes des couverts et assiettes avec les garçons ?
- Je pense que ta mère s'occupe déjà de tout faire, mais je vais de ce pas voir s'ils ont besoin de moi.


Ben s'exécute avec diplomatie car on ne discute pas les demandes de Marie mais ça l'arrange bien de pouvoir sortir et laisser les femmes à la cuisine. Même si ce n'est pas leur lieu réservé parce que le partage n'est pas que dans les cœurs mais aussi dans les gestes, c'est le moment où les sœurs et belle-sœur se réunissent et prennent les choses en main. Tout sera décidé dans cette cuisine : le menu de Juliette, les légumes d'Atiya, les directives de Marie mais aussi les études des triplés, la nouvelle maison de Vivienne, les voyages de Ralph et mon avenir. Combien de fois n'ai-je pas entendu mon nom évoqué dans cette cuisine ?

- Ju. Il me semble que tu as encore prévu bien des choses ?
- Tu sais bien, tout le monde est toujours content de reprendre des boites et cela aide les enfants qui travaillent, le diner du lendemain est fait. Tant qu'à faire chauffer le four, autant en profiter pour nourrir toute cette tribu plusieurs jours. Je n'ai jamais aimé le gaspillage.


Maman sourit, elle connaît ses belles-sœurs qui sont devenues ses sœurs car à la maison, nous sommes toutes de la même famille peu importe d'où nous venons.

Maman ne s'impose jamais mais son avis est écouté. Elle réussit à tempérer les ardeurs des uns et des autres par une autorité calme. Maman est d'ailleurs et chacun l'apprécie à sa juste valeur. Et puis, elle a épousé papa et lui a donné quatre enfants, cela impose le respect.

- Les Wattiez -
- Sam -

- Bonjour Sam, n'est-il pas temps de rassembler tout le monde ? Où est-elle en fait ?
- Elle se repose, enfin à ce qu'elle dit mais je pense qu'elle est très certainement dans la chambre rose. Donne lui quelques minutes Marie.


Ma tante est impressionnante. C’est elle qui donne le ton mais elle adore sa mère et la comprend malgré tout.

- Tout est prêt pour la surprise ?
- Je suis occupée à tout mettre en place avec papa … tu sais bien qu’elle n’aime pas les surprises, j’ai dû ruser.
- Je suppose que mon petite frère, enfin ...ton père est arrivé en retard ?
- En retard, oui comme d'hab, mais ils sont bien là et c'est ce qui compte. Ca va être géant !


A chaque retrouvailles, nous nous installons au jardin, nous déployons la toile et c'est à la chaleur des braséros que nous regardons le film du mois. Qui choisit ? La deuxième génération par ordre d'arrivée ... Vivienne, l'ainée en janvier et ainsi de suite Alicia, Ralph, Evy, Myriem et Joshua, les triplés par ordre d'arrivée, jusqu'au mois de juillet, mon mois. Le reste de l'année ce sont les cinq petits-enfants qui s'y collent.

Enfin, l'été. C'est mon tour, nous y sommes. Cette année est particulière alors je veux marquer le coup, faire un coup d'éclat, lui rendre hommage.

J'ai dû convaincre la famille mais après tout, c'était facile. Rassembler des bouts de nous pour en faire LE film de la soirée. Des tas de petits morceaux de vie de chacun et nous y sommes arrivés, tous ensemble, un film de souvenirs pour Jajou. Elle adore tant le cinéma.

Cette fois-ci est un peu spéciale et j'ai envie de lui montrer que sa vie est un film possible sur grand écran. Tous m'ont donné leurs vidéos les plus intimes, des trésors d'émotions. C’est une idée de papa d'ailleurs qui s'y est mis de bon cœur.

Ma grand-mère est une voyageuse. Elle a parcouru le monde. Passionnée de musées, de villes et d'art, elle se met en route juste pour voir les choses, s'émerveiller, profiter de l'instant. Nous emmenant parfois, chacun à notre tour, à deux, plusieurs ou tout simplement avec François, son compagnon, elle nous a montré des merveilles que nous n'aurions jamais eu l'occasion d'apercevoir.

Pourtant, depuis cinq ans et le départ de François, Jajou vivote, elle semblait ailleurs et navigue au radar. Elle ne voyage plus, même en histoires.

Elle n’est plus toujours là et il me tarde de voir sa réaction. Nous avons tellement envie de lui dire merci, de lui montrer que notre vie c'est la sienne et que rien ne peut remplacer les dimanches en famille au jardin.

- Au fait, Tante Ma, tu as apporté ce que je t'avais commandé ?
- Ne crois-tu pas qu'il y a assez de Tours Eiffel dans cette maison ... ?
- Je sais, mais elle adore ça. Tu sais que cela la fait voyager. D'ailleurs, où en sommes-nous dans les réservations pour le voyage surprise ? Le temps file et j'aimerais tout boucler pour la semaine prochaine.
- Crois-tu vraiment que c'est une bonne idée d'emmener une grand-mère de 90 ans à Paris. Elle paraît parfois si fatiguée.
- Ne la sous-estimes pas, elle en rêve, je le sais et puis, j'ai encore d'autres surprises en réserve.

