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08 mars 2021 à 00:46:16
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Auteur Sujet: [Erakis] Des dieux et des hommes  (Lu 783 fois)

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[Erakis] Des dieux et des hommes
« le: 19 août 2020 à 18:30:05 »
Salut,

Ceci est la suite directe de la bataille de Nargarone. Il est conseillé de (re)lire ce texte avant afin de comprendre les enjeux et les personnages de ce texte-ci.

Il y 2-3 références à d'autres oeuvres mais dans la plupart des cas ce n'est (presque) pas fait exprès  :noange:

Bonne lecture  ^^



         Le colosse s’appuyait sur la garde de son épée fichée dans le sol. Il scrutait la cité comme on fixerait un égout qui déborde. Jamais Horkar n’avait considéré les humains à leur juste valeur et il comparait leurs cités à des tanières de rats où grouillaient tant de vies aussi inutiles qu’encombrantes. Loin d’égaler le charme naturel de Gaya, Nargarone passait pourtant aux yeux des hommes pour l’une des plus belles cités du continent. Ses nombreux palais à tentures rouges et or attiraient les visiteurs du monde entier. Ses prestigieuses colonnades, réputées pour leur grande beauté, encadraient les forums et places de la ville. En de nombreux endroits, des escaliers en marbre amenaient les visiteurs dans des coins insolites de la ville. Le plus souvent il s’agissait de jardins aux mille senteurs et dont les bassins offraient un peu de fraîcheur lors des canicules éprouvantes. Sur les hauteurs, les villas blanches se perdaient dans des immenses parcs dont les allées bénéficiaient de l’ombre des cyprès et du parfum des jasmins. Même l’enchevêtrement des dômes verts étincelants au soleil et qui formaient les toits de la ville laissait Horkar indifférent.

   Son attention se portait sur les remparts. La Baliste constituait la seule chose digne d’intérêt pour lui. Il maudissait les Nargaroniens pour l’avoir laissée partir en fumée. A ses pieds se pressait une foule de minuscules et exécrables hommes et femmes. Une bonne partie d’entre eux s’étaient vautrés à plat ventre et chantaient en dévorant la terre. Horkar n’avait jamais compris cette étrange coutume. La stupidité et la décadence ne connaissaient pas de limite. Il le constatait souvent à Gaya, alors ici-bas… Pourtant il se trouvait parmi ces insectes un être digne d’intérêt. Celle qu’il avait réclamée en échange de son aide : Irda la guerrière. Il l’observait depuis longtemps et son tempérament de fer lui plaisait. A Gaya, il l’élèverait au rang de divinité et il l’épouserait. Il accomplirait alors enfin sa vengeance contre Bör…

   Un aigle frôla sa tête et trompeta à hauteur de son oreille. L’oiseau esquiva majestueusement l’énorme main du dieu et il amorça un piqué droit sur la foule en contrebas. Il se cambra gracieusement, rasa de près les têtes médusées et se posa parmi les hommes. Il était bien plus grand qu’un aigle traditionnel et ses glatissements prenaient la forme d’une virulente moquerie. Le dieu de la guerre, qui jusque là se contentait d’observer paisiblement les alentours, ne décollait plus les yeux du nouvel arrivant. Peu après la venue de l’animal, il avait arraché violemment son arme du sol. Il serrait désormais les dents. Ses muscles saillaient et son visage virait au rouge.

   Sous le regard médusé de l’assistance, la tête de l’aigle s’allongea, des ailes doublèrent de volume et ses plumes fanèrent comme des fleurs à la fin de l’été, avant de tomber au sol. Il grandit à vue d’œil et son manteau de plumes fit place à une grande toge dorée, fixée à l’épaule par une broche en diamant. Une couronne de lauriers également en or encadra ses cheveux blonds ébouriffés, qui ne cessaient de pousser sur sa tête. A sa ceinture pendait un sac en cuir, qui contenait là encore des pièces faites du même métal. Les marchands reconnurent en lui le patron de la cité. Nargar scruta fièrement sa ville. Son excessive beauté le surprenait toujours. Il la voyait comme une fourmilière dans laquelle chaque individu s’occupait d’une tâche particulière. Cela renvoyait l’image d’un tout organisé, dont le but constituait à faire fructifier les richesses du monde. Suite à cette vision, ses lèvres se courbèrent en un sourire éclatant tandis que ses pupilles dorées s’étiraient jusqu’aux confins de ses yeux. Il poussa un petit hoquet de surprise amusé lorsqu’il porta son regard sur Irden qui passait les portes de la ville. Il savait quel précieux objet il emmenait avec lui dans sa besace. Sa main plongea dans sa bourse remplie de pièces et le tintement délicat du métal résonna dans toutes les oreilles.

