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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]

Auteur Sujet: Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]  (Lu 4144 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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    • Alan Tréard, c'est moi !
Bonjour à vous,


C'est avec plaisir que je présente le quatrième récit d'une série romanesque du genre fantasy, à propos de laquelle vous pouvez en savoir plus en consultant mon carnet de bord. ^^
p
Ce présent récit est une ébauche présentant le personnage de Louissévît et sa rencontre avec le clan Héronneau-Pois. Louissévît est un dignitaire du clan Puïo, cœur du pouvoir de la monarchie elfique, dont le présent texte présente une sorte de... tournant dans sa vie... ou quelque chose comme ça.

Le texte ne dépasse pas les 3700 mots, ce qui correspond à la fourchette de temps de lecture que je souhaite pour ce qui pourrait s'apparenter à un chapitre. Le récit a vocation à se suffire à lui-même (même s'il invite à une suite) et se déroule peu de temps avant l'épisode de la famine de la steppialectique lors du passage de Dianeforgeât à Brisebarrière.

Tel un retour sur un premier jet, vos commentaires devraient me permettre de réécrire progressivement le texte en lui ajoutant de nouveaux aspects ; je pense notamment à un passage juste après un rapport officiel à propos de l'entretien avec Margueritevoilât qui fait très mal la transition avec la fin du texte, malheureusement.


Je me programme donc une réécriture du texte pour bientôt et accueillerai votre aide ou vos impressions sur le texte avec plaisir. Je vous souhaite une agréable lecture. :)



          Ils étaient arrivés à l'heure où l'astre du jour, Folespur – comme disent les Graouriattes de la Forêt côtière –, était au plus haut dans le ciel : Louissévît l'anxieux, petit-fils du souverain Puïo, dernier héritier d'une lignée presque éteinte dont le pouvoir s'essoufflait, fit installer son campement militaire sous la chaleur terrible d'un ciel sans nuage.
           « Prince Louissévît, nos tentes sont prêtes à vous recevoir, » l'informa un officier royal chargé de la répartition des bagages du noble, porteur du camée monarchique.
          Ils étaient trois cents Elfes issus de la réserve militaire de la Balisade steppialectique, mobilisés à quelques heures de marche d'Editerre avec pour objectif de chasser les intrus qui attaquaient la terre des Elfes. Le grand-père de Louissévît, convaincu d'appliquer le droit d’ingérence de la monarchie en faisant intervenir son petit-fils sur les propriétés du seigneur d'Editerre, avait demandé à ce que le Prince fût armé de l'Épée des aïeux ornementée.
           « Mes Elfes sont-elles arrivées ? demanda  Louissévît en enlevant son armure de bronze.
          — La première dame escortée depuis la ville vous rejoindra dans votre couche, quant à la seconde... j'ai bien peur que nous l'ayons perdue pendant une attaque brutale de...
          — Que dites-vous ? Ces bandits osent s'attaquer aux biens royaux ! »
          En un instant, Louissévît fit un malaise, et fut rattrapé de justesse par son conseiller personnel qui l'allongea au sol. L'officier royal interpella les soldats promptement.
           « Gardes, apportez une eau aussi pure que le recommande la fonction royale, le Prince meurt de soif. »
           Tandis que tout le camp s'affairait autour de l'héritier souverain, l'air se gonfla progressivement d'une odeur lourde chargée de cendres et de fumées étouffantes. Les miliciens mobilisés avaient installé leur campement en plein milieu des terres brûlées dont les cendres risquaient à tout moment de se rallumer : précipités sur place dans une vitesse excessive, leur imprudence les avait amenés à ne pas prendre en compte le risque d'asphyxie que pouvaient entraîner les fumées ou les feux mal éteints.
           « Où est donc passé le seigneur d'Editerre ? se plaignit Louissévît dans un sursaut de douleur.
          — Le seigneur d'Editerre, propriétaire officiel des champs dans lesquels nous avons établi notre campement, nous a transmis un message pour nous informer du retard de sa venue, car il ne pense pas sortir de sa tour avant la venue du vent purificateur.
          — Notre urgence ne peut permettre aucune attente ! Nous soustrairons ces terres inhospitalières de l'influence du suzerain d'Editerre si celui-ci ne sait pas les défendre comme il se doit, » conclut le Prince Puïo en s'appuyant sur le manche de son Épée sacrée afin de se relever.
          Sur ces mots, il partit se réfugier sous une tente en attendant l'arrivée de sa dame de compagnie.



