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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Mémoires d'une idée à la retraite

Auteur Sujet: Mémoires d'une idée à la retraite  (Lu 7365 fois)

Hors ligne Milora

  • Trou Noir d'Encre
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Mémoires d'une idée à la retraite
« le: 22 Septembre 2010 à 10:30:53 »
Soyons clairs : cette histoire n'a aucune espèce d'intérêt. J'aurais dû essayer d'en faire autre chose, mais là ça voudrait dire repartir de zéro, et j'aime pas faire ça. Je l'ai écrite d'une traite, sans réfléchir beaucoup, et à part témoigner que j'ai abusé d'un certain dessin animé dans mon enfance, elle n'a aucun, mais aucun intérêt. Faudrait que je la mette en revers, un jour.
On me dit souvent que mes histoires semblent à destination de la jeunesse - pour celle-ci, on va dire que c'est assumé (et encore, je ne suis pas sûre que ça intéresserait le moindre enfant, mdr).
Bref, après cette présentation fort flatteuse, voici le début (en tout ça fait 9 pages Word). Lisez ou ne lisez pas, commentez ou ne commentez pas...  :huhu:


_____________________
Envoi 1 (ici)
Envoi 2
Envoi 3
Envoi 4 (fin)




Mémoires d'une idée à la retraite





     Livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi…
-   Halte ! Qui va là ?
     Livrez-moi, livrez-moi…
     Le garde ne bouge pas d’un pouce.
     Livrez-moi, livrez-moi, livrez-moi…
-   Qui es-tu ? répète-t-il.
     Son collège et lui se sont placés côte à côte pour me bloquer le passage. Mais je dois, je dois, je dois passer ! Livrez-moi, livrez-moi ! S’il vous plait !
-   Attends, attends, tempère le deuxième garde, qui semble moins rigide dans sa façon d’être que le premier. Je comprends que tu sois pressée, mais tu sais bien qu’on ne peut pas laisser passez n’importe qui. Hein ?
Savoir, oui je sais, je sais, je sais, mais je dois passer, passer vite, vite !
-   Ho là !
     C’est le premier garde qui s’est de nouveau interposé. Il ne veut pas me laisser passer ! Il ne veut pas ! Comment je vais faire ? Je dois passer ! Passer, passer, passer, passer !
-   D’accord ! reprend le deuxième garde en voyant que je commence à paniquer. Calme-toi ! Dis-nous d’abord où tu comptes aller comme ça.
     A l’hypothalamus, je dois arriver au plus tôt à l’hypothalamus ! Livrez-moi ! Vite !
     Le deuxième garde émet un sifflement. Son compagnon n’a pas bronché, tout imbu de sa position supérieure de gardien de synapse.
- L’hypothalamus ? s’exclame l’autre. Rien que ça ?
     Il a l’air de réfléchir. Lentement. Trop, trop lentement !
-   Ecoute, ma petite, fait-il enfin. On ne peut pas laisser n’importe qui aller là-bas, juste parce qu’il est pressé. L’hypothalamus, c’est quand même le centre de commandes des comportements du Proprio ! Il faut montrer patte blanche pour y accéder. Et puis c’est à une trotte d’ici. D’abord, qui t’envoie ?
     Qui m’envoie ? Moi ? Je…
     Je ne sais pas.
     Je dois, dois, DOIS être livrée !
-   Oui, j’entends bien… (Il semble partagé entre sa compassion à mon égard et son devoir de sécurité) Mais une idée qui ne sait pas d’où elle vient, ce n’est pas bon signe. Tu pourrais être une idée folle, une idée mutante, qu’est-ce que j’en sais ! Bob, du noyau accumbens, il dit qu’une fois il a même vu une idée télépathique. Elle serait arrivée de nulle part, comme ça, paf ! dans sa synapse.
-   On raconte beaucoup d’histoires stupides, et particulièrement aux gens crédules comme certains, ronchonne le premier garde avec dédain. Ce n’est qu’une légende cérébrale, ça.
-   Ah oui ? s’emporte le deuxième garde. Parce que toi, tu as vu le monde, bien sûr ? Tu as déjà assisté à une infiltration de nicotine dans un neurone dopaminergique, toi ? Non ! Alors je ne vais pas laisser une idée perdue qui n’a même pas été plus loin que le cortex cérébral me faire la morale ! Si Bob a dit qu’il avait vu une idée télépathique, c’est qu’il en a vu une. Point barre.
     Hum-hum. Je ne veux pas déranger, mais c’est urgent, urgent, urgent. Je dois passer ! Livrez-moi !
     Le garde est embêté. Le deuxième. Parce que le premier s’est simplement renfrogné et ne semble pas disposé à me dégager le passage. Oh lala, lala, lala, comment je vais faire ? Je suis mal partie ! Si je n’arrive pas à bon port, je… je… Je ne sais pas. Il faut que j’y aille ! Que j’y aille, que j’y aille, que j’y aille !
-   Bon, grommelle le deuxième garde. On va faire quelque chose, vu que tu es si pressée. Je vais t’accompagner. Ça te convient ? Comme ça, je t’aurai à l’œil, mais tu pourras arriver à destination.
-   Tu n’as pas le droit de faire ça ! s’insurge le premier garde, qui n’apprécie pas que son autorité soit remise en question, même par un collègue.
-   Alors on va prendre le gauche !
     Un silence.
- Ha ha ! Elle était bonne, non ? Le gauche ! nous demande le garde, hilare.
