Ce fut un grand plaisir et un grand soulagement que de vous entendre à nouveau, mes chers crapauds, j’ai eu tant peur de vous avoir perdus après ces jours de sécheresse et de grande chaleur, mais vous voilà revenus, ce soir, après l’orage, au mieux de votre forme.
Mais dites-moi donc ce qui vous pousse à chanter ainsi (car pour moi bien sûr vous chantez) ? Avez-vous peur du silence si pesant de la nuit ? Répondez-vous à d’autres voix que vous seuls entendez ? Chantez-vous pour quelque nécessité que j’ignore ou pour votre unique plaisir ? Que de questions idiotes, vous chantez et c’est pour moi l’essentiel, car voyez-vous, je suis seul le soir, ainsi j’apprécie grandement votre compagnie, si j’osais, je me mettrais à coasser moi aussi, nous chanterions ensemble a cappella, homme et bêtes, unis pour un instant.
Au début, je vous l’avoue, votre chant me paraissait monotone et quelque peu disgracieux, mais j’ai appris soir après soir à mieux l’apprécier, j’y ai découvert des nuances, des harmonies secrètes et compliquées, si envoûtantes à dire vrai, que lorsque vous vous taisez, le silence qui suit en est encore tout empli.
Mais comment se fait-il que vous ayez des voix si puissantes, vous si petits, pour que je les entende encore, parfois, dans mon sommeil ?