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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » D'Jérem et la femme de demain

Auteur Sujet: D'Jérem et la femme de demain  (Lu 2110 fois)

Hors ligne PsychoWriter

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D'Jérem et la femme de demain
« le: 27 Mars 2021 à 17:23:43 »
salut,
voici un texte que je viens de finir...  Je vous invite à un spectacle "un peu" comique, enfin j'espère.
toute ressemblance avec des personnes existantes est fortuite.
à plus



D’Jérem et la femme de demain.

Dix minutes que tout le monde s’est installé.
Les dorures et affiches d’anciens numéros annoncent un énième bon moment dans ce théâtre parisien Le Prodige où vous êtes tous venu voir D’Jérem, l’un des nouveaux comiques talentueux de ces 5 dernières années sur les réseaux sociaux.
En attendant, la première partie de son spectacle est assurée par Lorine, une de ses découvertes et productions féminines et, parait-il, petite-amie.
Quelques strapontins en velours rouge confortables s’ouvrent encore derrière vous et aux quatre balcons. Les faisceaux blancs éclairent la salle et les ombres des retardataires.
Devant, le rideau cachant la scène frémit lui aussi d’impatience. Et enfin, le noir complet tombe peu à peu et avale les spectateurs, échangeant ainsi le brouhaha des voix basses et des déplacements avec le froufrou du lourd tissu s’ouvrant sur les planches et le décor. Tant pis pour ceux qui rateront le début, le spectacle commence.
La décor sombre s’éclaire peu à peu et voici que des femmes marchant sur les bords gauche et droite simulent une rue passante.
A bien y regarder ces femmes, plantureuses et courtes vêtues, sont plutôt des hologrammes, oui, et tous différents : rousses aux longs cheveux ondulés sur une robe légère ; une blonde à queue de cheval portant un top moulant et un short ; une brune aux cheveux courts portant une robe noire élégante ; d’autres femmes encore en tenue estivales mais toutes, oui toutes juchées sur de fins talons ou des compensés.
Elles se croisent dans d’assourdissants cliquetis de talons, se saluent par des simagrées d’embrassades, dans des ricanements moqueurs, aigus et ridicules, elles marchent avec peine parfois et manquent de se fouler la cheville, rient en silence, font des signes caricaturaux qu’un comique homme pourrait faire… 
Puis arrive une énième au milieu d’elles, Lorine, qui se fraye un chemin, en tortillant ses pieds et chevilles dans ses chaussures transparentes, épaisses et dotées de talons de 15 cm.
-   Salut ! Vous allez bien ! S’exclame-t-elle en parvenant avec peine au bord de la scène.
La foule, dont vous, répond un immense oui, applaudit et surtout certains la sifflent.
La femme, blonde à longue queue de cheval, est vêtue d’un top moulant noir à paillettes
et d’une mini-jupe noire, prend une pose de mannequin différente toutes les 20 à 30 secondes en souriant, en replaçant la bandoulière de son sac à main noir dans le creux de son coude, et en faisant des signes aux hommes particulièrement, en tout cas ceux qu’elle voit :
-   Gardez vos mains bien en vue les mecs, hein… Je sais qu’je suis bonne mais ne faites
pas de saloperie sur les velours, ca serait retenu sur ma paye…
   La foule rit (et vous ?), applaudit encore et la siffle.
-   Wooooh ! Quel bonheur d’être là parmi vous… Hurle-t-elle carrément pour se faire
entendre et faire comprendre que le sketch commence. C’était pas gagné pourtant, hein ? Vous avez vu comme on marche mal avec ça… Enfin on… Moi en tout cas.
   Sur la droite, une voix masculine marmonne et elle répète ce qu’elle a entendu :
-   Hein ? Ouais, ben j’avais qu’à pas les mettre je sais, mais t’a déjà vu une cigogne ou
un flament rose ? C’est beau mais faut bien avouer qu’avec ses grandes pattes ils ont l’air un peu godiche pour marcher… Ben les femmes c’est pareil : elles sont belles sur des talons mais pour marcher on dirait des godiches. Je crois que l’un ne va pas sans l’autre…
   Une partie du public rit de bon cœur et l’autre la hue pendant qu’elle change de position. De plus, elle fait un signe de tête ridicule pour :
-   1 : hurler à la bande fille derrière elle de la boucler (le son des femmes baisse mais
est toujours présent)
-   2 : afin de ramener sur sa poitrine sa longue et épaisse queue de cheval qu’elle se
met à flatter.
-   Hoooo !
