Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

30 novembre 2020 à 00:11:57
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de débats et réflexions sur l'écriture » De la valeur du commentaire

Auteur Sujet: De la valeur du commentaire  (Lu 179 fois)

Hors ligne Georges Ioannitis

  • Calliopéen
  • Messages: 483
    • Prose& Poésie - Georges Ioannitis
De la valeur du commentaire
« le: 21 novembre 2020 à 20:54:41 »
De la valeur d’un commentaire.

Les sites de poésie permettent à un auteur anonyme de se confronter à l’avis des lecteurs, aucun autre moyen plus efficient ne lui permet de proposer son œuvre au public. Ces points de rencontre deviennent pour de nombreux habitués les lieux familiers d’un paysage imaginaire. Sans avoir jamais vu ses interlocuteurs, on s’y crée des liens, et parfois des inimitiés. Bien des commentateurs font passer l’envie de les distraire, tant leur hargne à votre égard paraît démesurée. Certains sites sont une véritable cure de vaccinothérapie. Ce qui rassure à propos de l’intérêt que l’on doit porter aux commentaires de personnes inconnues, c’est qu’ils sont souvent contradictoires (ce serait terriblement suspect s’il en était autrement). La chose est plus visible encore quand le site à des prétentions didactiques. Je connais des critiques sur certains forums qui ont fait fuir quelques débutants qui pensaient y trouver un soutien et des conseils. L’expérience que l’on acquiert petit à petit sur ce type de média permet de jauger les différences qui existent entre les uns, les autres et soi-même à propos de la notion essentielle qui conditionne tout le reste, celle qui définit pour chacun ce qu’est La Poésie.

La qualité d’un jugement sur un poème dépend donc de la définition que le critique accorde au mot poésie, c’est bien ainsi qu’il faut recevoir son avis. À lire les textes qui se promènent sur la toile, il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui la définition du mot ‘’poésie’’ revêt bien des aspects. Dans de nombreux exemples, elle s’éloigne de son acception première. Encore faut-il la rappeler en l’écartant du sens strictement académique dont certains se plaisent à l’affubler.

La poésie n’est-elle pas l’essence des sentiments ? Elle prolonge par des mots soigneusement choisis, les joies et les douleurs de l’âme. Elle sublime par le verbe la beauté ou la laideur du monde. Elle offre à la pensée, par une esthétique qui lui confère le plus précieux des écrins, un écho amplifié. Le miracle est indépendant du mode poétique choisi. Les illuminations de Rimbaud ou le spleen de Baudelaire sont écrits en proses et n’ont rien à envier à leurs autres poésies versifiées.
Toute autre considération sur le sujet disqualifie son auteur en tant que poète et ramène souvent son écriture à un travail journalistique, une énumération de la vie quotidienne ou un texte sans intérêt.
 
On n’écrit jamais juste pour passer le temps. Volontaires ou inconscientes, les raisons de prendre la plume sont diverses, et plus profondes qu’il n’y paraît, car, quel que soit le sujet traité, écrire c’est livrer un peu de soi.
Je n’aborderai pas, ici, le cas de personnages mal intentionnés qui cachent dans leurs écrits des volontés inavouables.

Certains ‘’scripteurs’’ (ça a été mon cas) trouvent sans risque dans l’écriture un remède à leurs maux. Comme une plongée cathartique dans le grand lac de leurs blessures intimes. Ils en tirent parfois un soulagement durable, car l’écriture est sans doute le meilleur traitement, et celui-ci est exempt d’effets secondaires.
 
D’autres se contentent de confondre un recueil de poèmes avec un journal intime, énumérant à tous les détails de leur vie quotidienne. Ils trouvent ainsi l’échappatoire à une existence qu’il souhaiterait peut-être moins terne ou monotone. En transposant la vacuité de leur vie par des mots, ils lui offrent une apparente consistance. Cette volonté est tout aussi respectable que d’autres intentions qui pourraient paraître plus nobles. Certaines œuvres biographiques sont intéressantes à lire pour peu que leur auteur ait assez de talent.

D’autres encore écrivent avec la volonté plus ou moins consciente de laisser une empreinte pour leurs proches ou tous ceux qui viendront les lire. Comme dictés par un réflexe ancien de survie, ils s’appliquent à composer une œuvre quasi testamentaire qui défierait le temps.

Certains piètres auteurs découvrent dans l’échange public l’occasion de flatter leur ego auprès de dilettantes séduits par leur imposture littéraire. Ceux-là sont vite repérables. La plupart bredouillent des mots grandiloquents et vides de sens pour donner le change à une indigente créativité. Ils compensent ainsi le fond par une forme pesante, et le talent par l’emphase. La plume taillée dans un éclat d’enclume, leur inspiration prétend s’élever vers les nuées, mais se hisse à peine au ras des pâquerettes. Ils ont souvent leur cour, et leurs laudateurs complaisants fortifient leur pouvoir de nuisance, car lorsque la comparaison est absente, ils sont pris pour unique référence. Ces gens sont des briseurs de rêves, pour s’envoler, les mots doivent s’affranchir du poids des convenances et du domaine du réel. Un apprentissage n’est valable que lorsque le maître est compétent pour l’enseigner à son élève. Il ne suffit pas de digérer des règles académiques, de savoir compter jusqu’à six, huit ou douze pour versifier avec talent. Quant à la poésie en prose, elle jaillit du cœur et ne souffre pas la médiocrité. Sans l’euphonie du rythme et de la rime elle se doit d’être plus performante encore dans le choix du sujet et des mots. Nul formateur douteux ne pourra jamais inculquer tout ça.