     Le premier garde ne rit pas, et moi je suis trop préoccupée. L’hypothalamus, vite, vite, par pitié !
-   Hum, oui, désolé, se reprend le deuxième garde. C’est que je suis né dans la zone du cortex cérébral responsable du rire, je ne peux pas m’en empêcher... Bon allez, on y va. Salut, Gustave !
-   Je devrais te dénoncer au contrôle de Conscience pour ça ! menace le premier garde, exaspéré.
     Le deuxième adopte une expression désinvolte et s’écarte pour me céder le passage dans la synapse. Merci, merci… C’est très important que j’arrive à destination ! Je ne sais pas pourquoi, mais il le faut !
     Le garde ne répond pas. Je le sens perplexe.
     Nous dépassons le poste de contrôle et rejoignons l’extrémité du neurone. Les idées que l’on croise sont des boules lumineuses, un peu comme les étoiles formées par la réverbération du soleil sur une vitre. Par commodité, la plupart se dotent de membres par mimétisme avec le propriétaire des lieux. Moi je me contente de flotter, comme l’impulsion électrique que je suis.
     Sitôt grimpés sur un neurotransmetteur de course, nous sommes happés par la synapse et nous retrouvons dans le neurone suivant. Le garde flatte l’encolure du neurotransmetteur pour le remercier de sa diligence, et nous reprenons notre chemin à pieds tandis que notre monture s’installe en s’ébrouant dans l’attente des passagers suivants.
-   Alors, dis-moi, lance le garde pour amorcer la conversation, tu es une idée amnésique ? C’est quand même le comble ! Une idée amnésique… Je trouve le concept très amusant.
     Il semble aimer discuter. Ça ne me dérange pas, maintenant qu’on est en route. Je ne sais pas si je suis amnésique. J’ai l’impression que j’ai été formée si vite que je ne sais rien, à part ma destination. Je ne sais même pas ce que je contiens !
-   Ça c’est normal, m’explique le garde. Aucune idée ne sait vraiment ce qu’elle contient. Moi-même, je pense que je suis une idée imaginative, une idée artistique. Je n’ai pas l’arrogance de penser que je contiens un « Eurêka ! », mais je nourris quelques espoirs sur ma valeur… Tu me diras, c’est ce qu’on rabâche toutes, nous, les idées perdues. Le Proprio nous a eues un jour, puis nous a oubliée, et depuis, on erre dans le Cerveau en cherchant à nous occuper, attendant qu’Il se rappelle de nous. On forme le comité des Gardes Synaptiques, pour nous assurer que tout fonctionne bien. (Un silence) Il ne s’agirait pas qu’une idée suicidaire s’échappe de la zone du rêve pour aller, par exemple, vers l’hypothalamus, ajoute-t-il, soudain méfiant. Tu n’es pas une idée suicidaire, toi, hein ?
     Heu, non, je ne pense pas. Je… je l’ignore en fait. Mais je dois aller là-bas.
-   Oui, répond-il lentement. Je t’aime bien au fond, tu sais ? Franche, nette. Tu ne fais pas de différence entre ce que tu penses et ce que tu communiques aux autres. Tu te livres tout entière. Après tout, nous ne sommes que des pensées, on ne devrait pas l’oublier !
     Merci… Je rougis.
-   Pas de quoi ! Et puis, ce petit voyage ne pourra me faire que du bien. On ne va pas tous les jours à l’hypothalamus ! Oh, non ! s’écrie-t-il soudain en désignant un neurone devant nous.
     C’est un tout petit neurone, tout rose et tout frais, qui n’a pas encore la teinte grise de ses congénères adultes. Une troupe d’idées se dirige vers lui à travers une synapse pas encore complètement formée et sans surveillance.
-   C’est un bébé neurone, me souffle le garde en accélérant le pas et sans détacher son attention de la troupe d’idées. Tout juste sorti de la zone sous-granulaire, je pense. Vite, il faut arriver avant elles !
     Mais… je dois… l’hypothalamus !
-   Il attendra ! Tu ne vois pas ce qui se passe ? Ce sont des idées noires ! Si elles s’emparent de ce neurone, c’est le début de l’infection. On va droit à la dépression chronique, je te le dis !
     Je force mon regard. En effet, les idées sont toutes sombres et ricanent méchamment. Mais plus nous nous approchons, plus je remarque leur forme biscornue, écrasée, torturée…
-   Elles ont été broyées, m’explique le garde en accélérant encore. Parfois, le Proprio broie du noir, et les idées qui en ressortent ont toujours envie de se venger. Hé ! les apostrophe-t-il en élevant la voix. Garde Synaptique ! Arrêtez !




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« Modifié: 28 Février 2011 à 17:17:23 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Plume d'argent

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #1 le: 22 Septembre 2010 à 14:26:05 »
Bonjour !

En ma qualité d'étudiante S, j'apprécie l'idée (huhu) du texte. On nous a assez bourré avec le truc du synapse et tout le tralala cette année. Souvenirs (*soupire*)

Pour la forme, d'abord les répétitions sont assez lourdes. C'est assez simple comme écriture, pas très recherché mais qui du coup nous laisse comme un peu en surface de l'histoire.

