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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La parole est à Jean-Pierre Biscuit.

Auteur Sujet: La parole est à Jean-Pierre Biscuit.  (Lu 2840 fois)

Hors ligne Lester

  • Calligraphe
  • Messages: 105
La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« le: 06 Décembre 2010 à 15:29:42 »
Ça y est, nous pouvons quitter les villes, les villes emplissent ma bouche, mon corps, les villes me piétinent, les passants me sont néfastes, leurs talons me broient le cœur en un murmure infidèle. Ça y est, je quitte les villes, je pars loin d’ici. Loin. D’ici. Qu’importe où je vais, si ce n’est là. Car je voudrais bien qu’on m’oublie, enfin, et partir je ne sais où, une destination propice aux longs étirements du rêve. Je ne sais pas ce que je veux, ni ce que je suis, je sais simplement que je ne suis pas comme vous, hommes, mais qu’avez-vous enfin, à sourire béatement, à écarter les soucis d’un revers de main, comme on a une toux, à nier les ombres du dépérir ? Étranges créatures, alors vos pieds sont d’oubli.

Il me semble que l’on se tue comme on rêve. Quels sont ces rois orgueilleux, dont la main ferme administre mes pensée, ces rois qu’un rien énerve, dont l’humeur se fait aussi changeante que le vent, inlassablement insatisfaits, toujours déçus ? Ces monarques fébriles, dont la poigne gantée d’hermine, laisse entrevoir sous l’or les parures de vraie boue. Il me semble, je dis bien : il me semble, que l’on se tue comme on rêve. Car enfin, ils viennent d’ici. Ils pourraient venir d’ailleurs, ça n’aurait aucune d’importance. Nous sommes nombreux, là bas, a vouloir mourir, plus que vous ne croyez sans doute. Nous sommes nombreux, et nous rêvons. A l’heure où vous dormez, tranquilles, nous nous peignons des couleuvres le long du corps, pour sentir l’illusion d’une présence somnifère. Il y a de la pisse chaude sur notre nuque, nous prenons l’habitude de nous repaitre de nos déjections, défections, paroles, promesses, crachats, toutes les baves et rejets d’un corps possible. Oui, nous aimons la merde : nous le proclamons. Il me semble que l'on se tue comme on rêve ; il règne dans mon corps une puissance de songe.

Car enfin, on pourrait fermer les yeux, et pleurer, ou les ouvrir, et embrasser, et tous les degrés annexes, rire, jouir, penser, hurler, qu’est ce qu’un cri s’il n’est pas chant de loup ? Nous marchions sur un fil tendu, sur un nerf électrique, et nos corps malhabiles trébuchaient contre l’ombre. Nous n’avions plus faim, nous ne mangions plus. Quoi de plus nourrissant que le dégout de soi-même ? Nous n’avions pas vingt ans, nous étions déjà repus.

Oui, nous sommes encore loin du compte. Joignez vous à nous, tant qu’il est l’heure, et que le lierre épouse l’aiguille où sur le cadran de l’horloge se fond et défont les nids de moineaux. Au temps où l’été achève de défaire ses robes, et que ses voiles tombent sur les plaines en un murmure d’incendie, nous tordons la paille sèche sous nos doigts comme un regret que nous gardons de l’hiver. Ce regret, nous ne l’avourons pas. Car on a qu’une vie, on a donc qu’une mort, il ne faut pas la gâcher. Alors on la repousse, plus loin, toujours plus loin, cette mort que rien ne peut fixer, cette volonté que rien ne décide, mais que rien ne peut corrompre, tant est si bien qu’elle afflue à nos yeux et nous compose un regard si franc qu’il en devient vulgaire, puisque nous bandons pour l’horizon. O vieux soir, désirs tombés, comme une figure de proue, tu es l’instant où nos pensées se ramènent. Tout est si idiot dans l’obscurité que ta seule vision nous décide. Taisons-nous, taisons-nous : ne goutons plus qu’un breuvage qui emporte la bouche en un charmant goût de mort.
« Modifié: 06 Décembre 2010 à 16:03:16 par Lester »

pehache

  • Invité
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #1 le: 06 Décembre 2010 à 18:17:54 »
Je n'y arrive pas, tout simplement.

fantaisye

  • Invité
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #2 le: 07 Décembre 2010 à 21:42:18 »
Pour l'orthographe:
Paragraphe 4:" qui se fond et défont" si c'était volontaire, ça aurait été "fondent"?
Paragraphe 4: "o vieux soir" => "Ô vieux soir"
Paragraphe 4: "goutons => "goûtons"
Aussi, tu sautes des négations en oubliant le "ne"

Pour le style:
"nous pouvons quitter les villes" paragraphe 1
Je n'ai pas compris, et du coup ça bloque le début de texte.
"hommes" paragraphe 1
Je trouve que cette interpellation met trop de distance entre le personnage et la ville. Ca fait un peu grand philosophe alors que tu as l'air de vouloir le présenter comme tout le monde. Du coup, on dirait qu'il se prend pour un prétencieux ou qu'il a un décalage avec la vérité.
"laisse entrevoir sous l'or les parures de vraie boue" paragraphe 2
Autant je trouve toutes tes métaphores d'une originalité extraordinaire, autant celle-ci est archi-utilisée. Je pense que tu peux trouver largement mieux.
"et que le lierre épouse l'aiguille où sur le cadran de l'horloge se fond et défont les nids de moineaux"
C'est tellement lourd que j'ai perdu le sens.

