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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » La hutte

Auteur Sujet: La hutte  (Lu 1691 fois)

Hors ligne E-Chrivan

  • Tabellion
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La hutte
« le: 21 Octobre 2020 à 16:01:33 »
Bonjour à tous, voici un court texte inspiré par une expérience personnelle. Pour information, ce texte traite d'un type de chasse particulier appelé chasse à la hutte, pratiqué notamment en baie de Somme. Je ne suis pas chasseur et je n'aime pas cette pratique (petite précision pour ceux qui seraient tentés de fustiger ce choix, peace and love :noange: )

La hutte

Patrick quitta la départementale pour emprunter un chemin vicinal. Ce faisant, il bifurqua vers l’ouest, vers le soleil couchant et là, en quelques secondes, un sentiment de plénitude l’envahit. Il aimait recevoir la tombée du jour sur son visage, l’habitacle de la camionnette prenait une teinte orangée, transformant l’ensemble en un tableau bi chromatique surréaliste. Il se sentait apaisé dans cet environnement familier. Lui revenaient, comme une sensation immuable, ses premiers trajets avec son père, il y a longtemps déjà et pourtant, chaque fois la magie opérait. Il ne rabattait pas le pare-soleil, se laissant submerger par la lumière chaude et la promesse d’une nuit parfaite. La route, il pourrait la parcourir les yeux fermés, pas besoin de la voir.

À ses côtés, Batard, son fidèle Golden Retriever, se laissait bercer par les cahots du chemin, roulé en boule sur le siège passager. À l’arrière, les canards appréciaient moins le voyage, donnant de la voix autant que possible. Patrick ne les entendait plus, c’était devenu un bruit familier pour lui. De jour comme de nuit, ils cancanaient sans discontinuer, attirant régulièrement les foudres de ses voisins, insomniaques par la force des choses.

Le sentier s’arrêtait juste à la sortie de la forêt. Il fallait poursuivre à pied. La camionnette brinquebala encore sur quelques mètres et s’immobilisa. Le conducteur prit quelques secondes pour apprécier le paysage. Il ne s’en lassait pas malgré les années. La baie de Somme avait ce quelque chose de surnaturel qui hypnotisait le voyageur de passage comme le natif. La plaine herbeuse s’étendait loin devant lui, percée de part en part de petites mares rougeoyantes réfléchissant la lumière du couchant. S’arrachant à sa rêverie, Patrick sortit la petite remorque et entreprit d’y stocker son matériel, quasi religieusement. D’abord, les blettes, déjà sanglés de leurs poids, puis les cages avec les animaux vivants, sans oublier la thermos avec le ragoût qu’il s’était préparé. Il prit ensuite son Luger Canardouze, un fusil juxtaposé pour l’achat duquel il avait économisé des mois durant.

"Hop !" Batard n’avait pas besoin de plus de mots pour comprendre qu’il était l’heure. Le chien sauta prestement du camion et parcourut la zone à la recherche d’odeurs nouvelles.
Patrick chaussa ses bottes de caoutchouc, les récentes pluies n’avaient pas arrangé l’état du chemin. Il empoigna la carriole et s’enfonça dans le sentier. Il lui faudrait parcourir trois bons kilomètres avant d’atteindre sa destination et le soleil commençait à décliner sérieusement. Généralement, durant ce voyage semé d’ornières boueuses, le chasseur laissait vagabonder ses pensées. En temps ordinaire, son plus jeune fils, Ludovic, l’aurait accompagné et aidé à tirer la charge mais ce soir, il avait choisi d’être seul. Il éprouvait le besoin de se retrouver.

Patrick n’est pas un homme très accommodant. Il avait vécu son existence à fuir les autres, parce qu’il ne parvenait pas à trouver sa place dans la communauté. Tout jeune déjà, à l’école, ses petits camarades le tenaient à l’écart car il avait acquis la réputation d’être bagarreur. Patrick n’était pas foncièrement violent, en fait, c’est juste qu’il était un peu lent. Il avait du mal à assimiler les exercices, la lecture, le calcul. Des concepts trop abstraits pour lui. C’était l’élève qui s’asseyait toujours au fond de la classe et qui passait son temps à rêvasser en regardant par la fenêtre. Il voulait juste qu’on lui foute la paix. Alors quand les autres se moquaient et qu’il peinait à trouver les mots pour les contrer, il distribuait les coups. L’instituteur intervenait invariablement et invariablement, Patrick se retrouvait à la porte de l’école pour plusieurs jours, augmentant de facto l’écart entre le garçon et ses camarades de classe. Mais lui n’en avait cure. Ces périodes de vacances forcées lui permettaient d’accompagner son père à la chasse, c’est là qu’il s’épanouissait.