En tous cas ça reste un texte sympatoche à lire.  ^^

Hors ligne Niitza

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #2 le: 25 Septembre 2010 à 10:54:45 »
J'adore :mrgreen:

Je trouve que tu intègres vraiment bien les concepts "scientifiques" dans le texte (les idées noires comme le reste).

Citer
Les idées que l’on croise sont des boules lumineuses, un peu comme les étoiles formées par la réverbération du soleil sur une vitre. Par commodité, la plupart se dotent de membres par mimétisme avec le propriétaire des lieux.
J'ai pas pu m'empêcher d'imaginer une armada de Milora miniatures se promenant de synapse en neurone. Choupi comme image ^ ^

Et j'approuve, la blague du garde est particulièrement pourrie : j'ai dû la relire plusieurs fois pour que l'idée biscornue qui en a découlé obtienne l'autorisation de franchir mes synapses jusqu'à mon intellect.

Sinon, je n'ai pas remarqué de faute particulièrement frappante. Ensuite, peut-être est-ce dû à mon cerveau à-demi endormi du samedi matin - la douane peut refouler les idées orthographiques jugées trop complexes et susceptibles de court-circuiter le système.

Diantre, cette métaphore cervicale est contagieuse...

Bref, la suite ?
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande
Als flöge sie nach Haus.

Hors ligne Milora

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #3 le: 25 Septembre 2010 à 18:43:02 »
Tiens, des lectrices ! :)

Plume -->
Citer
On nous a assez bourré avec le truc du synapse et tout le tralala cette année. Souvenirs (*soupire*)
Lol, désolée, je n'avais pas pour intention de rappeler un traumatisme  :D

Citer
Pour la forme, d'abord les répétitions sont assez lourdes. C'est assez simple comme écriture, pas très recherché mais qui du coup nous laisse comme un peu en surface de l'histoire.
Pour les répétitions, c'était fait exprès ; si ça gène les autres je... non, je changerai pas, lol, parce que ça serait tout reprendre, et que je pense pas que cette histoire en vaille la peine ^^ Mais c'est noté !
Pour l'écriture simple, c'est fait exprès aussi. Je voulais un ton un peu "histoire pour enfant", et surtout, peu de descriptions. A la base, je cherchais à faire un truc "mimi". Mais je prétends pas que ce soit le résultat, hein...

Merci de ta lecture ! :)



Niitzy -->
Citer
J'adore  :mrgreen:
Alors ça c'est aussi gentil qu'inattendu !

Citer
J'ai pas pu m'empêcher d'imaginer une armada de Milora miniatures se promenant de synapse en neurone. Choupi comme image ^ ^
MDR !  :D Après les Danversclones, les Mil-clones ! xD

Citer
Et j'approuve, la blague du garde est particulièrement pourrie : j'ai dû la relire plusieurs fois pour que l'idée biscornue qui en a découlé obtienne l'autorisation de franchir mes synapses jusqu'à mon intellect.
Lol, à ma décharge, cette blague pourrie n'est même pas de moi. Mais bon, je pense que de toute façon, l'autorisation, il la "prend" plus que de la demander...

Citer
Bref, la suite ?
Oui, je la posterai, euh, je sais pas, demain ? Histoire de voir si un courageux lecteur veut tenter avant qu'il y ait trop de morceaux... (quoi que je pense que les potentiels lecteurs gravitent tous autour de CE MAUDIT BLIND TEST QUI REND FOUS)

Merci de ta lecture à toi aussi ! :)
« Modifié: 25 Septembre 2010 à 18:44:48 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Minyu

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #4 le: 26 Septembre 2010 à 14:35:12 »
Citer
Alors on va prendre le gauche !
??? Pas compris...
Citer
nous reprenons notre chemin à pieds
à pied
Citer
Je te livres tout entière
livre

J'ai trouvé ça marrant  :) Sincèrement, c'est très agréable à lire ! Comme dit Plume d'Argent, ce n'est pas très recherché, mais justement, c'est pour ça que je le trouve bien ^^  Mais la fin est peut-être un peu rapide...?
"Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule"
Victor Hugo

"Nous voulons de la vie au théâtre, et du théâtre dans la vie."
"Quand je pense à tous les livres qu'il me reste à lire, j'ai la certitude d'être encore heureux."
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Hors ligne Milora

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #5 le: 26 Septembre 2010 à 14:48:12 »
Merci de ta lecture, Minyu !
Citer
Citation
Alors on va prendre le gauche !
 Pas compris...
Tu connais pas cette vieille vanne ? "on n'a pas le droit, alors on prend le gauche", c'est un jeu de mots sur droit (au sens d'autorisation, ou au sens de droit/gauche)

Citer
Citation
nous reprenons notre chemin à pieds
à pied
T'es sûre ? Je croyais que ça prenait un s...

Citer
Citation
Je te livres tout entière
livre
Non, en fait c'est surtout que j'ai mis "je" au lieu de "tu", lol. Merci de ton relevé, j'ai corrigé !

