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26 février 2021 à 02:48:59
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Auteur Sujet: La Maison du Jardinier - Première partie  (Lu 141 fois)

Hors ligne Somerset Mafuda Jr.

  • Buvard
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La Maison du Jardinier - Première partie
« le: 24 janvier 2021 à 10:53:45 »
L'Arrivée


Je me retrouvais seul dans la maison. Béa avait juste eu le temps de déposer son matériel de D.J. et des tonnes de vinyles avant de filer pour l'aéroport. Elle devait rester une dizaine de jours à Berlin pour mixer dans différentes boîtes de la ville. Béa m’avait embrasé et m’avait promis de m’appeler à son arrivée avant de courir à sa voiture en emportant trois sacoches Freitag remplies de disques et un petit sac avec ses affaires. Béa était une puriste, elle utilisait encore des vinyles.


C’est par l’une des trois pièces du premier étage que je commençais à aménager la maison. Mon bureau. Je déballais des tonnes de crayons, plumes, pinceaux, gommes, papiers et bouquins d’illustrations, ma planche à dessin et mon ordinateur. Il me fallait très vite me remettre au travail, j’avais bien évidemment du retard pour mes planches et je devais les envoyer par poste rapide avant vendredi. Nous étions mercredi.
Heureusement que j’avais déjà monté plusieurs bibliothèques Ikea la semaine précédente, je n’avais plus qu’à les remplir avec mon bordel (ce qui fut fait en un temps record).


Je m’attaquais à la cuisine vers le milieu de la matinée en remplissant les armoires de casseroles et ustensiles cuisine dans un ordre totalement aléatoire. Je savais que Béa saurait remédier à ce foutoir à son retour et qu’elle y prendrait un malin plaisir tout en commentant mes mauvaises aptitudes au rangement.


Je me fis plus ou moins brûler une boîte de cassoulets dans une casserole tout en buvant une bière et en poursuivant le déballage des cartons. Je mangeais mon rata attablé dans la cuisine et regardais par la fenêtre, Je découvrais pour la première fois le paysage en étant assis et sans m'agiter de partout. Ce n’était pas très « jojo » pour être sincère. Il y avait une bruine bien triste qui tombait d’un ciel gris anthracite, un peu de brume léchait le sol entre de grands arbres déplumés. Je voyais la route qui menait au portail du château.


Un de nos jobs ici, serait de faire office de portiers, ou plutôt « portailler ». La Châtelaine nous avait dit qu’elle allait bientôt installer une ouverture électronique avec télécommande mais d’ici là, ceux qui voulaient entrer dans le domaine devrait utiliser une sonnette antédiluvienne qui rugissait dans l’entrée de notre maison.


Je m’allumais un joint en contemplant mon triste panorama. Il n’y avait aucun bruit. Rien ! Pas même celui d’une brise ou un chant d’oiseau. Juste un silence lourd. Tandis que le népalais me faisait rêvasser, je commençais à trouver ce silence par trop impressionnant. Je me dis que ce devait être comme ça la campagne. J’avais été plus ou moins citadin toute ma vie et j’étais habitué aux nuisances sonores inhérentes à la ville.


C’est au moment d’écraser mon joint que j’entendis un gros boum en dessus de moi. Je sursautais et levais ma tête en fixant le plafond. Ce devait être mon bureau juste en dessus. Je grimpais jusqu’au premier et entrais dans la pièce. Un gros bouquin de peinture moderne gisait au milieu de la pièce. J’avais certainement dû le ranger n’importe comment au moment de mon « remplissage » de bibliothèque.


Ça doit être un signe pour que je me mette au boulot. Me dis-je à haute voix. Je descendis fouiller dans le carton noté « Hi-Fi et autres trucs », j’en sortis une radio portable et m’installais à ma table de dessin avec France Info pour échapper au silence.

   
*****


C’est dans le hall d’un grand hôtel de la capitale que nous avions rencontré la châtelaine. Madame de Saint-Bois.
Nous attendions depuis quelques minutes dans de très confortables fauteuils anglais à siroter des tasses de thé (l’ambiance s’y prêtait parfaitement). Béa et moi devions décadrer dans ce décor avec nos looks de hipster. Béa avait une coupe année 80, rasée sur les côtés et de couleur vert pomme et moi une belle barbe bien taillée et ma coupe de crins ressemblait, à choix à celle d’un joueur de foot ou d’un allemand inscrit aux jeunesses hitlériennes.


Nos tatouages débordaient de nos cous et nos mains. Comme nous étions dans un établissement de grande classe, personne ne semblait nous apercevoir ou remarquer nos looks. Béa avait plus l’habitude que moi de traîner dans ce genre de lieux. Elle mixait souvent pour des défilés de mode ou dans des cafés très chics pour les sauteries des riches de la planète. Ça payait bien et elle pouvait écluser les meilleurs champagnes en effectuant son métier, ce qui n’était pas désagréable. Pour moi, c’était bien plus exotique, j’avais plus l’habitude de me retrouver dans des caves avec d’autres hipsters tout aussi « branchés » que les richards des grands hôtels, mais avec l’arrogante certitude d’être dans un « vrai ».


La châtelaine finit par arriver et nous fîmes les présentations. Elle devait avoir une soixantaine d’années qu’elle portait très bien. On l’aurait volontiers désigné comme une « cougar ». Habillée très chic, avec des cheveux blonds coupés court et des hauts talons certainement très chers, elle nous serra la main avec une bonne poigne. J’avais un peu l’impression de m’adresser à la présidente d’une grande nation, habituée aux conversations courtes et directes (la conversation qui suivit fut courte et directe).