Il connaissait tous les gibiers d’eau de la baie et pouvait reproduire leurs cris à la perfection. Les sarcelles, les colverts, les souchets, les chipeaux, il pouvait les repérer au premier coup d’œil et imiter le chant des siffleurs. C’est ici, dans ce tableau du bout du monde qu’il était chez lui, en communion avec la nature.

Pourtant ce soir, il n’arrivait pas à jouir pleinement de son environnement. Ses pensées le ramenaient toujours vers Isabelle, sa femme depuis 22 ans. Elle avait su voir chez lui l’humanité cachée derrière le comportement farouche du jeune homme qu’il était, ne s’était jamais plainte de ses difficultés à assimiler jusqu’aux concepts les plus simples, l’avait patiemment éduqué à la vie de famille. Il était conscient de sa chance mais ne parvenait pas à expliquer ce qui, chez lui, avait séduit sa compagne. Elle avait pris les choses en mains et dès lors, Patrick avait pu se décharger de toutes les démarches administratives et autres contrats d’assurance auxquels il n’entravait rien.

 Deux fils étaient nés de cette union, Ludo et Bastien. Bastien était l’aîné et à ce titre, Patrick avait tenté de lui inculquer sa passion pour la hutte, tout comme son père l’avait fait pour lui. Mais Bastien n’avait jamais montré le moindre intérêt pour cette activité, lui préférant largement la PS4 et ses potes. Contre toute attente, c’est le cadet qui a suivi son exemple. Patrick était fier de son fils. Pour ses dix ans, il lui avait offert un fusil. Le gamin l’avait accroché au-dessus de son lit. Il lui faudra pourtant attendre ses seize ans pour pouvoir l’utiliser.

Isabelle, quant à elle, n’avait aucun goût pour la chasse mais elle respectait sa passion et n’intervenait jamais pour empêcher qu’il la transmette à ses enfants. Elle est un phare qui le guide dans la nuit. Il se sentait rassuré quand il rentrait le soir de la voir là, présente et souriante.

Mais Isabelle est partie. C’était trois mois auparavant. Sans explications. Il était rentré du boulot et elle s’était plantée devant lui, les valises à la main et lui avait juste dit : je pars. Patrick n’avait pas compris sur le coup. Il lui fallut plusieurs jours pour appréhender le fait qu’elle ne reviendrait pas. Elle était partie, tout simplement, envolée, abandonnant la maison et ses enfants.

À partir de ce jour, il avait sombré, comme sombrent les bateaux dans la tempête quand le phare s’éteint. Il ne mangeait pratiquement plus. Il n’était que l’ombre de l’homme robuste qu’il fut autrefois. Chaque jour qui passait renforçait la douleur. Il était perdu.
Il devenait de plus en plus paranoïaque, soupçonnant ses enfants de fomenter quelque plan contre lui. Il s’éloignait d’eux à mesure que le temps s’écoulait, s’enfonçant peu à peu dans sa névrose.

Ce soir, il avait décidé de partir à la hutte, comme en pèlerinage, à la recherche de ses origines. Il avait choisi un mardi car il savait qu’en semaine, il n’y aurait personne.

Son emplacement n’était plus très loin. Il quitta le chemin pour s’engager dans les hautes herbes, la petite remorque peinait sur le terrain cahoteux et les blettes s’entrechoquaient comme si les oiseaux de plastique tentaient désespérément de prendre leur envol. La casemate, recouverte d’herbe, bordait une petite étendue d’eau. L’intérieur était spartiate, à peine quelques mètres carrés encombrés de matériel. Un réchaud à gaz pour le café était posé sur une petite table de camping. L’indispensable paire de jumelles reposait près des guichettes, pour l’instant fermées.