Jajou est hesbignonne d'origine et parisienne convaincue. Elle dit toujours "c'est là que je me sens vivante". A chaque grande occasion de sa vie, la ville de Paris est là et c'est devenu une habitude. Rien ne se décide s'il n'a pas été pensé au pied de la Tour.

Toute petite, elle m'a fait vivre tant d'aventures en Ile de France. A la moindre occasion, nous y descendons. C'est notre voyage à nous.

Nous savons qu'elle a toujours voulu y vivre. Il est temps d'y retourner, de retrouver les chemins parcourus entre la rue Montorgueil et le Champ de Mars.

En attendant, aujourd'hui c'est sa fête et nous sommes tous là.

La chambre rose est la chambre aux souvenirs. C'est peut-être le seul secret de sa vie. Peu de gens y entrent et il m'a fallu des années pour en avoir les clés. Elle y a créé son refuge, son endroit à elle et chaque objet lui rappelle des souvenirs incroyables du temps où comme elle dit si bien.

- Jajou, il faut descendre maintenant.
- Je sais, donne moi encore quelques minutes, je remets deux ou trois choses à leur place.
- Tu sais que l'on t'aime.
- Je sais, il ne me manque pas grand chose. François aurait apprécié.
- Je le sais. J'y ai pensé. Ne t'inquiète pas, je veille, je lui avais promis. Descendons maintenant.

Toute la famille est réunie et qu’elle est belle notre famille.

Marie et Ben sont venus, de retour de voyage, comme toujours, les bras chargés de cadeaux, comme toujours. Les célèbres magnets du bout du monde vont agrandir la collection du frigo et nous attendons tous la réaction de Jajou qui ne voyage plus que par procuration.

Elle éprouve tant de joies contenues à entendre, encore et encore, les récits de Marie. Qu’est-ce qu’elle raconte bien Marie ! Tout y est plus beau, plus vivant, plus vécu.

Marie, c’est l’aînée de la famille et elle a plaisir à le rappeler, comme si elle avait élevé ses frère et sœur à elle toute seule. Marie est une autodidacte et une ambassadrice. Nous sommes tous impressionnés par sa faculté d'apprendre, ses aptitudes à réinventer les choses et surtout son envie de transmettre. D'abord chercheuse, elle est devenue ambassadrice universitaire et parcourt le monde pour donner des conférences. Elle a de multiples facettes. De nature douce mais décidée, Marie a deux enfants avec Ben Wattiez.

Elle a rencontré Ben, par un heureux hasard, provoqué par ce dernier d'ailleurs et ils ne se sont plus quittés. Marie et Ben c’est l’exemple même de la réussite. Sans faire de vague, ils ont tracé leur route et montré à tous qu’il fallait travailler pour y arriver.

Marie et Ben c’est l’équilibre : tout en eux est pensé, créé et partagé.

Ben Wattiez, lui est chercheur infectiologue. Il a rencontré Marie à l'université. Il l'a attendue patiemment puis ils se sont mariés leurs études terminées. Ben est amoureux, gentil et attentionné. Têtu et déterminé, il gère sa famille dans le dialogue et l'écoute.

Ben vouvoie sa belle-maman depuis toujours et il est bien le seul. Cela ne choque plus personne et cela le rend si unique à ses yeux. Il sait comment lui parler en tous cas.

Ben et Marie, ce sont des exemples, ils ont donné le la d'une musique qui n'avait jamais fait défaut. Même si elle nous aime tous, Jajou a cependant toujours été distance avec eux. Nul ne sait pourquoi mais il réside dans leur attachement une certaine pudeur et une barrière qui au fil du temps se sont érigées en habitude. Les Wattiez on ne les comprend pas toujours mais on les aime comme ils sont. Vivienne et Ralph, leurs enfants, ont pris une autre route. Vivienne ressemble à ses parents, Ralph est à l'opposé et nous disons toujours tous qu'il a pris la meilleure part des deux.

Vivienne impressionne dans les couloirs de l’hôpital où elle a rencontré Justin. Ils sont devenus inséparables étant déjà complémentaires. Elle est effrayante. Elle a cette réussite chevronnée au corps, renforcée par son mariage avec Justin. Justin de Lamine, dont le petit « de » n’appelle aucun commentaire tout en lui le rappelant. Elle est la fierté de sa mère et Jajou l’appelle Docteur, ce qui a le don de l’irriter mais voilà, personne ne l’a jamais dit à grand-mère qui de toute façon le sait pertinemment bien. Tout ça fait partie de l’équilibre.