La châtelaine ne sembla pas étonnée par nos looks, ou alors elle n’en laissa rien paraître. Elle nous parla brièvement de ce que seraient nos tâches (pratiquement rien selon ses dires) et que Madame Klin, qui travaillait à la mairie de Sainte-Barbara nous donnerait de plus amples renseignements. Nous assurant que nous lui avions été chaudement recommandés par un ami de mon éditeur, elle n’avait aucun souci quant à nos aptitudes pour s’occuper de son château. Elle nous assura que nous pouvions prendre du temps pour lui donner une réponse via Madame Klin. Madame la Baronne Saint-Bois (nous apprendrions son titre après avoir rencontré Madame Klin de la mairie) termina son bref monologue et se leva en nous tendant sa main.

- Ce fut un plaisir mes amis, je serais ravi de vous savoir au château de Bois-de-Houx et nous attendons votre décision. Vos consommations seront ajoutées à ma note. Je ne peux malheureusement pas rester plus longtemps en votre compagnie, j’ai encore des tas de rendez-vous à honorer aujourd’hui. Au revoir et à bientôt peut-être.


À peine la Baronne partie, Béa me lança.


- Chicos la châtelaine ! Du Dior et des Louboutin c’est la classe non ?
- À vrai dire, c’est un peu l’image que je me faisais d’une châtelaine ! Je répondais.
Nous finissions nos thés à 12 euros chacun en nous prélassant dans nos vieux cuirs anglais, nous imaginant déjà expérimenter la « vie de château ».


*****


Trois jours plus tard, nous rencontrions Madame Klin dans son bureau de la mairie de Sainte-Barbara. Une femme charmante et très vive. Elle nous fit l’historique du château, de son importance dans la commune et de l’attachement des habitants pour celui-ci. Elle nous donna un petit dossier qui comprenait les tâches qui nous seraient désignées si nous décidions de nous installer dans la maison du jardinier (un homme charmant qui avait pris sa retraite l’an passé et qui s’était retourné s’installer dans son pays, en Guyane française). Avec le descriptif des lieux et la liste des tâches nous incombant, il y avait une longue liste des artisans qui s’occuperaient des travaux et des réparations s’il y en avait besoin. Plus les numéros d’urgences qui comprenaient les indispensables pompiers, gendarmes et médecins, plus les numéros de Madame Klin qu’elle avait elle-même surlignée avec du stabilo.


Elle nous avertit qu’elle ne pourrait pas nous faire elle-même visiter le domaine ce jour-là (son emploi du temps était « diabolique » selon ses dires), mais que Monsieur Valentin s’en chargerait et qu’il nous attendrait à 13 h 30 au café des Amis sur la place du marché de Sainte-Barbara.
Quand je vis pour la première fois le Château de Bois-de-Houx, je ne pus m‘empêcher de le comparer à un rejeton du château du Comte de Champignac et celui de Moulinsard (je suis quand même dessinateur de BD, !). Il faisait très beau cette après-midi-là. Le domaine était riant et ça piaffait à qui mieux mieux dans les grands arbres.


La maison du jardinier, où nous devrions vivre, sentait bon la pierre fraîche et les pommes un peu blettes. Les parquets du premier étage étaient magnifiques et les faïences des pièces du bas étaient délicieusement rétro (damier noir et blanc). La cave était fraîche et parfaite pour entreposer des tonnes de fruits et bouteilles de vin. Pour les fruits, je n’en étais pas si sûr, mais pour le vin j’en étais certain ! Six grandes pièces pour nous deux, avec une cave et un grand grenier. Ça allait nous changer de notre deux-pièces cuisine minable de la rue des Arpenteurs.


*****


Je n’arrivais pas à me concentre sur mes planches. Je faisais un boulot merdeux, gommant et regommant mes crayonnés des dizaines de fois. Mes angles étaient faux et mes perspectives nulles. Même mon personnage principal (Hector) ne ressemblait plus à rien. Mon encre fétiche me semblait pâteuse et elle refusait de glisser sur le papier comme à son habitude.


C’était le second album sur lequel je travaillais avec Luc. Nous avions été collègue dans le magazine Fluo pendant 3 ans et puis une nuit de grande bringue et après avoir bien picolé et prit trop de coke, nous avions décidé de bosser ensemble sur une histoire « sérieuse ». Bien nous en prîmes ! Notre premier album que nous avions titré « Arménie 1915 » traitait du génocide arménien. Ce n’était pas gai du tout et nos lectures pour la préparation de l’album nous avaient fait passer quelques nuits remplies de cauchemars.


Nous avions de suite reçu un prix dès la sortie du premier tome au festival d’Angoulême, plus un prix honorifique de la part d’une association arménienne américaine. Nous avions aussi eu droit à quelques bonnes critiques de la part de divers magazines historiques et politiques. Par contre, beaucoup de journaux turcs nous avaient descendu en flammes et nous avions reçu pas mal de lettres d’insultes et même un courrier courroucé de l’ambassade de Turquie. Ce qui nous avait fait encore un peu de pub supplémentaire.


Luc avait des origines arméniennes et s’était fait un plaisir de répondre aux attaques et aux bravos des journalistes et autres sur quelques plateaux télé et studios radios. Il maîtrisait parfaitement son sujet et le verbe. Pour un temps, nous étions devenus la coqueluche des médias branchés. Les ventes avaient été bonnes, ce qui avait permis de m’acheter une petite voiture d’occasion et de régler quelques vieilles dettes. Luc s’était payé un voyage en Arménie et en avait profité pour prendre des milliers de photos qu’il m’avait transmises pour les tomes à venir.


Nous en étions à la moitié du second tome et le timing semblait bon pour une sortie en novembre. Je continuais à bosser pour Fluo dans un registre nettement plus humoristique avec ma série sur les « Dragueurs de Supermarchés ». Mais cette nuit-là, mes pages pour Fluo n’avançaient pas. Je pinaillais sur chaque trait et même si mon scénar tenait le coup, je n’arrivais à rien. Je m’étais certainement par trop avancé avec le rédac quand je lui avais promis de lui livrer mes planches ce mois. Le déménagement m’avait pris beaucoup plus de temps que prévu et Béa débordait de job, ce qui ne lui avait pas permis de beaucoup m’aider.