Citer
la fin est peut-être un peu rapide...?
Peut-être parce que c'est pas la fin ? Lol.
D'ailleurs, voici la suite !
___________________________
 Envoi précédent



     Les idées noires marquent un temps d’arrêt puis, d’un seul mouvement, se ruent vers le malheureux neurone qui gazouille bêtement en recevant une particule de dopamine égarée. Le garde et moi nous élançons à notre tour, à en perdre haleine. Je suis sûrement une idée de course, car me voilà à dépasser mon compagnon, à sauter sur la synapse frêle qui tangue dangereusement, et à bondir à l’intérieur du bébé neurone. Dedans, tout est rose. D’un rose bonbon absolument omniprésent. Un rose tendre et malléable, que j’imagine sans peine se teindre de noir dès qu’une idée malfaisante s’y glissera. Je puise dans mes réserves pour accélérer encore, laissant le garde loin derrière moi, et provoquant des gargouillis de rire chez le bébé neurone – ma présence doit le chatouiller. Enfin, j’arrive in extremis à la synapse opposée, celle par où les idées noires tentent de pénétrer. Elles sont cinq, mais difformes et maladroites. On dirait des flaques de liquide noir et visqueux. Déjà, elles sont engagées sur la synapse, à dos d’un neurotransmetteur véreux. Qu’est-ce que je dois faire ? Couper la transmission ? Ce serait la mort du bébé neurone. Je ne peux pas faire ça. Je dois… je dois…
     Arrêtez-vous ! – j’ordonne aux assaillants.
-   Niark niark, répond l’idée noire la plus proche, accrochée comme une sangsue à sa monture qui rampe sur la synapse.
     Arrêtez ! – j’insiste en désespoir de cause. J’ai… J’ai un marché à vous proposer !
-   Un marché ?
     Tension. Tremblements.
    Oui, un marché ! Une affaire honnête entre vous et moi.
-   Honnête ? Peuh, ça ne nous intéresse pas. Pousse toi de là, ce neurone est trop petit pour nous deux.
     D’accord : un marché malhonnête ! Très, très, très malhonnête ! – je renchéris avec la plus grande conviction que je peux donner à ma phrase. Je me souviens des mots du garde sur ma franchise et j’espère bien fort que cela ne va pas me nuire.
     L’idée noire s’est arrêtée de ramper, elle me regarde insidieusement en émettant des raclements de gorge proprement machiavéliques.
-   Là, tu m’intéresses, petite. Qu’est-ce que tu me proposes ?
     Je réfléchis une seconde. Trouver, trouver quelque chose. Je dois trouver…
     De la dopamine ! Beaucoup de dopamine ! Assez pour faire frémir de joie tous les neurones que vous voudrez ! Avec ça pour les soudoyer, n’importe quelle région du cerveau sera à votre merci !
-   Tiens donc, minaude l’idée noire en ricanant. Et puis-je savoir pourquoi tu serais prête à m’offrir un tel pouvoir ?
     Parce que je dois protéger ce neurone-ci – je réponds en toute franchise. Je ne suis pas très bien formée, je crois que je ne réfléchis pas à long terme.
-   Voilà qui est intéressant ! grince l’idée noire. Mais où trouver ta dopamine ?
     C’est là que je dois déployer le plus gros effort.
-   Dans le cortex préfrontal, dis-je en dissociant pour une fois ce que je communique de ce que je pense, ce que je suis.
     Un silence me répond. Je sens la surface du bébé neurone rebondir faiblement : de l’autre côté, le garde a dû enfin traverser la synapse d’entrée et sa course tressauter la paroi. Il va arriver d’un instant à l’autre.
-   Il n’y a rien d’intéressant dans le cortex préfrontal, rétorque sèchement l’idée noire.
-   Oh, mais si ! j’insiste. Je suis tombée sur un gisement oublié de dopamine l’autre jour. Il était bien caché. Si vous acceptez de faire demi-tour, je vous révèlerai l’emplacement.
-   Tu bluffes.
-   Ah oui ? Mais n’aviez-vous pas l’impression de lire en moi comme dans un livre ouvert ?
     Mon argument fait son petit effet. L’idée noire tire sur la bride énergétique de son neurotransmetteur et me considère d’un air suspicieux. Derrière elle, ses collègues attendent toujours leur tour à la queue-leu-leu pour emprunter la synapse.
-   C’est d’accord, conclue-t-elle. Il est où, ce gisement ?
-   Deuxième circonvolution après le cortex prémoteur. Tournez à droite, empruntez la vieille synapse sans surveillance, et vous ne pouvez pas le manquer. Satisfait ?
-   Oui.
-   Alors maintenant, demi-tour !
     Une seconde, j’ai l’impression qu’une intention mauvaise traverse l’idée noire. Elle devient encore plus noire et encore plus difforme. Je réalise qu’elle n’avait sans doute pas du tout prévu de remplir sa part du contrat, et une vague de panique monte en moi. Si elle s’empare du bébé neurone, que vais-je devenir ? Elle va sans doute me faire disparaître, me fusionner avec une idée mauvaise, remplir mon contenu d’une mauvaise intention ! Non ! Je dois être livrée ! Livrée, livrée, livrée !
     Mais le garde arrive enfin, essoufflé comme un neurotransmetteur asthmatique en fin de course, et sa présence dissuade l’idée noire de poursuivre son projet maléfique. Elle grogne une mise en garde inaudible et fait demi-tour. Le bébé neurone gazouille bêtement en la sentant s’éloigner.
-   Qu’est-ce que tu lui as dit ? articule laborieusement le garde époumoné, tandis que le groupe d’idées noires éclopées reprend lentement sa route dans une autre direction. J’ai entendu que la fin de votre conversation. Qu’est-ce qu’il y a, dans le cortex prémoteur ?
-   Aucune idée, je déclare innocemment. Mais c’est loin d’ici, et une brigade de la Garde Synaptique les aura arrêtées bien avant qu’elles n’y parviennent.
     Le garde me considère un moment en silence.
-   Tu m’impressionnes ! s’exclame-t-il finalement. Et, dis-moi… mais tu parles, maintenant ! Tu as passé le stade de la seule pensée !
     Je rosis violemment, toute flattée.
-   Bravo ! me lance-t-il avec un franc éclat de rire. Bon, maintenant, détalons au plus vite.
-   L’hypothalamus, l’hypothalamus, je dois, je dois y aller !
-   Oui, et puis les agents de la Conscience ne vont pas tarder à rappliquer.
-   Les agents de la quoi ?
-   De la Conscience. C’est affligeant : le Proprio n’a aucune idée de ce qui se passe dans son propre ciboulot. Sa conscience est limitée. Si elle s’apercevait de tous les mécanismes de son cerveau, elle n’arriverait pas à comprendre, Il perdrait la raison. Et je te raconte même pas s’Il arrivait à atteindre le niveau subconscient !
-   Pourtant il envoie des agents ?
-   Oui, ils patrouillent çà et là en se croyant les maîtres du Cerveau. Ils sont d’un pitoyable ! Imbus d’eux-mêmes et arrogants ! Mais ainsi va le monde, et il faut faire avec. On ne doit surtout pas éveiller leur attention. Ils ont malheureusement tendance à débarquer dès qu’il se passe quelque chose d’étrange. Tiens, d’ailleurs, quand on parle du loup…
     Deux idées brillantes arrivaient par le neurone d’en face, celui par lequel les idées noires avaient tenté de prendre le bébé neurone d’assaut. Elles flottaient dans les airs avec désinvolture.



