Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

02 Mai 2026 à 10:44:52
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Auteur Sujet: Rose Tattoo  (Lu 4552 fois)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Rose Tattoo
« Réponse #15 le: 07 Septembre 2020 à 23:21:54 »
Bonjour Samarcande,


J'ai bien lu ta réponse, et suis enchanté de découvrir que ton texte vit et se transforme. Il en faut du temps pour aboutir à un certain idéal !

Alors, tu as l'air de t'intéresser aux remarques sur le rythme, donc je vais essayer de détailler mon regard sur la question ; ton texte porte une narration assez élaborée, ce qui permet de réfléchir à propos, c'est très agréable. Je peux tout à fait apporter des précisions sur le dialogue entre Red et Allistair, il me semble que le passage pourrait encore gagner en authenticité.


Je vais détailler mon sentiment sur le passage en question, c'est-à-dire ce que j'y trouve et ce qui m'a manqué à la lecture.

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— Et vous les baguenauds, qu’est-ce que vous foutez encore là à culeter ? Tripledieu ! Rangez-moi tout ce caboulot en vitesse si vous ne voulez pas racler les chiures de la poulaine toute la semaine.
J’accélérai, suivi d’Allistair qui ne m’avait emboîté le pas que lorsqu’il avait senti l’orage se dissiper.
— T’as eu tort, souffla Allistair, dès que nous fûmes hors de portée. Il va te le faire payer.

Tout le passage d'avant fonctionnait très bien ; mais ici, il est censé y avoir une rupture entre la fête en groupe et le dialogue intime entre deux personnages. L'expression « sentir l'orage se dissiper » ne suffit pas à marquer clairement cette rupture d'une scène à l'autre ; appuyer sur le fait qu'ils étaient nombreux juste avant et qu'ils ne sont maintenant plus que deux personnages permettrait de faciliter la compréhension du passage.

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— Je me demande si j’aurais pas dû rester à terre cette fois, reprit-il en se tournant vers moi, le visage tendu.
De surprise, je lâchai la brigantine qui se mit à battre au vent. J’étouffai un juron et l’empoignai à nouveau. Allistair à terre !
— Cette nuit j’ai rêvé du King’s Glory.
Il marqua une pause. J’enroulai la voile autour du mât et entrepris de serrer la cargue, attentif à ne pas l’entrecroiser.

Ici, ça fonctionne très bien, pour moi, c'est vivant, il y a un mystère qui s'invite dans la discussion. J'ai le sentiment de découvrir un nouveau personnage (Allistair).

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Il soupira enfin et reprit :
—  Il voguait sur un putain de bouillon, comme si des saloperies de créatures s’agitaient juste sous la surface. Ses voiles étaient en charpie, ses mâts brisés. Il n’y avait pas un souffle et pourtant il avançait vers nous, comme poussé par Davy Jones en personne. J’ai vu comme je te vois trois gros trous sur la coque. Il y en avait même un sur la carène, j’te jure. Tout semblait si réel. Je suis pas un capon, tu sais ça, mais je me suis réveillé en nage avec les poils hérissés.

Ici, on peut comprendre que le pirate insiste et se perd en longueurs : il raconte à sa façon selon son imaginaire les souvenirs qu'il garde d'un rêve ; le temps long est justifié par l'état d'esprit, de panique ou d'anxiété dans lequel il se trouve. Je n'ai pas été choqué par l'exagération dans le ton avec des expressions comme « j'te jure » ou « tu sais ça », ça montre son état d'esprit.

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— Tu crois que c’est le guignon, Calum ?
Calum. Ça faisait un bail que personne n’avait plus prononcé mon nom.
— C’est juste un rêve, Al ! Ça veut rien dire du tout ! Et m’appelle pas Calum ; ce gars-là est mort le jour où le King’s Glory est allé pourrir au fond de la mer – je plongeai mes yeux dans les siens – avec son pote Conor. Ce jour-là j’ai décroché le gros lot, mon pote. Je suis juste John Red depuis. Un homme libre. Alors la malchance…
Je haussai les épaules. Allistair ne put s’empêcher de sourire.
— T’en menais pourtant pas large lorsque l’Hadès nous a abordé. Tu t’étais planqué dans un tonneau et tu me suppliais de te balancer à l’eau.
Il se mit à rire franchement.
— J’étais qu’un gamin, Al, et je savais rien. Sur le King’s Glory, j’avais connu que la peur, les coups et la malbouffe. Je pensais pas pouvoir survivre à pire.
— Regarde pourtant le pirate terrible que t’es devenu, lança-t-il avec malice en pointant du doigt mon nouveau tatouage. Ça va surement en épouvanter plus d’un au prochain abordage ! J’imagine que c’est une idée de ta chérie pour distinguer ses clients habituels des nouveaux venus sans faire d’impair ? Plutôt malin, je dois avouer.