Vers une heure, je reçus un message de Béa qui apprenait que tout allait bien et qu’elle allait bientôt commencer son set au Wellkerf, que la salle était pleine et que Rudi me passait le bonsoir. Rudi était un collègue allemand de Béa. Un très bon D.J. rigolard qui accueillait toujours Béa durant ses déplacements à Berlin.


Ma radio était toujours branchée sur France Culture et elle ronronnait doucement dans le coin de mon bureau. Il y avait toujours un grand silence dans la maison et à l’extérieur. Je m’étais imaginé vivre désormais avec les glapissements des renards et les hululements des chouettes durant mes nuits champêtres, mais sur ce point-là, cette nuit était plus que décevante.


Je décidais d’aller me manger un truc à la cuisine, j’avais zappé le dîner et j’espérais peut-être trouver plus d’inspiration avec un ventre plein. Je m’ouvris une boîte de rillettes de porc et je me préparais un superbe sandwich « rillettes, beurre, moutarde, cornichon » digne d’un routier.


Je sortis de la maison pour faire quelques pas en mangeant mon en-cas. Il ne faisait pas vraiment froid. La pluie s’était arrêtée, mais la brume était encore bien présente. Je remontais la route qui menait au château sur quelques mètres en m’imaginant dans une histoire de Lovecraft.

 Heureusement, le ciel s’était déchiré laissant passer la lueur d’un quart de lune, ce qui me permettait d’en voir un peu plus. Le château m’apparut bientôt. Une grosse masse imposante totalement noire et silencieuse. Je terminais mon sandwich en détaillant la façade du bâtiment quand je finis par remarquer une très légère lumière qui émanait d’une des pièces du dernier étage. Elle était si tenue que je finis par me dire que ce devait être une diode d’un des nombreux systèmes d’alarme dont le château était truffé. J’irais vérifier demain.


En retournant à ma maison, j’entendis une petite galopade à ma gauche. Au moins il semblait y avoir un animal dans ce domaine, ce qui me rassura un peu. Je n’avais pas emporté de torche et j’ignorais quel pouvait être la bestiole qui partageait « mon parc ». Cette balade nocturne m’avait fait le plus grand bien. Mes traits étaient plus sûrs et j’arrivais pratiquement à terminer mes deux pages avant trois heures du matin. Je me jetais dans le lit de notre chambre à coucher et utilisais mon sac de couchage, je n’avais pas le courage de déballer les cartons où il était noté « lit et coussins ».


*****


Le Café des Amis était comme des milliers de cafés. Un bar en zinc auquel s’accoudaient des milliers de buveurs d’apéros. Quelques tables pour les discussions plus discrètes, les amoureux et les joueurs de cartes.


On pouvait y manger des croque-monsieur et des sandwichs jambon beurre. Le café était dégueulasse, mais régulier. L’eau pour le Ricard toujours fraîche et le patron aimait le rugby, Johnny et les babys de whisky. Monsieur Valentin (que je devais appeler Pierre après notre première rencontre) nous avait présenté, Béa et moi, au patron des lieux, Blaise. Mais tout le monde l’appelait « Le Blaise ». Je ne me permettais pas encore cette familiarité, n’étant que le « nouveau de la Capitale ».


Pour le moment. Je prenais un Ricard au bar en feuilletant le canard du coin quand M. Valentin rentra dans la salle. Il cria « Salut le Blaise » et puis en me voyant ajouta « Et bonjour à vous Clarence ! ». Évidemment, il ne put s’empêcher de réprimer un petit sourire en prononçant mon prénom. C’est souvent le cas avec ce prénom peu usité dans les pays francophones. Pour les plus vieux, ils me demandent : – Clarence, comme le lion dans Daktari ? Pour ceux qui n’ont pas connu la série, ils ont juste l’air étonné. Je crois savoir que c’est ma mère qui avait choisi ce prénom. Elle avait vécu un moment aux États-Unis avant de rencontrer mon père et elle avait peut-être trouvé une belle sonorité à ce blaze, ou alors elle avait été amoureuse d’un Clarence durant sa période « Hippie Franciscaine ». Elle ne m’avait jamais donné d’explication à propos de ce choix.


Je souhaitais le bonjour à M. Valentin en faisant bien attention de l’appeler Pierre comme il me l’avait demandé.


- Je vous offre un verre ?
- Eh bien ce n’est pas de refus Clarence, je vais prendre la même chose que vous. Le Blaise, sert moi la même chose que Monsieur !


Comme je ne connaissais rien au rugby et que la politique m’emmerdait prodigieusement, je ne participais que très timidement à la discussion de comptoir en laissant les gars s’extasier sur le dernier match du 15 de France et dégommer le Président.


C’est au retour de la poste que j’avais décidé de prendre l’apéro ici. Je m’étais levé vers les neuf heures et je n’avais plus eu qu’à effectuer quelques retouches en sirotant un mauvais café soluble. Mon travail de la nuit n’avait pas été si terrible finalement. Quelques cases un peu trop grasses et sombres à mon goût mais l’ensemble était correct. À moins que le rédac me lance un coup de fil pour démonter mon job, j’aurais plus de nouvelles durant le bouclage de la semaine prochaine.


M. Valentin paya une nouvelle tournée et je continuais à écouter les gars disserter sur les malheurs du monde.


– Alors vous êtes installé à présent ? Me demanda M. Valentin
- Non pas vraiment, j’avais encore pas mal de boulot à faire, mais je vais m’y atteler dès à présent.
- Besoin d’un coup de main ?
- Non ça ira merci. Les plus gros meubles ont déjà été installés, il ne reste que du rangement à faire et de toute manière il faudra tout refaire au retour de ma copine.


Les gars se marrèrent et je quittais le bar pour m’en retourner à la maison. Une petite dizaine de minutes en voiture de trajet avec une petite halte dans le super marché afin de remplir le frigo et acheter deux trois trucs ainsi qu’une Maglite puissante, qui pourrait me servir à découvrir quels animaux pouvaient bien cohabiter avec moi dans le domaine du château à la nuit tombée.