   Le bruissement tira Irden de ses réflexions. Il leva les yeux de la route qu’il fixait en traînant les pieds. Sans s’en rendre compte, il venait de franchir les portes. Un groupe de soldats le dépassa en poussant des acclamations et en brandissant leur épée à l’adresse du dieu de la guerre, en guise de salut. D’autres citoyens de la ville observaient le silence tandis qu’ils contemplaient Horkar. Un peu plus loin, Irden aperçut sa sœur parmi un groupe d’officiers. Elle avait retiré son casque. Ses longs cheveux blonds flottaient dans le vent qui s’était levé. Comme beaucoup d’autres, elle observait Horkar sans dire un mot. Son sourire en ce moment aurait charmé n’importe quel homme. Il témoignait toute la gratitude qu’elle éprouvait au dieu mais également une immense fierté. Lorsqu’une main s’écrasa sur son épaule de fer, elle la repoussa d’un mouvement sans y prêter attention. Ce n’est que lorsqu’elle reconnut la voix de son frère qu’elle tourna son visage radieux vers lui. Même la mine déconfite du Prince ne pouvait entacher sa bonne humeur.
   — Tu as vu ça, Den ? Horkar et Nargar en personne ! Jamais je n’aurais cru assister à un tel spectacle. Comment ça se fait qu’ils sont là ? On doit les saluer, tu crois ?
   — Attends. Je dois d’abord te parler.

   Irden marqua une longue pause. Il plongea ses yeux verts dans ceux de sa sœur. Pour la première fois de sa vie, il soutint son regard et sans échanger un mot, Irda devina que quelque chose de grave allait se produire. Elle détourna les yeux, échangea quelques mots avec Bren et les officiers reprirent leur route sans elle. Irden leva la tête vers Nargar qui approchait.
   — Les dieux nous ont aidés aujourd’hui en le désignant du menton. Mais pas gratuitement, ajouta-t-il après une longue pause. Pour son aide, Nargar a exigé la pierre de Ross, que j’ai été cherchée au palais.
   Irda ouvrit de grands yeux bleus. Elle entrouvrit la bouche et poussa un hoquet de surprise.
   — Tu vas lui donner le cœur de Nargarone ? Toutes les richesses de la ville en dépendent !
   — La perte de la pierre est un moindre mal.

   Irda bougea légèrement la tête tandis que son visage se déformait, trahissant une intense réflexion. Son sourire avait disparu. Elle haussa les sourcils. Un rictus déforma sa bouche et dévoila son énervement. Elle n’avait jamais fait le moindre effort pour dissimuler ses sentiments. Elle ne trouvait pas l’objet des désirs du dieu de la guerre.
   — Qu’a demandé Horkar ? demanda-t-elle sur un ton autoritaire.
   — La voilà !

   La voix puissante du concerné résonna dans toute la plaine et par-delà les remparts. La ville retint son souffle tandis qu’il s’avançait vers la foule en contrebas, sans faire attention aux hommes qu’il pourrait écraser. Après quelques pas, il s’agenouilla et contempla Irda. L’exaspération de cette dernière disparut pour laisser la place à la surprise puis à l’effroi. La bouche ouverte, elle ne quitta pas des yeux le dieu. Et puis, lentement, elle tourna la tête vers son frère et la peur se transforma en colère. A travers ses yeux maintenant flamboyants, Irden devina qu’elle avait compris.
   — Tu m’as vendue ! cria-t-elle. Tu m’as donnée ! Pendant que je défendais la ville… Ta ville… Au péril de nos vies, toi tu complotais dans ta cathédrale pour me vendre. Quel frère ferait ça ?
   — Je n’ai jamais voulu ça, gémit Irden. C’est l’accord que Nargar m’a imposé. Je…
   — Ne cherche pas d’excuse ! Tu es bien un fier Nargaronien, prêt à vendre sa propre famille à la moindre occasion.