-   A ça vous savez ce que c’est les mecs ? Ca ce sont les femmes à talons qui n’aiment
pas qu’on disent la vérité… Mais vous en faites pas les filles, y’en aura aussi pour les hommes.
   Maintenant les hommes huent et les filles applaudissent (et vous ?). Puis elle les laisse se calmer, tandis que derrière elle les femmes hologrammes continuent leurs balades et leurs rencontres. Quelques-unes posent leurs mains sur leurs ventres, comme si elles ressentaient une douleur.
   Au bord de la scène, Lorine attend le silence tout en soignant ses poses sexy et les caresses sur ses cheveux. Puis, enfin elle ajoute pour ceux qui se demandent ce qu’elle attend pour reprendre :
-   Ben quoi ? Ils aiment que je les caresse… Ils le valent bien…
Sur ce, et sur quelques rires, Lorine touche son ventre et se penche en avant :
-   Arrr… Ca fait mal… Quelle douleur d’être une femme… Mais ça va aller mieux…
Elle ouvre son sac à main et cherche à l’intérieur :
-   Alors à votre avis, combien de temps il me faut pour trouver du doliprane dans tout
mon fatras ? 5, 10, 15 minutes ?
   Le public n’a pas vraiment le temps de répondre qu’elle le coupe :
-   Ah, ça y est !
Elle n’a rien bien sûr mais mime parfaitement la prise du médicament.
-   Alors j’me présente je suis Lorine, belle et intelligente femme moderne (elle se
désigne tout en marchant de droite à gauche) qui vient du futur !  Si si, je viens du futur pour vous dire comment l’évolution des femmes va impacter votre société, pour vous dire à vous les hommes comment mieux comprendre les femmes d’aujourd’hui, et à vous les filles que…
Puis tout à coup, alors qu’elle se pavane en marchant difficilement, un liquide rouge coule
le long de l’intérieur de sa jambe gauche.
   Lorine s’arrête au milieu de la scène et observe les réactions du public, en souriant. En hochant la tête.
   Les premiers rangs, ceux qu’elle voit le mieux, sont assez horrifiés, surtout les hommes. Mais des femmes également mettent la main devant la bouche et secouent la tête avec dégout.
   Elle se rapproche pour que les premiers spectateurs voient mieux ce qui se passent le long de ses cuisses :
-   C’est dégueu, hein ?
Des ouais, des Brrr, des silences ou des jugements fusent. En fait, personne ne saurait dire
s’il s’agit d’un faux sang pour faire réagir, ou du vrai sang de Lorine tant la ressemblance et donc la méprise sont totales.
-   Et pourtant ça fait partie de la féminité ! Reprend-elle vivement. Et c’est ça que je
suis venue vous dire les filles : vous voulez être belles, féminines, vous connaissez vos morphologies, vous savez ce qu’il faut porter ou pas, vous voulez gagner autant que les hommes ou plus, vous voulez être respectées pour votre intelligence… Mais vous cacher cela (elle montre du doigt son entre-jambe) : votre atout, le principe même de la femme, sa quintessence… Et bien non ! (Lorine reprend sa marche avec conviction) La femme de demain n’aura plus besoin de serviette ou de tampon, car demain les règles ne seront plus tabou, elles font parties de nous, le nouveau sexe fort ! (elle lève le poing bien haut et dans la foule quelques femmes l’imitent tandis que d’autres l’applaudissent)
-   …Nous les femmes nous sommes belles et intelligentes à la fois ! (derrière elle, les
femmes hologrammes cessent leurs bavardages et leurs balades – dans la foule plus de femmes répondent un Ouais unanime) !
-   …Nous les femmes nous pouvons élever seules nos gamins ! (les fausses femmes se
rassemblent autour de Lorine – plus de femmes du public répète le même Ouais unanime) !
-   …Nous savons gagner de l’argent, changer les roues d’une voiture, bricoler, changer
des piles, brancher la télé et la box… (alignées au bord de la scène, les règles des fausses femmes coulent à l’intérieur de leurs jambes – toujours un Ouais scandé par davantage de femmes) !
-   …Donc nous exigeons encore plus de respect : que la société évolue encore et accepte
les règles comme un simple signe de plus de féminité mais comme le pouvoir de la natalité ! (Lorine et sa troupe d’hologramme lèvent le poing et écarte davantage les jambes pour laisser couler librement le symbole de la femme et de la maternité).
   Applaudissements soutenus (sans doute de femmes modernes et libérées) ; quelques huées malgré tout (sans doute de femmes réac et coincées, sans doute aussi des machos) ; et 3 ou 4 départs (de femmes dans les 60/70 ans qui n’ont jamais vu ça ! Qui ont du mal encore à accepter de tels sujets de conversation, de blague) se mêlent dans le public.