Patrick enfila ses cuissardes, il n’avait plus de temps à perdre, la nuit tombait et il fallait préparer la veillée. Il jeta un œil à l’anémomètre et sortit les blettes pour les positionner au mieux sur le plan d’eau. Une fois les appâts visuels posés, il convenait maintenant de passer à l’auditif et placer les appelants. Il fallait attacher les canes sur les poteaux prévus à cet effet dans le plan d’eau. Elles serviront à attirer par leur chant les migrateurs qui passeront cette nuit. Plus loin, sur la terre ferme, il était nécessaire de disposer le maillard (le mâle), lui aussi a son rôle à jouer par son chant ténu et rauque. Patrick le plaça sous le vent.

Il jeta un œil à l’ensemble pour s’assurer que tout était en place. Du soleil il ne restait qu’une lueur blafarde à l’horizon. Satisfait, il s’engouffra dans la hutte pour une longue nuit d’affût.
La porte se referma sur le monde, sur la nuit et sur les hommes…

Assis devant les guichettes, il vérifia tout d’abord son arme. Si une pose était repérée, il devait être en mesure de tirer rapidement, dans les secondes qui suivent, tout en restant silencieux dans sa préparation. Le fusil devait rester chargé en permanence. Affairé à ses préparatifs, Patrick n’avait pas entendu arriver le garde-chasse. Il sursauta quand les coups firent trembler la porte d’entrée.

"Patrick ? T’es là ?"

Germain Destoux était une vieille connaissance. Il entretenait de bons rapports avec les usagers mais gardait un code éthique irréprochable, ne laissant rien passer. Patrick s’en souvenait encore. L’année précédente, il avait écopé d’une grosse amende pour avoir tenté d’écouler son stock de grenaille au plomb, désormais interdite. Aujourd’hui moins que tout autre jour, il n’avait envie de voir Germain, pas plus que quiconque d’ailleurs, mais il ne pouvait pas se soustraire au contrôle. Grommelant, il ouvrit au garde-chasse.
"Je ne pensais pas voir quelqu’un en semaine. Tu as déjà tiré quelque chose ?"


Patrick n’avait qu’une hâte : se retrouver seul.
- Rien, je viens d’arriver.

Voyant que l’occupant de la hutte n’avait aucune intention de lui offrir un café, Germain tourna les talons.

- Je repasserai demain matin. Bonne chasse.

- Salut.

Une fois le silence revenu, Patrick se servit un café, éteignit les lumières et commença sa veille, bien calé devant les ouvertures, les yeux collés aux jumelles. La lumière de la lune éclairait faiblement la mare. Le vent avait légèrement forci mais sa direction n’avait pas changé. De petites vaguelettes brisaient la surface de l’eau et les blettes dansaient lentement sur leur lest.

Les minutes se transformèrent en heures sans qu’aucun passage ne s’annonçât. Les canes s’égosillaient sans succès. Espérons qu’elles ne perdent pas leur voix, pensa-t-il, sinon elles sont bonnes pour la marmite.

La chasse à la hutte est surtout une affaire de patience et quand on revenait bredouille après une nuit blanche, c’était un peu la journée qui était foutue. Le moral en prenait un coup mais jamais le chasseur ne baissait les bras, la prochaine n’en serait que meilleure.
Aujourd’hui, le gibier boudait la zone. Plus au nord, la Parc du Marquenterre accueillait de nombreuses espèces de migrateurs. C’est là que son père l’emmenait un dimanche par mois, c’est là qu’il a appris à reconnaître tous les oiseaux qui croisent dans la région. Armé de jumelles, il gambadait dans les sentes bordées de roseaux pour épier les grues cendrées, les vanneaux huppés et les avocettes.

Ce soir de septembre, il s’attendait à voir quelques sarcelles ou un vol de souchets mais il semblait de plus en plus évident que la chance l’avait abandonné. Ses pensées se tournèrent à nouveau vers Isabelle. Il l’imaginait dans le lit d’un autre, lui dispensant les câlins qui lui étaient autrefois réservés, lui murmurant des mots doux comme elle le faisait pour lui, avec sa façon bien à elle de le regarder tendrement.

