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Auteur Sujet: [Poésie, auteur] Emile, Coderre (Jean Narrache)  (Lu 495 fois)

Hors ligne Mascha

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[Poésie, auteur] Emile, Coderre (Jean Narrache)
« le: 27 juin 2020 à 19:36:10 »
Homme de sciences (pharmacien) né en 1893 à Montréal. Et pourtant, poète du peuple.

Dans le Québec des années 1930, dans un contexte traumatique dû à la crise économique, Émile Coderre (1893 - 1970) publie plusieurs recueils de poésie sous le pseudonyme de Jean Narrache, un nom qui reflète et intègre la misère monétaire et sociale, montrant par là qu’il prend parti pour les démunis, les non-instruits, les solitaires, ceux qui sont exploités par les profiteurs des bourgeoisies anglaise et canadienne-française...

Le paysage que brosse Jean Narrache dans ce recueil est urbain : il décrit la vie des petites gens aux prises avec la pauvreté de la ville — sans jamais montrer ni condescendance ni pitié. Il saisit une scène sur le vif, comme un peintre attentif aux détails, mais aussi à l'ensemble du tableau. Il décrit, dénonce, médite, rit, s'attriste et se moque tout à la fois. Il n’y a rien d’exotique ici ou d’idéaliste.
Jean Narrache pourrait être associé au mouvement réaliste, car ce qu’il exprime, et la manière dont il l’exprime collent au réel. En effet, Jean Narrache se sert de thèmes universels, mais utilise un langage populaire, difficilement accessible, afin que celui-ci mette de l'avant le parallèle entre la pauvreté à la fois matérielle et langagière. La forme et le message ne forment donc qu'un.
Il ne sombre jamais dans la vulgarité, mais malgré tout, on peut affirmer que cette transcription du langage du peuple aide à rendre les paysages urbains réalistes, en plus de permettre à une audience de lecteurs, qui contient à la fois les classes bourgeoises et populaires, de s’identifier au personnage, de le comprendre, d’avoir de la compassion pour lui et les semblables qui partagent ses aventures.

Dans son oeuvre, Jean Narrache « peint » au gré de ses promenades observatrices des paysages urbains sans moraliser, mais lourd de sens pour les âmes sensibles à la condition sociale et humaine.

Voici quelques poèmes

En rôdant dans l'parc Lafontaine (tiré de Quand j'parl'tout seul)

À soir, j'suis v'nu tirer un' touche
dans l'parc Lafontain', pour prendr' l'air
à l'heure ousque l'soleil se couche
derrièr' la ch'minée d'chez Joubert.

Ici, on peut rêver tranquille
d'vant l'étang, les fleurs pis l'gazon.
C'est si beau qu'on s'croit loin d'la ville
ousqu'on étouff' dans nos maisons.

Les soirs d'été, c'est l'coin d'ombrage
pour v'nir prendr' la fraîch' pis s'promener,
après qu'on a sué su' l'ouvrage,
qu'l'eau nous pissait au bout du nez.

Faut voir les gens d'la class' moyenne,
c'-t'à dir' d'la class' qu'à pas l'moyen,
tous les soirs que l'bon Yieu amène,
arriver icit' à pleins ch'mins.

Les v'là qui vienn'nt, les pèr's, les mères,
les amoureux pis les enfants
dans l'z'allées d'érabl's-à-giguère
qui tournaill'nt tout autour d'l'étang.

Ça vient chercher un peu d'verdure,
un peu d'air frais, un peu d'été,
un peu d'oubli qu' la vie est dure,
un peu d'musique, un peu d'gaîté !

Les jeun's, les vieux, les pauvr's, les riches,
chacun promèn' son cœur, à soir.
Y'en a mêm', tout seuls, qui pleurnichent
su'l'banc ousqu'i' sont v'nus s'asseoir...

Par là-bas, au pied des gros saules,
v'là un couple assis au ras l'eau ;
la fill' frôl' sa têt' su' l'épaule
d'son cavalier qu'est aux oiseaux.

À l'ombre des tall's d'aubépines,
d'autr's amoureux vienn'nt s'fair' l'amour.
Vous savez ben d'quoi qu'i' jaspinent :
Y s'promett'nt de s'aimer toujours.

Y sav'nt pas c'te chos' surprenante,
qu'l'amour éternel, c'est, des fois,
comm' l'ondulation permanente :
c'est rar' quand ça dur' plus qu'un mois.