   Elle jeta un regard noir à Horkar. Son visage se radoucit quelque peu en l’apercevant. Elle n’éprouvait que de l’admiration pour le dieu de la guerre. Toute sa vie durant, il avait été son plus grand modèle. Bien d’autres femmes à sa place se seraient réjouies de la tournure des événements. Pourtant, la trahison de son propre frère l’affectait plus que ce qu’elle aurait pu imaginer. Irden était au bord des larmes. Il baissa la tête. Ses pieds bougeaient nerveusement depuis le début de la conversation. Ils avaient déjà creusé un petit cratère dans la terre. Un attroupement s’était formé autour du Prince et de sa sœur. Horkar s’impatientait et Nargar, dépassant à peine la taille d’un homme, s’approchait de la cité.
   — Le soleil se lève sur une éclatante victoire, commença-t-il. La cité est sauvée, l’heure est aux adieux et moi je repars avec un trésor. Tout le monde est content. Prince Irden ? Si vous voulez bien me remettre mon dû…

   A son nom, l’intéressé leva la tête. Il ignora Irda qui le toisait toujours, les poings et les dents serrés. Il hocha la tête tout en dégrafant sa musette. Il y plongea la main et en ressortit la pierre de Ross. Le diamant étincela à la lumière du jour. Tout autour de lui, les corps se figèrent et les bouches tombèrent tandis que les convoitises atteignaient des sommets. Irden lui-même hésita à dissimuler l’objet dans la poche de sa tunique. Nargar ne lui en laissa pas l’occasion. Il se pencha et prit la pierre de ses mains, sous l’œil médusé de Horkar, car pour ce dernier jamais un dieu ne devrait courber l’échine devant le moindre humain.
   — Votre dû, marmonna le Prince.
   — Un dû bien négocié, ajouta joyeusement Nargar en contemplant la pierre de Ross. Merci petit homme. C’est un plaisir de faire affaire avec toi.

   Le diamant rejoignit les pièces d’or dans le sac fixé à sa ceinture. Horkar poussa un long soupir. Il tendit la main et la posa au sol, près d’Irda. Nargar haussa les sourcils en constatant que le dieu de la guerre trahissait ses propres principes.
   — Votre dû, continuait de répéter Irden pour lui-même.

   Ses yeux regardaient l’horizon mais son esprit confus ne percevait rien. La fatigue, la peur et les émotions engendrées par la bataille et par la perte prochaine de sa sœur l’avaient rattrapé. Il était aussi hébété que s’il avait reçu un coup de massue en plein crâne. Une grande clameur le tira de sa torpeur. Irda remit son casque et posa un pied sur la main géante sous les cris d’étonnement de la plupart des gens tandis que les plus fins poussaient des grognements de protestation. Elle plaça ensuite la main sur le pouce afin de se hisser totalement sur le membre.
   — J’ai refusé ! cria Irden.

   Irda arrêta son mouvement. Toutes les têtes se tournèrent vers le Prince. Horkar bougonna. Tout cela prenait trop de temps. Ils devraient déjà être de retour à Gaya.
   — J’ai accepté de céder la pierre de Ross pour sauver la ville mais je me suis opposé à donner Irda. Elle reste ici.
   Son cœur battait à toute allure. Il tapotait nerveusement ses doigts contre ses cuisses. Il désirait s’enfuir au plus profond du palais tandis que toutes les têtes le dévisageaient. Même Irda ne savait plus comment le considérer. Nargar brisa le silence qui suivit par un petit rire mal dissimulé. Horkar, comme à son habitude, accueillit ce nouvel élément par un mouvement d’humeur. Il serra le poing, donnant à peine assez de temps à la jeune femme pour dégager sa jambe. Le dieu se releva et surplomba le Prince de toute sa hauteur :
   — Qu’est-ce que ça veut dire ? Tu t’opposes à moi ?