* * * * *


Quand nous avions rencontré M. Valentin pour la première fois, au Café des Amis, il s’était montré très aimable avec nous. Il nous avait un peu dévisagés et nous avait demandés si nous étions tatoueurs ou footballeurs avec nos tatouages de partout.
À l’énoncé de nos jobs respectifs, il n’avait pas semblé autrement surpris (ou du moins il avait feint de ne pas l’être).


- Vous allez organiser des raves ici ? Avait-il demandé à Béa.


Elle avait ri et lui avait assuré que tel n’était pas le but de notre venue ici, mais que l’idée pouvait être à creuser pour l’avenir. Il était barbu tout comme moi mais n’avait pas du tout ma carrure. Il devait bien faire dans les deux mètres et était aussi large qu’une armoire normande. Il nous apprit qu’il jouait comme demi de mêlée dans le club de rugby de la ville. Il me dit que le club cherchait toujours des nouveaux joueurs et que si un peu d’exercice me faisait envie, je n’avais qu’à passer à l’un des entraînements. Je m’imaginais déjà avoir ce monstre me foncer dessus et je répondis que j’allais y réfléchir.


Il nous avait fait visiter notre maison de long en large en nous expliquant toutes les petites astuces à propos de la chaudière, du réglage des chauffages, des arrivées d’eau et autres particularités de la maison.


Nous nous étions ensuite tous rendus au château et avions procédé à une visite beaucoup plus rapide des lieux. Il s’excusa au moment d’ouvrir la porte principale en nous disant qu’il devait amener son fils chez le dentiste plus tard dans la journée et qu’il avait peut-être perdu trop de temps dans notre maison. Il m’avertit qu’il passerait dans la semaine pour me donner plus de détails sur les particularités des tâches qui nous incombaient et nous attendaient.


Nous passions d’une pièce à l’autre et d’un étage à l’autre pratiquement au pas de course.


- Ici le grand salon.
- Ouah c’est beau (Béa et moi à l’unisson)
La salle à manger.
- Comme elle est grande ! (Béa)
La cuisine.
- Ouah ! (Moi)


Et nous visitâmes toutes les pièces en poursuivant avec le même type de remarques, Béa et moi. Même si la visite fut rapide, nous eûmes le temps de remarquer que tout était très bien entretenu et que l’air embaumait la cire et les fleurs fanées. De beaux meubles étaient disposés avec élégance dans chaque pièce et de magnifiques tapis recouvraient les parquets. Beaucoup de tableaux contre les murs qui représentaient des scènes de campagnes ou quelques personnages célèbres. J’eus le temps de demander à M. Valentin si tous les tableaux étaient des originaux, il me répondit que la plupart étaient des copies et que les originaux étaient soit dans l’appartement de la Baronne, soit dans quelques coffres bien gardés.


Le fils de Valentin devait soudainement avoir une bonne rage de dents, car nous ne dûmes pas passer plus de dix minutes dans le château, alors que nous avions passé plus d’une heure dans notre petite maison. On se retrouva tous dehors sur le perron et Valentin nous demanda de donner notre réponse à Madame Klin si nous étions disposés à prendre ce job de gardien. Puis nous sommes retournés à notre maison au bout du chemin et

Valentin nous raccompagna à notre voiture en parlant de tout et de rien.


- Bizarre non ? Me questionnait Béa.
- Il a du mal calculé son coup et s’est laissé prendre par le temps.
- T’en penses quoi ?
- Une maison gratuite pour s’occuper d’ouvrir la porte à des peintres et des chauffagistes deux, trois fois par mois… Ça me parait pas mal comme deal non ?
- C’est quand même loin de la ville non ?
- Une heure et demie c’est pas la mer à boire non plus. De plus, on peut toujours rester chez mon frangin ou chez Noémie pour quelques nuits.
- C’est vrai qu’on a de la place ici et un peu de calme nous fera du bien. En plus l’aéroport n’est qu’à 45 minutes, c’est pas mal ça. On appellera Klin demain et on lui donnera une réponse.


* * * * *


En cherchant ma torche électrique au super marché, je tombais sur une paire de jumelles à vision nocturne. Elles coûtaient un peu plus de 50 euros mais elles me plaisaient bien. Je n’avais jamais possédé ce genre d’instrument mais là où je résidais désormais, cet achat me semblait opportun. Je pourrais ainsi observer la vie nocturne du parc en restant bien confortablement assis dans la maison, face à une fenêtre. C’était bien entendu une dépense qui n’avait rien d’indispensable mais les achats futiles sont toujours les meilleurs.


Tandis que je déballais mes courses sur la table de la cuisine, mon portable sonna. C’était M. Valentin qui me demandait si ça ne me dérangerait pas d’être seul demain à accueillir l’employé du service de sécurité du château. Il était censé l’accompagner, mais il devait « absolument » s’occuper d’un truc beaucoup plus urgent et il était désolé de me faire faux bond. Je le rassurais en lui disant que de toute manière c’était à moi que le gars de la sécurité devait expliquer comment tout devait marcher, je pouvais très bien me passer de sa présence. Valentin sembla satisfait (et même soulagé) de ma réponse et s’excusa encore de ce contretemps. Il me demanda si tout allait bien et je lui répondis que depuis l’apéro de tout à l’heure tout se passait idéalement pour ma pomme. Il me demanda quand Béa serait de retour et me proposa de passer le lendemain après-midi au Café des Amis pour regarder le Match France-Ecosse. Je n’osais pas lui avouer que je ne connaissais rien aux règles du rugby et que ce sport me laissait de glace, mais j’acceptais tout de même l’invitation. Une après-midi à boire de la bière avec des mecs qui hurlaient pouvait être assez distrayante.
Comme je n’avais aucune envie de me mettre à ma planche à dessin, je me décidais de continuer à aménager la maison.