Pour le moment, leur vie est belle ;
y jas'nt en mangeant tous les deux
des patat's frit's dans d'la chandelle,
en se r'gardant dans l'blanc des yeux.

Deux mots d'amour, des patat's frites !
Y sont heureux, c'est l'paradis !
Ah ! la jeuness', ça pass' si vite,
pis c'est pas gai quand c'est parti !

...D'autr's pass'nt en poussant su' l'carosse ;
c'est des mariés d'l'été dernier.
Ça porte encor leu ling' de noces,
qu'ça déjà un p'tit à soigner...

Par là-bas, y'en a qui défilent
devant le monument d'Dollard
qu'est mort en s'battant pour la ville.
...D'nos jours, on s'bar pour des dollars...

Tandis que j'pass' su' l'pont rustique
fait avec des arbr's en ciment,
l'orchestr' dans l'kiosque à musique
s'lanc' dans : « Poète et Paysan ».

Oh ! la musiqu', c'est un mystère !
On dirait qu'ça sait nous parler...
on s'sent comme heureux d'nos misères ;
ça parl' si doux qu'on veut pleurer...

D'autr's s'en vont voir les bêt's sauvages,
(deux poul's, un coq pis trois faisans.) —
Y s'arrêt'nt surtout d'vant les cages
des sing's qui s'berc'nt en grimaçant.

Y paraîtrait qu'des savants prouvent
qu'l'homme est un sing' perfectionné.
Mais, p't'êtr' ben qu'les sing's, eux autr's, trouvent
qu'l'homme est un sing' qu'a mal tourné.

...Les yeux grands comm' des piastr's françaises,
la bouche ouverte et l'nez au vent,
Y'a un lot d'gens qui r'garde à l'aise
la fontain' lumineus' d'l'étang.

C'est comme un grand arbr' de lumière,
ça monte en l'air en dorant l'soir.
C'est couleur d'or, d'rose et d'chimère :
ça r'tomb' d'un coup, comm' nos espoirs.

Ah ! c'est ben comm' les espérances
qu'la vie nous fourr' toujours dans l'cœur !
Ça mont', ça r'tomb' pis ça r'commence :
dans l'fond, ça chang' rien qu'de couleur.


Blâmons pas les professeurs (tiré de J’parle tout seul quand)
Moi, j'ai pas fait un cours classique ;
j'été rien qu'à l'école du rang.
Ça fait qu'c'est ça qui vous explique
que j'pass' pour être un ignorant.

Mais à l'écol' d'l'expérience,
j'ai r'çu mon diplôme à coups d'pied
où c'est qu'l'instruction puis la science
rentr'nt jamais sans nous estropier.

Ça fait qu' quand y'en a qui parolent
contr' nos grand's universités,
nos collèg's puis nos p'tit's écoles,
j'os' rien dir' ; j'suis pas fûté.

Seul'ment, avant de mettr' la faute
sur les maîtr's, les prêtr's puis les Sœurs,
faudrait ben se d'mander, nous autes,
quels élèv's qu'ont les professeurs.

Pensons, avant de j'ter la pierre,
à tous ceux qui doiv'nt se saigner
en travaillant à p'tit salaire
pour se dévouer à enseigner.

Si l'z'enfants qu'on envoie instruire
sont des vrais cruch's et des nonos,
les professeurs ont beau s'détruire,
y'en f'ront jamais des Papineau...

Quand un' bonn' poul' couv' des œufs d'dinde,
--- mêm' la meilleur' d'votr' poulailler, ---
faut pas la blâmer ni vous plaindre
qu'ça soit des dind's que vous ayez !
« Modifié: 27 juin 2020 à 20:37:19 par Mascha »

Hors ligne Eveil

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 037
Re : [Poésie, auteur] Emile, Coderre (Jean Narrache)
« Réponse #1 le: 27 juin 2020 à 20:51:21 »
Ressemble à Jehan Rictus, tu connais ?
On a une fiche sur lui
« Modifié: 27 juin 2020 à 20:53:40 par Eveil »
"Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera noire et blanche"

Hors ligne Mascha

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    • La végé du quartier ouvrier
Re : [Poésie, auteur] Emile, Coderre (Jean Narrache)
« Réponse #2 le: 27 juin 2020 à 22:22:44 »
Non, mais ça m'intéresse énormément! Je vais aller voir.

Merci! ;D

 


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