Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

29 Avril 2026 à 13:27:04
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Histoire sans fin

Auteur Sujet: Histoire sans fin  (Lu 3730 fois)

Hors ligne Noun

  • Plumelette
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Histoire sans fin
« le: 28 Septembre 2020 à 11:41:46 »
Histoire sans fin

Le couperet était tombé le vendredi. Une fin de semaine pour dompter la fatalité et apprivoiser l’urgence. Deux petits jours à se débattre avec la résignation, pour trouver un sens, aussi provisoire soit-il, à emmener sa fille dans cette clinique. La fille, elle, fera l’économie de ces batailles. Elle n’a plus que la force, et il en faut, de se laisser porter.

Lundi matin, par-dessus le lac, un arc-en-ciel. Peut-être fallait-il y voir un signe. Une promesse, un espoir. C’est en tous cas le pari qu’ils ont fait, ne serait-ce que pour donner du relief à leur silence, pour rendre la route moins tortueuse. Peut-être faut-il faire semblant d’y croire quand il n’y a plus que la fiction pour unir.

« Dans deux semaines on pourra s’appeler ».

« Oui ».

Je t’aime il pense. Je t’aime, elle rêve.

« Dans deux semaines alors ».

Il sourit.

« Au revoir ».

Je t’aime je t’aime je t’aime, et elle se détourne pour pas qu’il devine.

Ça y est. Elle y est. Tellement si seule au monde que c’est con à dire.

Elle monte. Et ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle montera, plusieurs fois par jour, pendant plusieurs semaines et plusieurs mois. Elle montera comme on dévale la pente. Raide et très vite. Mais tout cela, elle ne le sait pas. Qu’est-ce que cela aurait changé de le savoir ? Elle aurait pu tuer la question dans l’œuf. Elle aurait peut-être dû tuer la question dans l’œuf. Le fait de ne pas la penser, de ne pas la modeler, c’est la cultiver. 

Elle monte, tourne à gauche, ouvre la porte. Referme la porte.

« Bonjour ».

« Bonjour ».

Rien.   
                                                             
Elle observe.

Blouse blanche ouvre le sac. Elle sort les affaires une à une. Les secoue, les pose sur le lit, en fait deux tas.

Un pull, à gauche.
Un bas de training, à gauche.
Culottes, soutien-gorge, à gauche.

Elle voit les mains qui secouent la culotte. Blanche elle aussi. Ces mains qui s’agitent et qui disent ce qu’elle n’a pas envie de voir. Elle détourne le regard. Elle ne va quand-même pas la renifler ?

Elle observe les tas qui grossissent de cette même manière, terrifiante, qui la fera grossir, elle aussi. Mais elle ne le sait pas encore. Tuer la question dans l’œuf. Le refaire plusieurs fois par jour, pendant plusieurs semaines et plusieurs mois. Apprendre à la tuer avant même qu’elle ne soit. Ce sera d’ailleurs la seule et unique leçon qu’elle tirera de son séjour. Mais elle ne le sait pas encore. Et qu’est-ce que cela aurait changé de le savoir ? Qu’est-ce que cela aurait changé ?

Les tas sont faits.

Celui de gauche,            Celui de droite aussi,
Faudra ranger.           Mais ils s’en chargeront.
                                        Thermos (parce qu’elle a froid)
                                   Pince à épiler (parce qu’elle a peur)
                                   Rasoir (parce qu’elle a encore des envies figure toi).


Elle avait encore des envies en arrivant ce matin. Et, avec l’arc-en-ciel, un faux semblant d’espoir.

« Je vais les ranger à l’office » dit blouse blanche en désignant les affaires de droite. « Vous pourrez venir nous les demander si vous en avez besoin ». Et tout en souriant, elle ajoute : « mais vous verrez, ils ne vous seront pas d’une grande utilité. Maintenant installez-vous, on mange dans quarante minutes ».

D’ici quelques mois, elle récupérera son thermos. Oublié et moisi. Tu parles d’une victoire.

Maintenant qu’elle a été dépouillée du peu de désir qu’il lui restait, elle est sommée de s’installer. Mais comment ? La chambre et belle. On ne peut pas dire que la chambre ne soit pas belle. Tout comme on ne peut pas dire que les lieux dans leur ensemble soient moches. Les arbres pourtant, majestueux, elle ne les verra que derrière les barreaux des fenêtres verrouillées. Seule blouse blanche est habilitée à les ouvrir. Pour aérer. Dix minutes chaque matin. Pour ne pas étouffer totalement. Le parc, sublime, elle ne sera autorisée qu’à le rêver. Et les promenades, bien que quotidiennes, ne lui permettront pas même de l’effleurer. Ici, même la balade se vide de sa sève.