Il y avait de moins en moins de cartons. Je les pliais et les rangeais un à un dans la cave après les avoir vidés. La maison commençait à avoir de la gueule. Nos bibelots semblaient trouver eux-mêmes leurs places dans chaque pièce. Là, une sculpture représentant le « Striding Man » du whisky Johnny Walker, ici un cavalier et un fou volé sur un échiquier géant, quelques photos encadrées et autres souvenirs récoltés durant nos deux vies. Je ne m’occupais pas de la chambre de Béa, sachant qu’elle n’aurait pas supporté que je touche à ses outils de travail.


Tous les murs de la maison avaient été repeints en blanc, ce n’était pas très original, mais je me promettais d’y remédier dans quelque temps. J’avais très envie de tenter des fresques murales. À force de travailler sur des cases de bédés, il fallait que je frotte à de la « grandeur ». Madame Klin nous avait dit que la Châtelaine ne voulait pas que des nouveaux venus vivent avec de vieilles tapisseries datant des années cinquante et qu’il fallait un peu de lumière dans cette vieille baraque.


Je me fis chauffer une portion de lasagnes surgelées dans le four du potager et en attendant qu’elles soient cuites, je consultais mes E-Mail. C’était encore Klin qui nous avait annoncé que la connexion Internet avait été installée peu de temps avant notre arrivée. Notre Baronne s’était dit que même si le château se trouvait en pleine campagne et que se devait rester un havre de paix, un peu de modernité serait le bienvenu. Elle m’avait semblé plutôt moderne à moi la Baronne, je m’étonnais même qu’elle ait attendu si longtemps pour installer Internet.


Je me posais dans mon bureau pour vérifier mes mails. Beaucoup de trucs inintéressants, un message de Luc qui m’avertissait qu’il pensait passer le week-end prochain ici pour voir comment nous étions installés (nous parlerions beaucoup plus de boulot que de notre installation, connaissant mon scénariste). Un message de Klin, qui m’informait que le représentant de l’entreprise de sécurité Cérberox passerait demain à 10 h 00 pour m’expliquer le système de sécurité et pour installer des caméras de surveillance qui seraient connectées « on line » et que je pourrais consulter via mon ordinateur.
Béa m’appela, depuis Berlin, elle m’apprit que ça se passait très bien et que la nouvelle boîte où elle avait mixé était « Super Hot » et qu’elle y avait rencontré Sven Vath avec qui elle avait passé une partie de la nuit. Nous discutions encore un moment quand un doux fumet de lasagnes brûlées vint chatouiller mon nez.


- Désolé Bébé, mais je crois bien que je viens de brûler mes putains de lasagnes, je te quitte !


Je mangeais quand même mon ratage culinaire en faisant passer le goût par de grandes rasades de vin du pays d’oc.
La nuit était tombée depuis un bon moment, je m’étais tapé deux épisodes de « The Walking Dead » sur mon ordinateur et je décidais de me faire une tasse de thé. En fouillant dans mon sac à provisions que j’avais ramené du super marché, je tombais sur la paire de jumelles que je m’étais payées tantôt. Je déballais le carton et en sortis les binoculaires. Je n’avais plus qu’à tirer sur une mince languette de plastic qui scellait la mini-pile pour que la vision nocturne se mette en branle. Comme il s’était mis à pleuvoir, je décidais de m’installer dans le fauteuil de la chambre à coucher pour commencer mon recensement de la faune de la nuit. J’ouvrais grand la fenêtre et m’asseyais en face avec une tasse de thé fumante posée sur le rebord et engoncé dans une vieille doudoune. Entre deux grands chênes, j’avais une assez bonne vue sur le parc.


Pour être franc, la vision n’était pas terrible. Tout était assez trouble et verdâtre, mais cela m’amusa pour un bon moment. Je ne vis pas grand-chose de vivant durant de longues minutes, les seuls trucs qui bougeaient étaient la cime des arbres et les gouttes de pluie, puis je remarquais enfin un peu d’activité à la lisière du parc. Une petite forme ronde qui avançait par saccades de quelques mètres à la fois. La boule verdâtre se trouvait dans la partie centrale du parc à présent à rester immobile. Il m’était difficile de bien discerner ses contours. Les lunettes n’étaient pas assez puissantes pour que je me fasse une idée précise de l’animal que j’épiais. Soudainement, la boule repartie dans l’autre sens pour un sprint dont je ne l’aurais pas imaginé capable et filai se cacher sous le premier bosquet à sa portée.


- Alléluia, je crois bien que je viens d’observer un hérisson ! Que je m’écriais en chuchotant.


Je regardais alors de l’autre côté du parc, peut-être que l’animal avait eu peur d’un prédateur. Je m’imaginais déjà tomber sur un renard, ou mieux encore, un loup et pourquoi pas un grand ours noir. Malheureusement pour moi, je ne voyais aucune grosse bébête. Je m’attardais encore un peu sur cette zone-là quand je finis par observer un truc mystérieux. Pas bien impressionnant, mais mystérieux quand même. Je voyais comme un petit cône, bien évidemment verdâtre, mais qui luisait différemment que l’avait fait mon présumé hérisson. Une lueur plus douce et qui semblait scintiller de l’intérieur. Le cône semblait aussi flotter plutôt que marcher. Il passait lentement entre les massifs de fleurs et les arbres du côté gauche du parc. Mon observation avait duré moins de deux minutes et puis je perdis sa trace tandis que cette « chose » s’enfonçait dans la forêt.
Je trouvais que pour une première nuit, la pêche n’était pas si mauvaise. Je refermais la fenêtre et bien qu’intrigué par cette dernière forme je décidais d’en terminer là et de rejoindre mon lit tout proche.