   Lorine fait signe à ses collègues imaginaires de reprendre leurs routes et sur les planches derrière elles, se forment des fines lignes de sang.
   Elle poursuit son show, sans se soucier des départs ou des mécontents, et reprend sa marche avec énergie et assurance :
-   Alors, ça vous tente le futur ? Vous imaginez la ville sous ce flot de sang… Une vraie
boucherie… Il ne manquerait plus que les chiens de chasse… Et dans les ascenseurs, (elle mime le sang échouer à terre) dans les bureaux, Woooh ! Que de glissades ! Y’aura des caméras cachées partout pour faire d’immenses bêtisiers… Et pareil pour les accouchements, ben ouais, on vit la féminité à fond : on perd les eaux par-là sur la moquette en mohair du patron, on accouche plus loin sur le beau parquet ciré de la salle de réunion et hop v’là le gamin (d’une main fendant l’air elle mime le fœtus sortant de sa cachette et qui file tout droit) qui glisse comme un pingouin sur la banquise…
   Les rires fusent à présent (et vous ?), l’image est plus amusante que la précédente.
   Lorine marche à nouveau, de droite à gauche prudemment pour ne pas glisser sur le liquide coulant sur la scène, tout en mimant encore l’éjection du bébé et sa glissade… De gauche à droite elle rit avec quelques personnes et observent le public.
   Puis elle reprend une pose sexy, toujours affublée de son sac à main et de ses cheveux qu’elle caresse.
-   Aaahhh ! C’que je suis bien là avec vous… Vous avez l’esprit ouvert, c’est cool…
Puis elle reprend sa marche :
-   Donc voilà ce qui vous attend dans le futur : des femmes belles certes et très très
libérées de toutes entraves… Ceci dit attention mesdames : les femmes de demain sont vos filles d’aujourd’hui, qu’elles soient belles et intelligentes d’accord, mais vraiment ? Vous pensez que ne s’intéresser qu’à la mode, au maquillage et aux selfie sexy est un but dans vie ? Pour une certaine brune à créoles immenses et au discours insignifiant ok, mais pour VOS filles… Non…
   Lorine, agacée par les talons, les ôtent dans un coin de la scène et revient pieds nus au-devant. Derrière elle, les femmes holographiques disparaissent peu à peu.
-   L’intelligence est dans la tête, pas dans ta morphologie… Les aptitudes, le talent ne
sont pas dans un décolleté ou dans l’ourlet d’une mini-jupe ils sont là (elle pose la main sur sa tête), là dans ton cerveau, tu dois être jugée sur tes capacités, sur ton intelligence et pas sur ton apparence.
   Elle marche sur la scène de long en large, lentement tout en exposant ses idées :
-   Ouais, c’est vrai, on est toutes d’accord mais si tu viens au bureau habillé comme ça :
(elle montre sa tenue et prend une pose lascive) tu crois qu’on va penser quoi de toi ? Hein ? Non mais franchement ? Une femme franche dira : encore une pétasse qui pense qu’à se faire le patron… Allez, soyez pas hypocrite les filles, on a toutes pensé ça au moins une fois d’une collègue…
   Elle ne laisse qu’une seconde pour reprendre son souffle, aucune protestation. Et vous ?
-   …Et les femmes qui viennent bosser avec de grands décolletés ? Elles aiment
tellement leurs seins qu’elles veulent les voir en baissant la tête, elles peuvent pas s’en passer. Pareil pour celles qui ne s’habillent qu’en mini-jupes : elles sont dingues de leurs jambes et veulent les voir toutes la journée… La vanité, le narcissisme… Tout ce que vous voulez sauf le boulot… Non, c’est pour être vues, c’est pas autre chose. Qu’elles le fassent inconsciemment ou pas, juste pour être vue des mecs, pour séduire. Et puis surtout c’est à cause de la société qui demande, ou plutôt qui veut que la femme soit toujours sexy, (elle fait de grands gestes pour mimer et exagérer les rituels quotidiens) toujours belle, irréprochable sur ses fringues, son maquillage, son allure, son travail, ses enfants, son mariage… Moi je suis sûre que c’est  un homme qui a décrété ça dans les années 50 pour des réclames ou un magazine…
   (elle fait allusion à l’article The Good Wife’s Guide qui serait un canular… Ou pas)
   Soudain elle s’arrête, essoufflée, au-devant de la scène :
-   Oooh ! Et les mecs alors ? Ils n’ont rien à faire ? Et non, et vous savez pourquoi ?