          À la nuit tombée, un petit jaguar d'à peine dix ans se glissa dans l'ombre et se rapprocha du campement dans le plus grand silence. Son nom : Girmaillœur. Sa communauté : Graouriatte. Son poil : gris clair, avec des moustaches bariolées. La raison de sa venue : ce jeune félin avait accepté de réaliser une dangereuse mission de reconnaissance pour le clan Héronneau-Pois, celui-ci l'ayant chargé de dénombrer le nombre de tentes érigées sur place, et de décrire précisément les insignes habillant le campement (drapeaux, ornements, uniformes, etc.) afin de permettre au clan des Graouriattes d'identifier précisément les forces en présence.
          Le jeune Grimaillœur s'avançait sur la pointe des pattes, reniflant l'air à la recherche des odeurs tout proches, lorsqu'il aperçut la marque de la monarchie : la fleur du balisier, celle du monarque et de ses serviteurs.
           « Et toi... D'où viens-tu ? » s'exclama non loin un militaire dont la voix nasillarde perçait les tympans.
          Le Graouriatte sursauta en entendant le grognement du garde. Il se réfugia au plus vite dans un tonneau d'avoine, se dissimulant avec précaution – le tout sans faire un seul bruit.
           « Ma ferme à moi ? Elle se trouve dans la vallée de la Colonnyôte, en aval du lac. On y fait pousser de l'avoine et de l'orge. On y brasse la bière brune de la Balisade, » répondit un Elfe qui avait pour mission de veiller sur le campement.
          Grimaillœur écouta la conversation en secret avant de profiter du manque de vigilance des deux gardes pour sortir du tonneau dans lequel il se trouvait. Le Graouriatte se mit ensuite à quatre pattes, contourna deux tentes, avant de repartir vers les champs. Grimaillœur avait maintenant le sentiment que sa mission était accomplie.
          Après un long moment de course entre les différentes cultures, Grimaillœur retrouva le clan Héronneau-Pois qui l'avait chargé d'espionner les Elfes.
           « La voilà, cette sacrée tête de morpion ! Encore en vie ?? » ricana un jaguar à la vue du jeunot s'approchant.
          Grimaillœur livra alors les informations qu'il détenait sur les monarchistes puïons installés au campement... à condition de négocier sa rémunération à la hausse !! Il n'avait accepté d'espionner l'ennemi que dans l'espoir de recevoir la juste rétribution des risques pris pour l'occasion.
           « Voyez-vous ça ? » s'exclamèrent ses interlocuteurs en rigolant.
          Les gros bras du clan Héronneau-Pois se trouvaient tous là autour d'une table dans l'étable d'une éleveuse de mammifères d'une race berbe-mouche coutumière à la région ; cette bergère graouriatte avait accueilli les pillards en toute discrétion. À la lueur des bougies, les Héronneau-Pois avaient dessiné une carte rudimentaire de la zone, ajoutant un point blanc à la craie sur l'emplacement où se trouvaient approximativement les Elfes du clan Puïo.
           « J'ai vu la balise royale sur trois tentes avec des broderies en argent, commença alors Grimaillœur. J'ai vu des paysans armés, horribles et moches, mais ils f'zaient pas attention à moi. J'ai vu leurs vieux vêtements, z'avaient même pas d'armure, rien que des gourdins tout pourris. J'ai entendu les voix de deux gardes stupides avec un air de vieux ramollis fatigués après un long voyage : eux, ils viennent de très loin, c'est des culs-terreux, ils connaissent pas la région, c'est sûr. J'ai vu des boucliers de la Tour puïonne aussi, avec un dessin dessus comme j'en avais vu la fois où j'avais allé à Tressybourg : des boucliers avec la fleur de la cour du Roi, la balise. Voilà, c'est tout, en gros.
          — Combien ? lui demanda son aîné.
          — Heu... J'ai compté quarante tentes, peut-être un peu plus... ajouta Grimaillœur avec hésitation.
          — Ok, c'est bon, bravo à toi pour ce beau boulot, gamin. Tu mérites bien ton argent. Prends donc ces cinq cents ocellœux, ça te fera un peu de monnaie. Va vite te réfugier dans la Jungle cuivrée maintenant, avant que ça bastonne de partout, avant que ça dégénère, » conclut le vieux Graouriatte à l'attention du jeune félin aux moustaches bariolées.
          Grimaillœur fit un large sourire révélant ses babines satisfaites par le prix de sa prouesse : cinq cents ocellœux, ça faisait bien de quoi se payer une vingtaine de souris à manger pour lui tout seul ! Ainsi satisfait, le jeune Graouriatte repartit aussi vite qu'il était arrivé.
           « Maintenant, tout est limpide, on sait à quoi s'en tenir ! » déclara le plus vieux en se tournant vers les membres de la réunion.
          Autour de la table se trouvaient les familiers du clan Héronneau-Pois, un groupe de jaguars des grands chemins dangereusement connus pour leurs nombreux pillages et attaques de convois marchands. Même s'il privilégiait la spoliation des Elfes, ce clan populaire n'hésitait pas à s'en prendre aussi aux Graouriattes qui marchandaient avec ceux qu'ils considéraient comme leurs ennemis. Menacer les siens étaient pour la bande Héronneau-Pois une façon de les ramener dans ses rangs en les empêchant de se tourner vers les étrangers pour commercer.
           « Hey ! Toi, le Trobaulèze, t'es pas venu pour rien, pas vrai ? Les gens comme toi ne sortent pas de la Jungle sans une bonne raison de faire parler d'eux ! lança soudainement un Graouriatte en se tournant vers le seul Trobaulèze présent à cette réunion dans une étable.
          — C'est l'un des vôtres qui m'a fait venir, répondit alors le Trobaulèze en question. Ma seule raison d'être ici, c'est le prix que vous pourrez payer pour mes services. Je peux faire quelque chose pour vous, mais ça risque de vous coûter un peu plus cher que pour payer le gamin...
          — Vas-y... c'est-à-dire ? Annonce... l'interrogea un membre du clan autour de la table.
          — Je vous propose un contrat à cent vingt mille ocellœux, de quoi nourrir les miens, m'acheter une maison en haut d'un arbre dans la Jungle. Les Elfes sont de plus en plus violents aujourd'hui, cette menace elfique devrait vous convaincre de me faire confiance, de me payer. Voici ce qu'il va se passer : Je me ferai passer pour l'un des vôtres – comme un membre de votre clan ; on organise un guet-apens qu'on ne réalisera qu'après qu'ils aient dispersé leurs forces à travers les champs ; vous les harcelez de vos javelots, ils approchent avec leurs quelques miliciens-paysans ; et quand ils sont à portée de nez, les yeux rivés sur vous, je me jette sur leur chef dans son dos et je l'assassine.
          — Cent vingt mille ocellœux ? C'est trop risqué ! répliqua un dernier.
          — Tout ce que vous ne pouvez pas me payer directement, vous le fournirez en lin, en cuirs de berbes-mouches, en avoirs matériels sur vos réserves... Je suis intéressé par un paiement en nature. J'ai quelques amis qui accepteront de me racheter vos matières premières pour une bonne somme, qu'en dites-vous ? » proposa enfin l'assassin trobaulèze.
          Le clan Héronneau-Pois n'était pas habitué à planifier ses attaques, on le faisait souvent passer pour une bande de voyous sans cervelle, sans aucune stratégie. À l'idée de passer pour des tacticiens de génie capables d'éliminer l'un des chefs du clan Puïo, aucun d'entre eux ne résista à la proposition du Trobaulèze. Après un vote à main levé, la table entière s'entendit pour organiser l'assassinat du chef des Elfes, la partie était gagnée d'avance, selon eux.
          « Ok ! Chiche, top-là ! » s'écrièrent joyeusement les Graouriattes, s'entendant alors sur le prix à payer pour devenir enfin le clan le plus craint et le plus respecté de toute l'aire steppialectique.