   Voyant que l’homme restait imperturbable, Horkar leva le pied, prêt à l’écrabouiller.
   — Arrête ! cria Nargar. Cet homme gouverne ma cité et il est hors de question que tu lui fasses le moindre mal.
   Horkar hésita. Son regard passa de Nargar à Irden puis Irda. Il posa le pied au sol juste à côté du Prince. La terre trembla et le Prince tomba à la renverse.
   — Parle Prince, lança Nargar. Nous sommes tout ouïe.

   Il croisa les bras. Son sourire radieux ne le quittait plus. Il avait déjà deviné ce qui se profilait dans la tête d’Irden. Près de lui, Horkar, qui le surpassait de plusieurs mètres, écumait de rage. Lui aussi se doutait que la suite ne serait pas des plus réjouissantes. Il serra atrocement la garde de son épée. Ses doigts virèrent au rouge et leurs jointures au blanc.
   — Après m’avoir réclamé la pierre de Ross, que j’ai acceptée, vous m’avez fait part de la demande du grand dieu de la guerre Horkar. Mais j’ai refusé et nos négociations se sont achevées là-dessus. De ce fait, ma sœur ne fait pas partie des récompenses prévues par notre accord.

   Irden leva les yeux vers Horkar en guise de défi.
   — Allons, qu’est-ce que tu racontes ? répondit Nargar en constatant les tremblements de rage qui animaient désormais son compère. Bien sûr que tu as accepté.
   — Vous savez que c’est faux. Que Horkar ici présent m’exécute si je mens.
   Ce dernier poussa un hoquet de surprise. L’occasion était trop belle. Il fit coulisser son épée le long de son fourreau mais il fut arrêté en plein mouvement par la main de Nargar, tendue vers lui. Sans un mot, le dieu de la guerre arrêta son mouvement.
   — Bien, fit-il, je ne peux pas tout à fait considérer que le Prince m’a donné son accord. Même si j’ai tenté de le forcer à accepter, il n’en est rien. Au regard de notre accord, la dame Irda ne fait pas tout à fait partie du marché.
   — Comment ? tempêta Horkar. « Pas tout à fait » ?
   — Absolument pas, en fait.
   — Je t’ai aidé pour rien ? J’ai sauvé cette ville de malheur sans rien en échange ?
   Il lança un regard noir aux alentours. Les rats qui grouillaient à ses pieds lui donnaient la nausée. Il dégaina son arme et la leva vers le ciel.
   — Si tu touches ne fut-ce qu’à l’un d’entre eux, ce sera ton dernier méfait en tant que dieu, cria Nargar. Tu sais bien que Bör cherche toujours le meurtrier d’Eyndar. Il serait dommage qu’il l’apprenne par hasard.

   Nargar marqua une pause, le temps d’apprécier le visage de Horkar qui se décomposait.
   — Je peux te proposer autre chose, poursuivit-il. Je te rejoins à Gaya dans quelques instants. Je te dédommagerai.
   Horkar ne se fit pas prier. Il explosa en une immense gerbe de feu et repartit vers les cieux. Enfin seuls, Nargar se tourna vers Irden.
   — Bien joué, petit. C’était osé. Il faut du cran pour faire ce que tu as fait.
   Il se tourna vers Irda tout en continuant.
   — Prendre la décision de vendre ta sœur et la récupérer au dernier moment, c’était courageux. Insensé, mais courageux. Et tenir tête à Horkar en personne… Je t’ai mal jugé, Prince Irden. En fin de compte, ce titre n’est pas usurpé.