Parce que ce sont les hommes qui veulent tout ça de la femme. Pourquoi ? Pour qu’on soient toutes bonnes à baiser au cas où la fin du monde arrive là, tout à coup ! Pour que le monde soit plus beau… Pour que la journée soit plus agréable au milieu de belles femmes, d’agréables parfums… Mais vous savez quoi les mecs ? et vous aussi Mesdames et Mesdemoiselles : vous avez le droit de ne pas être belles. Si, bien sûr que si. Quand vous accouchez, vous êtes pas au top du glamour. Quand vous êtes malade, enroulée dans un peignoir hideux et le nez débordant de morve c’est pas glamour non plus et pourtant même dans ces moments-là il faut que vous fassiez tout… Lors de l’accouchement le mec il fait quoi ? Il fait des photos et les envois à ses potes, à sa famille pendant que vous souffrez. Pendant que vous êtes malades le mec il fait quoi ? Il va bosser ou il sort avec ses potes, il joue à la console mais il ne fait pas le ménage, il ne fait pas la lessive, ne s’occupe des mioches, il se dit que vous ferez tout ça une fois guérie…
   Rires et applaudissements se mêlent un instant (et vous ?). Lorine ne leur laisse pas le temps de trop réfléchir, elle enchaine :
-   Donc oui vous avez le droit, nous avons toutes le droit d’être moches !!
(applaudissements)
-   Ouais, de s’habiller comme un sac à patate pour trainer en ville, de ne pas attirer les
regards lubriques des mecs, de ne pas se sentir sexy et désirable, de ne pas se maquiller, de ne pas se coiffer… Ouais on a le droit, et vous savez quoi, et bien c’est ça aussi être une femme : être nature et simple, ne pas se prendre la tête pour des futilités, ne pas être superficielle !! Bon sang mais pensez aux vraies choses de la vie, au malheur des autres femmes du monde qui n’ont pas votre chance, aux animaux qui souffrent pour le maquillage, les vêtements, la bouffe, aux enfants qui n’ont pas à manger, franchement les filles, c’est pas plus important ? Je suis sûre que si vous faisiez des dons ou des actes bénévoles pour tous ces injustices vous vous sentiriez encore bien mieux dans votre peau.
   Applaudissements et sifflements d’admiration se mêlent dans le public (et vous ?). Lorine applaudit également le public en s’arrêtant devant eux :
-   Merci, merci à vous !
Puis elle reprend son monologue :
-   Qu’est-ce qui fait qu’on est une femme finalement ? Le corps : les seins, le vagin, les
règles, point barre. Qui a dit qu’une femme devait montrer ses formes sans arrêt ?  Qu’est-ce qui fait qu’un homme est un homme ? Son corps, ses muscles, son pénis, point barre. A l’intérieur on a tous une âme, des rêves, des goûts différents, et pourtant personne à dit que les hommes devaient montrer leurs formes sans arrêt… Alors ? Qui subi cette arnaque de la sexy attitude jour et nuit ? Les femmes. Et c’est à cause de ça, de cette fausse obligation d’être belle et désirable sans arrêt que les femmes ont perdu l’essentiel, enfin certaines : leurs cerveaux.
   Des huées et des applaudissements. Et vous, comment réagissez-vous ?
-   Bien sûr que c’est vrai Mesdames, et c’est de votre faute, vous êtes trop influençables,
ne vous laissez pas dicter votre vie par la mode, les émissions débiles sur comment acheter des fringues ou passer des heures en cuisine à faire des plats ratés et du gâchis alimentaire… Instruisez-vous, soyez plus cool avec vous-même et vous vous accepterez bien mieux qu’en essayant de ressembler aux top-models… Un jour elles aussi seront plus grosses et auront de mioches qui les emmerderont jour et nuit… Si si, et là on rira bien parce qu’elles découvriront à peine ce qu’est la vraie vie tandis que vous, tandis que nous nous la connaissons déjà !
   A nouveau des applaudissements, quelques rires. Les hologrammes ont disparu, les traces de sang sur les planches n’étaient que des effets de lumières. Lorine remercie le public, le salue. Puis les applaudissements varient.
   Au lieu de féliciter et complimenter l’artiste pour son show, ils approuvent, remercient l’arrivée tant attendue de D’Jérem. Enfin !
   Grand, brun à la mèche rebelle, vêtu d’un t-shirt noir soulignant ses biceps et son torse musclé, en jean noir rallongeant ses jambes puissantes, il apparait tel un sauveur de spectacle, un héros solitaire et invincible.
-   Lorine… Fait-il en s’approchant d’elle. Lorine ?
-   Hein… Ah D’Jérem… C’est déjà à toi…