Ralph est mon seul cousin et j’avoue que j’ai depuis toujours un petit faible pour lui. Ralph a hérité du regard vert de sa mère et de la prestance de son père. Il est touchant. Jude l'a de suite compris.

Ils sont cependant la conjonction même de leur parents, Vivienne a hérité de l'ambition, Ralph de la passion. Vivienne est un médecin reconnu, Ralph, peintre de renom fait la fierté de la famille.

Ralph a rencontré Jude lors de ses études aux Beaux-Arts de Paris. Pour Jajou c'est un signe. Jude est auteure et leur idylle a commencé sur le pont des Arts lorsque Ralph essayait d'accrocher un cadenas en souvenir d'un modèle-nu qui l'avait fait souffrir. Il a vu Jude et a jeté le cadenas. Les âmes errantes qui se trouvent par hasard n'ont pas besoin de le dire au monde entier. Ils ne se sont plus quittés. Aucune officialisation mais une indéfectible attache les a fait traverser l'Europe pour revenir de Rome avec Raphaël.

Les Wattiez sont au grand complet : Marie et Ben, leurs enfants, Vivienne et Justin, Ralph et Jude, respectivement accompagnés de leurs enfants Judith et Samuel et Raphaël qui tire son prénom de l’inspiration artistique de son père. Ils ont mis les petits plats dans les grands.

- Va prévenir Juliette qu'on attend.
- Parce que tu penses qu'elle ne le sait pas encore. Marie, tu connais ta sœur, elle sait toujours tout et bien avant tout le monde.
- Sam, pour une fois, écoute et va la prévenir.


- Les Melon -
- Sam -

Ma tante Juliette est déjà à la manœuvre. Elle cuit, relit le menu, projette le repas et Alexis coupe les légumes. C’est une tradition chez les Melon. Juliette commande.

- Ma chérie, j'ai fini de couper les légumes. J'ai fait une brunoise exactement comme tu me l'as demandé.
- Ne sois pas moqueur, Alexis, tu sais que tu es mon commis préféré depuis si longtemps.
- J'ai toujours dit que tu aurais cartonné à Top Chef.


Comme ils s'aiment ces deux-là, simplement, gentiment, doucement avec humour et complicité. Quand ils se sont rencontrés, Juliette était très jeune mais Alexis a tenu bon, il a attendu les premiers diplômes, les premiers jobs tout en s'installant dans la famille. Alexis est la meilleure rencontre de cette famille. Il est si drôle et si attachant. Lui seul a le don de faire rire Juliette et rien n'est plus beau.

Jajou raconte toujours que Juliette est née avec 15 jours d’avance … en fait, elle est venue quand elle seule l’a décidé … avec cette détermination et cette volonté la caractériseront pour toujours. Elle a ce regard direct, franc, mystérieux qui décortique l’autre, regarde la vie avec droiture et raison et qui nous fait douter devant elle. Elle a ce pragmatisme pratico-pratique qui rassure. On se demande souvent qui décide dans la famille, qui dirige, qui est le baromètre de nos vies, et sans aucun doute nous savons tous que c’est Juliette. Les plus beaux moments sont sans conteste ses éclats de rire, si rares, qu’ils en deviennent précieux … Juliette, c'est un mystère si souvent sérieuse et raisonnable mais pourtant si attachante et touchante.

Avec Alexis, il forme un couple hors du commun. Inséparables, posés depuis toujours. Chez eux, il n’y a rien qui ne soit organisé. Tout est batché, réalisé ensemble. Les Melon sont reposants mais parfois surprenants. Juliette gère sa société de produits de beauté dans un superbe bâtiment dessiné par son mari. La définition du couple à l’extrême. Dès que cela leur a été possible, ils ont fait construire une jolie maison non loin de chez Jajou. Aucun des enfants ne s'est réellement éloignés d'ailleurs, la distance ne se trouvant que dans le respect de l'intimité des autres.

Juliette et Alexis sont comme les oiseaux inséparables et ma cousine Alicia est le reflet même de leur réussite. Une personne discrète qui a épousé un ami d’enfance.

Juliette a toujours dit qu'elle n'aurait qu'un seul enfant. Elle a cette aptitude à l'évidence. La routine de leur vie est attachante car rassurante. Chez les Melon on rit à demi-mot mais souvent.

Alicia est donc telle que sa mère l'a rêvée, en tous points parfaites. Elle a rencontré Noah à l'école primaire et a décidé à quatre ans que ce serait l'homme de sa vie et il l'est devenu. Tout comme sa mère, elle régit sa famille d'une main souple mais décidée.

Alexis gâte ses deux petits-enfants, Benjamin et Thibaut, le petit dernier de nos familles, tandis que Juliette remet l'église au milieu du village. Les trois garçons la craignent mais l'adorent et plus spécialement parce qu'elle leur concocte d'excellents petits plats.