Là, soudainement, tu bascules dans des confidences excessives, de longs argumentaires, une rhétorique ultra-développée alors que – selon ses mots – Red tenterait au contraire de couper court à la conversation. Si Red voulait vraiment mettre fin à ces révélations, il mettrait une baffe à son camarade et lui dirait de la fermer ; or là il a l'air penaud et laisse Allistair développer de nombreuses confidences sans réagir. Le lien entre : la volonté du personnage d'un côté, et ses agissements en conséquence... manque de lisibilité. Au niveau de la narration, ça m'a clairement fait penser à une pirouette dans le récit pour glisser habilement quelques éléments d'intrigue qui joueront un rôle dans l'histoire ; aussi ai-je pensé que tu aurais pu tourner les choses autrement, éviter les acrobaties narratives assez peu intuitives.

Sans compter qu'Allistair passe d'un état de panique (le cauchemar) à un état de raillerie cocasse, et ce sans plus d'explications (comme s'il était fou ou totalement irrationnel), et ce de manière un peu surprenante, ce qui renforce l'étrangeté de l'évolution de son attitude. :bouquine:

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Foutu Allistair ! Si n’importe quel autre pirate avait osé me railler de la sorte, je l’aurais gonflé de mes poings, quitte à recevoir quelques coups de garcette pour insubordination. Mais Allistair avait toujours su comment me balancer la vérité à la gueule sans jamais me faire exploser. Il me connaissait comme sa poche et sa fuite en altitude le prouvait une fois de plus. J’avais besoin de sentir mes muscles se tendre et les cordes gratter mes paumes. Ne plus penser à Rose qui peut-être en ce moment même se trouvait dans les bras d’un autre. Grimper en haut des mâts m’était aussi naturel que respirer, et aussi nécessaire. Là-haut, j’étais plus vivant, mes sens engourdis se réveillaient. L’odeur du sel supplantait celui de la sueur, l’horizon était plus vaste encore et je distinguais tous les sons avec une acuité nouvelle, du ronflement d’un pirate sur le pont au criaillement des mouettes.

Là, sans préavis, on quitte l'action directe pour plonger dans une méditation profonde qui me semble digne d'un gentleman ou d'un homme de lettres. Moi qui croyais que Red ne voyait pas plus loin que le bout de son nez, je trouve tout d'un coup un personnage capable de se perdre dans des considérations sociétales, psychologiques, voire poétiques profondes, complexes, poussées ! Ça m'a semblé incohérent vis-à-vis du portrait que tu en faisais précédemment. J'y aurais plutôt vu des réactions méfiantes réelles, une défiance à l'égard de ce camarade un peu trop bavard, un peu trop indiscret sur un passé hanté de mauvais souvenirs.


Et voici pour une description très précise de la façon dont est mené le dialogue, en quoi j'ai trouvé qu'il manquait d'authenticité. ^^

J'espère que ça pourrait t'apporter un quelque chose dans les différentes étapes d'écriture ou de réécriture, en tout cas, j'essaierai de me trouver un temps de lecture pendant le week-end si jamais tu voulais nous présenter une nouvelle version. L'idée est de décrire précisément mon sentiment sur un passage en particulier pour apporter d'éventuelles pistes de réflexion sur la narration. Après tout, le forum est là pour ça. :)

Hors ligne Samarcande

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Re : Rose Tattoo
« Réponse #16 le: 09 Septembre 2020 à 23:50:20 »
Oh merci Alan,

ça m'aide beaucoup ! Effectivement il y a un bug à ce niveau.
J'ai juste réécrit le passage en question. Est-ce que tu penses qu'il y a un mieux ?

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
«Trees are full of songs and we are not shy to seeing them.» (Elif Shafak - The island of missing trees)

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Rose Tattoo
« Réponse #17 le: 10 Septembre 2020 à 09:58:42 »
Bonjour Samarcande,

J'ai trouvé cette réécriture du passage au dialogue très convaincante. Il me semble que tu donnes un visage plus humain à Red dans cette nouvelle version, ce qui le rend à la fois émouvant et sensible face à la détresse de son ami. Quelque chose me dit que tu as su y mettre un quelque chose d'authentique qui fait son effet. ^^

Hors ligne Xeraphia

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Re : Rose Tattoo
« Réponse #18 le: 13 Septembre 2020 à 16:25:29 »
Hello Samarcande :)
Je repasse sur la V2 de ta première partie.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Et puis, la partie 2.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Hors ligne Laoghia

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Re : Rose Tattoo
« Réponse #19 le: 13 Septembre 2020 à 20:12:02 »
Bonsoir!

Je suis également tombée sur son texte par hasard, c'est le tout premier que je lis sur le forum!
Je trouve moi aussi que ton écriture est fluide, tu as une très belle plume.
Tes personnages sont vraiment bien construits, tes descriptions sont complètes : je trouve que c'est très immersif!

Je lirai la suite avec grand plaisir!

 


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