Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

12 août 2020 à 02:32:48
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateurs: Aube, Chapart, Claudius) » Aujourd'hui, il pleut

Auteur Sujet: Aujourd'hui, il pleut  (Lu 88 fois)

Hors ligne Smaragdi

  • Scribe
  • Messages: 85
Aujourd'hui, il pleut
« le: 01 août 2020 à 16:59:02 »
Bonjour à tous, un petit texte sur ce temps déprimant (ou pas !) qu'est la pluie. Toutes les critiques sont bienvenues  :)

Aujourd'hui, il pleut. Cela fait trois jours que le ciel arrose la ville. Trois jours que je reste chez moi, à attendre. Dans mon canapé, je regarde l'eau tomber par la fenêtre. Les petites gouttes frappent au carreau, comme pour dire : "Toc, toc, pouvons-nous couler sur tes joues ?" Mais je ne veux pas être triste. Alors je les laisse s'agglomérer là, en gros paquets informes, puis ruisseler vers le sol. Devant moi, sur la petite horloge, les minutes s'égrènent lentement, trop lentement.
Tic-tac, tic-tac. Encore une heure à attendre. Une longue heure et puis ce sera fini, enfin. Les six années d'attente seront pour toujours terminées.
Tic-tac, tic-tac. C'est déprimant ce temps. Ça donne envie de s'enfoncer sous la couette jusqu'à ce que le soleil revienne. Et pourtant, je ne peux m'empêcher de regarder l'eau tomber, encore et encore. J'ai toujours détesté la pluie, surtout ces dernières années. Mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, il pleut, et mes yeux ne peuvent quitter les gouttes qui tombent. Sur mes genoux, mon chat s'étire et saute agilement à terre. Dans l'obscurité de mon appartement, son poil gris semble terne. Lui non plus n'a pas envie d'affronter la météo.
Tic-tac, tic-tac. Dehors, une voiture argentée passe. Elle semble triste, cette voiture ; ses yeux blanc essaient de traverser le rideau de l'eau. A l'intérieur, le conducteur porte un imperméable noir. Ses cheveux, humides, dégoulinent dans son cou. Je frissonne. Cela ne doit pas être agréable.
Tic-tac, tic-tac. C'est triste tout ce gris. Même les fleurs sur les fenêtres des maisons de pierre n'arrivent pas à égayer la rue. Les pavés de granit, trempés, sont froids et ternes. Sur la chaussée, l'eau s'écoule vers des caniveaux qui débordent avant de se perdre dans les égouts sombres ; les rideaux de fer des magasins sont fermés ; les nuages, couleur cendre, amoncelés dans le ciel, laissent tomber une pluie triste. Uniformes, ils semblent ne jamais vouloir éclaircir. Peut-être resteront-ils là, éternellement.
Tic-tac, tic-tac. A croire que ce jour de peine ne se terminera jamais. Dans la rue, les passants pressés courent entre les flaques. Leurs parapluies se balancent au rythme de leurs pas saccadés. Le regard vide, les gestes mécanique d'une matinée d'automne, ils ne sont plus que les marionnettes de ce temps pluvieux.
Tic-tac, tic-tac. Dehors, un clocher sonne. La cloche résonne jusque dans les maisons. Elle me rappelle que c'est l'heure. Alors je me lève du canapé en souriant et j'attrape un parapluie, multicolore, pour égayer les rues. Mon cœur bat fort dans ma poitrine. Dehors, il ne fait pas froid, il ne fait pas chaud. L'air est humide et tiède. Drôle de temps.
Aujourd'hui il pleut, je devrais être triste. Il pleut, et mon visage s'illumine. Les rares passants que je croise baissent les yeux, ils n'aiment pas cette météo. Moi, je leur souris. Je crois que je ne pourrais jamais plus m'arrêter de sourire. Et il pleut, encore. Les passants continuent leur chemin, les lèvres tristes, les yeux ternes. L'averse s'intensifie. Mon parapluie goutte, le bas de mon jean est trempé, et pourtant, je suis heureux. Mes pas me mènent à la gare, les caniveaux débordent, le vieux bâtiment est délabré. Les tags colorés qui le recouvrent semblent briller sous la pluie. Je le trouve accueillant, cet endroit, j'ai presque envie de le visiter. Mais il n'y a pas de lumière à l'intérieur. Ce sera pour une autre fois. Sur le quai, un écran indique que le train arrive dans 10 minutes. Sa pâle lumière renvoie des couleurs fades. Il faudra encore attendre. Sous le porche, je replis mon parapluie ; ici, je n'en ai pas besoin. Pour patienter j'observe ceux qui attendent. Assis sur les bancs verts du quai, les yeux dans le vague, ils regardent l'eau dégringoler. Les petites gouttes qui tombent une à une se rejoignent en des milliers de petits ruisseaux qui coulent jusque dans les flaques, ces grands lacs dont la surface ondule au rythme de la pluie. Et je me demande comment autant d'eau peut tomber sur Terre.
Aujourd'hui, il pleut, et tandis que le ciel pleure, je suis heureux. Dans quelques minutes, l'insupportable attente sera finie. Je reste à l'abris, sous le porche, les yeux rivés sur les rails. Je ne vois rien d'autre que cela : deux grandes barres de fer qui s'éloignent, jusqu'à se perdre dans l'infini. J'observe chaque millimètre de rouille qui les recouvre, détaille la façon dont les cailloux s'agencent, étudie les traverses de bois sombre et humide qui les retiens. Seul le chant des gouttes trouble le silence. Et puis, je l'entends, le train qui arrive, la locomotive entre dans mon champ de vision. Mon cœur s'accélère, je fais un pas en avant. Encore un et l'eau mouillera mon visage.
Aujourd'hui, il pleut, et la pluie accueille mon sourire. Le train s'arrête, la porte s'ouvre. Un flot de passagers descend. Au milieu d'eux, je te reconnais, tes joues sont rosies par la joie. Je fais encore un pas. Les gouttes tombent sur mes cheveux, ruissellent dans mon cou, ça n'est pas si désagréable. Non, non, ce ne sont pas des larmes qui coulent sur mes joues. Tu t'approches de moi, trainant une valise bleue. Un grand sourire étire ton visage, deux flammes dansent dans tes yeux. La lumière au fond de tes pupilles chasse les nuages, tous les nuages de mon cœur car tu es là, de nouveau, comme avant. Pourtant, quelque chose en toi a changé. Ou peut-être que c'est moi qui ai changé, je ne sais pas. Cela fait si longtemps. Six ans, c'est long. Six ans d'absence, à ne pas même savoir si tu étais vivante. Six ans de doute, six ans de pleurs. Et puis une lettre, un matin d'automne pluvieux. D'abord la joie et l'espoir, ensuite le doute. Et si ce n'était qu'une blague ? Mais ce qui n'a pas changé, en six ans, c'est ton écriture et ton humour. "Je me suis perdue" disais tu. "Et j'ai fait le tour du monde, pour retrouver ma route." Alors je t'ai attendu, encore. Pendant trois jours. Ils m'ont paru être l'éternité. Et puis te voilà, rayonnante, comme si tu n'étais partie que deux semaines, comme si ta longue absence n'avait été qu'un mauvais rêve. Tu me souris. Je te prends dans les bras, et te serre fort contre moi. Tu sens bon le printemps. Les autres voyageurs passent autour de nous, indifférent à notre étreinte. Tu frissonne, tes vêtements sont trempés, on s'abrite sous le porche. Je me souviens du jour où tu es partie, de ce jour où je t'ai pris dans les bras, de la même manière. Nous n'étions alors que des enfants. Il pleuvait ce jour-là, comme aujourd'hui. Tu m’as embrassé et tu es montée dans le train. Et moi je suis resté seul, seul avec ma peine, seul avec mon chagrin. Seul avec ma silencieuse solitude. Et tes yeux brillaient, comme ils brillent en ce moment, mais pas pour les mêmes raisons. Te souviens-tu ? Ce jour-là n'était pas un au-revoir, c'était un adieu. Nous savions tous les deux que tu ne reviendrais probablement jamais. Nous le savions, et pourtant, tu es quand même partie avec cette pluie qui n'en finissait pas, tu es partie avec cette pluie qui masquait nos larmes sur nos visages. Mais malgré tout cela, c'est aujourd'hui, alors qu'il pleut encore, que tu m'es revenue.
Envie de m'aider à m'améliorer ? C'est par ici, par et par !