-   Oui, mais qu’est-ce que j’entends : dans le futur tu crois que les femmes vont laisser
leurs règles couler devant tout le monde ?
-   Oui, évidemment, ce sera un droit, un privilège.
-   D’accord. Et qui va nettoyer ?
-   Les hommes de ménage.
-   D’accord, admettons puisqu’il y en a déjà. Mais sinon… A la maison ? Tu crois que
je vais nettoyer derrière toi ?
   Elle regarde le public, amusée :
-   Ben… Si tu m’aimes… Oui.
-   Ah. D’accord, bien sûr, de temps en temps si c’est vraiment dégueu mais… (D’Jérem
commence à ricaner)
-   Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a de drôle ?
-   Non rien. (il rit sans pouvoir se retenir)
-   Si y’a quelque chose qui te fais rire alors vas-y, on est tous là pour ça.
-   Je repensais au bébé… Frrrt (il fait le geste de sa main)… Le pingouin sur la
banquise…
-   Oui, t’as vu je l’ai bien fait. (elle le refait également)
-   Ouais, ouais, très bien. Et puis… (il se racle la gorge) et puis j’imagine une femme
bien sapée, genre tailleur chic Chanel, bijoux en or et manières de princesse qui laisse couler son sang sur le sol pendant son lèche-vitrine ou un gala de charité…
-   Oui… Et bien.
-   Ca s’rait tordant !
-   Oui, oui, je vois c’que tu veux dire… Le chic de ses vêtements et de ses bonnes
manières feraient contraste avec le naturel et la primitivité de sa situation physiologique.
   Aussitôt D’Jérem cesse ses rires, il reprend son sérieux et regarde Lorine tandis que certaines personnes du public rient.
-   Oui, c’est ça.
Elle hoche la tête, s’apprête à dire quelque chose mais il l’en empêche :
-   C’est quoi cette tenue ?
-   Quoi ? Ca ?
-   Ben oui, ça ? Enlève-moi ça !
-   Pardon ? Là tout de suite ? S’enquiert-elle en regardant le public d’un air interloqué.
-   Oui, allez…
D’Jérem passe derrière elle, décidé à agir.
-   Non attends, j’ai oublié quelque chose.
-   T’as oublié un vêtement ?
-   Non. J’ai oublié de parler des prostituées. Le public va adorer.
Dans le dos de Lorine, D’Jérem croise les bras :
-   Ca va être drôle ?
-   Peut-être pas.
-   Alors c’est pas sûr qu’il adore.
-   Laisse-moi essayer, hein ? Je suis là pour ça.
-   Vas-y, fais-toi plaisir.
-   Donc, les prostituées. (commence Lorine en se plaçant plus au-devant de la scène)
Ces femmes formidables qui sont là pour s’occuper de vos maris, oui parce que moi j'en ai pas, de vos amants, etc... Quand vous, mesdames et mesdemoiselles n’avaient plus envie sexuellement d’eux : ils sont trop gros, trop laids, trop chiants… Et bien ces femmes formidables je voudrais ce soir les remercier car elles sont habités d’un dévouement exemplaires, plus acharné et durable que le devoir conjugal des épouses au ras-le-bol et au dégout intarissables…
   Dans le public, des applaudissements et des sifflements fusent. Aucune huer. Et vous ?
   Pendant ce temps, D’Jérem s’approche :
-   Ca y est ?
-   Oui. Fait-elle en tournant un peu la tête.
-   T’avais raison : c’est pas drôle du tout.
-   Non, ce n’est pas ce que j’ai dit… (elle lève le doigt pour tenter de rectifier mais il ne
la laisse pas finir)
-   Bon tu te changes maintenant, regardes-toi, tu ressembles à rien…
-   Comment ça je ressemble à rien ? (Lorine s’apprête à se retourner pour protester mais
D’Jérem l’en empêche en posant ses mains sur ses épaules) Hier tu quittais pas des yeux une meuf habillée pareil… Et les prostituées, elles sont plus vêtues que ça et tous les mecs adorent.
-   Ouais mais… Mais c’est normal (affirme-t-il, sûr d’avoir raison) elles portent ça pour
attirer les hommes.
-   Ah, donc ça rejoint ce que je dis : les femmes s’habillent ainsi pour attirer les mecs,
elles prétendent le faire pour elles mais c’est faux.
-   Bien sûr que c’est faux… Sinon (dans le dos de Lorine, D’Jérem défait un bouton et
ôte le top paillettes – le public émet des sifflements mais Lorine n’est pas déshabillée : c’est un chemisier noir cintré qui apparait)
-   Elles s’habilleraient en jogging (il défait un bouton dans le dos de la jupe et hop, le
tissu et les jambes couleur chair et sang volent plus loin pour laisser apparaitre un pantalon noir)
-   Ou en djellaba ou en sarouel… (enfin il tire sa queue de cheval). Ben, voilà, t’es mieux
comme ça.
   Lorine au naturel apparait afin : des cheveux mi-longs et blonds, vêtue tout en noir mais avec classe et simplicité. Elle jette plus loin son sac à main ridicule et salue le public.

