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28 octobre 2020 à 15:39:48
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Auteur Sujet: Capitaine Stroxk [Tic-tac 22/09/20] [Playa Fantasy ^^]  (Lu 87 fois)

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Capitaine Stroxk [Tic-tac 22/09/20] [Playa Fantasy ^^]
« le: 22 septembre 2020 à 21:38:13 »
Yeaaaaaaaaaah ! (quasi un quota de nano, en une heure  :banane: <= banane des îles !)

C'est n'imorte nawak, mais ça détend ^^



Ça rebondit en cadence au bout de la planche à requins. En dessous, les ailerons qui tournent en rond, les yeux noirs des squales qui scrutent le ciel, des remous d'envie de sang. Le pauvre Jensens peine à garder l'équilibre, la planche étroite fléchit au fur et à mesure qu'il s'éloigne du bateau. Et les pirates rigolent.
Jensens déteste les pirates, et s'il a pris place à bord de leur vaisseau, c'était pour atteindre l'île aux rêves, l'île idyllique où l'ombre des palmiers protège les beautés caraïbes des rayons ardents de l'astre solaire. Combien de nuits passées, à imaginer son petit corps d'elfe foulant le sable blanc, sous les couleurs pastel de crépuscules magiques ? Jensens y pense, ferme les yeux...

— Eh ! Tu dors, sac à puce ? Faudra penser à te réveiller sous les crocs des requins !

Le Capitaine Stroxk éclate de son plus beau rire gravillonneux. Certainement qu'il ne se souvient plus de la raison qui l'a fait condamner le pauvre elfe. Mais il s'en fout, il s'en balance, de savoir ce que les autres pensent. Ce qu'il aime, dans la vie, ce sont les beuvries et les exécutions. Alors Jensens ouvre les yeux, recule encore un peu, menacé par le sabre de Bertigron, second.
Tous les marins sont là, prêts à se repaître du spectacle. Un grand blanc plus gourmand que les autres sort sa tête de l'eau. Ses yeux tournent au noir, sa gueule s'ouvre, immense ; entre ses dents acérées, quelques morceaux de chair décomposée, quelques lambeaux d'habits. L'odeur pestinentielle de son haleine s'élève jusqu'au ponton, et les pirates s'esclaffent.

— Allez, un peu de courage, Jensens ! hurle le Capitaine Stroxk. Saute ! Tu voudrais pas mourir honteux, poussé par Bertigron ?

Jensens regarde en bas. La surface de l'eau s'est tendue. Les ailerons ont disparu. Face à lui, le sabre tranchant. Et l'île qui n'est qu'à quelques brasses, à peine une demie lieue. Pourquoi les requins ont-ils disparus ? Sommes-nous trop près de la plage ? se demande Jensens. Quoi qu'il en soit, il ne veut pas mourir en lâche poussé à l'eau. Alors, il saute.
Pendant sa chute, le petit elfe ne voit pas sa vie défiler, mais les trognes dégoutantes des marins ivrognes qui tournoient au-dessus de lui. Son corps frappe l'eau, et il perd connaissance immédiatement. Insolation. Parfois, s'enduire le corps de crème de coco et protéger son crâne avec une casquette, fut-elle en coton rose, sont des précautions salvatrices. Mais l'elfe ne pratique pas la profilaxie et sombre dans les limbes.