Un jour pourtant, dans ce parc, elle s’assiéra. Sur un banc, avec eux, qui auront fait ce même long et tortueux chemin qu’ils feront si souvent. Mais ils ne le savent pas encore. Qu’est-ce que cela aurait changé de le savoir ? Sur le banc, alors, elle sentira. Elle ressentira presque. Le basilic, le thym, le romarin, le persil, la ciboulette. Elle aura oublié les odeurs mais pas les gestes. Et elle se dira qu’un jour, elle aussi fera goûter à son enfant les saveurs des herbes aromatiques. En souvenir et en honneur de cet instant de grâce. Il n’y a qu’un père pour transformer un bouquet d’herbes en larmes. Sens, sens mon enfant comme cela est doux. Ferme les yeux, que ton âme chatouille. Ces herbes pour te dire je t’aime. Ces herbes pour te dire que je ne savais pas. Personne ne savait. Mais sens. Cette vie que tu abandonnes, sens comme elle résiste, sens comme elle désire, sens comme elle…

C’est ainsi qu’elle s’est finalement installée. En pensées seulement. Le tas de gauche toujours sur le lit. Elle n’a rien touché, elle n’a même rien regardé. Mais c’est l’heure à présent.

« On mange ».

Il est tôt encore. Elle n’est pas prête. Il est toujours trop tôt pour les repas dans les hôpitaux où l’on vient parce qu’on ne mange plus. Il est même tellement tôt qu’elle se demande si, au-dessus du lac, l’arc-en-ciel irradie encore. De la même manière, exactement, qu’elle se demandera, des années plus tard, si, à cet instant, cela aurait vraiment changé quelque chose de savoir que cette histoire est de celles qui ne se terminent jamais vraiment.




« Modifié: 28 Septembre 2020 à 21:39:57 par Noun »

Hors ligne Cendres

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Re : Histoire sans fin
« Réponse #1 le: 28 Septembre 2020 à 20:32:38 »
Merci pour le partage de ton texte.

Je ne comprends pas pourquoi cette fille est à l'hôpital. Aurait-elle fait une tentative de suicide? Est-elle enceinte et elle veut avorter ? Je ne saisis pas trop, mais je suis nulle en sens cachée et double sens.
Je pense que c'est pour une raison importante, mais je ne vois pas laquelle.
"Celui qui désespère des événements est un lâche, mais celui qui espère en la condition humaine est un fou."
Albert Camus

Hors ligne Noun

  • Plumelette
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Re : Histoire sans fin
« Réponse #2 le: 28 Septembre 2020 à 21:21:54 »
C'est dit dans le dernier paragraphe "où on vient quand on ne mange plus) Il s'agit d'anorexie.

c'est vrai que l'ai pas voulu être explicite mais peut-être que le lecteur est un peu perdu? de manière générale je  n'aime pas trop quand c'est frontal, c'est une chose sur laquelle je dois travailler. être plus explicite et pas trop me cacher... :-)
« Modifié: 28 Septembre 2020 à 21:25:12 par Noun »

O.deJavel

  • Invité
Re : Histoire sans fin
« Réponse #3 le: 29 Septembre 2020 à 00:50:38 »
Bonjour Noun,

Je suis devenu perplexe dès premier paragraphe :
Citer
Le couperet était tombé le vendredi. Une fin de semaine pour dompter la fatalité et apprivoiser l’urgence. Deux petits jours à se débattre avec la résignation, pour trouver un sens, aussi provisoire soit-il, à emmener sa fille dans cette clinique. La fille, elle, fera l’économie de ces batailles. Elle n’a plus que la force, et il en faut, de se laisser porter.
Ce premier paragraphe semblait être construit pour contenir le conflit à résoudre. Le problème est qu’il est plutôt écrit un peu comme pour brouiller les pistes. La phrase « dompter la fatalité et apprivoiser l’urgence » est certes pleine de contrastes, mais je suis incapable de lui donner un sens en ce début de texte, comme ça, sans contexte. Il faut faire attention à cela. Même chose pour « se débattre avec la résignation » Cette enchaînement est une métaphore mais on n’y voit ici aucune image qui puisse nous renseigner sur quoique ce soit. La résignation est normalement ce qui vient après le débat, après le constat que tout est perdu. Une fois résigné, il n’y a plus de débat. Disons qu’en début de texte, c’est difficile d’enfoncer ça dans la gorge du lecteur quand le reste n’est pas écrit dans le même genre de prose. Surtout qu’on ne sait pas de quoi le texte parle.