- Juliette, papa vient de tout mettre en place.
- Je sais.
- Je sais que tu sais mais Marie ...
- Marie sait aussi que je sais mais voilà, il faut toujours qu'elle ait le dernier mot.


C'était dit sans rancune et sans élever le ton mais entre les deux sœurs il y avait toujours eu cette saine concurrence. Chacune, à sa manière, marque la famille de son empreinte. Et si leurs intentions sont souvent similaires, les chemins empruntés sont toujours opposés. Marie se mêle toujours de tout et Juliette l'accepte. De toute façon, c'est elle qui aura le dernier mot et ça par contre, c'était acquis depuis longtemps.

- Dis à ton père que j'apporte l'apéro et qu'il m'envoie ta mère, elle m'a promis une épice et je l'attends pour mettre la dernière touche.

Juliette et maman sont devenues amies très rapidement. Papa était proche de Marie, Atiya a fait tampon et a rapproché Juliette si réservée de papa si expansif.

- Papa, Juliette t'appelle.
- L'apéro est donc servi. J'y vais sinon je vais encore ramasser. On ne plaisante pas avec ta tante. Comment va maman ?
- Elle va bien. Elle se prépare à sa surprise, tu sais bien, sans rien dire. Je sais qu'elle n'aime pas être prise au dépourvu. Tu as bien tout ce qu'il faut. J'ai regardé le film des dizaines de fois. Il est parfait. Tu as vraiment géré papa.
- Va rejoindre ta mère et puis tu me raconteras tout sur les décisions que tu as prises.
- Comment tu sais ?
- Je le sais parce que je te connais. J'ai l'air absent Sam mais je te vois, n'en doute jamais.


- Les Beltrand  -
- Sam -

- Hello Ju, je vais chercher maman. Elle est en haut je suppose.
- Oui, tu sais bien sa manière à elle de se préparer au combat. Elle sait qu'on lui réserve une surprise et elle n'aime toujours pas ça.
- J'apporte l'apéro, tu descends avec elle ?


Papa et Jajou. A les imaginer ensemble, on comprend ce qui les lie. Ils sont semblables. Papa est son fils unique et préféré comme elle le dit si bien en souriant. Il le lui rend bien. Il la fait rire, un rire rauque et joyeux, qui vient du fond du cœur. Papa est drôle et Jajou adore ça. Lui seul a le don de la désarçonner et j'ai toujours eu plaisir à les imaginer plus tôt, dans leur vie de couple au départ des filles. Comme ils ont dû rigoler ensemble. Elle a toujours, quand elle le regarde, cette tendresse heureuse. Elle l'aime d'un amour qui ne fait aucun doute et l'évidence de la chose est si agréable à vivre.

Papa est musicien. Il a mis du temps à trouver son chemin et Jajou m'a raconté comment elle s'inquiétait pour lui. Ses deux grandes sœurs performaient. Il n'est pas toujours évident de trouver sa place et papa aimait prendre son temps. "Chill" comme il dit souvent. Papa est de ceux qui se regarde vivre et souvent je me dis qu'il a raison. Il faut profiter de l'instant, ne pas passer à côté des choses simples qui rendent heureux.

Papa et maman se rencontrent à l’école. Il a 19 ans et elle 15. Il a dû en faire du chemin pour la conquérir, elle lui est reconnaissante de sa ténacité et lui voue un amour inconditionnel. Cela a mis du temps. Maman est jeune et n'est pas prête mais elle a su voir en papa l'homme qu'il serait. Ils se courtise longtemps, vivent quelques temps chez Jajou puis un jour, ils sont prêts. Papa veut vivre en ville, maman veut vivre avec papa. Les choses se sont mises toutes seules, naturellement et ils ont fait leur chemin.

Cette affection profonde s'est ancrée à la naissance des triplés. Cela les a soudés. Et puis, sans crier gare, je suis arrivée. Maman rayonne à ma venue, un cadeau d’Allah. Elle est croyante. Je suis bénie.

Maman ne dit pas grand chose mais elle est fière de sa famille et raconte à l'envi le jour où ils ont appris qu'elle attendait trois bébés. Maman a questionné le docteur "aurais-je une fille ", papa souhaitait un garçon. Le docteur leur a prédit qu'ils seraient tous les deux satisfaits, maman un peu plus que papa d'ailleurs.

Ils en ont ri, pensant à une blague mais il faut bien se rendre à l'évidence, papa prend son temps pour faire les choses mais il les fait vraiment très bien.

Myriem et Evy sont inséparables. Elles ont décidé de s'investir pour les autres à leur manière. Myriem est infirmière, Evy en tant que Directrice générale d'une administration. Elles vivent toujours ensemble dans un petit appartement crade que les parents les exhortent à quitter.