   Il observait à présent le ciel. Il fixait le point lumineux qui rapetissait à vue d’œil.
   — Je me suis toujours joué de lui, mais je crains que ce fut la dernière fois. Je pense avoir perdu mon soutien militaire. Cela signifie aussi que Nargarone est désormais livrée à elle-même. Je ne pourrai plus intervenir de la sorte. Les aigles ne se mêlent pas des affaires des hommes de toute façon. Priez donc pour que le mauvais pantin Regnauld ne survive pas à sa fuite. Priez pour que cet imbécile d’Ulric vous oublie. Dans le cas contraire, le Hadvast vous décimera. Et je ne pourrai que le constater de Là-Haut, ajouta-t-il tristement en hochant la tête.
   — Merci, je suppose, répondit Irden. Nous apprendrons à nous défendre par nous-mêmes.

   Nargar acquiesça. Ses plumes réapparurent et son corps reprit la forme d’un aigle. En quelques coups d’aile, il n’était déjà plus qu’un petit point noir qui se dirigeait droit vers le soleil. Irden reprit son souffle. Son aplomb s’effondra tandis que Nargar disparut dans les cieux. Toute la tension qui l’habitait depuis quelques minutes le fit éclater en sanglots. Il prenait à peine conscience de l’exploit qu’il venait de réaliser. Peu d’humains avaient déjà tenu tête à un dieu dans toute l’Histoire d’Erakis. Alors deux en même temps… Ses jambes ne le maintenaient plus en place. Son corps gorgé d’adrénaline devint mou et il s’effondra. Quelques soldats se précipitèrent vers le héros du jour. Irden se demanda qui parmi les badauds aux alentours mesuraient la gravité de la situation. Le Hadvast ou n’importe quel autre envahisseur pouvait arriver à tout moment. Et la cité ne possédait plus de défense digne de ce nom.

   Une silhouette passa devant le soleil mais malgré le contre-jour offert par cet intrus, Irden la reconnut. Il tendit la main vers sa sœur, autant en signe de paix que pour qu’elle l’aide à décoller du sol. Pour toute réponse, il reçut un crachat à la figure, en même temps que la cape du général de Nargarone. L’aigle noir qui flottait sur la cape dorée avait fière allure.
   — Je te méprise, petit frè… petit con, lança-t-elle. J’espère qu’Ulric va revenir pour tout détruire. Bren, vous êtes le nouveau général, lança Irda au lieutenant grisonnant. Félicitations.
   L’homme en question exécuta une courbette et ramassa la cape, qu’il agrafa aussitôt à ses épaules. Sans songer un seul instant à aider le Prince, il le contempla de ses yeux bleu pâle avec dédain. Il marmonna dans sa barbe à son intention :
   — L’homme qui vend sa famille pour s’assurer un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux.

   Irda prit le chemin de la ville. De nombreux citoyens interloqués s’écartèrent sur son passage. Ses traits habituellement grâcieux n’affichaient que de la haine et du mépris. Ses longs cheveux en pagaille pourtant bien coiffés d’habitude montraient qu’elle avait arraché son casque avec une fureur qu’on ne lui connaissait pas. A sa suite venait Irden, l’air hagard. Il suppliait sa sœur de l’écouter. Encore plus loin arrivait une petite troupe de chevaliers en armes, montés sur leurs chevaux. Ils dépassèrent le Prince sans lui accorder un regard. Arrivés à hauteur d’Irda, ils ralentirent le pas et l’escortèrent jusqu’à la cité. Après quelques minutes, ils repassèrent la porte dans l’autre sens. Irda s’était débarrassée de son encombrante armure de bataille et portait un haubert plus léger, qui témoignait tout de même de sa condition de femme guerrière. Alors qu’ils allaient dépasser Irden, celui-ci implora sa sœur de faire demi-tour. Elle marqua une pause et lui répondit sans descendre de son cheval :
   — Tu es un lâche. Tu l’as toujours été. J’ai toujours été là pour rattraper tes conneries. Tu n’as pas les épaules pour diriger une cité. Tu n’as pas non plus la tête. Estime-toi heureux que ta chère sœur a toujours tout mis en œuvre pour qu’elle reste sur tes petites épaules de jouvenceau. Désormais tu devras te démerder tout seul. Moi je pars et je ne reviendrai jamais. Adieu…

