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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Le lac

Auteur Sujet: Le lac  (Lu 1172 fois)

Hors ligne dc85

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Le lac
« le: 01 Novembre 2020 à 10:07:44 »
Le Lac
Petit conte philosophique

Le temps, en ce début de mois de mai, était radieux, ensoleillé, léger. C’est pourquoi Alex proposa à Sylvie une journée à la campagne. Sylvie et Alex se connaissaient depuis l’enfance mais l’amitié que portait Alex à Sylvie s’était transformée en un sentiment plus profond depuis peu. Elle, elle semblait hésiter, ne le repoussait pas, non, mais elle se dérobait quand il devenait trop pressant.

En la retrouvant ce jour-là, il sentit tout de suite un changement dans son attitude. Elle se montrait plus volubile et plus gaie que d’habitude, et, lorsqu’il lui prit la main elle le laissa faire. Ses cheveux frôlèrent son visage, à plusieurs reprises, comme par hasard. Aussi, plus tard dans l’après-midi, au moment de s’embarquer pour une promenade sur le lac qu’ils avaient projetée, il la prit dans ses bras et l’embrassa. Loin de le repousser, elle répondit à son baiser avec enthousiasme.
Sur le lac, ils n’échangèrent pas une parole. Ce fut un de ces moments magiques dont on se souvient toute la vie et qui sont si utiles lorsque le ciel s’obscurcit. Ils dînèrent ensuite dans une auberge, et lorsque qu’il y prit une chambre pour la nuit, elle se serra contre lui.
Au matin, ce fut à son tour d’être bavard. Il lui dit que son bonheur était si intense qu’il en était angoissé. Il lui avoua que, sur le lac, il avait prié pour que le temps s'arrête afin que son amour soit éternel. Il déclama :

Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !


Elle se blottit câlinement contre lui.
    C’est alors que, dans un nuage de fumée et accompagné d’un bruit de tonnerre, apparut brusquement et venant de nulle part un grand et beau vieillard, arborant une longue barbe blanche et vêtu d’une robe en lin qui lui descendait aux chevilles. Le sablier qu’il tenait dans sa main droite ne laissait aucun doute sur son identité. Sévèrement, il lui dit :
- « As-tu fini de m’importuner ? Je me suis déjà arrêté lorsque tu me l’as demandé, hier sur le lac, et j’ai autre chose à faire qu’à accéder à tes caprices.
- Comment ? Mais je ne m’en suis pas aperçu bégaya Alex
- Triple idiot, lorsque je m’arrête, tout s'arrête, rien ne peut se passer et comment pourrais-tu remarquer quelque chose ? En tout cas, ne t’avise plus de me convoquer, sinon le temps pourrait bien s’arrêter pour toi, définitivement. »

Là-dessus, il disparut aussi mystérieusement qu’il était apparu, les laissant tremblants de frayeur. Alors, pour se rassurer et pour montrer qu’ils avaient bien compris la leçon, ils firent l’amour doucement, lentement, en prenant tout leur temps.

L'amour fait passer le temps, le temps fait passer l'amour  (Pierre Doris)
« Modifié: 04 Novembre 2020 à 15:01:34 par dc85 »

J.

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Re : Le lac
« Réponse #1 le: 01 Novembre 2020 à 10:18:00 »
Bonjour. Joli texte. Je te donne mon avis sur les dernières lignes, après l'apparition du Temps : et si, finalement tout cela n'avait été qu'un rêve, puisque le temps s'était arrêté et qu'il ne se passait plus rien ?

Aube

  • Invité
Re : Le lac
« Réponse #2 le: 01 Novembre 2020 à 14:54:13 »
Bonjour,

J'ai trouvé que ce petit billet se lisait rapidement, avec une chute tendre et poétique. Deux pistes d'amélioration à mon sens :

- La mention "conte philosophique" fait attendre au lecteur ce rituel du seuil, héritier des "il était une fois" et déclinaisons plus anciennes. Une formule, pas nécessairement conventionnelle, qui peut faire partie du texte, qui fait la transition entre le réel du lecteur et le merveilleux du texte pour permettre la suspension d'incrédulité consentie. Or, c'est vraiment l'inverse : on est tout de suite dans le vif du sujet, avec "il" et "elle" qui ne sont pas définis. J'ai du relire deux fois le premier paragraphe pour être sûr de n'avoir pas manqué quelque chose avant de comprendre ton intention. Donc soit enlever la mention du conte, à mon sens, soit ajouter une introduction formelle plutôt qu'un but-en-blanc.