Joshua ne se décidant pas à quitter le nid familial - rappelant à Jajou la difficulté de papa à s'affranchir d'elle en son temps –, Enéa, son amoureuse a emménagé avec lui dans sa chambre de jeune homme. Tout ce petit monde constitue ma famille. Mes frère et sœurs sont incroyables mais il y a cependant toujours eu une distance entre nous. Je suis à part, me dit souvent Myriem. Evy rajoute et particulière en plus. Joshua me regarde de travers comme une petite chose étrange, lui qui a hérité autant des dons musicaux de papa que de sa nonchalance.

Mes parents sont encore arrivés en retard. Un problème de musique à terminer. Dans son monde, papa a oublié Jajou et le deuxième dimanche du mois de juillet à Bois et Borsu. Maman le lui a pourtant rappelé. Ils ne sont pas les rois de l’organisation. Mais on ne rate pas l’anniversaire de Jajou.

Papa, quoi qu'on en dise, finit toujours par arriver, fais sourire Marie, s'excuse auprès de Juliette et enlace sa mère.

- La maison de Bois-et-Borsu -
- Jajou -

Sam était venue me chercher dans ma tanière et je l'ai suivi docilement, il était l'heure. Et puis, mon gars avait toujours les mots, simples, directs et généreux. Il me regardait et plus rien n'avait d'importance. Je suis descendue et du coin de la porte du jardin je les observais. Ils étaient tous là. Ils s'étaient mis à leur habitude. Juliette trônait en tête de table. Alexis était à sa droite et Alicia à sa gauche. Venaient ensuite tous mes petits-enfants et en face d’eux leurs parents avec Marie, au centre de la table et Ben qui s’occupait du vin.

La table de mes arrière-petits-enfants était sur le côté, comme toujours. Judith était entourée des quatre garçons.

Et puis Sam, à l’autre bout de la table. Sam n’était d’aucune table sinon de la mienne. Sam était là et attendait que je m’assoie.

- Jajou, tu peux raconter l'histoire de la maison.
- Benjamin ... tu sais bien que ...
- Laisse Sam, si aujourd'hui on ne peut pas se souvenir, quand pourrons-nous le faire alors ?
- les garçons, prenez votre cousine par la main et venez autour de moi. Je vais vous raconter la belle histoire de la maison au jardin.

J'adorais raconter cette histoire et tous le savaient. Transmettre le joli est un art subtil mais ma famille se prêtait au jeu et même si je radotais un peu - beaucoup diraient certaines mauvaises langues - j'avais plaisir à revivre encore et encore ces moments heureux où nous nous étions installés au jardin.

- Quand j'étais plus jeune, je rêvais d'une vie en ville. Je voyageais beaucoup, J'adorais les villes, aller au restaurant, la maison de ville était pratique. Et puis un jour, lors d'une promenade, tout au bout du chemin, j'ai vu le jardin. C'était toute une histoire cette maison. C'était une petite bâtisse, perdue dans les champs, rue du Fond du Bois. Comme son nom l'indiquait, tout autour, des bois, des champs, le calme et la campagne. François et moi nous avions l'habitude de nous promener dans les campagnes. Nous adorions le Condroz et avions projeté plusieurs fois de nous y installer. Donc, un jour, au détour d'un chemin, nous l'avons aperçue et de suite avons compris qu'ici se trouvait ce que nous avions toujours cherché.
- Et elle était à vendre ?
- oui, nous nous sommes arrêtés et avons remarqué une affiche qui tenait à peine. Elle devait être libre depuis si longtemps que nous nous sommes de suite dit qu'elle nous attendait. En longeant la haie d'aubépine, nous sommes rentrés par la petite barrière en bois. Tu vois Benjamin la barrière sur laquelle tu grimpes constamment. Elle était là depuis toujours. Nous avons longé les sentiers de rosiers. Les roses étaient en fleur et leur odeur tenace nous a immobilisés. Je m'en souviens encore. Les glycines et le réséda sentaient le miel. Ce qu'elle avait d'incroyable c'était son magnifique jardin. Il s'est imposé à nous comme une évidence, un ressourcement.

La maison était de petite taille mais nous avons de suite vu les possibilités et nous n'avons pas hésité.

Les enfants étaient curieux, mais il me plaisait de leur rappeler que Bois-et-Borsu n'était pas seulement une maison, c'était aussi un coup de foudre, une chance immense, un rêve concrétisé. En ville, il manquait quelque chose qui nous empêchait de nous projeter. J'avais besoin d'un endroit pour nous tous où la vie n'était pas que pratique.

Les enfants n'étaient pas encore là mais je les attendais avec impatience et il fallait un endroit où nous pourrions graver à tout jamais tout l'amour que nous avions les uns pour les autres.

Je n'avais pas les moyens de payer une telle propriété mais François avait de l'argent. Quand il est parti, il m'a légué la maison avec comme consigne de maintenir l'amour et les traditions au jardin. Elle a vu grandir mes enfants, puis leurs enfants et puis les tout-petits. Elle est devenue notre refuge. Nous aimons nous y lover quand le besoin de fait sentir.