Par la suite, la longueur du texte sur le pliage du linge, les "bonjours", "bonjours" m’ont fait croire qu’il s’agissait de bourrage pour dévoiler une surprise à la fin. Mais malheureusement je n’ai pas vu cette fin. Je n’ai pas vu la phrase disant « où on vient quand on ne mange plus » parce qu’elle était perdue dans le flot. Alors je n’ai pas compris le texte.

C’est dommage parce que le sujet est valide. Dans ce genre de situation, le plus difficile est d’obtenir le consentement d’une personne anorexique, car elle ne s’estime pas malade. C’est là tout l’enjeu pour les parents et la famille. Convaincre, accompagner, obtenir un accord pour un séjour en psychiatrie. Ce sujet est riche et peut être traité de plusieurs façons. Or ici, il semble que la famille préparait les choses comme à regret... Donc je n’ai pas compris le texte malheureusement. Une prochaine fois peut-être ? :)
« Modifié: 29 Septembre 2020 à 04:39:25 par O.deJavel »

Hors ligne Noun

  • Plumelette
  • Messages: 14
Re : Histoire sans fin
« Réponse #4 le: 29 Septembre 2020 à 13:12:19 »
je te remercie O.deJavel pour ton commentaire.

pas de surprises pour moi dans ce que tu dis, je sais que c'est le point faible, que j'ai de la peine à être explicite et claire et que souvent on ne comprend pas alors que pour moi c'est limpide.
c'est évidemment un gros souci si je destine mon texte à des lecteurs et c'est exactement là-dessus que j'ai envie de bosser. il y a une sorte de peur à la source de tout cela, comme si me mettre trop à nu, en dire davantage était dangereux. c'est rigolo parce que je suis comme ça dans mon quotidien aussi, je parle peu et de manière souvent assez alambiquée je crois. je ne me dévoile pas, j'ai pas envie qu'on me dévoile. mais pourquoi écrire ici alors? oui c'est très paradoxal.

donc je m'attendais un peu à ce retour et d'ailleurs je n'ai pas choisi ce petit texte au hasard, il est très ancien mais emblématique pour moi de quelque chose de très intime par quoi j'avais envie de commencer.

donc je vais reprendre, poser le cadre, expliquer mieux où je veux en venir. je sais que ça va m'obliger à me faire un peu violence mais je suis là précisément pour ça :-)

ce qui m'intéresse dans la thématique avant tout c'est la violence (qui n'est pas systématique mais qui est fréquente) de la réponse institutionnelle face aux maladies psychiques (la violence de l'hospitalisation contrainte, la violence des conditions d'internement etc.), cette thématique, dans son ensemble, dépasse évidemment ce que j'ai écris ici.

pour la résignation par contre je vais maintenir, je ne parle pas de quelqu'un qui est résigné mais de quelqu'un qui se trouve à mi-chemin entre l'espoir et la résignation, qui vacille de l'un à l'autre et se (dé)bat avec/contre ces deux choses. c'est ce que j'ai voulu exprimer mais si je suis la seule pour qui ça fait sens ben... ça fait pas sens en fait...  ;)

bon, je me réjouis de faire l'exercice qui m'attend

bien à toi,

A


O.deJavel

  • Invité
Re : Histoire sans fin
« Réponse #5 le: 29 Septembre 2020 à 14:02:07 »
Bonjour Noun,

Si je peux te rassurer sur un point, c’est bien sûr celui-ci :
Citer
Je parle...  de quelqu'un qui se trouve à mi-chemin entre l'espoir et la résignation, qui vacille de l'un à l'autre et se (dé)bat avec/contre ces deux choses. c'est ce que j'ai voulu exprimer...
Voila très exactement le noeud essentiel d’un bon texte. Commencer par le conflit intérieur. Ce conflit là, s’il n’est pas dissimulé, s’il est bien exprimé, a deux conséquences : Il permet de faire parler le personnage principal de façon cohérente (car il est la source même de son expression) et facilite la mise en œuvre de l’action i.e. de tout ce qui découle du choix que fait cette personne (car elle doit choisir, elle doit se faire cette violence-là, en ce sens que choisir c’est renoncer).
    Tu as donc en toi l’ingrédient essentiel pour créer de très bons textes (cette propension à partir un texte sur de ce qui vacille en dedans n’est pas donnée à tout le monde, mais quand on l’a en soi, il faut alors cultiver ce petit talent rare et le faire grossir. )
     Donc je t’encourage à le nourrir ce germe de talent et à lui faire prendre du poids. N’hésite pas à exprimer avec force ce noeud en dedans. Il est valide et il est, je le redis en mots différents, ce qui permet au lecteur de s’identifier au protagoniste. Ce noeud est exactement tout ce qui nous attire comme lecteur.
     Pour ce qui est de la thématique qui te tiens à cœur, je t’encourage à la développer. Un texte n’est vraiment bon, que s’il touche une vérité que son auteur a envie de crier sur tous les toits. Cette question qui te tiens à cœur.., n’hésite pas à la mettre au premier plan. C’est important, car si tu contournes cette question... alors tu te retrouveras à ne pas aimer ce que tu écris. C’est d’ailleurs le lot de tout ceux qui écrivent...  :) Donc n’hésites pas ! Même si ton texte est à propos d’une personne qui hésite :)
     J’ai hâte de te lire à nouveau !
« Modifié: 29 Septembre 2020 à 14:09:42 par O.deJavel »