          Les puïons n'avaient pas choisi le lieu d'établissement de leur campement par hasard : les champs autour d'eux faisaient partie d'un latifundium seigneurial consacré presque entièrement à la culture du lin, point de départ incontournable de l'industrie textile des Elfes. Lors de la saison des rouissages, les plants prenaient feu à toute vitesse, et dans l’emballement, les incendies pouvaient gagner la région en touchant les cultures avoisinantes.
          « Mon bon Prince, la responsable de l'exploitation demande à vous parler, » déclara l'officier royal au petit matin.
          Après une nuit asphyxiante sous des toiles de lin au beau milieu des fumées, l'aube laissa transparaître un éclat d'une lumière brûlante accompagné par l'odeur âcre des feux éteints. Voilà une vingtaine de jours que ces terres avaient été attaquées, or le cortège de Louissévît fut le premier à se rendre là-bas pour venir en aide à la population locale. L'assolement dédié au lin orientant toute l'économie des marchands d'Editerre et pourtours, les tisserands du centre-ville s'alarmèrent rapidement de ne plus recevoir de provision de fibres pour fabriquer leurs tissus.
           « Qui donc se présente devant moi ? demanda Louissévît au sortir de sa tente.
           — Margueritevoilât de mère inconnue, responsable de la répartition des tâches depuis près de deux cents ans dans l'exploitation de notre seigneur.
          — ... »
          Louissévît toisa un instant la paysanne aux sourcils bossus qui se tenait devant lui : les souliers de la cultivatrice étaient abîmés, sa figure brunie par les journées de travail dans les champs. Fière d'une allure forte, sa carrure imposante laissait penser qu'elle n'hésitait pas à mettre les mains dans la terre pendant la semence.
          Un entretien princier fut organisé dès l'instant où Margueritevoilât se fut présentée : le Prince s'installa à une table nappée de lin pour déguster son petit-déjeuner, assis, tandis que la responsable dut se tenir debout face à lui à raconter les tenants et aboutissant de cette histoire de pillages. Louissévît semblait avoir de sérieux problèmes d’oxygénation après sa nuit dans les fumées, mais personne n'y fit attention... Voici quel fut le rapport que l'on retrouva dans les archives de la Tour puïo, des années après cet entretien :
           « 19eme décennie Puïo,
          « La discussion entre le Prince Louissévît, honoré protecteur du royaume puïon, et l'intendante Margueritevoilât, locatrice des terres avales d'Editerre, consignée par un secrétaire royal.

          « Margueritevoilât : 'Nous sommes actuellement en train de nous armer pour résister aux criminels qui cherchent à nous dérober nos dernières réserves. Sur deux cent cinquante exploitants, une centaine a disparu au cours des trois dernières semaines de raids que nous avons subis. Si nous savons qu'une partie de nos paysans a fuit face aux menaces des Graouriattes, nous faisons état de huit morts par morsure ou par entaille dans la poitrine ou le cou. La majeure partie du temps, les félins attaquent la nuit et ne cherchent pas à nous tuer si nous ne résistons pas, c'est vrai ; mais dès lors que nous refusons de céder à leurs pillages, ils peuvent se montrer agressifs voire meurtriers.'
          Le Prince demande à l'intendante si elle est la seule responsable des lieux.
          Margueritevoilât : 'Je suis la chef. Cependant je peux ajouter à ma responsabilité la présence de quatre Elfes d'assistance dont deux sont morts en défendant leur grenier à fibres ; mes deux derniers assistants se font actuellement livrer un stock de massues et de marteaux elfiques pour tabasser les Graouriattes. Malheureusement les mercenaires sont trop rares, les conditions d'accès au métier de garde ont été largement restreintes par les décrets de votre arrière-grand-père, le Roi Puïo, nous sommes donc trop faibles face à l'oppresseur.'
          Le Prince demande à l'intendante des détails sur les agresseurs.
          Margueritevoilât :
'Nous avons chez les Graouriattes des clients, ces clients félins se sont plaints du retard de nos livraisons. Les bergers félins ont besoin de notre lin, ils ne sont actuellement pas en capacité de s'alimenter eux-mêmes en tissu et ne porteraient jamais atteinte à nos exploitations ; je dois ajouter d'ailleurs que certains Graouriattes viennent nous aider pendant les récoltes pour une paye très modeste, ceux-là ne sont pas capables de s'armer contre la nation elfique, ils nous obéissent très bien.
          « Par contre, nos agresseurs, eux, pourraient venir de la Forêt côtière, par-delà la Jungle cuivrée, nous redoutons qu'ils soient originaires du clan Héronneau-Pois, un groupe de malfrats très redouté de par chez nous. Nous avons réussi à capturer l'un de nos agresseurs et nous l'avons torturé jusqu'à ce qu'il avoue ses intentions malveillantes : il nous a avoué être issu du clan Héronneau-Pois avant de mourir sur la table de torture. Nous avons apporté sa dépouille sanglante à votre campement, majesté.
          « Le Prince annonce avoir des problèmes de santé et demande à ce que l'entretien soit conclu ici. Il demande à faire passer aux agriculteurs le message selon lequel il se rendra prochainement à leur dernière réserve agricole et fera patrouiller la garde royale autour des champs du latifundium. »

          À cette époque-là, la relation entre les Elfes et les Graouriattes était empreinte de tensions et de querelles sanguinaires. Pourtant certains bergers graouriattes entretenaient une relation lucrative avec les cultivateurs elfiques, il apparaissait donc excessif d'assimiler entre eux tous les félins issus d'origines variées. Ce fut la raison pour laquelle les agriculteurs attendirent de la monarchie Puïo qu'elle fît le discernement entre les bons Graouriattes et les mauvais, afin que cette relation vénale se préserve des pillages et autres criminalités. Louissévît sentit à cet instant que la situation lui échappait, ce qui l'obligea à s'armer de son Épée sacrée pour mener lui-même la garde elfique lors des opérations militaires de neutralisation des agresseurs.
          Dès lors, c'était la capacité de la monarchie à protéger les siens contre l'ennemi qui avait été remise en question par les Graouriattes du clan Héronneau-Pois.