A Bois-et-Borsu, il n'y avait qu'une seule règle. C'était celle du bonheur. Il ne l'était nulle part mentionné mais tout le monde le savait. C'était aux portes du Condroz qu'on laissait ses soucis.

Nous avions débusqué cette petite maison surprenante, les pièces s'imbriquaient les unes dans les autres.

Chaque recoin nous donnait l'occasion de vivre une aventure.

- Au début, nous n'étions donc que deux et avions organisé notre vie autour du jardin, puis les enfants sont venus nous rejoindre, comme naturellement. Avec eux, les petits-enfants et puis le cercle s'est agrandi, de plus en plus et vous êtes tous là.
- Jajou, pourquoi on vient toujours au jardin et qu'on passe l'après-midi à ne rien faire.
- C'est aussi ce que Sam disait, avant mais elle a vite compris parce que l'on n'y fait pas rien. Promener dans les champs, s'occuper du jardin, nous découvrir tous encore et encore, demande de l'énergie, du don de soi. Il y a tant d'histoires qui sont racontées ici, tant de problèmes qui sont solutionnés. Il ne faut pas croire qu'être ensemble n'est rien. Etre assis à regarder l'autre heureux est la plus belle des activités. Et puis, c'était aussi l'occasion pour moi de vous y voir tous et cela n'avait pas de prix.
- Jajou, raconte nous encore ...
- Pas maintenant Raphaël, je crois que Sam a quelque chose à dire.
- Merci Jajou. L'instant est solennel, je n'ai vraiment pas envie d'attendre le dessert et vu que les toiles sont prêtes... voilà, on sait que tu n'aimes pas, mais on sait aussi que tu en as besoin alors mieux que des mots, voici des images.

Pendant que Jajou racontait la maison, les hommes de la deuxième génération comme on les appelle ont installé un grand drap de lit ivoire entre les arbres. Les flambeaux ont aussi été dressés, ils seront allumés au couchant du soleil, comme les braséros. Nous sommes prêts pour le cinéma en plein air que nous adorons.

La surprise allait être de taille.

- C'est à mon tour de choisir le film, je suis la 7ème et nous sommes en juillet mais ça tu le sais, ce sont tes règles après tout ... Avant de passer le flambeau au troisième rang, j'ai une petite surprise pour toi. Nous te souhaitons un merveilleux anniversaire.

Une musique s'élève alors dans la nuit. "Ce matin j'irai dire aux gens que j'aime, juste merci d'être ce qu'ils sont" ...

Papa sourit, il jubile et Juliette lève les yeux au ciel. Il avait bien fait les choses à n'en pas douter, il y avait mis tout son cœur.

Plus un mot n'est prononcé et les images commencent à courir sur la toile.
« Modifié: 13 Mai 2021 à 16:36:56 par Scrapi »

Hors ligne sergent

  • Troubadour
  • Messages: 362
  • Major d'homme à fables
Re : Jajou
« Réponse #1 le: 05 Mai 2021 à 16:34:05 »
Salut, c'est joliment écrit, mais je j'ai juste quelques remarques, le récit est sensé se passer en 2050 hors on ne le sent pas, on se croirait dans une bulle ou plutôt un cocon. Je pense que c'est voulu.
Autre remarque je suis né en 1960 et les téléphones existaient déjà ils étaient noirs et en bakélite. :)

Hors ligne Abdenego

  • Tabellion
  • Messages: 43
Re : Jajou
« Réponse #2 le: 05 Mai 2021 à 19:21:02 »
Bonjour!

C'est une belle histoire, où l'on sent un attachement réel à l'histoire, aux lieux et aux personnages. En effet, il y a quelques répétitions de vocabulaire ou carrément de phrases, mais je pense que c'est voulu. En tout cas, ça participe à bercer le lecteur, à le faire entrer dans ce petit monde magique décrit par le narrateur. Tu as beaucoup aéré ton textes avec des paragraphes courts, je comprends l'idée même si c'est peut-être trop parcellaire pour moi.
Je tique aussi sur l'âge de Jajou, nonante ça parait beaucoup par rapport à ce que tu décris comme ambiance ou comme passif de Jajou. Ta Jajou a l'âge de ma mère et les années 60 ce n'était pas si archaïque que ça non plus côté techno (on est quand même allé sur la Lune, hein?! :) ), surtout vers 18-20 ans pour Jajou ( adolescence dans les années 80).
Quelques tournures sont un peu maladroites aussi et je n'ai pas trop aimé l'usage du terme "vivre-ensemble" au début, qui a été tellement médiatisé et politisé que ça ne va pas je trouve avec l'ambiance que tu retransmets.
En tout cas, on s'imagine bien cette grande famille et ses traditionnelles retrouvailles, ainsi que l'idée que chacun a sa partition à jouer. Le décor est pour moi bien planté, dans ce style un peu lent que tu as choisi.
J'ai bien aimé  :)

Bonne continuation!
Abdenego

"La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n'est qu'une création de l'esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure". G.K. Chesterton

Hors ligne Scrapi

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Re : Jajou
« Réponse #3 le: 07 Mai 2021 à 12:34:18 »
Bonjour!