   Irda tourna précipitamment la tête mais les rayons du soleil trahirent la larme qui venait de s’écraser au sol en la faisant briller. Elle ramena violemment la bride à elle et son cheval s’élança sur la route qui menait vers l’ouest, suivi par les six chevaliers qui lui servaient d’escorte. Irden resta immobile. Il ne faisait aucun effort pour retenir ses larmes. Son image de Prince à ce moment-là ne le préoccupait pas. Il savait qu’Irda lui avait dit ça sous le coup de la colère et qu’au fond d’elle, elle ne le pensait pas. Après quelques minutes, tandis que le nuage de poussière soulevé par les cavaliers était retombé depuis longtemps, le Prince fit volte-face et reprit lentement le chemin du palais, à présent affreusement vide.

   Ce n’est que plus tard qu’il réalisa qu’Irda avait fait route vers le Hadvast. Durant les jours qui suivirent, il envoya de nombreuses patrouilles à sa recherche. Mais les éclaireurs ne trouvèrent rien d’autre que des feux éteints, des restes de campement et six capes de la garde frappées de l’aigle de Nargarone. Sous l’impulsion du nouveau général, il fit fouiller la ville de fond en comble afin de débusquer les espions qui avaient saboté les défenses mais les recherches ne donnèrent rien de concluant. Toujours selon ses conseils, il interdit pendant plusieurs semaines les allées et venues des caravanes de marchands. Quiconque voulait quitter la ville était désormais suspect.

   Il ne se passa pas un jour sans qu’Irden pense à sa sœur et au terrible marché qu’il avait passé avec Nargar. Il avait agi sur un coup de tête durant la nuit de la bataille, sans croire une seconde que le dieu allait répondre à son appel. Il se demandait tous les jours comment il aurait dû agir sans jamais trouver de réponse. Et tous les jours, il regardait vers l’ouest, du haut des remparts. Il espérait apercevoir sa fine silhouette au loin, qui rentrait à la cité pour lui pardonner. Mais jamais Irda ne revint à Nargarone…
« Modifié: 19 août 2020 à 20:48:50 par Krapoutchniek »
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Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #1 le: 19 août 2020 à 19:47:20 »
Bonjour Krap  :D

Citer
dans des coins insolites de la ville Le plus souvent il s’agissait de jardins aux mille senteurs
Oubli d'un point

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Ella haussa les sourcils.
::)

Citer
Merci petit homme. C’est un plaisir de faire affaire avec toi.
^^ "petit homme" voilà une belle phrase de dieux

Citer
répétait Irden pour lui-même.
répéta, on met toujours au passé simple  :)

Citer
Nargar marqua une pause, le temps d’apprécier le visage de Horkar qui se décomposait.
je mettrais "décomposa"

Voilà c'est tout ce que j'ai vu, mais des choses m'ont probablement échappé  :-¬?

Alors j'attendais cette suite, je n'en suis pas déçu. A vrai dire je m'attendais vraiment à ce que Horkar emporte Irda avec lui, j'aurais même cru à un moment qu'elle y serait aller de son gré en mode "ha bah t'a fais un marché, on le maintient" et comme ça elle ne reverrai jamais Irden  ;)
Je me demande ce que les autres vont faire désormais à partir de ce texte  ^^
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Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #2 le: 19 août 2020 à 20:50:57 »
Merci pour les corrections. Toutefois je laisse la dernière telle quelle parce que le visage ne se décompose pas instantanément. Et j'ai un peu modifié celle juste avant. L'idée c'est qu'Irden répète plusieurs fois la même phrase mais ce n'était pas très clair en effet.