          Le Prince ne tarda finalement pas à lever son camp : après avoir installé des miliciens dans les environs, il envisagea de quitter les lieux, fit la promesse de faire construire « bientôt » un poste de garde, celle de faire venir quelques glaives depuis Tressybourg, d'autres engagements vinrent encore qui ne suffirent pourtant pas à rassurer les Elfes du latifundium.
          Comme Margueritevoilât ne pouvait se permettre de s'éloigner de l'exploitation pour se rendre dans la capitale de la monarchie, elle organisa une rencontre entre les habitants des lieux et Louissévît à l'emplacement du dernier grenier à fibres préservé des spoliations. Une cérémonie rapide fut organisée pour faire honneur à la balise adorée, convaincre le très aimé petit-fils souverain d'accorder plus d'intérêt à la précaire sécurité de ses dévoués serviteurs.
           « Je vous présente mes second et troisième intendants : Brutussacrât et Pompéedevînt, » annonça très respectueusement l'agricultrice aux sourcils bossus.
          Face au Prince se trouvaient deux Elfes au teint bruni, dont la fleur de l'âge faisait apparaître une âme vigoureuse et combative, prête à surmonter les pires austérités pour défendre leur patrimoine culturel. Brutussacrât montrait une figure soucieuse, loin des joies de l'immaturité, avec ses oreilles crêtées et son front courbé. Pompéedevînt, lui, gardait toujours l’œil ouvert, vigilant, alerte, et ses oreilles en faîte dépassaient de la couche de ses longs cheveux blonds.
           « Le premier n'a pas cédé face aux intimidations de treize voyous en armes qui finirent par s'enfuir lorsque les secours sont arrivés. Le deuxième a révélé sa grande force d'âme suite à la mort de son prédécesseur, il a repris une part de l'exploitation alors qu'elle se trouvait à l'abandon : Pompéedevînt a su réunir autour de lui de nombreuses forces pour permettre la réhabilitation de nos terres.
          — Je vous promets de belles récompenses pour votre courage, déclara religieusement Louissévît. Il va falloir tenir bon, car je doute que votre seigneur, suzerain d'Editerre, ne puisse se rapprocher de vous avant quelques dizaines de jours au moins... »
          Sur ces mots, la parole de l'Elfe fut coupée par une toux importante. Deux officiers se rapprochèrent avec précipitation pour l'empêcher de tomber : les malaises du Prince étaient de plus en plus réguliers depuis qu'il avait campé dans les cendres. Les paysans ne savaient pas quoi faire face à un tel personnage, si bien qu'ils firent envoyer deux d'entre eux chercher un peu d'eau dans le puits.
          Ce fut à ce moment-là que les Graouriattes décidèrent d'attaquer.
          Aucun garde ne les avait vus approcher : silencieux comme des chats, les jaguars avaient lancé leurs javelots depuis un tertre naturel. Puisqu'ils connaissaient les lieux, ils avaient choisi une des rares positions en hauteur pour mener leur offensive.
          La pluie de javelots s’abattit sur la délégation monarchique : pas moins de cinq miliciens furent touchés. Paniqué, Louissévît sortit l'Épée des aïeux ornementée de son fourreau, commanda immédiatement aux paysans de venir à sa suite pour répliquer sans attendre. Margueritevoilât et Brutussacrât réunirent une cinquantaine des leurs pour soutenir la charge en renforçant les quelques gardes royaux prêts à en découdre. En peu de temps les forces monarchiques se réorganisèrent autour de leur chef, musclant une féroce contre-attaque ; tandis que les javelots continuaient de pleuvoir.
           « Vive le Roi Puïo ! Vivent les Elfes ! En avant, » s'écria d'un seul coup Louissévît, mû par une rage guerrière.
          Les Elfes grimpèrent sur la butte d'où attaquaient les Graouriattes. Déjà en voyaient-ils quelques-uns s'enfuir face à leur contre-offensive. Pourtant, de nouvelles nuées de javelots tombèrent sur la troupe puïonne et le corps à corps devint inévitable.
           « Mon Prince, déclara Brutussacrât depuis le haut de la butte. Ils se reforment déjà depuis le fourré là-bas.
          — Les faibles, les lâches, qu'on les poursuive ! » s'époumona le chef, essoufflé par sa course soudaine.
          La troupe monarchique se jeta dans le fourré avant d'être encerclée par les combattants du clan Héronneau-Pois. L'Épée des aïeux ornementée tua un peu moins d'une dizaine d'ennemis avant que le Prince, épuisé par le harcèlement des Graouriattes, ne tombât à genoux blessé, acculé par la fatigue et l'émotion.
          L'assassin trobaulèze saisit ce moment précis pour achever le monarque en le poignardant dans le dos. Seuls deux coup furent portés : un dans l'épaule droite, l'autre entre les côtes. La tourmente et la confusion firent que Margueritevoilât et Brutussacrât ne remarquèrent pas tout de suite le décès de leur supérieur, si bien qu'ils crurent à leur victoire en voyant les Graouriattes partir au loin.
          On compta ce jour-là plus de morts du côté Héronneau-Pois que du côté Puïo ; et malgré cela la disparition d'une des plus importantes figures de la monarchie devait affaiblir grandement la famille royale.
          Suite à la mort héroïque de l'héritier royal, sa dépouille fut remise à Tressybourg, et les nobles de toute l'aire steppialectique se déplacèrent jusqu'à la capitale pour honorer la mémoire de leur souverain. Le suzerain d'Editerre qui avait lâchement reculé face au danger demanda à ce que soient condamnés à mort Margueritevoilât et ses subordonnés pour n'avoir pas su préserver la sécurité de l'Elfe d'État.
          En fait, ce procès fut une injustice car la charge de sécurité des personnes appartenait alors au seigneur propriétaire de la terre où s'était déroulée l'attaque, indéniablement. Le risque que l'assassinat du Prince fût imputé aux gueux plutôt qu'aux nobles déstabilisa profondément l'appareil hiérarchique de l'État elfique : Pompéedevînt se rendit au tribunal d'Editerre pour défendre ses proches, l'affaire prit un tournant politique et fut renvoyée vers la cour de Tressybourg.
          Le temps passa sans qu'aucune décision officielle ne semblât être prise, le conflit entre l'agricultrice aux sourcils bossus et son suzerain se creusa dans la rancœur, l'incompréhension, la défiance ; l'écart entre les propriétaires et les exploitants commença à gagner d'autres localités comme celle de Brisebarrière ou encore celle de Faremport à propos d'entrepôts de stockage des ressources.
          Ainsi la mort du Prince provoqua-t-elle la plus grande catastrophe que les Elfes rencontrèrent à l'aube de leur règne multicentenaire.
« Modifié: 18 Août 2021 à 23:30:45 par Alan Tréard »

J.

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Re : [fantasy]Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois
« Réponse #1 le: 22 Mars 2021 à 10:04:28 »
Bonjour Alan. Texte fantasy magnifique. Les noms des intervenant, des lieux, sont en adéquation avec l'histoire. Étant un fan inconditionnel du Seigneur des Anneaux et de Narnia, mon jugement n'est sans doute pas impartial car je retrouve avec plaisir et à tort sans doute, tous les ingrédients de ces deux chefs-d'oeuvre de la littérature fantasy médiévale. Merci pour ce texte.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [fantasy]Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois
« Réponse #2 le: 22 Mars 2021 à 11:50:15 »
Bonjour jonathan,


J'ai profité de ma matinée pour faire une relecture orthographique du texte afin d'en faciliter la lecture.