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Histoire sans fin
« Réponse #6 le: 29 Septembre 2020 à 14:59:43 »
Bonjour Noun,

Au fil de la lecture :
Citer
Le couperet était tombé le vendredi. Une fin de semaine pour dompter la fatalité et apprivoiser l’urgence. Deux petits jours à se débattre avec la résignation, pour trouver un sens, aussi provisoire soit-il, à emmener sa fille dans cette clinique. La fille, elle, fera l’économie de ces batailles. Elle n’a plus que la force, et il en faut, de se laisser porter.
J'aime beaucoup ce premier paragraphe qui nous plonge d'emblée dans la tourmente.
Pour la dernière phrase, tu aurais pu aussi mettre des tirets (tirets semi-cadratins) pour encadrer le "il en faut", plutôt que des virgules.
Citer
C’est en tous cas le pari qu’ils ont fait,
tout
Citer
Peut-être faut-il faire semblant d’y croire quand il n’y a plus que la fiction pour unir.
J'ai bien aimé ce type de phrases qui jalonnent ton texte. D'habitude je n'aime pas trop quand une phrase m'oblige à m'arrêter pour en saisir tout son sens. Mais je trouve que le rythme de ton texte s'y prête bien, un peu flottant, un peu froid et distant tout en restant très fort émotionnellement. Ce rythme, je le lis de façon plutôt lente, et du coup ça me convient bien de prendre le temps d'assimiler ce type de phrases.
Citer
Je t’aime il pense. Je t’aime, elle rêve.
J'aime bien ce passage.
J'aurais juste ajouté une virgule après le premier "Je t'aime".
Citer
Je t’aime je t’aime je t’aime, et elle se détourne pour pas qu’il devine.
Comme le reste du texte est en langage courant (si ce n'est soutenu) et non familier, ici j'aurais laissé le "ne" de la négation : "pour ne pas qu'il devine".
Citer
Tellement si seule au monde que c’est con à dire.
Ici par contre, j'ai bien aimé que cette phrase se démarque, pour l'effet d'emphase. J'imagine que c'est volontaire d'avoir répété "Tellement si" de façon redondante ? J'aime bien le rendu.
Citer
Elle monte. Et ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle montera, plusieurs fois par jour, pendant plusieurs semaines et plusieurs mois.
Ici, je suis un peu perplexe. Elle monte où ? Qui l'accueille ? Comme elle est mineure, je trouve très étrange que personne de la clinique ne l'accueille et que son père la dépose juste à l'extérieur et reparte avant d'avoir vérifié qu'elle était bien entourée...
La suite, j'aime bien. Notamment le "Elle montera comme on dévale la pente. Raide et très vite."
J'aime bien aussi le ton "flottant", les répétitions, la petite ritournelle du "elle ne sait pas..." et des passages au futur.
Citer
Blouse blanche ouvre le sac.
J'ai trouvé très triste cette appellation de "blouse blanche"... mais très réaliste (dans les pensées de la narratrice).
Citer
Elle observe les tas qui grossissent de cette même manière, terrifiante, qui la fera grossir, elle aussi. Mais elle ne le sait pas encore.
Ici tu introduis cette notion de grossir ; pour ma part j'ai encore un doute sur ce qu'il se passe (il y a plein de médicaments dont les effets indésirables font grossir, du coup, plein de possibilités encore).
Je trouve le ton du récit très froid, très las, ça se marie très bien avec la description déshumanisée de cette clinique :( .
Citer
Pince à épiler (parce qu’elle a peur)
Je n'ai pas compris du tout '-' pourquoi parce qu'elle a peur ?
Citer
Rasoir (parce qu’elle a encore des envies figure toi).
Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'envies de scarifications, mais la suite m'a fait douter... ?
Citer
« mais vous verrez, ils ne vous seront pas d’une grande utilité. Maintenant installez-vous, on mange dans quarante minutes ».
Il faudrait mettre une majuscule à "Mais" (ou alors, finir la dernière phrase prononcée par trois points de suspension et mettre de nouveau trois points de suspension avant le "mais"...).
Citer