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« Modifié: 02 Octobre 2010 à 19:13:36 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Minyu

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #6 le: 26 Septembre 2010 à 15:32:40 »
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Tu connais pas cette vieille vanne ? "on n'a pas le droit, alors on prend le gauche", c'est un jeu de mots sur droit (au sens d'autorisation, ou au sens de droit/gauche)
Non, je ne connaissais pas... Ca ne vole pas bien haut  ::)
Citer
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la fin est peut-être un peu rapide...?
Peut-être parce que c'est pas la fin ? Lol.
Ah désolée  >< Je n'avais pas lu le petit préambule en entier...
Citer
le garde a dû enfin traverser la synapse d’entrée et sa course tressauter la paroi
"et sa course fait tressauter", plutôt, non ?
Citer
Oui, ils patrouillent çà et là en se croyant les maîtres du Cerveau. Ils sont d’un pitoyable ! Imbus d’eux-mêmes et arrogants ! Mais ainsi va le monde, et il faut faire avec. On ne doit surtout pas éveiller leur attention. Ils ont malheureusement tendance à débarquer dès qu’il se passe quelque chose d’étrange. Tiens, d’ailleurs, quand on parle du loup…
Je ne trouve pas ses paroles très naturelles...

Et pour "à pied", j'en suis pratiquement certaine. Mais il faudrait vérifier...
« Modifié: 26 Septembre 2010 à 18:25:16 par Minyu »
"Le théâtre doit faire de la pensée le pain de la foule"
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Hors ligne Zacharielle

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #7 le: 26 Septembre 2010 à 16:24:45 »
Moi non plus, je n'avais pas compris la vanne !

J'aime bien, la lecture est simple et c'est vraiment dans la même veine que ce que tu peux nous proposer d'habitude. Ca me fait un peu penser au texte d'Altaïr :] (pour l'idée du texte uh uh). Sinon je m'y perds un peu entre toutes ces synapses, c'est fouillis. La présence des gardes est pas mal. Pour la fin de la deuxième partie ça fait vraiment rebondissement sur rebondissement, à la limite de l'artificialité (je dois pas être très claire). Le bébé neurone est juste trognon, la petite idée aussi. Mais l'ensemble n'a pas un caractère exceptionnel pour le moment : j'aime bien, mais sans plus. Je trouve que niveau inventivité t'as été plus en forme sur d'autres textes. M'enfin, je lirai la suite et fin avec plaisir.

Citer
Bon, maintenant, détalons au plus vite.
J'ai lu "dédalons" au plus vite et j'ai trouvé ça trop cool dans un cerveau labyrinthique

Hors ligne Ambriel

  • Palimpseste Astral
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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #8 le: 26 Septembre 2010 à 16:32:37 »
J'aime bien, c'est sympa. L'idée (le personnage) au début je la trouvais choute, mais à force de se répéter elle devenait lassante. Contente donc qu'elle ai "dépassé le stade de la seule pensée" ^^ Le bébé neurone est chou, mais je le trouve un peu ridicule, et en plus il est rose. Remarque, ces trois états sont étroitement liés...  :D Sinon, moi j'avais compris la vanne du gauche XD. J'ai  aimé le coup des idées noires broyées !
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Citation
Bon, maintenant, détalons au plus vite.
J'ai lu "dédalons" au plus vite et j'ai trouvé ça trop cool dans un cerveau labyrinthique
Ah ouais, c'est pas faux ! (enfin, c'est vrai)
premier envoi :
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Son collège et lui se sont placés côte à côte pour me bloquer le passage.
collègue, plutôt, non ?
Et s'ils prenaient ta mère comme otage ou ton frère,
Dit un père béret basque à un jeune blouson d'cuir
Et si c'était ton fils qu'était couché par terre,
Le nez dans sa misère,
Répond l'jeune pour finir

- Renaud, les charognards -

Hors ligne Niitza

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    • Niitza
Re : Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #9 le: 27 Septembre 2010 à 18:44:33 »
Ben je continue d'apprécier. Surtout les idées noires méssantes qui ricanent de façon tellement sèche et hachée qu'on dirait qu'elles ont le hoquet (comment ça je surinterprète le texte ? Mais point du tout, M. le Professeur).