*****


Le feu follet est une manifestation lumineuse ayant l'apparence d'une petite flamme. Connue et décrite depuis longtemps, cette manifestation fut longtemps uniquement vue comme celle d'esprits malins et d'âmes en peine venues sous forme de petites flammes hanter les forêts désertes, les marécages et les cimetières, et fit l'objet d'un folklore important, tant sur l'origine de ces esprits que sur les façons de s'en débarrasser. Plus récemment, des recherches zététiques orientées vers la chimie donnent plusieurs explications scientifiques du phénomène.
Voilà ce que je trouvais sur Wikipédia !


En me réveillant ce matin, je cherchais sur le Net une explication à ce que j’aurais pu apercevoir la nuit passée. Mon petit cône vert fluorescent m’avait fait passer une assez mauvaise nuit. Je pensais avoir trouvé l’explication avec les feux follets. Je savais qu’à quelques centaines de mètres derrière le château, il y avait un petit marais (le marais de la Digne). Il me semblait donc logique que de tels phénomènes puissent se produire dans le domaine. Je suis plutôt rationnel et j’aime les explications logiques !


À dix heures, la sonnette électrique du hall me fit sursauter, j’en renversais mon café brûlant sur mes jeans. C’est en pestant que j’accueillis l’employé de Cérberox. Comme je m’y attendais un peu, le gars était rasé de près, face comme crâne, et ne portait que du noir. Le type skinhead facho quoi ! Il se présenta en me tenant une grosse patte bien musclée.


- Walter Kranz, Cérberox, je viens pour l’installation des caméras de surveillance !
J’hésitais à me mettre au garde à vous, mais je répondais juste.


- Clarence, tôlier des lieux !


Ma repartie ne fit même pas sourire Kranz. Je suivais à pied l’homme de la sécurité tandis qu’il utilisait son break pour rentrer dans le domaine. Il semblait impatient de me montrer ses merveilles d’ingéniosités sécuritaires et battait du pied tandis que je remontais l’allée nonchalamment. Avant que j’aie eu le temps d’ouvrir la grande porte avec mes clefs, Kranz me demanda.


- Vous connaissez déjà la procédure pour la désactivation du système de sécurité Monsieur ?
- Eh bien non, et je crois que vous êtes ici pour me l’apprendre.
- Ah !


Je suivis donc avec attention « la procédure » qui devait se dérouler dans un ordre très précis, sinon quoi, je risquais de voir débouler la gendarmerie, les pompiers et peut-être même les forces spéciales de l’armée s’il m’arrivait de me gourer.
Ma carte magnétique en premier dans la petite fente prévue à cet effet. J’hésitais à lui demander si je pouvais aussi retirer de l’argent avec, mais je me suis abstenu, le bonhomme avait autant d’humour qu’un phoque.


- Chaque mois vous recevrez une nouvelle carte magnétique codée que vous utiliserez uniquement à partir du 5 à minuit et vous détruirez l’ancienne directement après.


Puis, je devais entrer mon code sur un petit clavier à gauche du lecteur de carte dans l’entrée de la maison, attendre quelques secondes que le voyant situé en dessous du clavier passe du rouge au vert et bingo, j’avais le droit de rentrer dans le château sans avertir toute la république !


- Vous avez bien compris ?
– Oui, oui ce n’est pas bien compliqué jusque-là !
– Vous en êtes certain, vous avez des questions ? Putain, mais il me prenait pour un vrai branque le skinhead. C’est bon, j’y arriverais ! Il me regarda avec un air un peu désolé, comme s’il s’adressait à un membre de sa fraternité aryenne, mais décida qu’à partir de là si un truc se passait mal, il n’en serait pas responsable.


Une fois le système désactivé, il s’en retourna dans son véhicule pour y chercher deux grosses valises noires décorées du logo Cérberox. Comme mon job l’exigeait, je devais le suivre partout pour m‘assurer qu’il ne pique ou ne casse rien dans le château (il me faudrait faire de même avec chaque corps de métier qui viendrait ici, de la femme de ménage au plombier, tant que le château serait inhabité). Kranz allait installer une dizaine de caméras de surveillance à des endroits « stratégiques », comme il aima à me le dire.


Tandis que je suivais mon homme, j’en profitais pour détailler davantage les pièces où nous nous trouvions. Comme à ma première visite, nous avions pratiquement couru de partout, j’appréciais les longues minutes que m’octroyait Kranz en jugeant de la meilleure option pour placer ses mini-caméras. Ça sentait toujours ce même parfum de fleurs fanées et pierres froides, mais j’y décelais encore une odeur d’épices très tenue que je n’arrivais pas vraiment à interpréter. Les pièces étaient comme figées dans un silence moelleux et épais. Heureusement que Kranz tourbillonnait comme une toupie, sinon je crois que cette atmosphère lourde aurait fini par me peser.


Petit à petit, toutes les caméras furent installées. Avec des gestes méthodiques, l’expert en sécurité utilisait sa petite visseuse pour fixer les socles à quelques centimètres des plafonds, il avait ramené de son break une échelle télescopique dont il avait garni les extrémités supérieures avec des chiffons pour ne laisser aucune trace sur les murs. Je me dis que le gars devait certainement avoir déjà souvent travaillé dans des endroits pareils pour avoir de telles attentions. À chaque caméra installée, il vérifiait sur son ordinateur portable si l’image était bonne et si l’angle était bien choisi. Il ne me demanda jamais de jeter un coup d’œil à son ordinateur, s’imaginant certainement que j’étais trop con pour donner un quelconque avis digne d’intérêt.
Toutes les caméras étaient reliées via Wi-Fi à une centrale que Kranz avait installée dans une petite pièce qui jouxtait la grande cuisine et qui servait de bureau au cuisinier. Un gros disque dur avec système dual bla-bla-bla et qui permettait de bla-bla-bla. Bref, je pouvais regarder en « live » toutes les images des caméras depuis mon ordinateur sur un site protégé auquel je pouvais accéder avec un code secret (je commençais à me prendre pour un mec de la N.S.A. moi !). Si un cambrioleur s’en venait à tenter l’expérience de passer ici se garnir les poches, non seulement toutes les cellules de détections des portes et fenêtres se mettraient en branle, mais en plus, si le mec décidait de continuer son aventure il se ferait filmer en direct. Aucune chance pour lui. Je me demandais si les tableaux étaient vraiment des copies pour installer un pareil système de sécurité.