Sinon j'aurais aussi bien vu Horkar qui emmène Irda mais ça aurait été contradictoire par rapport au texte de Become. Contrainte d'univers collectif oblige  :D
(en tout cas, d'après ce que j'ai compris de son texte, Irda semble être quelque part dans la nature, on ne sait pas vraiment où, avec Ulric qui lui court après (c'est aussi pour ça que j'ai ajouté une scène entre les deux durant la bataille de Nargarone))

Merci Bapt  ;)
« Modifié: 19 août 2020 à 20:53:32 par Krapoutchniek »
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Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #3 le: 21 août 2020 à 21:15:13 »
Merci Krap pour cette (déjà ?) petite fin au texte d’ouverture de notre Érakis. Si le premier avait une fausse fin, celui-ci a une fin qui semble très définitive ^^
J’ai particulièrement apprécié la sorte d’effritement dans la déférence des Hommes envers les Dieux (encore que, si l’on reprend la grille de calquage des époques terriennes, ça devrait attendre l’éon suivant). Je n’ai pas très bien compris le fait qu’Horkar se plie à la décision de Nargar sur le fait que le contrat contenait un vice de procédure. Si Nargar a autant de pouvoir sur Horkar pour le contrarier ainsi, pourquoi ne peut-il plus aider sa ville désormais – question subsidiaire : pourquoi ce serait « la dernière fois » ?
Je n’arrive pas à bien me visualiser un Dieu de plusieurs mètres de haut et un autre de deux mètres dix, qui discutent avec les humains de, disons, un septante. C’est assez capito-raclant. 
J’imagine qu’Irden ira bien. Les autres Hommes le méprisent pour toute la vie mais un Dieu lui a dit « bien joué gamin » une seule fois. Ce doit être un bon deal. 
Maintenant, ma conspiration de fan : Irda va aller chercher Ulric pour se jeter dans ses bras. C’est obligé. C’est salutaire. C’est tout ce qu’on a toujours voulu.
Nargaronne semble être un genre d’une des merveilles d’Érakis :coeur: j’adore. 
Par contre tu dois faire attention dans « pièces faites du même métal », la phrase parlait de cuir ; l’or n’apparaît qu’au milieu de la phrase précédente. Je sais que tu tentes d’éviter la répétition mais alors je suggère de remplacer la mention pour les lauriers.

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Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #4 le: 21 août 2020 à 22:41:12 »
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Si Nargar a autant de pouvoir sur Horkar pour le contrarier ainsi, pourquoi ne peut-il plus aider sa ville désormais – question subsidiaire : pourquoi ce serait « la dernière fois » ?

Nargar est au courant d'un truc, le meurtre d'un autre dieu commis par Horkar (après j'ai pas développé plus que ça et ça peut tout à fait se faire via un autre texte  ^^ ). C'est un moyen de pression qu'il peut utiliser (Bör n'étant pas au courant) mais ça ne veut pas dire qu'il peut le faire à chaque fois. Horkar pourrait en avoir marre et le buter aussi. Il l'utilise ici en urgence parce qu'il n'a pas d'autre moyen de faire plier Horkar. Quand j'ai écrit le texte j'imaginais la négociation comme un code d'honneur, très strict, les négociateurs ne pouvant briser un contrat comme ils veulent. Pour Nargar l'argument d'Irden est imparable et doit être respecté, Horkar a donc perdu à ses yeux.

Après ça Horkar ne va évidemment plus avoir confiance en Nargar et il ne l'aidera plus. Voilà pourquoi Nargar estime avoir perdu son soutien. Lui-même n'est pas un guerrier.

Et merci pour ton commentaire  ;)
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Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #5 le: 22 août 2020 à 11:09:24 »
J'ai lu les commentaires  :D

Déjà j'ai une remarque : dans le titre tu devrais mettre "Hommes" et non "hommes", car ce sont les individus de la races/espèce et non juste des humains masculins  ::)

Citer
Voilà pourquoi Nargar estime avoir perdu son soutien. Lui-même n'est pas un guerrier.

Cela me donne une idée : il peut très ben y avoir une déesse douée pour la guerre et/ou la chasse qui prendrai la relève  ^^ et peut-être que celle-ci voudra justement Irden comme récompense (pfff... ces dieux ont un problème avec leur famille)  :mrgreen:
En tout cas ces histoires de dieux ouvrent plusieurs possibilités  ;)
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Re : Re : [Erakis] Des dieux et des hommes
« Réponse #6 le: 22 août 2020 à 11:19:57 »
Des "hommes", ça inclue aussi les femmes.
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