- Peut-être que ton texte pourrait être plus fort si tu typais un peu plus la façon qu'a le Temps de s'exprimer ? Il me semble qu'il hésite entre un registre bonhomme qui contraste la solennité de sa fonction et un ton sentencieux d'autre part. Je te conseille un parti pris plus affirmé pour ces lignes de dialogue afin que ta prosopopée soit plus marquante.

Merci pour cette lecture !

Hors ligne dc85

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Re : Le lac
« Réponse #3 le: 02 Novembre 2020 à 11:02:02 »
Merci à tous les deux pour vos remarques constructives.
Jonathan : merci pour la majuscule dans le mot temps. C’est effectivement le personnage principal de ce récit, il y est présent du premier au dernier mot. J’ai conçu ce texte plutôt comme un récit fantastique, mais le fait que tu parles de rêve prouve qu’il y a plusieurs lectures possibles...
Aube : le mot conte a d’autres significations que dans « contes et légendes ». Ici, c’est plutôt dans le sens « contes des quatre-saisons » qu’il faut le prendre. Rohmer ne commence pas ses films par un « une était une fois ». Je crois que le mot conte implique une moralité à la fin. Il y en a une, c’est un conte philosophique, mais le mot philosophique doit être pris très légèrement. Le message est très banal, pas original et pas nouveau du tout. Il a plus de deux millénaires.
Par contre, je suis tout à fait d’accord avec le caractère ambigu du Temps. Mais j’ai un dilemme : le temps doit se montrer compréhensif et réaliser le souhait du héros pour pouvoir prononcer la phrase « lorsque le temps s’arrête, rien ne peut se passer », qui contient l’essentiel de la « philosophie » de ce récit : arrêtons de nous lamenter sur la fuite du temps et d’angoisser sur ce qui se passera après. Profitons plutôt du cadeau qui nous est fait. Mais ce doit être aussi un personnage majestueux, et son arrivée, son aspect physique et le fait qu’il parle de lui-même à la troisième personne, comme César et Alain Delon, en témoigne. Je vais essayer de trouver une solution pour éviter cette hésitation, comme tu l’appelles.

Vous mentionnez la tendresse, comme dans la plupart des commentaires de mes textes : vous m’avez percé à jour !


Hors ligne tenilam

  • Tabellion
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Re : Le lac
« Réponse #4 le: 02 Novembre 2020 à 15:17:48 »
Beau texte !

Tant qu'à personnifier le Temps, je trouve qu'il serait drôle d'aller jusqu'au bout.

Au lieu de
Citer
- « As-tu fini de m’importuner ? J’ai déjà arrêté le temps hier lorsque vous étiez sur le lac, et j’ai autre chose à faire qu’à accéder à tes caprices.

Pourquoi ne pas mettre :
- « As-tu fini de m’importuner ? Je me suis déjà arrêté hier lorsque vous étiez sur le lac, et j’ai autre chose à faire qu’à accéder à tes caprices.

Et pareil pour la suite :
 Triple idiot, lorsque  le temps je m’arrête, rien ne peut se passer

Sinon, juste par curiosité, quel était ton intention dans le soudain revirement de la fille ? Juste un moyen de montrer à quel point le rendez vous au lac était inespéré et précieux pour le jeune homme ?
Mon site, avec tous mes récits : tenilam.fr

Hors ligne dc85

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Re : Le lac
« Réponse #5 le: 02 Novembre 2020 à 18:50:53 »
Merci tenilam pour ton intérêt.
Pour ta première remarque, j'ai déjà répondu dans mon message précédant : le Temps est un personnage important, et, à l'instar de César et d'Alain Delon, il parle de lui à la troisième personne.
Pour ta seconde question, J'ai construit cette histoire en imaginant des rapports amicaux entre eux, qui étaient devenus amoureux pour lui.  Mais c'est le printemps et souvent femme varie. J'ai préféré cet enchaînement, car je pense qu'il est important que cette promenade sur le lac soit le tout début de leur histoire d'amour (tu n'est surement pas sans savoir que ce sont les meilleurs moments).