Hors ligne PsychoWriter

  • Scribe
  • Messages: 68
Re : D'Jérem et la femme de demain
« Réponse #1 le: 29 Mai 2021 à 17:09:30 »
salut
j'aimerais bien avoir au moins un avis, c'est mon premier essai dans le genre "comique" on va dire et dans le style.
merci

Hors ligne Quaedam

  • Calliopéen
  • Messages: 462
  • Jean-Michel Palaref
Re : D'Jérem et la femme de demain
« Réponse #2 le: 29 Mai 2021 à 23:08:29 »
Salut PsychoWriter,
Puisque tu souhaites au moins un avis, en voilà un. J’espère qu’il ne te décevra pas trop.  :calin:

Je ne vais pas faire un commentaire détaillé mais je vais essayer de faire au mieux. Je sais que tu utilises la provoc pour ce texte et que c’est Laurine qui s’exprime, néanmoins je suis assez…. « opposée » à son discours et je n’ai pas pu l’apprécier tant mon œil critique critiquait.  :mrgreen:

La forme :
Le fait que tu reviennes à la ligne sans raison me perturbe. Je ne sais pas si c’est pour mettre en avant certains morceaux de phrase mais je trouve ça assez désagréable à lire. Je trouve que ça brise le rythme de lecture voir, à l’effet contraire que celui (que je pense être) recherché.
Le texte est globalement touffu, sans espace pour distinguer les répliques et les dialogues ; cela ajouté aux retours à la ligne intempestif rend le tout plutôt pénible. Quelle est la raison à cette mise en forme ?

J’ai par contre, bien aimé le fait que tu brises le quatrième mur avec le (et vous ?) mais j’ai cru que c’était ironique (genre : " regardez, c’est pas drôle, hein ?") du coup je suis un peu mitigée sur son efficacité. Malgré tout, j’apprécie l’idée de mise en scène. Surtout pour un spectacle.
J’ai aussi apprécié le côté « technologique » du one woman show.