Hors ligne Prélude

  • Scribe
  • Messages: 69
  • Les notes du silence
Re : Aujourd'hui, il pleut
« Réponse #1 le: 01 août 2020 à 21:19:09 »
Bonsoir,

Je viens de lire ton texte et comment dire...je l'aime beaucoup. Je le trouve très poétique mais aussi rempli de mystére.J'ai eu envie de savoir ce que ton narrateur pouvait bien attendre en regardant la pluie tomber (quel beau passe-temps). Cependant j'ai un mini remarque  à te faire,mais trois fois rien

1. A un moment,tu écris "dix" en chiffre.Pense à écrire tout tes chiffres en lettres, c'est une règle de syntaxe (après il y a des exceptions il me semble mais si tu commences à écrire tes chiffres en lettres,il ne faut pas le changer de tout le texte).

Bref,j'ai hâte de lire d'autres de tes oeuvres ! J'en profite pour te dire que j'ai publié la suite de mon histoire ;D
N'hésitez pas à aller voir ma fiction : Les Notes du Silence

Hors ligne Smaragdi

  • Scribe
  • Messages: 85
Re : Aujourd'hui, il pleut
« Réponse #2 le: 02 août 2020 à 08:13:35 »
Bonjour Prélude,

Merci pour ton commentaire, c'est très gentil :)
Ah oui, c'est vrai, j'ai tendance à oublier cette histoire de chiffres

Citer
J'en profite pour te dire que j'ai publié la suite de mon histoire
Je vais essayer d'aller voir ça aujourd'hui  ;)
Envie de m'aider à m'améliorer ? C'est par ici, par et par !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.042 secondes avec 23 requêtes.