Les arbres pourtant, majestueux, elle ne les verra que derrière les barreaux des fenêtres verrouillées.
Est-ce que la virgule ne devrait pas être décalée avant le "pourtant" ? "Les arbres, pourtant majestueux,..." ?
Citer
Le parc, sublime, elle ne sera autorisée qu’à le rêver. Et les promenades, bien que quotidiennes, ne lui permettront pas même de l’effleurer. Ici, même la balade se vide de sa sève.
J'ai beaucoup aimé ça : que le parc ne soit que rêvé : au début on se dit qu'elle n'a pas le droit de le visiter ; et en fait, si, mais les visites sont dépourvues de réelle rencontre avec les éléments.
Citer
Sur un banc, avec eux, qui auront fait ce même long et tortueux chemin qu’ils feront si souvent. Mais ils ne le savent pas encore.
Ici, je n'ai pas compris qui était ce "eux"... Au début j'ai pensé que c'étaient les autres patients. Mais comme ensuite tu parles de son père, je me suis un peu perdue en route...  :-[
Citer
Sur le banc, alors, elle sentira. Elle ressentira presque. Le basilic, le thym, le romarin, le persil, la ciboulette. Elle aura oublié les odeurs mais pas les gestes. Et elle se dira qu’un jour, elle aussi fera goûter à son enfant les saveurs des herbes aromatiques. En souvenir et en honneur de cet instant de grâce. Il n’y a qu’un père pour transformer un bouquet d’herbes en larmes. Sens, sens mon enfant comme cela est doux. Ferme les yeux, que ton âme chatouille. Ces herbes pour te dire je t’aime. Ces herbes pour te dire que je ne savais pas. Personne ne savait. Mais sens. Cette vie que tu abandonnes, sens comme elle résiste, sens comme elle désire, sens comme elle…
Ici je n'ai malheureusement pas compris si c'était un rêve éveillé (qqch qu'elle imagine), un souvenir qui remonte, ou bien qqch qui se passe réellement lors d'une des visites de son père. J'ai trouvé ça très beau cela dit et l'aspect incertain et flottant y était pour qqch... je pense malgré tout que ça m'aurait plu de mieux comprendre...
Citer
Il n’y a qu’un père pour transformer un bouquet d’herbes en larmes.
Cette phrase m'a touchée en particulier...
Citer
« On mange ».
Il est tôt encore. Elle n’est pas prête. Il est toujours trop tôt pour les repas dans les hôpitaux où l’on vient parce qu’on ne mange plus.
:s
J'ai trouvé cette fin très percutante. Avec le petit retour au réel qui se fait déjà dans le paragraphe précédent ("C’est ainsi qu’elle s’est finalement installée. En pensées seulement. Le tas de gauche toujours sur le lit. Elle n’a rien touché, elle n’a même rien regardé. Mais c’est l’heure à présent.").
Citer
De la même manière, exactement, qu’elle se demandera, des années plus tard, si, à cet instant, cela aurait vraiment changé quelque chose de savoir que cette histoire est de celles qui ne se terminent jamais vraiment.
La dernière phrase est tellement juste et tellement poignante...
(En fait, tout le dernier paragraphe).


Au total :
J'ai beaucoup aimé ton texte. Il m'a vraiment touchée, l'histoire est présente, réelle dans son évanescence. Je l'ai trouvé juste dans le sens où il y avait suffisamment de réalisme à mon goût, et d'un autre côté, suffisamment de poésie personnelle, ou de regard personnel, pour qu'on n'ait pas l'impression d'un travail artificiel de vulgarisation ou de sensibilisation. Je me suis "perdue" à certains passages dans les propos trop flous, pour cela je pense que quelques retouches pourraient clarifier certaines choses, et d'un autre côté, avec prudence à mon sens pour ne pas enlever au texte ce qui fait son essence.
Merci beaucoup pour ce partage.
« Modifié: 29 Septembre 2020 à 15:10:59 par Ariane »
~ Ari ~

Hors ligne Noun

  • Plumelette
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Re : Re : Histoire sans fin
« Réponse #7 le: 29 Septembre 2020 à 17:00:19 »
Bonjour Keanu,

Merci infiniment ton retour est vraiment super riche. C'est toujours une grande émotion que de savoir qu'on est sensible à ma sensibilité.