Je suis heureux si tu as pu t'émouvoir ou retrouver quelques souvenirs dans ce texte. C'est vrai que j'ai essayé d'être en écho à différentes œuvres modernes et récentes de l'heroic fantasy, comme un prolongement de la culture populaire, dont Narnia et Le Seigneur des Anneaux sont de grands inspirateurs très à la mode.

Pour autant, j'ai aussi essayé d'apporter une petite touche plus personnelle en m'inspirant de mes lectures de Rabelais ou encore de Plutarque, des écrits moins actuels en somme, pour nourrir ce texte de mes propres inspirations.


Je ne te mentirai pas en te disant qu'il me reste encore un long chemin à parcourir avant de passer de ces récits courts et instantanés à une œuvre romanesque plus longue, complexe et aboutie. Les encouragements que tu me portes sont donc particulièrement bienvenus pour m'encourager à persévérer et à aller au bout de mes objectifs narratifs. :)

Un grand merci à toi pour ta lecture, et à bientôt sur le forum. ^^

Hors ligne cyamme

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Re : [fantasy]Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois
« Réponse #3 le: 22 Mars 2021 à 12:24:53 »
Bonjour Alan,

pour que ton texte soit indexé correctement, est-ce que tu peux mettre la mention [fantasy] à la fin du titre plutôt qu'au début, s'il te plaît ?

Hors ligne Dot Quote

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Re : [fantasy]Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois
« Réponse #4 le: 22 Mars 2021 à 12:36:50 »
Alan '_'
beaucoup trop stricte dans sa complexe folie pour moi
mais waw j'ai survolé, vraiment pas beaucoup tu me sais mal de tête
ça a l'air tellement respectable il faut que je commente sans avoir lu
rien de constructif à part cette amicale salutation
qui vaut pour ton intervention dans cette section
repasse quand tu veux y'a pas un pli (jeux de mot final, tadum tss) !
Au revoir !
.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #5 le: 22 Mars 2021 à 13:37:07 »
Bonjour cyamme,

Eh bien ! En un peu plus de cinq ans inscrit sur ce forum, je ne savais pas qu'il fallait inscrire le genre à la fin du titre, et non au début... ::)



Bonjour Dot Quote,

L'amitié aurait probablement voulu que tu prennes le temps de lire le texte en entier plutôt que de le survoler vite fait sans lui accorder plus d'attention. Si ce n'est à propos d'un de mes propres textes, j'espère que tu consacreras ce temps à quelqu'un d'autre en commentant le détail d'un texte ici ou là pour lui apporter un geste d'amitié remarquable avec des impressions plus étayées. À bientôt. :)

Hors ligne Dot Quote

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #6 le: 22 Mars 2021 à 14:22:14 »
han t'es de ceux qui valorisent les rapports humains entre lecteurs et auteur ? tu me piques, j'ai envie de lire bordel, et je suis face à une ambivalence étrange : entre ta foisonnance structurelle qui a l'air qmm ardue à envisager, et l'imaginaire extatique qu'il m'évoque rien qu'au survol et parce que je te croise depuis un moment sur ce meud, bin ouais, ahah tu es génial dans ta manipulation, je suis vraiment pris entre tous les feux de ta lucidité : vais-je aller commenter autrui ? te lire ? non ! je persiste dans mon trauma que tu attaques à bras le corps merci mais aïe : je te commente à nouveau sans t'avoir lu ! na

je profite pourtant de ta sincérité pour te présenter mes excuses : si tu t'es senti offusqué par amitié bafouée, j'espère tu trouveras le goût de savoir que j'ai encore plus apprécié les non-écrits que l'on a pu s'échanger, que la douloureuse lecture de ce qui m'apparait, je le répète, comme relevant d'une valeur semblant souvent moindre uniquement parce que par chez nous sur cette sphère pis surtout quelques un de ses coins, on ne s'étale pas sur son propos : c'est respectable, mais vraiment ! il y a toute une dignité, et je n'ai pas besoin de lire tes axiologies pour la voir transparaitre des mots piochés, des formes syntaxiques, de l'effort de présentation, bref ; tu es de ceux je crois, qui permettent à leur art, plutôt même leur action générale, d'intensifier le sérieux d'une construction qui renvoie à la prise en compte réfléchie d'autrui

re-bref... j'ai encore l'impression de t'insulter car je ne connais ni le fin ni le gros mot de l'histoire, mais non ici pas de gros mots, mais aucune intention d'outrage : juste j'en ai vu assez pour être émerveillé, et je me sentirais encore plus honteux que présentement, si je n'assumais pas mes mots sincères auprès de toi

tu restes un sacré provocateur vas, j'ai eu envie de balancer l'ordi par le vélux en te lisant
.

Hors ligne Vir

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #7 le: 23 Mars 2021 à 15:33:24 »
Hello Alan !

Ton univers semble bien développé, tu sais de quoi tu parles. J'aime beaucoup les noms que tu as donnés à tes clans/ espèces. Et en tant que fan inconditionnelle des félins, j'aimerais bien rencontrer ces Graouriattes !

Je me suis sentie un peu submergée par tous ces noms et ces clans et je suis remontée dans le texte à plusieurs reprises pour me remémorer qui était qui. Je trouve que ton texte y gagnerait s'il y avait moins de données sur ton univers et si tu t'assurais à chaque fois d'avoir bien partagé ton information, une après l'autre. Peut-être en les choisissant avec plus de soin (on a peut-être pas besoin de tout savoir pour comprendre cet extrait).

Merci pour la lecture !

Mes commentaires au fil du texte :

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #8 le: 23 Mars 2021 à 23:55:16 »
Bonjour Vir,


Ça fait plaisir de te retrouver sur le forum, une agréable surprise de te voir passer par ici. ^^


Et voici un commentaire riche en questions et en émotions qui montre du doigt beaucoup d'aspects parfois difficiles à comprendre dans le texte. Je suis content si certains noms t'ont plu, ils sont pour moi un terrain d'expérimentation amusant.

Je te remercie chaleureusement de m'avoir précisé exactement ce qui t'avait échappé dans le texte, cela me permet de voir au fur et à mesure de ta découverte quels sont les aspects complexes de mon texte, une histoire qui aborde des thématiques difficiles à exposer. Difficiles mais épanouissantes.

J'ai apporté quelques nouvelles corrections orthographiques ; en revanche pour l'amélioration du texte, cela me prendra un peu plus de temps or tes idées et impressions me permettront d'avancer.


Tu te poses beaucoup de questions sur les Graouriattes du clan Héronneau-Pois, et j'ai eu l'impression que tu ne réagissais pas plus que ça à propos de l'entretien de Margueritevoilât qui, pourtant, expose leurs méthodes, leurs intentions, leurs raids sur le latifundium.