Pourquoi est-elle partie ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Sans qu’il s’en aperçoive, les larmes s’étaient mises à couler le long de ses joues, s’insinuant dans les crevasses de sa peau tannée, dégouttant le long de son menton mal rasé. Il s’était renfermé dans son monde de souffrance. Il ne vit même pas les deux sarcelles d’hiver qui venaient de se poser sur le plan d’eau alors que les premiers rayons du soleil venaient de franchir la lisière des arbres et allongeaient l’ombre de sa hutte sur la mare...

Germain venait de garer son véhicule à côté de celui de Patrick quand il entendit la détonation.

- Ha, il ne sera peut-être pas bredouille aujourd’hui, pensa-t-il.

Mais quand il frappa à la porte de la hutte, personne ne répondit. Le silence régnait dans la plaine, tout juste égaillé des cris mollissant des appelants. Au loin, un vol de souchets filait vers le sud…









Hors ligne Mathieu

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Re : La hutte
« Réponse #1 le: 22 Octobre 2020 à 07:39:38 »
Lu avec plaisir, une bien belle plume !
Je n'ai pas grand chose d'autre à dire, le texte est efficace dans sa construction et tres agreable à lire.

Le départ d'Isabelle est peut etre un peu 'raide', dans le sens ou on n'a pas du tout d'explication. Qu'elle quitte Patrick, pourquoi pas, elle en a peut etre marre de le gerer, mais qu'elle lui abandonne ses enfants m'a semblé improbable.

A te lire

Hors ligne E-Chrivan

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Re : La hutte
« Réponse #2 le: 22 Octobre 2020 à 09:21:41 »
Merci infiniment pour ton retour, Mathieu.

Je suis d'accord quant au départ d'Isabelle. Rien ne le laisse prévoir. Pour ma défense, je dirais qu'il s'agit d'une histoire vraie que j'ai placée sur le point de vue de Patrick qui a appris ce départ, sans plus d'explication, de cette manière. Quant aux enfants, ils avaient respectivement 16 et 17 ans, ce qui n'est plus tout à fait le premier âge et Isabelle est bien partie seule. Parfois la réalité est déroutante mais là où j'aurais peut-être dû insister, c'est sur leur maturité, tu n'as pas tort de relever cet écart. Je dois également rendre à la vérité la chute que j'ai inventée. Si Patrick a beaucoup souffert de cet abandon, il est néanmoins toujours en vie et a même retrouvé l'amour. Happy end  :bisou:

Hors ligne txuku

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Re : La hutte
« Réponse #3 le: 22 Octobre 2020 à 19:09:01 »
Bonsoir

Un recit qui se deroule bien rt ou l on sent venir la fin ! :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne E-Chrivan

  • Tabellion
  • Messages: 30
Re : La hutte
« Réponse #4 le: 22 Octobre 2020 à 20:00:16 »
Merci pour ton commentaire, Txuku.

Il est vrai que c'est un peu téléphoné. Je n'avais pas misé sur la chute pour ce texte, elle m'est apparue juste comme inéluctable. Je pourrais certainement apporter une fin moins attendue mais celle-ci avait l'avantage de clôturer un texte court sans m'étaler sur dix pages.

En tout cas, ta remarque me sera assurément utile à l'avenir.

Merci

Hors ligne Paf

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Re : La hutte
« Réponse #5 le: 05 Novembre 2020 à 05:25:37 »
Salut E-Chrivan !

Joli texte ! Bien construit, et... si Txuku avait senti venir la chute, moi pas !  :'(
Je n'ai pas eu le même problème que Mathieu par rapport au départ d'Isabelle et des enfants, probablement parce que j'ai imaginé les deux garçons plutôt grands. (j'ai presque été surprise quand tu as sous-entendu que Ludo n'avait pas encore 16 ans.)

Personnelement, c'est plus la réaction de Patrick à ce départ qui m'a gènée, mise en rapport à la manière dont tu présentes Patrick au tout début.
Je le trouvait très serein, (tu parles d'un sentiment de plenitude, c'est fort, ça !)  dans sa voiture ; il ne l'était probablement pas tant que ça.