Bon j'ai un problème technique je sais pas comment citer des passages des posts précédents.. mais bref.

merci pour le point final et les guillemets, j'avais pas vu mais oui tu as raison, bien sûr.

Je t’aime je t’aime je t’aime, et elle se détourne pour pas qu’il devine.[/quote]

Dans ce texte qui me semble d'un niveau de langue assez corrigé, je me demande si l'absence de "ne" de négation ("[...] et elle se détourne pour [ne] pas qu'il devine.") est volontaire.

c'était volontaire mais sans aucune conviction. le NE m'embêtais, je le trouvais lourd, moche (je ne sais même pas vraiment pourquoi... est-ce une raison suffisante pour l'enlever??? je me pose souvent la question de la légitimité de ce qu'on ne peut justifier sinon par l'intuition, si quelqu'un a un avis là-dessus je suis preneuse). Mais la phrase ne me convainc pas en l'état non plus. Je vais peut-être la revoir dans son entier

C'est intéressant ce que tu écris concernant le début du texte et le milieu, je suis d'accord avec toi, en fait les deux ont été écrits à des moments différents. Du coup ça fait sens. Je vais revoir tout ça et le faire d'une traite cette fois.


Concernant la mise en page en fait c'est un texte ancien et il n'avait pas cette mise en page de base, et hier quand je l'ai posté une première fois, je l'ai mis sans cette petite fantaisie, je l'ai effacé et remis avec, de manière un peu gratuite comme tu dis, pas sûre en effet que ça apporte quelque chose... j'ai vraiment pas envie que la forme ici prenne le dessus sur le fond.

"figure-toi" avec un tiret. Pourquoi cette adresse soudaine (au lecteur ?) ? --> je crois que j'étais en colère contre le monde entier au moment de l'écrire en fait hahaha c'est un peu con, oui, ça fait pas tellement de sens pour le lecteur. je vais virer

"est" (verbe être). --> oups

Et les promenades, bien que quotidiennes, ne lui permettront pas même de l’effleurer. Ici, même la balade se vide de sa sève.

Au cas où la répétition te dérange. --> j'ai pas encore d'avis tranché

Il n’y a qu’un père pour transformer un bouquet d’herbes en larmes. Sens, sens mon enfant comme cela est doux. Ferme les yeux, que ton âme chatouille. Ces herbes pour te dire je t’aime. Ces herbes pour te dire que je ne savais pas. Personne ne savait. Mais sens. Cette vie que tu abandonnes, sens comme elle résiste, sens comme elle désire, sens comme elle…

J'aime le passage, je comprends son émotion et m'y relie sans peine, mais ces quelques phrases me laissent tout de même un arrière-goût un peu mièvre... Il ne s'agit que de forme car, sinon, c'est beau.

--> je trouve mièvre moi aussi, j'ai laissé en toute conscience, j'aime pas trop la forme non plus ("la vie que tu abandonnes" si on le prend dans l'absolu c'est pourri on est d'accord) mais finalement je me demandais justement si cette mièvrerie n'exprimait pas au mieux le désespoir profond de ce père. je pense que ce pourraient être les mots exacts d'un père qui désespère de voir sa fille se laisser mourir, qu'à cet instant d'être mièvre ou pas il en a rien à foutre en gros, ou qu'à cet instant on ne peut être que mièvre... c'était ça un peu l'idée

je suis comme toi pas fan du "cela" dans l'absolu mais ici c'est vrai que je me suis pas posée la question (je vais donc de ce pas le faire)

merci encore pout toutes tes remarques, pertinentes et sensibles. ça me fait bien avancer! je crois que tu as bien cerné ce petit texte...

et j'ai une petite question encore: si je réécris le texte pour le soumettre après modifications c'est mieux que j'ouvre un nouveau post ou je le mets en réponse ici... ? merci d'éclairer la nouvelle...

bien à toi

A
« Modifié: 29 Septembre 2020 à 17:36:03 par Noun »

Hors ligne Noun

  • Plumelette
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Re : Re : Histoire sans fin
« Réponse #8 le: 29 Septembre 2020 à 17:51:31 »
Bonjour Ariane,

merci infiniment pour ton retour encourageant!
 