La cuisine était superbe. Elle occupait une grande partie de l’aile gauche. De grandes faïences recouvraient les murs côtés est et côté ouest une longue série de fenêtres donnait sur le parc. Un long piano de fonte et cuivre occupait pratiquement toute la longueur de la pièce et le surplombant, l’on trouvait toute une batterie de casseroles de cuivre accrochée à une hotte qui recouvrait tout le potager. Ce devait être très agréable de travailler avec ce superbe matériel.


- Voilà, ça marche à présent ! S’exclama Kranz. La connexion est installée toutes les données seront gardées sur les disques durs. Les données seront gardées durant un mois puis si elles n’ont pas d’intérêt, elles seront effacées automatiquement.


Une fois, tout son barda récupéré et rangé dans son véhicule, l’homme de la sécurité m’expliqua comment réactiver le système central et nous sortîmes du château. Il téléphona alors à Klin et lui dit que tout était installé et qu’il n’aurait plus qu’à me donner les instructions pour que je puisse me connecter au système et que son job était terminé ici. Il me transmit le message de Klin qui voulait que je l’appelle après son départ pour lui confirmer de vive voix que tout s’était bien passé. Il me serra la main et me dit.


- C’est bizarre ce château, vous ne trouvez pas ?
- Euh non, je ne trouve pas vraiment, pourquoi ?
- Je ne sais pas, j’ai eu l’impression d’être observé là-dedans.
- Bin c’est mon job de vous surveiller !
- Non, non c’est autre chose, bref, je vais encore vous expliquer comment vous connecter et je file !


Après le départ de Kranz je passais mon coup de fil à Klin pour lui assurer que tout s’était bien passé. Elle m’expliqua que c’était les assurances qui avaient voulu que tout ce système soit installé. Elle finit par raccrocher après quelques banalités et je décidais d’aller m’ouvrir une bière.


*****


Je passais une bonne partie de la journée à regarder l’intérieur du château depuis mon P.C. Les caméras étaient vraiment extra et la qualité de l’image était terrible. J’aurais pu voir une fourmi se balader sur un accoudoir de fauteuil. Je pouvais zoomer avec la plupart et certaines me permettaient même de les diriger. C’était comme être dans un jeu vidéo mais sans action du tout.
Petit à petit et à distance, je pouvais me familiariser avec le château.


Fin de la première partie

Hors ligne Loïc

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Re : La Maison du Jardinier - Première partie
« Réponse #1 le: 24 janvier 2021 à 23:05:34 »
Salut.

Citer
Béa m’avait embrasé et m’avait promis de m’appeler

embrassé
avait promis de m'appelé m'appeler ; la répétition de "m" n'est pas très utile.

Citer
Mon bureau.

son bureau quoi ?

Citer
Il me fallait très vite me remettre au travail, j’avais bien évidemment du retard pour mes planches et je devais les envoyer par poste rapide avant vendredi. Nous étions mercredi.

tu peux supprimer le "bien évidemment" : tout d'abord parce que ce n'est pas une évidence pour le lecture, ensuite parce que ça affadit le propos.
Le rapport au jour est un peu lourd et ne fait pas bien ressortir l'urgence. Tu peux t'en passer de ces noms de jours, je pense, pour insister plutôt sur les deux jours de délais ou quelque chose comme ça.

Citer
ustensiles cuisine

de cuisine

Citer
Je savais que Béa saurait remédier à ce foutoir à son retour et qu’elle y prendrait un malin plaisir tout en commentant mes mauvaises aptitudes au rangement.

des virgules !

Citer
Je me fis plus ou moins brûler une boîte de cassoulets

Sans me, sans plus ou moins, sans s à cassoulet

Citer
ceux qui voulaient entrer dans le domaine devrait utiliser une sonnette

devraient

Citer
Je m’allumais un joint

j'allumai

Citer
Je me dis que ce devait être comme ça la campagne. J’avais été plus ou moins citadin toute ma vie et j’étais habitué aux nuisances sonores inhérentes à la ville.



Citer
Je grimpais jusqu’au premier et entrais dans la pièce

grimpai, entrai

Citer
Ça doit être un signe pour que je me mette au boulot. Me dis-je à haute voix.

Même s'il parle tout seul, il faut mettre une marque de dialogue. Virgule plutôt que point pour l'incise.

Citer
m’installais à ma table de dessin avec France Info pour échapper au silence.

m'installai

Citer
C’est dans le hall d’un grand hôtel de la capitale que nous avions rencontré la châtelaine. Madame de Saint-Bois.

virgule avant Madame plutôt qu'un point

Citer
Béa et moi devions décadrer dans ce décor

pas sûr que tu puisses utiliser décadrer comme ça

Citer
Comme nous étions dans un établissement de grande classe, personne ne semblait nous apercevoir ou remarquer nos looks.

du coup ils ne détonnent pas tant que ça.
J'aurais plutôt raccroché ça au moment où ils détonnent, justement. Quelque chose comme "devions détonner dans ce décor ; pourtant, personne ne semblait nous apercevoir, etc."

Citer
(je suis quand même dessinateur de BD, !).

précision peu utile à mon avis ; et avec bien trop de ponctuation finale pour être honnête

Citer
Le domaine était riant et ça piaffait

tu veux dire piaillait, je pense ?

Citer
pièces du bas étaient délicieusement rétro (damier noir et blanc)

C'est dommage ces parenthèses que tu utilises à plusieurs reprises pour t'éviter d'insérer tes précisions dans la narration. Ça alourdit le texte et affadit le propos, alors qu'un "délicieusement rétro avec leur damier noir et blanc" pourrait fonctionner.