* * *

Sur le bateau, les marins observent la surface de l'eau, déçus. Aucunes gerbes de sang, aucun hurlement, pas de gargouillis s'achappant de la bouche d'un elfe supplicié. Rien. Le calme plat. Une vraie bourrique, cet elfe, jusqu'au bout il aura fait son intéressant.
La perruche Ziquette s'envole de l'épaule du Capitaine Stroxk. Toute mignonne, toute violette avec des yeux orange, elle volette jusqu'au milieu du mât central.
— Atteeeeeeentiooooon ! Atteeeeeentiooooooon ! crie-t-elle de sa voix de crécelle.
Le Capitaine Stroxk lève les yeux vers son oiseau.
— Quoi, attention ? demande-t-il.
— Kraaaaaaaaaa... Kraaaaaa...
— Quoi, kra ? C'est quoi ton problème, épouvantail ?
Ziquette s'envole à nouveau, à la verticale, en hurlant :
— Atteeeeeeentioooooooon ! Kraaaaaaaaaa...
Le Capitaine Stroxk secoue la tête, baisse les yeux, regarde la surface de l'eau, qui se met à bouillonner. Il sourit. On dirait que les requins ont finalement décidé de passer à table. Pourtant, toujours pas d'aileron en vue. Et pas de formes fuselées caractéristiques. Au contraire, on dirait qu'une masse informe s'approche de la surface. Une masse énorme. Une masse qui s'étend loin, au-delà de la planche à requins et qui semble glisser aussi sous le navire.
— Attentiooooooooooooooon ! hurle la perruche et s'éloignant encore.
Le Capitaine Stroxk recule, se plaque contre le grand mât du bateau. D'un coup, à babord et à tribord, de l'eau s'élève, submerge les balustrades et se répand par paquets gigantesques sur le pont. Les vagues déferlent et trois marins passent par dessus bord. Alors que leurs camarades crient "hommes à la mer", des lianes épaisses comme des chênes, aussi longues que les vergues du foc, s'abattent sur le pont. Ces longues entités visqueuses, grises comme l'ardoise, balayent encore quatre pauvres pirates qui giclent jusqu'à la mer. Sur la surface anthracite, des ventouses ignobles, grosses comme des assiettes, avides d'arracher les hommes à leur bateau, à leur atmosphère. Le Capitaine Stroxk découpe une corde et s'attache au grand mât.
— Kraaaaaakeeeeeeeeen ! hurle la perruche.
La tête de l'animal se pose sur le gaillard arrière qu'elle recouvre presqu'intégralement. Son bec est une cisaille industrieuse, qui découpe les membres des pauvres pirates comme le sécateur tranche les rameaux gourmands sur les rosiers, au printemps. Sauf qu'à chaque coup de dent, ce sont des litres de sang qui giclent, des jambes qui tombent au sol, des corps qui perdent la tête. Les tentacules collectent les morceaux les plus gros et les amènent à la bouche goulue qui les happe sans mâcher.
Les yeux vertigineux de l'animal scrutent le pont, à la recherche de nouvelles proies. Les rétines en forme de huit distinguent les formes, les couleurs, la perspective.

Le Capitaine Stroxk ne bouche plus un poil, plus un orteil. La pieuvre est dans son dos, de l'autre côté du mât. Sur le pont, plus un bruit. Il ne reste plus d'humain à dévorer. Les tentacules farfouillent entre les malles, les cordages, les canons... Non, plus rien. Un bras du monstre se promène aux pieds de Stroxk qui urine dans ses chausses. Finalement, la bête se retire. Le bateau meurtri tangue et lorsque tout le poids du kraken s'appuie sur l'arrière du vaisseau, un craquement sinistre retentit. Tandis que la pieuvre disparait, une voix d'eau laisse entrer des flots dans l'entre-ponts, un torrent qui a tôt fait d'emporter le navire par le fond.