Citer
Je t’aime il pense. Je t’aime, elle rêve.
J'aime bien ce passage.
J'aurais juste ajouté une virgule après le premier "Je t'aime".

Je voulais ces phrases distinctes l'une de l'autre. Je voulais souligner d'une part l'impossibilité de ces deux êtres à se dire leur amour et je voulais aussi ,chez la fille, une distance plus grande avec ce je t'aime, d'où la virgule. la fille est catapultée dans cet hôpital, elle n'a d'autre choix, à ce moment, que de s'absenter d'elle-même et des êtres aimés pour supporter ça.


Citer
Je t’aime je t’aime je t’aime, et elle se détourne pour pas qu’il devine.
Comme le reste du texte est en langage courant (si ce n'est soutenu) et non familier, ici j'aurais laissé le "ne" de la négation : "pour ne pas qu'il devine".
 
cf la réponse à Keanu

Citer
Tellement si seule au monde que c’est con à dire.
Ici par contre, j'ai bien aimé que cette phrase se démarque, pour l'effet d'emphase. J'imagine que c'est volontaire d'avoir répété "Tellement si" de façon redondante ? J'aime bien le rendu.

oui c'est volontaire.

Citer
Elle monte. Et ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’elle montera, plusieurs fois par jour, pendant plusieurs semaines et plusieurs mois.
Ici, je suis un peu perplexe. Elle monte où ? Qui l'accueille ? Comme elle est mineure, je trouve très étrange que personne de la clinique ne l'accueille et que son père la dépose juste à l'extérieur et reparte avant d'avoir vérifié qu'elle était bien entourée...
La suite, j'aime bien. Notamment le "Elle montera comme on dévale la pente. Raide et très vite."

Je n'ai dit nulle part que la fille est mineure en fait... et ça correspond à la réalité ;-)

Pour les "en tous cas" j'ai toujours écris ça comme ça et je préfère. j'ai vérifié, on peut écrire les deux en tout cas (tout le cas) et en tous cas (tous les cas)...


J'aime bien aussi le ton "flottant", les répétitions, la petite ritournelle du "elle ne sait pas..." et des passages au futur.
Citer
Blouse blanche ouvre le sac.
J'ai trouvé très triste cette appellation de "blouse blanche"... mais très réaliste (dans les pensées de la narratrice).

oui c'est moche, c'est voulu :-)

Citer
Pince à épiler (parce qu’elle a peur)
Je n'ai pas compris du tout '-' pourquoi parce qu'elle a peur ?
Citer
Rasoir (parce qu’elle a encore des envies figure toi).
Au début j'ai cru qu'il s'agissait d'envies de scarifications, mais la suite m'a fait douter... ?

je vais revoir ce passage il ne me satisfait pas et encore moins avec vos précieux retours...



Citer
Sur un banc, avec eux, qui auront fait ce même long et tortueux chemin qu’ils feront si souvent. Mais ils ne le savent pas encore.
Ici, je n'ai pas compris qui était ce "eux"... Au début j'ai pensé que c'étaient les autres patients. Mais comme ensuite tu parles de son père, je me suis un peu perdue en route...  :-[

en fait c'est les parents mais je vais m'en tenir au père c'est évident maintenant que j'y pense

Citer
Sur le banc, alors, elle sentira. Elle ressentira presque. Le basilic, le thym, le romarin, le persil, la ciboulette. Elle aura oublié les odeurs mais pas les gestes. Et elle se dira qu’un jour, elle aussi fera goûter à son enfant les saveurs des herbes aromatiques. En souvenir et en honneur de cet instant de grâce. Il n’y a qu’un père pour transformer un bouquet d’herbes en larmes. Sens, sens mon enfant comme cela est doux. Ferme les yeux, que ton âme chatouille. Ces herbes pour te dire je t’aime. Ces herbes pour te dire que je ne savais pas. Personne ne savait. Mais sens. Cette vie que tu abandonnes, sens comme elle résiste, sens comme elle désire, sens comme elle…
Ici je n'ai malheureusement pas compris si c'était un rêve éveillé (qqch qu'elle imagine), un souvenir qui remonte, ou bien qqch qui se passe réellement lors d'une des visites de son père. J'ai trouvé ça très beau cela dit et l'aspect incertain et flottant y était pour qqch... je pense malgré tout que ça m'aurait plu de mieux comprendre...

c'est une visite de son père oui, ok je vais voir si je précise, si c'est pas compréhensible ça m'embête et je vais changer/préciser, si c'est juste "un peu flou" à l'image de ce moment suspendu je laisserai, je vais voir...


