Je me souviens d’un petit zoo que nous avions découvert au cap d’Antibes, mon amie et moi, au hasard d’une promenade. Après la visite, il était offert en sus aux visiteurs une séance de dressage. On pouvait y voir autour d’une piste minuscule un petit singe qu’on forçait à pédaler sur un vélo d’enfant. Réticent, distrait, il s’arrêtait fréquemment, regardait en l’air on ne sait quoi, puis reprenait sa course au hasard, refusant de se conformer aux ordres du dresseur. Un dresseur qui le menaçait en répétant cette phrase : « Si tu n’obéis pas nous ne serons pas copains. » C’était son argument, nous ne serons pas copains ! Mais pour être copains, me disais-je, il faut être deux à le vouloir, et s’il avait pu comprendre qu’aurait importé à ce singe d’être copain avec un homme qui le forçait à faire des choses absurdes et humiliantes.
Comme il eût été drôle qu’il descende de vélo, soulève la jupette ridicule dont on l’avait affublé et qu’en réponse à ce triste chantage il lui montre ses fesses.
Mais le singe continua à tourner comme il dut le faire encore bien des fois en entendant cette méchante phrase.