Les Graouriattes peuvent vivre une quarantaine d'années, environ. Les dix ans de Grimaillœur correspondraient à la vingtaine florissante en « âge humain ». Les Graouriattes sont souvent des nomades : chevaliers errants, marchands ambulants, explorateurs nés, bergers de troupeaux, ces jaguars aiment parcourir de longues distances à la recherche d'aventure ou d'une bonne affaire. C'est une communauté à part entière, parfois animée par des clans partiaux ou des querelles politiques, c'est donc une identité culturelle avant d'être un club privé : culturellement parlant, les Graouriattes vivent dans des Forêts-États alimentées par des croyances populaires locales aux contes légendaires.

Voici pour quelques détails relatifs à l'univers de ce récit au bestiaire créatif et aux mythologies surprenantes. ^^


Ensuite, il y a certains aspects du récit que tu n'as pas du tout compris alors que c'est au cœur des enjeux du texte. Il faudrait que tu me dises plus précisément ce que tu ne comprends pas dans l'intrigue si tu as besoin d'explications plus poussées.

Citer
Il n'a vu qu'un seul insigne et sa mission est accomplie ? Tu disais pourtant plus haut qu'il était ici pour repérer "les insignes" ? Il devrait y avoir plusieurs représentant dans ce camp.

Ici, par exemple, tu trouves une réponse à ta question dès le début du texte jusqu'à la fin du récit : le seigneur des lieux ayant annulé sa venue, il était le seul représentant pouvant se rendre en tant que responsable sur les lieux (à la fois propriétaire et représentant politique). Les seuls autres représentants sont Margueritevoilât, l'intendante.

Citer
          Le Prince ne resta finalement que quelques jours sur place : après avoir installé des miliciens dans les environs, il fit la promesse de faire construire « bientôt » un poste de garde, la promesse de faire venir quelques glaives depuis Tressybourg, d'autres promesses encore qui ne suffirent pas à rassurer les Elfes du latifundium.
Du coup, pourquoi était-il là ?

C'est très dur, à ce stade de l'histoire, de raccrocher avec ta compréhension des enjeux. Cela va me demander une grosse phase de réécriture.

Pourquoi un ministre se déplace-t-il sur un lieu après un incident important ? À partir de quel moment une affaire devient politique ? Combien faut-il de morts ou de gens déplacés ?

Lorsque des centaines d'exploitants fuient les pillages, que des gens sont tués, que la principale ressource de textile de toute la région est en état d'arrêt total, quelles conséquences cela pourrait-il avoir sur la vie des Elfes en général ?

La monarchie Puïo a conscience du danger qui court, et c'est la raison pour laquelle le Prince essaie de comprendre quel est le problème des exploitants.

Citer
          Comme Margueritevoilât ne pouvait se permettre de quitter l'exploitation pour se rendre dans la capitale de la monarchie, elle organisa une rencontre entre les habitants des lieux et Louissévît à l'emplacement du dernier grenier à fibres préservé des spoliations.
Je ne comprends pas le lien avec la capitale ?

C'est pareil, c'est très difficile de t'expliquer à ce stade du récit cet aspect politique.

Margueritevoilât sait qu'elle ne pourra pas compter sur le propriétaire du latifundium pour assurer la sécurité de ses proches. Elle est un peu comme une esclave sans défense, à cause des lois injustes et du comportement des nobles.

Son seul recours, c'est la capitale (Editerre : une localité régie par un seigneur ; Tressybourg, la capitale régie par la monarchie). C'est un peu comme quand quelqu'un recourt à la cour européenne pour porter une accusation contre la décision de justice d'un tribunal français, Tressybourg aurait pu éventuellement permettre de desserrer l'étau, de dénouer la situation, d'apaiser les tensions.

La confiance entre les paysans et les nobles s'estompe en même temps qu'ils se sentent abandonnés face aux pillages. Et c'est pour cette raison que d'aller à la capitale serait une façon de plaider sa cause auprès de la cour royale.


J'espère que mes éclaircissements te paraissent suffisant ; quoi qu'il en soit, il va falloir que j'imagine un fil conducteur pour des lectrices & lecteurs qui ne seraient pas habitués à des enjeux politiques assez classiques. C'est vrai que, vu depuis de mon point de vue, c'est très simple, mais seulement depuis mon point de vue en effet. ::)

Je te remercie donc chaleureusement pour les impressions que tu as apportées à ce texte et qui me permettent de voir les besoins à la lecture auxquels je devrais pouvoir répondre avec un temps de réécriture. Encore merci à toi. :)
« Modifié: 24 Mars 2021 à 00:30:35 par Alan Tréard »

Hors ligne Feather

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #9 le: 24 Mars 2021 à 19:18:12 »
Bonjour Alan,
Spontanément j'ai lu ton texte de bas en haut, voulant saisir le dénouement dans sa logique inverse...et l'atmosphère qui s'en dégage est très imagée. Peut-être une préférence pour la deuxième moitié du texte, elle me paraissait plus familière et moins dense que le début qui m'a paru plus hésitante, plus contrariée.
Félicitations.
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #10 le: 27 Mars 2021 à 12:05:14 »
Bonjour Feather,


Je profite de mon week-end pour répondre à ton commentaire très imagé.

Malheureusement je vais d'abord me concentrer sur cette « deuxième » partie que tu préfères pour la réécrire et lui redonner un aspect nouveau. J'y vois beaucoup de choses à réétudier, beaucoup de progrès à accomplir. Je pense notamment aux deux paragraphes qui font suite au rapport officiel exposant l'entretien de Margueritevoilât avec Louissévît : les deux paragraphes suivants font assez mal la transition avec la fin du texte à mes yeux.


En ce qui concerne la « contrariété » que tu évoques, ça m'oblige à te demander quelques clarifications sur ce qui t'aurait éventuellement manqué dans cette première partie.

En quelque sorte, lors du premier jet, première ébauche, j'écris dans une sorte d'euphorie passagère. Le moment du récit est comme un malin rouage que j'aurais malicieusement préparé pendant des semaines, une petite surprise offerte à ma gourmande obsession, un délicieux coup monté à l'imagination dont les secrets ressorts sont faits de magie et d'illusion.

Malheureusement, ce premier jet n'est pas à l'image du plaisir que j'éprouve à l'accomplir : tel un joyeux spectacle dont je produis les effets, il laisse entrevoir les imperfections de la précipitation, de la suffisance et de l'autosatisfaction ; après l'excitation passionnée d'une ébauche vient naturellement le constat d'imperfection, le besoin de revenir à l’œuvre par la suite, de la peaufiner, de la réécrire, de l'effacer pour tout recommencer !