* * *

Sous sa joue poilue, le sable qui gratte. Entre ses dents, de la silice qui crisse. Dans ses yeux, la morsure du sel. Et enfin, les secousses du ressac. Comment est-il arrivé là ? Il n'en sait rien. Il ne se souvient même pas s'être détaché du grand mât. Le Capitaine Stroxk glisse un bras sous sa tête, décolle sa bouche du sol, en extrait une algue visqueuse et prend une grande respiration. Sous son crâne, sa résonne drôlement fort, comme une ribambelle de tambours qui joueraient sans se mettre d'accord.
Il se retourne, s'assied et recule sur ses fesses du bord de l'eau et des vagues qui se brisent. La mer est turquoise, le ciel infiniment bleu, le sable blanc, quelques coquillages roses et parme jonchent le sol. Mais là, plus loin, sous la flotte, il y a ce monstre mangeur d'hommes. Le Capitaine Stroxk se lève et s'éloigne, toujours à reculons.
— Atteeeeeeeeentioooooooon ! Atteeeeeeeentioooooooooon !
Saloperie de perruche, se dit le capitaine. Si elle était plus précise et plus rapide, elle servirait à quelque chose. Toujours obnubilé par le kraken, le Stroxk recule, et ses pieds laissent dans le sable deux longues trainées parallèles.
— Atteeeeeeeeentioooooooon ! Atteeeeeeeentioooooooooon !
— Ta gueule, l'épouvantail ! hurle le capitaine.
Mais, à peine a-t-il insulté sa perruche, qu'il sent, dans son dos, un objet pointu, effilé, qui transperce sa chemise et pénètre dans son épiderme, entre ses omoplates.
— Qu'est-ce que... ?
— C'est moi !
Derrière le Capitaine Storxk, se tient Jensens, un arc à la main.
— Tu vois, Capitaine. Pendant que tu t'amusais avec notre amie la pieuvre, moi, je taillais des bambous et je me confectionnais ce bel arc, avec quelques flèches.
— Qu'est-ce que tu veux ? demande le capitaine.
— J'aimerais te voir danser.
Alors, l'elfe Jensens siffle entre ses dents, et une armée de crabes musiciens s'approchent. Il y a là des crabes percusionnistes, des crabes flutistes, des crabes violonistes, des crabes à scie... Ils s'installent en arc de cercle, face au capitaine et commencent à jouer une sonate.
— Danse ! dit Jensens en appuyant un peu plus sa flèche dans le dos du Capitaine. Danse !

Le soleil se couche sur l'île paradisiaque et les couleurs du ciel sont merveilleuses : fuchsia, lavande, opale, émeraude, rose et violet... Le capitaine danse et sous ses pas, le sable devient de plus en plus mou, mouvant. À chaque fois qu'il tente de s'arrêter, la flèche de Jensens le menace et les crabes lui pincent les mollets. Lorsque l'astre rouge disparait à l'horizon, il ne reste que le torse du vieux Capitaine qui sort du sable. Jensens s'éclipse, il a quelques lait de coco au rhum à déguster. Il reviendra demain, son ami n'aura sûrement pas bougé.

Les étoiles filantes illuminent le ciel et la lune joue à cache-cache avec un mignon petit nuage. Le capitaine a fini par s'endormir. Bonne nuit, belle île en mer.



Hors ligne Claudius

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Re : Capitaine Stroxk [Tic-tac 22/09/20] [Playa Fantasy ^^]
« Réponse #1 le: 22 septembre 2020 à 21:52:20 »


Waouh ! c'est pas déjanté du tout, j'aime bien et ça se tient... En tout cas belle cascade de mots en une heure !

J'ai vu une petite broutille : beuveries pas beuvries

 ;) ;)
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Re : Capitaine Stroxk [Tic-tac 22/09/20] [Playa Fantasy ^^]
« Réponse #2 le: 22 septembre 2020 à 22:10:57 »
Hey !

Mais oui, c'est bien aussi, le n'importe nawak. (et un quota de nano, wow !)

Le titre a des sonorités "Trotski" je trouve, c'est voulu ?

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Ça rebondit en cadence au bout de la planche à requins. En dessous, les ailerons qui tournent en rond, les yeux noirs des squales qui scrutent le ciel, des remous d'envie de sang. Le pauvre Jensens peine à garder l'équilibre, la planche étroite fléchit au fur et à mesure qu'il s'éloigne du bateau. Et les pirates rigolent.
J'aime, ça pose l'ambiance !