J'ai eu quelques problèmes de vocabulaire (Je me suis demandé pourquoi ses blettes étaient lestées, et ensuite, quand j'ai compris qu'il ne rentrait pas chez lui, pourquoi il emmenait ses légumes à la chasse.  :mrgreen: ) : je n'ai jamais chassé. Même la hutte... pour moi, c'est une cabane.
J'imaginait donc qu'il rentrait chez lui. Je crois que ce n'est que quand tu dis "Patrick avait tenté de lui inculquer sa passion pour la hutte" que j'ai compris que la hutte, c'est la chasse ! (et c'est trèèèès loin dans le texte. Avant ça, dans ma tête... il ne rentrait plus forcément chez lui, mais il allait passer une nuit dans une maisonnette à l'écart peut-être ? )


Sur la forme pure, deux choses principalement m'ont un peu gènée :
- Tu met beaucoup de virgules, surtout dans le premier paragraphe. (si tu trouves une astuce pour en mettre moins, je suis preneuse, je fais pareil ; mais à la lecture ici ça me dérange. )
- Les nombreuses occurences du verbe être au présent.
Je ne sais pas si c'est volontaire (gramaticalement, c'est presque toujours acceptable en présent de vérité général), mais j'ai accroché dessus à chaque fois.  Et je pense qu'il y a un paquet de "c'est" que tu peux faire sauter : en remettant "ce qui est" en sujet directement, tu allègerais tes phrases.
Citer
(Contre toute attente, c’est le cadet qui a suivi son exemple = Contre toute attente, le cadet par contre (pour l'insistance et l'opposition avec l'ainé) avait suivit son exemple )

Les ptits détails, au fil de ma lecture :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Hors ligne E-Chrivan

  • Tabellion
  • Messages: 30
Re : La hutte
« Réponse #6 le: 05 Novembre 2020 à 10:13:09 »
Merci beaucoup pour ton analyse détaillée, Paf. Tu as vraiment passé du temps dessus et je t'en suis infiniment reconnaissant.

Je relirai en détail tes remarques, qui me semblent parfaitement fondées.

J’apporterai déjà quelques réponses quant à certains choix (délibérés).

Concernant la hutte, c'est une pratique que j'ai découverte quand j'ai rencontré Patrick (Stéphane dans la vraie vie). Tout cet univers était totalement nouveau pour moi et je m'adresse dans ce texte aux gens qui ignorent cette pratique, en distillant les termes techniques par petites touches.

Concernant l'état d'esprit de Patrick durant ce voyage, je continue de l'appeler voyage car c'est à la fois un déplacement dans l'espace et un retour vers son passé, quand il bénéficiait encore de l'attention de son père, de son enseignement. Un période révolue qui  contraste avec l'instabilité actuelle. De fait, je revendique encore le sentiment de plénitude qui l'envahit car au moment où il part à la hutte, il n'a pas du tout l'intention d'en finir, il souhaite juste essayer de reprendre ses esprits. Les images et les sensations de ces instants le replongent dans ce cocon protecteur que fut son enfance. Peu à peu, il parvient à s'extraire du poids du présent, bien trop réel. De fait, c'est presque mécaniquement qu'il effectue les gestes du chasseur, pour conserver le plus possible son esprit loin de la cruelle réalité (il est d'ailleurs peu disposé à socialiser avec le garde-chasse).

Au sujet de l'évocation du Parc du marquenterre, je reconnais un raccourcis un peu brutal. J'aurais dû sans doute mettre plus l'accent sur la faune de la baie de Somme, indissociable des oiseaux migrateurs qui croisent en grand nombre cette partie de la côte. J'aurais effectivement dû préciser que cette réserve ne manquait pas, elle, de population aviaire.

Je ne comprends pas, en revanche, la remarque concernant le plus-que-parfait (Il s’était renfermé dans son monde de souffrance), il s'agit d'un constat à l'instant "t". En le remplaçant par le passé, j'induirais un mouvement (sous-entendu, il se renfermait peu à peu...) or dans ce contexte, le chemin vers son monde de souffrance est déjà accompli.

En tout cas, un grand merci, encore une fois, pour ton analyse. Je reconnais humblement mes lacunes. La pire de toutes étant ma propension à l'écriture automatique que je peine à corriger. Sans doute que l'influence des surréalistes dont j'ai été un peu trop imprégné aura eu raison de ma raison.

Au final, j'aimerais vraiment, au travers de ces échanges avec vous, gentils lecteurs, parvenir à construire un récit avant de le débuter. Tracer les lignes du dessin et juste le remplir de couleurs après.




 


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