C'est une belle histoire, où l'on sent un attachement réel à l'histoire, aux lieux et aux personnages. En effet, il y a quelques répétitions de vocabulaire ou carrément de phrases, mais je pense que c'est voulu. En tout cas, ça participe à bercer le lecteur, à le faire entrer dans ce petit monde magique décrit par le narrateur. Tu as beaucoup aéré ton textes avec des paragraphes courts, je comprends l'idée même si c'est peut-être trop parcellaire pour moi.
Je tique aussi sur l'âge de Jajou, nonante ça parait beaucoup par rapport à ce que tu décris comme ambiance ou comme passif de Jajou. Ta Jajou a l'âge de ma mère et les années 60 ce n'était pas si archaïque que ça non plus côté techno (on est quand même allé sur la Lune, hein?! :) ), surtout vers 18-20 ans pour Jajou ( adolescence dans les années 80).
Quelques tournures sont un peu maladroites aussi et je n'ai pas trop aimé l'usage du terme "vivre-ensemble" au début, qui a été tellement médiatisé et politisé que ça ne va pas je trouve avec l'ambiance que tu retransmets.
En tout cas, on s'imagine bien cette grande famille et ses traditionnelles retrouvailles, ainsi que l'idée que chacun a sa partition à jouer. Le décor est pour moi bien planté, dans ce style un peu lent que tu as choisi.
J'ai bien aimé  :)

Bonne continuation!

Merci beaucoup pour ton intervention. Je vais réfléchir à tout ça. Cela m'aide énormément.
Jajou a mon âge, tout simplement.
J'ai tenté de faire trois parties. J'écris la dernière et puis je reprends le tout pour affiner le texte.
Je suis consciente de l'existence de répétitions. Je pense que c'est aussi dû à mon vocabulaire ...
J'écris comme je le ressens. J'ai pris l'option de lire beaucoup plus ces derniers temps pour m'enrichir mais je ne veux pas non plus me trahir.
La simplicité des phrases est importante pour moi. J'essaie même d'enlever tout le superflu pour faire passer des émotions à travers des images plutôt que des descriptions.
Quant au "vivre-ensemble", je note et vais rechercher où cela apparaît mais c'est un style de vie que je pratique et j'avoue être si peu médiatisée et encore moins politisée que je ne sais pas comment c'est perçu pour les autres personnes. Par contre, tenter d'atteindre la perfection dans les relations intrafamiliales est une chose qui me tient à coeur et c'est un "way of life" très pratiqué chez moi.
Je suis très contente de recevoir vos remarques et t'en remercie vivement.
Amicalement,
« Modifié: 07 Mai 2021 à 12:46:56 par Scrapi »

Hors ligne Scrapi

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Re : Jajou
« Réponse #4 le: 07 Mai 2021 à 12:37:25 »
Salut, c'est joliment écrit, mais je j'ai juste quelques remarques, le récit est sensé se passer en 2050 hors on ne le sent pas, on se croirait dans une bulle ou plutôt un cocon. Je pense que c'est voulu.
Autre remarque je suis né en 1960 et les téléphones existaient déjà ils étaient noirs et en bakélite. :)

Bonjour,
Cette remarque sur le temps et la bulle est une excellente remarque. En fait, cela se passe dans un temps révolu et peu importe l'année. Par contre, les smartphones n'existaient pas à "notre" époque, c'est ce que je voulais dire, j'ai modifié. Cette histoire est très autobiographique. En 1980, nous n'avions que des téléphones fixes et tout le monde n'en avait pas. Pour se parler, il fallait se voir. C'est l'idée que j'ai voulu faire passer.
Je vais voir comment faire pour que cette année 2050 qui paraît si loin ne soit plus un obstacle.
En tout cas, un tout tout grand merci !
Amicalement,
« Modifié: 07 Mai 2021 à 16:37:29 par Scrapi »

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Jajou
« Réponse #5 le: 11 Mai 2021 à 07:30:34 »
.
« Modifié: 10 Juillet 2022 à 17:45:23 par Manu »

Hors ligne Scrapi

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Re : Jajou
« Réponse #6 le: 11 Mai 2021 à 08:56:53 »
Bonjour Scrapi,

J'ai lu la première partie du texte, jusqu'à - la fête à Bois-et-Borsu -  (j'étais un peu perdu dans la découpe du texte d'ailleurs).