Pour le ressenti:
"ces rois qu'un rien énerve, dont l'humeur se fait aussi changeante que le vent, toujours déçus" paragraphe 2
Stupéfactions! Enfin des idées neuves dans une pensée plus qu'utilisée. Entre celle-ci et les métaphores, je trouve que ton texte dégage de la nouveauté.
"o vieux soir"
Ca fait poète. Je trouve que tu es plus dans l'ambiance "fight club" que "Baudelaire" mais ce n'est que mon impression.

Ce que j'ai particulièrement aimé:
"aux longs étirements du rêve" paragraphe 1
"il me semble qu'on se tue comme on rêve" paragraphe 1
"nous nous peignons des couleuvres sur le corps"
"quoi de plus nourrisant que le dégout de soi-même? Nous n'avions pas vingt ans, nous étions déjà repus" paragraphe 3

J'ai pas trop compris:
"cette mort " (...) que rien ne peut corrompre" paragraphe 4

Hors ligne Menthe

  • Prophète
  • Messages: 896
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #3 le: 07 Décembre 2010 à 23:27:23 »
Juste un petit détail formel à relever (il m'a égratigné les yeux quand je suis passée dessus, alors autant épargner ça aux futurs lecteurs :)) : "nous ne l’avourons pas" >> avouerons.

Sinon, j'ai encore aimé. Je ne veux pas dire par là que j'aime tout : parfois tu es trop dense, je ne te suis pas. Tes mots c'est comme un jungle, et parfois tu nous étouffes.
Mais cette fois, c'était une promenade un soir d'hiver pluvieux, un dimanche, tiens, où tout le monde est chez soi, sauf quelqu'un qui traîne dehors, pieds dans les flaques, et hop, cliché en noir et blanc, lumières du réverbère qui coulent et s'y reflètent. C'est crasseux et élégant en même temps, et le tableau, s'il n'est pas beau, nous suit du regard sans nous quitter des yeux, hypnotique.
Bref, c'était cool.
C'est pas que je suis loin du but, c'est que je suis à côté de la plaque !

fantaisye

  • Invité
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #4 le: 13 Décembre 2010 à 09:19:03 »
J'aurais bien aimé avoir une réponse  :'(

Hors ligne Lester

  • Calligraphe
  • Messages: 105
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #5 le: 13 Décembre 2010 à 13:31:26 »
Au sujet des passages que t'as pas compris ? :O

fantaisye

  • Invité
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #6 le: 14 Décembre 2010 à 19:26:41 »
Ben je ne sais pas, savoir ce que tu as pensé de mes commentaires s'ils sont pertinents ou non. Et oui pourquoi pas.  :)

Hors ligne Zacharielle

  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 798
    • au bord du littéral
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #7 le: 20 Décembre 2010 à 00:24:39 »
Le titre était prometteur mais je suis pas parvenue à lire ton texte. L'écriture automatique c'est un peu artificiel comme technique... Tes images, tu pourrais pas les malaxer pour leur donner un peu plus de sens, qu'on ait moins l'impression de naviguer dans le flou ? Et puis comme tu n'accuses jamais réception des remarques que l'on te fait, je me demande si ça vaut la peine qu'on lise, qu'on cherche un sens, qu'on relève ce qui nous plaît, ou pas, de commenter en somme. Dommage, j'avais bien aimé les premiers textes que tu avais posté sur le forum mais là je crois que je sature x)

Hors ligne Kathya

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 271
    • Page perso
Re : La parole est à Jean-Pierre Biscuit.
« Réponse #8 le: 11 Mars 2011 à 22:35:58 »
En général ça me dérange pas de chercher/de trouver/d'inventer des sens aux textes que je lise, s'ils n'en fournissent pas d'évidents. Pour le coup, je dirais pas qu'y a pas matière à extirper quelque chose, mais ce texte-ci ne m'inspire rien. Y a ni vrai début, ni vrai fin, et je ne déniche pas d'ancre à laquelle me cramponner dans mon interprétation.
"Je suis la serveuse du bar Chez Régis ! Ou un leprechaun maléfique barrant l'entrée d'un escalier imaginaire..."

Et puis la Nuit seule.
Et rien d'autre, et plus rien de plus.

Avant l'hiver, Léa Silhol

 


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