Libre improvisation après la lecture de la société du spectacle de Guy DEBORD.
Longtemps j’ai signé : « manifestation absurde ». Je vous dois un minimum d’explication sur ce que cela Me signifie et Me représente en lutte contre l’aspiration à la manifestation superficielle écrasante. Je ne joue pas la comédie. Mais j’entends vos critiques sur mes expressions figées dans le désespoir auto-centré. Je vais donc tenter de vous permettre d’entrevoir une animation là où à première vue vous ne contemplez que stupeurs fixes, désolées et recroquevillées. C’est le mouvement qui Nous importe. Oui ! Il y a la force d’un prolongement imaginaire où j’exprime ontologiquement et artistiquement mes sentiments mais aussi les sentiments imaginaires des miens et des siens et des vôtres : un fouillis qui ne traverse ma tête que pour être engendré dans ma société du spectacle.
Je ne réclame pas d’adhésion à ces expressions spectaculaires revendiquées de Mon possible. Une lectrice m’explique que ce n’est pas permis et je remercie du compliment. L’ambition de réaliser une communication directe relève le défi d’une lutte vouée à de nombreux échecs. Je ne réclame pas l’adhésion. Mon spectacle n’est pas soumis aux inquiétudes d’une reconnaissance admirative. Je ne suis pas quelqu’un qui se corrige pour espérer plaire. Les artifices artistiques peuvent introduire la méfiance mais je le redis je ne réclame pas l’adhésion.
L’exclusivité de mon spectacle s’arrête ou commence sa manifestation absurde. Flèche n’aura jamais la même portée pour personne. La manifestation absurde libère un geste vers…un ailleurs dé-ordonné, dé-faillant, dé-construit, dé-obligé. Certes mon spectacle porte des outrancies, des écholalies, des impasses intimes mais surtout une lutte intestine de dé-racinement. Là où le spectacle produit une circulation, mon spectacle éclate !
J’ai donc une prétention et une volonté farouchement obstinée. Je ne brigue pas l’hermétisme et la bienveillante incompréhension. Le spectacle de tous ces mouvements anarchiques entend rompre la circulation admise. Néanmoins, elle se manifeste d’abords déguisée en empruntant les travestissements des chemins autorisés, question de Résistance ! Quelques uns s’offusqueront de ces parures, d’autres apprendront à soulever ma jupe pour ensuite… Je ne parle pas de ceux qui continuent à se détourner de ce spectacle, prisonniers d’une ronde des Endormis.
Un autre de mes titres spectaculaires s’intitule ; « La rencontre des solitaires ». Là aussi il est impérieux d’un d’abord Résistant. J’ai vu et senti à quel point le risque Résistant transforme mon Arlequin en loque quadrillée pour une mince partie d’échec. Il y a à découvrir par un patient théâtre d’opération. Là où tout semble urgent et précipité ne se nichent que l’incompréhension et ses enfants stériles.
Je ne prétends pas maitriser. L’a priori fondamental de mon spectacle est l’errance des rencontres. D’aucun ne comprend pas pourquoi alors tant de voluptés ou volutes personnelles et égocentriques. En quoi ce soliloque parfumé au souffre devrait monter jusque dans ses narines. Quelqu’un m’a dit avec clairvoyance et sincérité: « Y a rien à respirer ! ». C’est mon spectacle mais ce n’est pas moi. Ce n’est que du spectacle !
La transcription artistique de mon monde sensible crée mon spectacle sans compiler une préemption réelle. En cela il ya de l’illusion et du mensonge qui empêchent de confondre mon spectacle et ma vie. Mon spectacle est évidemment une transfiguration et non une coagulation d’une réalité aliénée. Là où prévaut l’éloignement des êtres mon spectacle est une invitation au rapprochement : une simple et importante invitation aux nobles prétentions culturelles. Mon spectacle affirme sa singularité et sa rareté comme garantie l’excluant de tout mode de production massive, l’excluant d’un quelconque pouvoir. Le spectateur ne voit pas que par lui. Mon spectacle ne réclame pas l’adhésion mais invite à un indéfinissable. L’erreur de ne voir que Lui arrive plus que souvent à ces spectateurs yeux collés et usés…