Qu’y a-t-il de plus triste qu’une gare abandonnée, isolée en pleine nature ? Une herbe haute a poussé entre les rails, sur les murs décrépis et tachés de rouille s’affichent encore des horaires qui depuis longtemps n’ont plus cours, les rats ont élu domicile sur les banquettes du hall, là où autrefois patientaient des hommes.
L’air pourtant est chargé encore d’espoirs et de vieux souvenirs, entêtés comme ces odeurs qui collent aux vêtements de ceux qui ne sont plus.
Sur ce quai, telle amoureuse avait attendu son amoureux, tel adolescent s’apprêtait à partir pour la capitale, grisé d’espoirs et de liberté, même un chien y avait guetté le retour de son maître, chaque soir à la même heure, et chaque soir déçu.
Elles ont des airs de vieilles dames, ces gares-là, s’excusant presque, comme navrées d’exister encore.
Mais voilà qu’un sifflement déchire la nuit, puis un halètement de bête épuisé, un crissement sur les rails… iI est là à nouveau le train de 18 h 32, lui ou son fantôme, qui peut dire, puisque personne n’est présent pour l’accueillir ?