Seul petit hic, cette péripétie parenthèse est peut-être un peu longuette pour quelque chose qui dévie du chemin principal (mais ensuite, quelque chose me dit que ça ne sera en fin de compte pas vraiment une déviation). Et ton idée héroine est un peu trop... justicière au grand coeur (en même temps, tu fais souvent des héroïnes au grand coeur, n'est-ce pas Loya ? ^^)

Quelques pitites remarques :

Enfin, j’arrive in extremis à la synapse opposée, celle par où les idées noires tentent de pénétrer. Elles sont cinq, mais difformes et maladroites. On dirait des flaques de liquide noir et visqueux.
On a compris qu'elles étaient noires. Peut-être un autre adjectif ? Une périphrase ?

Déjà, elles sont engagées sur la synapse, à dos d’un neurotransmetteur véreux
Je dirais qu'il manque un "se"

-   Niark niark, répond l’idée noire la plus proche, accrochée comme une sangsue à sa monture qui rampe sur la synapse.
J'adore le ricanement machiavélique :mrgreen:

Tension. Tremblements.
Stupeur et Tremblements !
Mh.
Pardon. Association d'idées involontaire.
Je vais me cacher.

-   Honnête ? Peuh, ça ne nous intéresse pas. Pousse toi de là, ce neurone est trop petit pour nous deux.
Il manque un tiret.

Très, très, très malhonnête ! – je renchéris avec la plus grande conviction que je peux donner à ma phrase.
Je sais pas pourquoi, la construction telle qu'elle est me gêne. Dans un texte littéraire, on s'attendrait à un "puis", mais ça fait un peu trop relevé pour le registre de ton texte. En tout cas, comme ça, ça me fait tiquer, il faudrait tourner la phrase autrement, peut-être.

Je sens la surface du bébé neurone rebondir faiblement : de l’autre côté, le garde a dû enfin traverser la synapse d’entrée et sa course tressauter la paroi.
Il manque un verbe. Faire ?

-   C’est d’accord, conclue-t-elle. Il est où, ce gisement ?
Conclut-elle.

Je rosis violemment, toute flattée.
Entre le neurone rose qui les entoure et le rosissement des personnages, il y a beaucoup de rose dans cette histoire. Tu essaye de nous dire quelque chose, Mil ?  :p

Bref. La suite ?
Und meine Seele spannte
Weit ihre Flügel aus,
Flog durch die stillen Lande
Als flöge sie nach Haus.

nasnas29

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #10 le: 02 Octobre 2010 à 16:09:33 »
Ce texte presente dans sa première partie " un fil axonique " agréable à l'influx. le courant synapsique titille nos neurones et, d'une idée noire qui cherche son chemin pour faire sa propagande,surgit le nerf déclencheur de nos zygomatiques. A suivre donc! l'idée fera-t-elle son chemin?

Hors ligne Milora

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #11 le: 02 Octobre 2010 à 19:12:47 »
Merci de vos lectures/commentaires ! Nasnas, je me sens un peu honteuse que le premier texte que tu lises de moi soit celui-ci, lol. Je ne l'assume pas, cette nouvelle xD

Minyu :
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Je ne trouve pas ses paroles très naturelles...
C'est pas faux (si si, j'ai compris tous les mots !  :mrgreen: ). Je visais pas spécialement le naturel, mais si ça gène...

Zach :
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Ca me fait un peu penser au texte d'Altaïr
"Bouillon de culture" ? Ah oui, je l'aimais bien ! J'y avais pas pensé ^^

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Pour la fin de la deuxième partie ça fait vraiment rebondissement sur rebondissement, à la limite de l'artificialité (je dois pas être très claire)
Si si, je vois. En même temps, je voulais que ça fasse un peu comme dans les contes, où le personnage principal rencontre diverses aventures, tout ça... Mais bon, ça a de toute façon une (petite) incidence sur la suite...

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Mais l'ensemble n'a pas un caractère exceptionnel pour le moment : j'aime bien, mais sans plus
Ah oui ? Moi je l'aime pas du tout, lol.

Bibi :
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L'idée (le personnage) au début je la trouvais choute, mais à force de se répéter elle devenait lassante.
Ah, dommage...  :(
(Moi non plus j'aime pas le rose  :mrgreen: )

Niitzouille :
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Citation de: Milora le 26 Septembre 2010 à 14:48:12
Très, très, très malhonnête ! – je renchéris avec la plus grande conviction que je peux donner à ma phrase.
Je sais pas pourquoi, la construction telle qu'elle est me gêne. Dans un texte littéraire, on s'attendrait à un "puis", mais ça fait un peu trop relevé pour le registre de ton texte. En tout cas, comme ça, ça me fait tiquer, il faudrait tourner la phrase autrement, peut-être.
C'est vrai, ça me gène à moi ausi. Je changerai.
Je changerai aussi les autres fautes de frappe relevées :)

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Citation de: Milora le 26 Septembre 2010 à 14:48:12
Je rosis violemment, toute flattée.
Entre le neurone rose qui les entoure et le rosissement des personnages, il y a beaucoup de rose dans cette histoire. Tu essaye de nous dire quelque chose, Mil ?  :p
Oui  :-[ Je... je... JE SUIS UN PAMPLEMOUSSE !