Ainsi dit, cela semble si loin et surtout si improbable. Cela me fait, non pas un coup de vieux, mais un coup de dinosaures de lire cela...  :D :D :D

A son époque, parce que c'est comme ça que commencent la plupart de ses phrases,  J'aime bien ta façon de relier les paragraphes à ta grand-mère ! Cela renforce le côté viscéral de l'attachement de Sam à Jajou.

De belles phrases :
Nous sommes chez elle, nous sommes chez nous.

Elle n'a pas tracé sa route, elle a pris le chemin qui s'offre à elle

L'amour absent d'en haut, elle le donnerait en bas

L'hommage a la grand-mère est clairement établi. En ce sens, c'est réussi. Tu profites également pour nous brosser le portrait général de cette famille unie. Le texte se lit rapidement et les idées s’enchaînent agréablement. Le lien est mis en place et j'imagine que tu vas creuser tout cela dans la suite du texte.


Une remarque tout de même, mais certainement parce que je suis un lecteur très ancré sur le social :

nous a élevés dans cette idée que l'autre est le principe. C'est ici, à mon avis, que le texte pêche quelque peu. J'ai bien noté l'intention de l'auteur et l'hommage fait à la grand-mère, mais globalement, pour le lecteur, cela reste également un début de texte sur une génération. Une génération d'européens. Une génération dorée, avec un divorce et quand même la petite maison de campagne. Et ce qui me manque, c'est l’absence de quelques contrepoids : cette génération, ma génération a élevée le niveau d'hypocrisie à son paroxysme en ne cessant de discourir sur le principe dont tu parles et en ne cessant d'agir individuellement, pour l'argent. C'est une génération, où aucune belle grande idée ne s'est épanouie, même l'écologie attendra la génération suivante pour s'étendre un tant soit peu dans notre société.

Au final, une lecture agréable qui donne envie de connaître la suite. Au plaisir.

Bonjour,

Un tout tout grand merci pour cette lecture et ces remarques.

Pourrais-tu me préciser où tu étais "un peu perdu" ? ... bien que moi aussi parfois je m'y perds  :noange:... mais à force de relire et de corriger il me semble que les idées se simplifient. J'avoue que le début n'est pas toujours très "digeste" mais il me fallait planter le décor.

Je ne sais pas si c'est utopique mais il faut remettre tout ça dans le contexte. C'est une histoire assez autobiographique et nous tentons de vivre comme ça. L'autre est réellement le principe et c'est une valeur à laquelle je tiens. Oui le monde met du temps à comprendre qu'il s'abîme mais je sais qu'il existe des humains qui pensent comme ça. C'est un combat de tous les instants se rapprocher de l'autre, de la terre, de la nature.

Conception très européenne : c'est ce que me répète à l'envi mon père africain. C'est vrai tout ça.

La petite maison à la campagne : je voulais un lien vivant, loin de tout qui rassemble. C'est très cliché je sais mais je souhaitais marquer l'idée d'un voyage de tous vers un ensemble partagé.  "C'était aux portes du Condroz que l'on laissait ses soucis"

Je sais que cette histoire est "gentillette et fleur bleue" ... mais bon, comme dit plus haut, c'est assez autobiographique et c'est ce que je suis après tout ...

Je t'invite, au détour d'un moment, à lire la suite et je te remercie, une fois de plus, pour ces remarques qui me font avancer ...

Quand à ces fameux "contrepoids", après avoir terminé la troisième et dernière partie, je vais m'atteler à approfondir cette idée qui donnera j'en suis certaine de la force à mon récit.

Après tout ce qui compte dans le chemin, c'est la compagnie  ;D

Jeanne



« Modifié: 11 Mai 2021 à 08:59:41 par Scrapi »

Hors ligne Manu

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 543
Re : Jajou
« Réponse #7 le: 12 Mai 2021 à 15:49:31 »
.
« Modifié: 10 Juillet 2022 à 13:39:29 par Manu »

Hors ligne Scrapi

  • Plumelette
  • Messages: 15
Re : Re : Jajou
« Réponse #8 le: 12 Mai 2021 à 17:33:05 »
Bonjour Scrapi,

Pourrais-tu me préciser où tu étais "un peu perdu" ? Ce n'est pas grand-chose, juste un peu difficile de retrouver les chapitres (ou sections du texte). Peut-être aéré un peu plus ou mettre en gras les entêtes de chapitres.

 c'est assez autobiographique et c'est ce que je suis après tout
    Et tu as bien raison. C'est ce qui est important. Et je le répète, j'ai eu plaisir à lire ce début d'histoire entre une jeune femme et sa grand-mère et, oui, j'ai bien l'intention de continuer à lire cette nouvelle.

Au plaisir de te lire, donc.  :)

Bonjour,

J'ai refait la mise en page. Elle n'était pas très propre j'avoue. Cela semble maintenant plus aisé à lire.
Merci de l'intérêt.

Belle lecture  :)


 


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