Merci infiniment Ariane, je me réjouis de revoir le texte à la lumière de tous ces commentaires...



Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
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Re : Histoire sans fin
« Réponse #9 le: 29 Septembre 2020 à 18:58:14 »
Bonjour

D entree ton texte m a rappele celui de kokox - ici : https://monde-ecriture.com/forum/index.php?topic=34803.msg552713#msg552713
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Noun

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Re : Histoire sans fin
« Réponse #10 le: 29 Septembre 2020 à 19:26:42 »
Bonjour et merci beaucoup pour la référence au texte txuku,

oui il y a beaucoup de points en commun dans le déroulement de ce tout début d'hospitalisation. néanmoins l'intention me semble un peu différente. la mienne est peut-être volontairement plus suggestive, une manière aussi de souligner l'absence au monde (quoique relative: elle a encore des envies etc) de cette jeune fille, dans cet espace-temps un peu suspendu qu'est cette hospitalisation.

Merci à toi Keanu pour "la marche à suivre"!
« Modifié: 29 Septembre 2020 à 19:28:15 par Noun »

Hors ligne Ari

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Re : Histoire sans fin
« Réponse #11 le: 29 Septembre 2020 à 19:57:51 »
Pour citer, Noun, personnellement au lieu de passer par le bouton que t'indique Keanu, je copie le petit bout de phrase que je veux citer, puis je clique sur la petite bulle de dialogue dans la barre d'outil de mon message en cours. Apparaît alors :
(quote)(/quote)
sauf qu'au lieu des parenthèses ce sont des crochets. Tu colles alors la citation entre les deux "balises" :
(quote) colle ton texte ici (/quote)
Si tu veux mettre le nom de la personne que tu cites, tu peux l'écrire ici :
(quote=Keanu) colle ton texte ici (/quote)
(quote=Ariane) colle ton texte ici (/quote)

Merci pour tes réponses.
Personnellement, j'aimais bien le "figure-toi", comme un petit pincement acide.
Merci pour le "en tous cas" ; j'avais oublié cette option !
~ Ari ~

Hors ligne Noun

  • Plumelette
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Re : Histoire sans fin
« Réponse #12 le: 29 Septembre 2020 à 22:32:25 »
Merci encore à tous pour vos commentaires. C'est d'autant plus précieux que c'est la première fois que j'écris ici.

J'ai un gros petit souci de légitimité, dans la vie de manière générale, et ici en particulier.

J'étais partie pour retravailler le texte mais après vos commentaires, très différents les uns des autres, je crois que je vais le laisser comme ça. changer tout au plus quelques petites choses par-ci par-là.

Après O.deJAvel qui n'a plus ou moins rien compris, j'ai, comme je fais toujours, douté très fort, puis Ariane qui a relevé certaines richesses et enfin Keanu, et là je le dis avec émotion, qui a si bien cerné mon intention et mon univers, avec des mots qui ont résonné si justes en moi...

j'ai l'impression que ce texte, peut exister en l'état, ou à peu près, qu'il a de la validité tel qu'il est. il plaira à certains et pas à d'autres mais dites-moi si je me trompe, il a une légitimité à rester ce qu'il est ? c'est une question qui n'a d'ailleurs de sens que dans mes tripes et mes peurs, mais je vous la pose quand-même, prendre un peu confiance au début, c'est pas à moi que ça fera du mal.... le laisser donc intact, tel qu'il est et devait être, lui foutre la paix qu'il réclame je crois, et m'en aller écrire d'autres...

je suis très heureuse d'être tombée sur ce joli forum :-)

bien à vous tous

A

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Histoire sans fin
« Réponse #13 le: 29 Septembre 2020 à 22:53:50 »
Bien sûr qu'il est légitime tel quel :) !

C'est pas facile en effet de savoir avec quel degré d'implication intégrer les critiques, comment en tenir compte tout en en restant un peu distancié... pour cela je trouve ça utile d'attendre plusieurs avis ; et même de laisser s'écouler un peu de temps ; relire à tête reposée.
~ Ari ~

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
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    • BEOCIEN
Re : Re : Histoire sans fin
« Réponse #14 le: 29 Septembre 2020 à 23:06:26 »
Bien sûr qu'il est légitime tel quel :) !

C'est pas facile en effet de savoir avec quel degré d'implication intégrer les critiques, comment en tenir compte tout en en restant un peu distancié... pour cela je trouve ça utile d'attendre plusieurs avis ; et même de laisser s'écouler un peu de temps ; relire à tête reposée.

Assez d accord avec Ariane ! :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

 


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