Suite :

______________________

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-   Aie l’air naturel, me souffle le garde en se mettant à siffloter un air guilleret qui n’a, pour être franche, absolument rien de naturel – mais ce serait très impoli de le lui faire remarquer.
En l’absence de neurotransmetteur à quai, nous empruntons à pied la jeune synapse et rejoignons le neurone suivant d’un petit bond. Les deux agents s’arrêtent à notre niveau pour nous barrer le passage.
-   Bonjour, nous salue l’un d’eux, martial.
-   Bonjour, je réponds d’une petite voix.
-   Bonjour, fait à son tour le garde en admirant (trop) ostensiblement le paysage.
-   Bonjour, conclue le deuxième agent pour ne pas détonner.
-   Vous n’auriez pas repéré des individus louches par ici ? questionne le premier agent.
Le garde et moi nous regardons, l’air de réfléchir activement à sa demande.
-   Ma foi non – je réponds finalement, sans manquer de me dire que le garde en fait un peu trop, à appuyer ma réponse par un hochement frénétique de la tête.
-   Vous êtes sûrs ? lance le deuxième agent qui, visiblement, veut toujours avoir son mot à dire même quand c’est parfaitement inutile.
-   Sûrs, certains, convaincus, persuadés, et tout le tralala ! répond le garde.
-   Oh, fait l’agent déçu. Eh bien, bonne journée !
-   A vous aussi ! je lance amicalement.
Ils nous laissent poliment passer et reprennent leur chemin vers le bébé neurone, arborant l’air satisfait de qui a résolu une épineuse situation avec brio.
-   On a eu chaud cette fois, me glisse le garde à mi voix.
Je ne peux que confirmer, et jette un regard désespéré alentours. Et mon hypothalamus ? Je dois y aller, je dois, je dois, je dois !
-   Tu recommences à pense-parler, me reproche le garde en accélérant malgré tout sensiblement. Ça te tient sacrément à cœur, hein ? Enfin façon de parler, puisqu’une idée n’a pas de cœur.
Oui…
-   Ne t’inquiète pas, on y sera bientôt. Avec le sprint que tu as piqué, on a parcouru un bon bout de chemin.
J’espère qu’il ne sera pas trop tard…
-   Il y a peu de chances. Le Proprio est incroyablement lent par rapport à nous. C’est pour ça que les agents de sa conscience sont si faciles à berner. Pense qu’il a besoin de quatre secondes pour lire treize petits mots simples !
Je laisse échapper un sifflement impressionné. Je dois reconnaître, un peu gênée d’un tel sentiment, que je me sens d’autant plus fière de mes capacités à la course.
Après avoir traversé une demi-douzaine de neurones, je remarque que l’activité se fait de plus en plus importante. Les idées qui passent ont toutes l’air affairé, pressé. Elles fusent de partout, rapides comme la pensée. Je me sens de plus en plus fébrile : à coup sûr, nous approchons de l’hippocampe, de l’hypothalamus, et autres zones centrales… On arrive, on arrive ! Ça y est, je vais être livrée, livrée !
-   Un instant, s’il vous plait ! nous arrête un énième contrôle.
J’ai envie de soupirer. C’est une idée sèche, armée d’un bloc note imaginaire et d’un air peu engageant.
-   Vous devez disposer d’un laissez-passer pour accéder à cette partie du Cerveau. Ceci est une zone confidentielle, il s’y passe des choses très importantes.
On sent qu’elle se retient d’ajouter « dont moi je connais tout mais dont vous, pauvres mortels au bas de l’échelle, ne soupçonnez même pas l’existence ». Je fais un gros effort pour ne pas laisser lire mes pensées. J’ai du mal à me contenir : j’approche, j’approche ! J’en suis presque à trépigner sur place. Je sens mon contenu qui a envie de se libérer pour délivrer son message. Je touche au but !
-   Votre laissez-passer, je vous prie, reprend l’idée de contrôle d’un ton pincé.
Laissez-passer ? Qu’est-ce que c’est ? Je n’en ai pas, je suis urgente !
-   Garde Synaptique, troisième niveau, dit finalement mon compagnon.
-   Ah, lâche l’idée avec un reniflement, peu satisfaite de se faire damer le pion par un collègue, a fortiori un collègue dont elle s’était crue la supérieure. Vous vous portez garant ? J’espère que vous savez ce que vous faites. A propos, vous avez du nouveau sur l’affaire de la zone corticale du Mal ?
Le garde prend un air de comploteur.
-   L’enquête suit son cours. Un jour, on trouvera sa planque et le Proprio arrêtera de critiquer sa voisine dans le dos. En attendant, on doit rester vigilant.
-   Ok. Bon boulot. Allez, circulez, vous deux, maintenant !
Nous la contournons en vitesse avant qu’elle ne change d’avis. Je ne peux m’empêcher d’être fascinée par le va-et-vient qui règne autour de nous. Une idée nous bouscule, s’excuse, vérifie qu’elle n’a pas été modifiée par ce contact avec une congénère, et repart à toute vitesse vers le tronc cérébral avec à la main une petite mallette de jeune cadre supérieur dynamique, sans doute bourrée de projets. Le centre bourdonne d’activité, mais il est aussi policé, classifié, hiérarchisé. Je me sens à nouveau toute fière d’être destinée à un point d’arrivé aussi prestigieux.
-   Eh oui, cette zone, c’est l’idéal pour une idée ! me dit le garde avec un clin d’œil appuyé. Idéal pour une idée ! Ha ha !
Je ris un peu pour qu’il ne se sente pas trop seul. Il est gentil, et puis, il m’a bien aidée. J’ai du mal à ne pas pense-parler…
-   Je vois ça, répond-il. C’est parce que tu es tout excitée. Je suis sûre que ça ira mieux après. Et merci du compliment.
-   Vous m’avez fait confiance, c’est gentil ! Grace à vous je vais pouvoir être livrée, livrée, livrée !
-   Oui, je pense que j’ai fait le bon choix. Quelqu’un qui prend la défense d’un bébé neurone innocent, au mépris de sa propre mission, c’est-à-dire au mépris de lui-même, ne peut pas être mauvais. Du moins, c’est ce que j’ai toujours pensé, mais je suis peut-être une idée un peu idéaliste…
Nous échangeons un sourire à son jeu de mots, puis tout mot, joueur ou pas, disparaît de mon esprit. Voilà. J’y suis.
J’y suis !
J’y suis, j’y suis, j’y suis ! Là, devant moi, l’hypothalamus s’étend, minuscule par rapport aux vastes espaces corticaux que nous avons parcourus, mais d’un gris concentré, lumineux, qui semble irradier tant il est un centre important. On a placé des barrières en corde tout autour de lui (des idées de barrière, rien de matériel bien sûr), sans doute pour rappeler aux idées promeneuses qu’il faut une bonne raison pour oser s’approcher de lui. Quelques idées passantes ralentissent à notre niveau, tant elles me voient fascinée par cette apparition. Déjà, j’ai enjambé la barrière. J’y suis ! J’y SUIS !
Mais soudain, quelque chose me retient. Le bébé-neurone, les idées noires, le garde si gentil… Tout ça me vient à l’esprit d’un seul bloc, comme un tourbillon compact. Toutes ces expériences… Elles font partie de moi, maintenant…
Je me tourne vers le garde qui m’adresse un signe encourageant. Un attroupement s’est formé derrière lui, intrigué par mon attitude, moi la petite idée indistincte qui vient de passer les barrières de sécurité.
-   Dites…, je demande d’une voix fluette. Qu’est-ce qui va se passer, une fois que je serai livrée ? Que j’aurai libéré mon contenu ? Est-ce que je vais… mourir ?
Le garde me regarde un instant, éberlué.
-   Ça alors, quelle idée ! (Je crois que cette fois, il n’a pas fait exprès de lancer un trait d’esprit) Bien sûr que non ! Si le Proprio oubliait les idées qu’il a eues, il serait complètement déboussolé !
-   Mais alors, qu’est-ce que je vais devenir ?
-   Tu prendras ta retraite. Tu deviendras une idée errante, tu pourras faire tout ce que tu as toujours eu envie de faire. Je ne sais pas, moi, élever des baleines violettes à crête punk dans la zone des rêves, si ça te chante !
-   Vraiment ?
-   Vraiment, m’assure-t-il, confiant.
Je suis rassurée.
Ma mission, je dois accomplir ma mission, maintenant.
-   Hé, vous, là ! s’écrie une voix courroucée. Vous n’avez pas les accréditations pour faire ça! Arrêtez !
Je n’ai plus une seconde à perdre. Avant que le gardien n’arrive à notre niveau, je prends mon élan, et plonge à corps perdu dans l’hypothalamus.