Pourtant, dans cette première version, tu as vu une « contrariété »... Étant donné le malin plaisir que j'ai éprouvé à composer cette petite pièce narrative, ton commentaire me paraît bien surprenant : tel un arroseur arrosé, il semblerait que tu aies réussi à me surprendre plus encore que tu as été surprise !


Alors, si jamais tu avais la patience d'apporter quelques clarifications sur tes impressions sur la première partie, je t'en serais reconnaissant car cela m'aiderait sans aucun doute à préparer une phase de réécriture avec quelques facilités de plus : les commentaires sur le récit ou sur une partie en particulier sont toujours bienvenus, d'ailleurs je suis là pour ça. ^^

Merci à toi pour ton commentaire, et merci à l'avance pour une éventuelle réponse de ta part. :)

Hors ligne Feather

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #11 le: 27 Mars 2021 à 23:03:52 »
Bonsoir Alan,

Pour être plus précise, mais ce n'est qu'un point de vue très singulier, d'autant plus que je trouve que ce texte est particulièrement bien écrit:
Je pense que ton amorce est plus chargée émotionnellement dans la première partie, peut-être un sentiment précipité par son idéologie (politique) sous-jacente. Un empressement dans la pose du décor...j'aurais peut-être apprécié davantage une intention plus déliée, comme un étirement de la pensée moins condensé.
Mais c'est peut-être cela, d'être animé de passion.
« Modifié: 27 Mars 2021 à 23:07:05 par Feather »
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #12 le: 27 Mars 2021 à 23:42:52 »
Bonsoir Feather,


Merci pour ta réponse toute en clarifications qui m'interrogent à nouveau sur ce début de texte.

Ton sentiment correspond au fait que je cherche absolument à suivre un déroulement court, dynamique, qui donne les éléments en peu de mots.


Pour l'instant, j'ai privilégié cette brièveté par préférence pour un certain état d'esprit : ces courts récits laissent entrevoir un univers plus vaste, ils sont comme une fenêtre ouverte sur un monde imaginaire. Il est fort probable que je persiste dans ce sens pour des raisons techniques en fonction de mon objectif de diversifier les personnages ; pour autant, ton sentiment me poussera probablement à rallonger un peu cette première moitié comme pour trouver un juste milieu entre deux temps de lecture différents, donc deux perspectives contrastées.


Enfin, ce texte parle de la doctrine juridique et culturelle d'un peuple, de ses enjeux politiques, de ses contradictions, de ses conflits, de sa raison d'être. Il me semble que l'émotion permet justement de sortir des descriptions techniques pratico-pratiques pour leur apporter un peu de nuance et de concret. Cet équilibre permet de s'émouvoir tout en apportant sa propre appréciation des enjeux en s'y projetant personnellement.

Il t'appartient pleinement d'y lire l'idéologie, la haine, la rage, la peur, les monstres rampant, grouillant, grimaçant ; d'y trouver des gentils et des méchants, des bourreaux et des sauveurs ; comme tout récit de l'imaginaire, les émotions que tu projettes sur cet assassinat, cet héroïsme, cette lâcheté sont du ressort de tes impressions : tu y projettes tes angoisses, tes espoirs, ta tristesse ou ta joie. Cette charge émotionnelle appartient à l'univers mythologique dont elle est le seul ressort.

Ici donc tu ne trouveras ni vérité ni affirmation, ni certitude ni révélation, l'illusion est tout ce qui alimente le mythe et lui donne sa substance.


Et c'est pas plus mal comme ça. :)

Merci à toi pour ta réponse. En espérant que cela t'apporte des éléments de compréhension sur l'ambition d'un tel récit. ^^
« Modifié: 27 Mars 2021 à 23:47:18 par Alan Tréard »

Hors ligne Persona

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #13 le: 05 Avril 2021 à 11:49:16 »
Bonjour Alan,

Enfin un peu de temps pour venir lire ce 4ème texte !
Dans l'ensemble, j'ai beaucoup aimé. Il m'a paru plus accessible que les premiers essais. Je ne saurais pas te dire s'il se suffit à lui-même cependant : je pense m'être bien retrouvée dans ton univers grâce à ma lecture des textes précédents qui présentent déjà, entre autres, les Graouriates et les Trobaulèzes. Et ce n'est absolument pas un problème pour moi, au contraire, on voit que tes textes s'enrichissent l'un l'autre.

Je commence par la question que tu soulèves, sur l'articulation du rapport sur la rencontre Margueritevoilât/Louissévît et la suite du texte :

Citer
À cette époque-là, la relation entre les Elfes et les Graouriattes était empreinte de tensions et de querelles sanguinaires. Pourtant certains bergers graouriattes entretenaient une relation lucrative avec les cultivateurs elfiques, il apparaissait donc excessif d'assimiler entre eux tous les félins issus d'origines variées. Ce fut la raison pour laquelle les agriculteurs attendirent de la monarchie Puïo qu'elle fît le discernement entre les bons Graouriattes et les mauvais, afin que cette relation vénale se préserve des pillages et autres criminalités. Louissévît sentit à cet instant que la situation lui échappait, ce qui l'obligea à s'armer de son Épée sacrée pour mener lui-même la garde elfique lors des opérations militaires de neutralisation des agresseurs.
          Dès lors, c'était la capacité de la monarchie à protéger les siens contre l'ennemi qui avait été remise en question par les Graouriattes du clan Héronneau-Pois.

Je suis d'accord avec toi, l'enchaînement n'est pas naturel. Il y a peut être 2 façons d'assouplir le récit sur ce point là :

Déjà, renforcer ce qui justifie de passer par la lecture d'un rapport officiel alors que les mêmes informations pourraient être transmises par un dialogue. Le rapport n'est introduit que par ceci :
Citer
Voici quel fut le rapport que l'on retrouva dans les archives de la Tour puïo, des années après cet entretien
. C'est peut être un peu court car on ne sait pas exactement qui se trouve sous la tente, qui prend des notes, pourquoi (d'accord, c'est une rencontre officielle mais est-ce l'usage ?). Le rapport rend-il la connaissance du dialogue qui s'est tenu certaine ou, au contraire, discutable, selon la personne qui l'a rédigé ?
Ensuite, trouver un moyen de revenir au récit, le rapport n'allant pas plus loin. Par exemple, la suite n'a pas été rapportée de manière officielle, mais Louissévît se met à réfléchir, ou en tout cas le paragraphe rapporté par le narrateur résulte des réflexions qui suivent l'échange? Cela rendrait le passage plus vivant.

