Tout plaquer. Lire. Ecrire. Désolé Madame, Monsieur, mes molécules me poussent vers la porte. Voilà mes clefs. Et, tenez, ma carte pour la machine à café, il doit rester un euro quatre-vingt. Buvez à mon succès. Fin d'un épisode. Sitcom : le public gazouille. Clap.
Noir d'encre, carton très lourd. Depuis l'adolescence, carnets en pagaille : Conquérant, Moleskine, Zap Book, nappes-parchemins. Longues phrases, croquis, ratures. Une demi-vie distillée. Boîte de Pandore. La part des anges risque de s'évaporer. Ils n'auront rien. Chasse aux papillons, épingler les mots sauvagement, les pieds ancrés dans des Charentaises à carreaux, phalanges déchiquetées. Clavier rétro-éclairé, expulser tout. Tout le temps.
Nécessité.
Balance déséquilibrée, plume est devenue plomb. Pavillon + Femme en cloque + Tondeuse autoportée + location de bétonnière pour agrandir la terrasse + tout ça, tout ça... Tout ça ne fait pas le poids. Grains de sable, dernier souffle dans le rouage. Postillons en prime. Signal sans distorsion. Horizon fait risette.
Bye-Bye le planning de la semaine, les devis en cours, les mails à lire. Vérifier les spams ! Les #### dans Excel ! Biffer la todo-list : demande de formation. Ajouter un post-it sur le camaïeu mural. À faire/En cours/Terminés. Tout repositionner pour former un doigt d'honneur, ça fait sourire. Deux minutes. Deux minutes de perdues sur la pause repas. Vingt-et-une heures, toujours au taf, carcasse traînante sous les néons crépitants, bras désolés, plus de grains dans la machine. Viser le bas. Appuyer là où personne n'y met son doigt. Potage tomate !
Supermarché : acheter des croûtons, car c'est en tête de gondole. Bouillie cérébrale. Mélanger le tout à la petite cuillère. Louche pour les autres. L'assumer. Qu'ils se régalent, eux, qu'ils se brûlent la langue, qu'ils se noient dans la marmite populaire, qu'ils se fassent des Tup', Home sweet Home, magnet sur le frigo connecté, micro-onde tactile. Je n'y vois pas d'inconvénients, mais je me demande comment ils trouvent le temps de lire les modes d'emploi. Perso, j'ai mon premier Dostoïevski, tout frais, qui est remonté du troisième sous-sol de la bibliothèque municipale. Il faudrait que je m'y mette.
Stores vénitiens fermés, ne me dérangez pas. J'y passerai un doigt pour viser la lune, un œil pour observer les scènes de ménage, une oreille pour m'inspirer de l'ivresse noctambule. Pas de parasitage dans ma projection, je veux croire que je peux m'envoler sans filet. Laissez-moi croire que si ce cher Abraham a décidé de choisir la pyramide ce n'est pas pour qu'on s'arrête au trapèze.
Vous me suivez ?
C'est flou, j'avoue. Je note sur ma todo-list : - schématiser mon envie de tout plaquer afin d'écrire1. Ça tombe bien, demain, je débute une formation Powerpoint avec mes nouveaux collègues. Vivement lundi.
1Note à moi-même: écrire quoi ?