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« Modifié: 10 Octobre 2010 à 20:08:20 par Milora »
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #12 le: 02 Octobre 2010 à 20:18:07 »
En tout cas, j'ai trouvé le titre accrocheur et l'idée subtile. je poursuivrais la lectrure jusqu'au bout, non mais! il faut pas chercher à dissuader le lecteur quand l'aire sensitive de son hypothalumus sécrète du plaisir " endoctrinaire ".

nasnas29

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Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #13 le: 03 Octobre 2010 à 10:42:15 »
chouette! l'idée est sauve et va pouvoir chevaucher l'hyppo si ça l'amuse... j'ai eu peur a un moment d'être tombé sur une idée arrêtée!
Un joli sujet, original où on se perd un peu dans des circonvolutions cérébrospinosale!

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Re : Re : Mémoires d'une idée à la retraite
« Réponse #14 le: 03 Octobre 2010 à 10:51:11 »
En tout cas, j'ai trouvé le titre accrocheur et l'idée subtile. je poursuivrais la lectrure jusqu'au bout, non mais! il faut pas chercher à dissuader le lecteur quand l'aire sensitive de son hypothalumus sécrète du plaisir " endoctrinaire ".
Ah, mais j'ai toujours tendance à décourager le lecteur, c'est un TOC je pense  :mrgreen: Mais là, plus que les autres fois, lol

Merci de ta lecture ! :)

Suite et fin d'ici peu :)
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

 


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