Je te glisse ensuite ci-dessous mes commentaires ligne à ligne, en espérant que tu y trouveras une réponse à certaines de tes interrogations et quelques pistes exploitables pour ton travail toujours si acharné ;)

Citer
Ils étaient arrivés à l'heure où l'astre du jour, Folespur – comme disent les Graouriattes de la Forêt côtière –, était au plus haut dans le ciel : Louissévît l'anxieux, petit-fils du souverain Puïo, dernier héritier d'une lignée presque éteinte dont le pouvoir s'essoufflait, fit installer son campement militaire sous la chaleur terrible d'un ciel sans nuage.
L'entrée en matière m'a semblé très bonne : ta première phrase donne le ton en présentant les croyances, l'environnement et le caractère du personnage.

Citer
Ces bandits osent s'attaquer de ce fait aux biens royaux ! »
Broutille mais "de ce fait" ne m'a pas semblé nécessaire ici
Citer
En un instant, Louissévît fit un malaise, et fut rattrapé de justesse par son conseiller personnel qui l'allongea au sol. L'officier royal interpella les soldats promptement.
Le seul élément qui présente le caractère de Louissévît pour l'instant est l'adjectif "anxieux". A part ça, on ne le "voit" pas tellement : à quoi ressemble-t-il, est-il frêle? Tellement nerveux qu'il tremble ? D'une pâleur maladive ? Sans ces éléments, le malaise paraît un peu rapide et je n'en ai pas bien cerné les raisons (chaleur, émotivité excessive, maladie ?)
Citer
Son nom : Girmaillœur. Sa communauté : Graouriatte. Son poil : gris clair, avec des moustaches bariolées.
Bon. J'adore ce petit bout de jaguar, clairement. Miaou.

Citer
Grimaillœur avait maintenant le sentiment que sa mission était accomplie.
Le sujet me paraît un peu trop répété (Grimailloeur, le Graouriatte, Grimailloeur...)

Citer
entre les différentes cultures,
On comprend après qu'il s'agit surtout de lin, pourquoi ne pas le présenter tout de suite ? Je n'ai pas bien cerné jusqu'où s'étendent les terres brûlées ?
Citer
Grimaillœur livra alors les informations qu'il détenait sur les monarchistes puïons installés au campement... à condition de négocier sa rémunération à la hausse !!
Entendre directement le p'tit gars négocier sa rémunération par un passage dialogué aurait pu être amusant aussi

Citer
Autour de la table se trouvaient les familiers du clan Héronneau-Pois,
C'est la deuxième fois que l'on revient sur les personnes rassemblées autour de la table. J'ai l'impression que cela scinde la description en deux parties qui vont pourtant ensemble : est-ce qu'il serait possible de les rassembler ?
Citer
— Vas-y... c'est-à-dire ? Annonce...
J'aime bien cette façon de parler, c'est direct, on sent le gros bras.

Citer
Les Elfes sont de plus en plus dangereux aujourd'hui
Il y avait "dangereusement" un peu plus haut, pas bien grave mais il doit y avoir moyen de les décrire différemment
Citer
Je me ferai passer pour l'un des vôtres
je n'aurais pas mis de majuscule à "je" (ok, ce n'est pas très important...)

Citer
, racontant les tenants et aboutissant de cette histoire de pillages.
Je ne saurais pas expliquer pourquoi, le participe présent ne m'a pas convaincue à cet endroit

Citer
Brutussacrât et Pompéedevînt
Plutarquadorât ?^^

Citer
avant que le Prince, épuisé par le harcèlement des Graouriattes, ne tomba à genoux blessé, acculé par la fatigue et l'émotion.
tombât ? je mettrais un subjonctif...

Citer
La tourmente et la confusion firent que Margueritevoilât et Brutussacrât ne remarquèrent pas tout de suite le décès de leur supérieur, si bien qu'ils crurent à leur victoire en voyant les Graouriattes partir au loin.
Ne pas connaître l'émotion causée par le décès du prince m'a un peu manqué, surtout s'il était apprécié, d'autant qu'il est mort en héros malgré sa petite constitution !


Il me reste à te souhaiter une bonne continuation dans ton univers fantasy !
A très bientôt

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Pillages d'un latifundium par les Héronneau-Pois[fantasy]
« Réponse #14 le: 05 Avril 2021 à 23:43:17 »
Bonjour Persona,


Comme toujours un commentaire riche en perspectives et idées pour la suite ! Je te remercie chaleureusement pour toutes ces propositions que tu apportes après lecture, elles vont beaucoup jouer dans l'évolution du texte.

J'ai apporté quelques menues corrections pour l'instant, or il me reste encore des passages à réétudier, comme pour apporter un peu de contexte à toute cette histoire.


En ce qui concerne l'aspect physique du Prince, ou des Elfes en général, c'est vrai que je suis resté sobre sur sa description, me concentrant plus sincèrement sur les insignes de la fonction royale, la géographie des lieux ou encore l'état d'esprit de chacun, chacune.

Tu as dû remarquer que la description des paysans était pour moi une occasion de révéler quelques aspects de leur vie, de leurs conditions de vie, comme pour faire le lien entre l'image et les faits.

Il va falloir que je fasse de même pour chaque personnage important, au moins une fois, et tu poses cette question là où j'aimerais en faire quelque chose qui fait sens, qui porte une signification visuelle, esthétique, que les descriptions physiques signifient quelque chose de spécifique à chaque fois.


Encore merci à toi pour ton retour, donc : comme tu sembles avoir compris l'ensemble des enjeux du texte cette fois-ci, je me dis que j'ai sûrement progressé sur l'aspect « compréhensibilité » du scénario, c'est déjà une première mesure de satisfaction, avant de passer à la suite en revivifiant les passages les plus ennuyeux.

Certains rares passages n'ont pas encore été bien compris par tout le monde pour l'instant, en témoignent certains commentaires hésitants avant toi ; mais dans l'ensemble je suis parvenu à trouver un fil d'accessibilité meilleur que précédemment, un fil qui permette à tout un chacun d'accéder à mon univers fait de légendes et de bestioles inconnues. ^^


Comme tu as pas mal participé à cette petite réussite dans la continuité de mon projet, je te dis un grand merci à toi pour cet apport fructueux. :)

Sur ce, il me reste encore pas mal de choses à faire progresser dans mon projet. Merci pour ton commentaire, tes souhaits d'une grande bienveillance, et à bientôt pour de nouvelles discussions passionnantes.

 


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