Je me demande pourquoi tu n'as pas mis tout ce flashback au début ? Le retour arrière n'a pas trop d'intérêt là par rapport à une narration dans l'ordre.

Citer
La cave était fraîche et parfaite pour entreposer des tonnes de fruits et bouteilles de vin. Pour les fruits, je n’en étais pas si sûr, mais pour le vin j’en étais certain !

Du coup il dit quelque chose et son contraire en une ligne ? ou alors préciser que c'est ce que leur guide leur dit ?

Citer
. Même mon personnage principal (Hector)

entre virgules plutôt qu'entre parenthèses.
Voire même "Même Hector, mon personnage principal,"

Citer
et prit trop de coke,

pris

Citer
Bien nous en prîmes !

prit

Citer
Nous avions de suite reçu un prix dès la sortie du premier tome au festival d’Angoulême,

de suite + dès la sortie, c'est redondant

Citer
Ce qui nous avait fait encore un peu de pub supplémentaire.

Tu peux dire ça de manière moins plate je pense

Citer
, ce qui avait permis de m’acheter une petite voiture d’occasion

ce qui m'avait permis d'acheter

Citer
Ma radio était toujours branchée sur France Culture

C'était France Info tout à l'heure

Citer
. Le café était dégueulasse, mais régulier.

je ne comprends pas le mot régulier ici

Citer
15 de France et dégommer le Président.

traditionnellement, on écrit plutôt XV

Citer
Nous nous étions ensuite tous rendus au château et avions procédé à une visite beaucoup plus rapide des lieux. Il s’excusa au moment d’ouvrir la porte principale en nous disant qu’il devait amener son fils chez le dentiste plus tard dans la journée et qu’il avait peut-être perdu trop de temps dans notre maison. Il m’avertit qu’il passerait dans la semaine pour me donner plus de détails sur les particularités des tâches qui nous incombaient et nous attendaient.

Trois réunions et ils savent toujours pas ! On dirait l'administration française x))

Citer
Je me posais dans mon bureau pour vérifier mes mails.

déjà dit le paragraphe juste au dessus

Citer
e avec une tasse de thé fumante

Il a réussi à ne pas faire cramer la bouilloire :mrgreen:

Citer
peine venues sous forme de petites flammes

Répétition de petite flamme

Citer
- Chaque mois vous recevrez une nouvelle carte magnétique codée que vous utiliserez uniquement à partir du 5 à minuit et vous détruirez l’ancienne directement après.

Hum, sur un tel système c'est bizarre de lui demander à lui de la détruire.

Citer
dont il avait garni les extrémités supérieures avec des chiffons

dont les extrémités étaient garnies de chiffons ?

Citer

- C’est bizarre ce château, vous ne trouvez pas ?
- Euh non, je ne trouve pas vraiment, pourquoi ?
- Je ne sais pas, j’ai eu l’impression d’être observé là-dedans.
- Bin c’est mon job de vous surveiller !
- Non, non c’est autre chose, bref, je vais encore vous expliquer comment vous connecter et je file !

ça manque d'atmosphère ce passage je trouve. Le gonze a pas calculé le narrateur, et là il lu ifait des confidences. De la description serait pas de trop.

Citer
décidais d’aller m’ouvrir une bière.

décidai

Bon je suis pas hyper emballé. Je ne sais pas si tu es familier de show, don't tell, mais là on est clairement dans le tell. C'est-à-dire que ton narrateur raconte d'une façon relativement terne ce qui lui arrive alors qu'on devrait vivre l'action avec lui.
Je ne vois pas d'intérêt à la narration qui n'est pas dans le bon ordre.
Je trouve aussi que la volonté de narrer oral, d'ancrer dans le réel (les noms, marques, etc.) marche pas trop trop. Ça manque un peu de subtilité à mon gout, il y a sans doute mieux à faire.

A+
« Modifié: 30 janvier 2021 à 17:38:22 par Loïc »
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Re : La Maison du Jardinier - Première partie
« Réponse #2 le: 29 janvier 2021 à 15:22:08 »
Bien, j'arrive ici parce que je me suis promis d'essayer de faire quelque chose pour les commentaires en textes mi-longs, et je m'aperçois que le plus gros du travail a déjà été fait.
Pas grave de toute manière, j'ai trouvé cette histoire prenante, et j'ai tout de même quelques petites remarques supplémentaires à faire.

Ça commence par démentir la première de Loïc : le verbe "appeler" doit bien être à l'infinitif.
Par contre je confirme ce qu'il dit sur les parenthèses et les flash-back qui à mon avis alourdissent la lecture.

D'autre part, je ne suis pas fan des clichés usés utilisés ici, concernant les piliers de comptoirs, les professionnels de la sécurité privée et autres meubles Ikea. Primo, parce que n'est en aucun cas à des entreprises de sécurité qu'on fait appel pour installer ces systèmes mais à des installateurs spécialisés (même si c'est à la portée de tout le monde, les assurances exigent au moins un diplôme en électricité et/ou électronique) ; secundo parce que les pros de la sécurité ne sont pas plus des skinheads fachos que les pompiers ne sont des pyromanes ; tertio parce que les piliers de comptoirs ne sont pas plus des épaves que les habitués de la coke et des pétards ; et enfin parce que je suis étonné que la maison du jardinier ne soit pas meublée.

Trois dernières remarques :
- concernant les jumelles à vision nocturne, tu peux (largement) tripler le prix, sinon ça ne sera qu'un jouet
- je suis étonné de trouver ce texte en section "mi-longs", parce que j'ai l'impression que ça va largement dépasser la limite, et d'ailleurs je l'espère parce que l'histoire me plait bien.
- le mot "potager" m'a interpellé. Je ne connaissais pas cette expression, et j'ai donc appris un truc en allant me renseigner sur le net. Je me coucherai moins con ce soir, et rien que pour ça je dois te remercier.
On n'a rien inventé de mieux que la bêtise pour se croire intelligent.
Amélie Nothomb

 


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