Il y a enfin ceux qui dégagés de toute autre intention écrivent pour la seule volonté de créer, pour le plaisir du beau. Comme le sculpteur projette toute son âme dans un morceau de marbre, le peintre sur sa toile, ils sont artistes. Ils vivent avec leur plume des heures passionnées, qui lorsque le talent s’en mêle peuvent devenir des instants éternels.

Quelles qu’en soient les causes ou les raisons, on voit que les différences d’appréciation sur la poésie sont nombreuses et parfois radicalement opposées. Et c’est très bien ainsi. Il convient donc de considérer chaque commentaire qu’on nous adresse, à sa juste mesure, en tout cas à l’aune de l’estime que l’on ressent pour celui qui le formule. Chacun reçoit avec émotion, intérêt, calme et parfois même indifférence l’avis d’un autre, selon la considération qu’il lui accorde. Cela change beaucoup de choses, et relativise objectivement l’avis des uns sur les autres, car il n’existe pas d’étalon universel du jugement.

Roucoulade obséquieuse, chant éraillé de coq de basse-cour, le commentaire traduit parfois la veulerie d’un esprit flagorneur ou les sombres ressentiments d’un être narcissique. Il faut que la critique soit sincère et dénuée de toute intention malveillante pour être profitable. Il ne sert donc à rien de se miner l’esprit et le moral pour un commentaire désobligeant. Le virtuel et l’anonymat du net permettent aux moins téméraires toutes les audaces, y compris les plus indignes.
Quoi qu’il en soit le meilleur des enseignements est de se pencher sur l’œuvre des grands auteurs passés ou présents, et d’aller se désaltérer de temps à autre à la source de ces grands Maîtres. Ceux qui sont entrés dans la postérité ne mentent pas sur leur talent, ils sont les meilleurs enseignants. Leurs écrits sont les fondements d'une poésie future… pour peu que ce mot ait encore un sens et qu’on lui accorde l'importance qu'il mérite.

Georges Ioannitis

« Modifié: 22 novembre 2020 à 05:02:45 par Georges Ioannitis »

Hors ligne LeChatMagique

  • Scribe
  • Messages: 76
Re : De la valeur du commentaire
« Réponse #1 le: 22 novembre 2020 à 00:59:27 »
Si j'ai bien compris en résumé tu dis que la valeurs des commentaires est limité et que se comparer à des auteurs reconnu est plus efficace ?

Je suis assez d'accord la dessus, et me demande régulièrement si mes commentaires ont de l'intérêt. Je trouve qu'il est bien difficile de commenter, notamment la poésie en raison des styles et intentions variées.
Je pense que 2 types de commentaires toujours utiles sont les corrections de forme (orthographe, syntaxe, mètre...) et sur ce qu'on a compris/ressenti
Le reste c'est très subjectif, je trouve des commentaire qui encensent des textes que je n'apprécie pas particulièrement tandis que d'autre que j'apprécie beaucoup ne plaisent pas toujours

C'est la limite je pense de déjà la poésie qui par nature est difficile à juger, mais aussi puisque on commente en tant qu'amateurs plus ou moins compétents (et souvent les commentaires se limitent à qu'une poignée de personnes)

Donc lire des textes d'auteurs reconnus et les analyder est sûrement indispensable pour s'améliorer
Sort d'un feuillu buisson,
Un petit polisson.
Touffe de poils et
Boule de griffes:

Voici le Chat Magique!

Hors ligne Georges Ioannitis

  • Calliopéen
  • Messages: 483
    • Prose& Poésie - Georges Ioannitis
Re : De la valeur du commentaire
« Réponse #2 le: 22 novembre 2020 à 04:05:51 »
Merci le chat magique. Tu traduis bien l'essentiel de ce texte. Certains échanges sur quelques forums du genre sont finalement dans l'air du temps. Dans l'enseignement national, aujourd'hui, les cours d' ''instruction civique'' ou de philosophie sont souvent remplacés par des "débats" entre les élèves et  leur enseignant. Il n'est pas rare de voir un enfant immature contester ouvertement l'enseignement de son maître. Cette permissivité conduit, dans sa forme extrême à ce que certains mômes des ''quartiers'' nomment une ''Samuel Paty''. Cependant parfois le ''conseillé'' démontrent des qualités largement supérieures à celles du ''conseilleur''. Tout n'est qu'une question de hiérarchie didactique difficile à établir. C'est à l'intéressé de savoir si les conseils des uns et des autres sont pertinents... Encore faut-il qu'il ait le choix entre différents intervenants qui n'ont pas adopté la même ligne de pensée. Merci d'avoir donner ton avis de cette manière agréable et courtoise. Amicalement, Georges.
« Modifié: 22 novembre 2020 à 04:18:56 par Georges Ioannitis »

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.02 secondes avec 23 requêtes.