Hors ligne Cendres

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Re : Le lac
« Réponse #6 le: 02 Novembre 2020 à 19:06:18 »
Merci pour le partage de ton texte.
Tu nous parles du temps et qu'on souhaite qu'il s'arrête sur les moments heureux.
Je ne vais pas te conseiller pour l'écriture et la grammaire vu mon niveau.
Ton texte se lit facilement sans problème.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne fulgiras

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Re : Le lac
« Réponse #7 le: 02 Novembre 2020 à 23:01:55 »
Citer
- La mention "conte philosophique" fait attendre au lecteur ce rituel du seuil, héritier des "il était une fois" et déclinaisons plus anciennes.
J'ai eu le meme sentiment en commencant qu'il manquait quelque chose pour donner du contexte. Le premier Il est abrupt et j'ai du relire pour comprendre que c'était le début. Sinon le temps qui râle est une belle idée, j'aurais poussée le concept un poil plus loin, un dialogue un peu plus long peut-être ?
 

Hors ligne Paf

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Re : Le lac
« Réponse #8 le: 03 Novembre 2020 à 01:41:15 »
Salut !
J'ai apprécié la balade. :)

C'estcourt, mais on sent quand même une ambiance s'en dégager, une complicité.

Par contre, une chose m'a génée. Tu commences par parler du temps qu'il fait ; puis tu enchaines directement sur "Il" et "Elle".  Du coup, à la seconde phrase, j'ai eu comme une seconde de "... Ha oui !" avant de mettre une majuscule au "Il" (disons, avant de le voir comme un personnage) parce que ma première intuition était pour un "il" impersonnel.

Et comme les autres, le personnage du temps me semble un peu brouillon. Qu'il soit bougon, je comprendrais, mais là, il mélange sévérité, gentillesse -après tout, il a déjà arrêté le temps pour Lui-, insultes, menaces... sans sembler vraiment méchant.

Et tu n'as pas dit, sur le lac, qu'Il demandait que le temps s'arrête...

Merci en tout cas, l'idée est sympa et quand même bien tournée. :)

Hors ligne dc85

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Re : Le lac
« Réponse #9 le: 03 Novembre 2020 à 11:23:26 »
Merci à tous pour vos remarques, grâce auxquelles j'ai pu modifier mon texte. J’espère que l'introduction est un peu moins abrupte. Je dois vous dire que je me suis imposé une contrainte : que le premier et le dernier mot de cette historiette soit le mot "temps". Ça complique un peu les choses.
Pour le discours du temps, il y a une contradiction que ne suis pas arrivé à éliminer :d'une part,  il doit délivrer son message et d'autre part se montrer majestueux. Finalement, je l'ai fait parler à la première personne, c'est beaucoup plus compréhensible comme ça.

Hors ligne Mathieu

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Re : Le lac
« Réponse #10 le: 03 Novembre 2020 à 17:57:48 »
Un petit texte frais et sympathique.

Une chose me chiffonne cependant : quand le temps s’arrête sur le lac, le gars n’avait rien demandé. Le vieillard lui reproche ensuite de le convoquer trop souvent, mais, quand le personnage déclame « Ô temps… », c’est en fait la première fois qu’il interpelle le temps. Si je comprends bien, le temps a agi au moment du lac de sa propre initiative.

Cela fait que je n’ai pas réussi à adhérer complétement à ce texte. Mais je trouve l’idée très bonne.

A te lire

Hors ligne dc85

  • Scribe
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Re : Le lac
« Réponse #11 le: 03 Novembre 2020 à 18:36:52 »
Tu es le deuxième à me faire cette remarque, et j'en déduit que je n'ai pas été assez clair.  Alex lui a déjà demandé, sans parler, il le dit à Sylvie au matin. Mais OK, vous avez raison, je vais être plus clair. Merci pour ton commentaire.

 


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