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l'île aux rêves, l'île idyllique où l'ombre des palmiers protège les beautés caraïbes des rayons ardents de l'astre solaire
Moh

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sous les couleurs pastel de crépuscules magiques
Joli '-'

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Pendant sa chute, le petit elfe ne voit pas sa vie défiler, mais les trognes dégoutantes des marins ivrognes qui tournoient au-dessus de lui.
Nice !

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il perd connaissance immédiatement. Insolation. Parfois, s'enduire le corps de crème de coco et protéger son crâne avec une casquette, fut-elle en coton rose, sont des précautions salvatrices. Mais l'elfe ne pratique pas la profilaxie et sombre dans les limbes.
Haha ça par contre j'ai pas compris d'où ça sortait

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La perruche Ziquette
Ziquette x)

J'aime bien toute violette / elle volette

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des lianes épaisses comme des chênes, aussi longues que les vergues du foc, s'abattent sur le pont. Ces longues entités visqueuses, grises comme l'ardoise, balayent encore quatre pauvres pirates qui giclent jusqu'à la mer. Sur la surface anthracite, des ventouses ignobles, grosses comme des assiettes, avides d'arracher les hommes à leur bateau, à leur atmosphère
C'est voulu, l'accumulation de comparaisons ? :\?

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Son bec est une cisaille industrieuse, qui découpe les membres des pauvres pirates comme le sécateur tranche les rameaux gourmands sur les rosiers, au printemps. Sauf qu'à chaque coup de dent, ce sont des litres de sang qui giclent, des jambes qui tombent au sol, des corps qui perdent la tête. Les tentacules collectent les morceaux les plus gros et les amènent à la bouche goulue qui les happe sans mâcher.
C'est hyper visuel et réussi ici, je trouve !

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Sous sa joue poilue, le sable qui gratte.
:coeur:

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Alors, l'elfe Jensens siffle entre ses dents, et une armée de crabes musiciens s'approchent.
Normal.

o/ bon il y a pas mal d'éléments - la planche, le kraken, le naufrage - très pirates des caraïbes, mais avec des images vraiment sympa et ce qu'il faut de touches de kistch ^^ (les couleurs du ciel à la fin... :coeur:)
C'est prenant, rebondissant, coloré, bien joué !

Hors ligne Rémi

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Re : Capitaine Stroxk [Tic-tac 22/09/20] [Playa Fantasy ^^]
« Réponse #3 le: 22 septembre 2020 à 22:27:30 »
Merci Clau pour ta lecture :)

@Elk

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Le titre a des sonorités "Trotski" je trouve, c'est voulu ?
naaaan, j'ai juste pensé à "Stark" et j'ai voulu le transformer en truc ridicule ^^

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il perd connaissance immédiatement. Insolation. Parfois, s'enduire le corps de crème de coco et protéger son crâne avec une casquette, fut-elle en coton rose, sont des précautions salvatrices. Mais l'elfe ne pratique pas la profilaxie et sombre dans les limbes.
Haha ça par contre j'ai pas compris d'où ça sortait
ça s'appelle "la tactique à la con de l'auteur pour te faire penser à autre chose que : mais l'elfe, du coup, il se noit, nan ? et s'il n'a pas perdu connaissance, il fait quoi ?"  :mrgreen:
Bref, je l'escamote, je le glisse sous le tapis de l'océan, je le rends invisible derrière la profilaxie et une casquette en coton rose  8)

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La perruche Ziquette
Ziquette x)
méoui !  :D

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J'aime bien toute violette / elle volette
ouaip, c'est ce qui est cool avec l'écriture automatique et la PF : y a plein de trucs qui arrivent et on peut tout se permettre. La PF, c'est la liberté !

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C'est voulu, l'accumulation de comparaisons ? :\?
j'ai senti que c'était lourdingue en l'écrivant, mais j'ai pas voulu briser ma lancée ; clairement, faudrait retoucher ^^

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C'est hyper visuel et réussi ici, je trouve !
ouais, ce passage-là est chouette :) j'étais assez content sur le moment (l'inverse du truc au-dessus   :P)

merci pour le commentaire !

 


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