Le fond :
Franchement, à la lecture j’ai cru que tu étais un homme haha.
Je pense que c’est parce que ma conception de la femme ou du féminin est très éloignée de la tienne. Je ne veux pas te faire de procès d’intention, et je garde à l’esprit que c’est un personnage qui s’exprime et pas toi. Malgré tout, je suis tellement en désaccord avec les points soulevés par ton personnage, que je n’ai pas pu rentrer dans le récit. Je t’explique pourquoi en spoiler, mais c’est tellement subjectif que je ne suis pas sure que tu puisses en retirer quelque chose. J’espère néanmoins que cela éclairera mon point de vue dans ma non-adhérence à ton propos. 

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Bref voilà, j’espère que tu ne te sentiras pas agressée ou vexée par mes propos, juste que tu comprendras mieux mon point de vue. Du coup, je sens que je ne suis pas vraiment le public cible et du coup, malgré quelques bonnes idées de mise en scène, je n’ai pas franchement ri.

Hors ligne PsychoWriter

  • Scribe
  • Messages: 68
Re : D'Jérem et la femme de demain
« Réponse #3 le: 05 Juin 2021 à 14:55:26 »
Quaedam :
merci pour ton avis.
il ne me déçoit pas, et tout ceux qui veulent en ajouter un le peuvent.

Hors ligne meynaf

  • Calligraphe
  • Messages: 140
  • Je sais, je dois défaire le Loom.
Re : Re : D'Jérem et la femme de demain
« Réponse #4 le: 11 Juin 2021 à 16:07:40 »
il ne me déçoit pas, et tout ceux qui veulent en ajouter un le peuvent.
Alors je le fais  ;)

Sur la forme : d'abord, pas grand-chose à redire en ce qui me concerne sur les retours à la ligne. Franchement, moi qui déteste les gros pavés indigestes, ce n'est pas plus mal. Même s'il est vrai que parfois il n'y a aucune ponctuation devant : ça sent le copié-collé depuis un éditeur de texte qui ne fait pas la frappe au kilomètre...
Ensuite, il y a bien une coquille ici ou là :
- La décor sombre :  Le décor
- ca serait retenu sur ma paye : ça (manque la cédille)
- un flament rose : flamant
- A ça vous savez ce que c’est : plutôt Ah ça
- Aucune huer : aucune huée

Sur le fond : c'est vrai que je n'accroche pas tellement sur les blagues non plus. On pourrait se dire qu'après tout les blagues de Lorine n'engagent qu'elle ; cependant, les spectatrices semblent (presque) toutes la suivre, et, pire, la narration aussi... Il faudrait peut-être relativiser un peu.
Les "(et vous ?)" me donnent simplement envie de crier "non". Si c'était le but il est atteint, sinon - à mon avis - ça n'apporte rien au récit.
Au fait, si la femme de demain se laisse aller à mettre du sang partout, moi je me laisse aller à pisser par terre :P
La clarté est la politesse de l'homme de lettres.
(Jules Renard)

Hors ligne Earth son

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 860
    • Ma page perso
Re : D'Jérem et la femme de demain
« Réponse #5 le: 11 Juin 2021 à 17:01:26 »
Bonjour Psychowriter,

Je sais ce que sais d'attendre des avis qui ne viennent pas alors je vais te donner le mien même si je ne me trouve pas très légitime puisque je n'ai pas tout lu (bouh, pas bien).
En fait, je n'ai pas tout lu parce que je n'ai pas du tout accroché. Dès que j'ai vu l'interpellation du public, je n'ai pas trop apprécié et j'ai donc sauté de place en place. L'histoire de la femme venant du futur et laissant le sang de ses règles dégouliner, j'ai trouvé ça particulièrement dégueulasse. Ouais, c'est la nature, mais quand même... je te dis pas dans la réalité l'inconfort pas possible que ce serait, comme s’uriner dessus toute la journée   :o
Donc voilà, du coup, je ne suis pas allée plus loin. Honte à moi.
Je ne suis pas le bon public je pense (et d'ailleurs côté humour, je suis très difficile)
A +
« Modifié: 11 Juin 2021 à 17:30:07 par Earth son »

 


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