Attendre, toujours attendre, cent personnes sont assises dans la vaste salle, prostrées, le regard vide. La porte s’entrouvre, un nom jaillit, ce n’est pas le nôtre, on a connu un brin d’espoir. C’était pour cet homme qui s’est levé brusquement comme un automate. Un chanceux ? On ne sait, en tout cas, il en a fini, son sort sera réglé.
Sur une table basse au centre de la pièce sont amoncelées des revues périmées, les faits divers d’une autre époque… Un mariage princier dans un royaume qui n’existe plus, la victoire éclatante d’un grand sportif depuis longtemps oublié, une salle de bal où ne dansent plus que des ombres…
Quelle heure est-il ? Fait-il jour, est-ce la nuit ? Comment savoir, une lumière toujours égale éclaire la pièce aveugle.
Mais pourquoi est-on là au juste ? On croit se souvenir qu’on espérait une faveur, d’être enfin compris, de pouvoir mettre au clair une affaire qui nous tenait à cœur.
Face à soi, un homme se gratte la gorge et nous regarde, il désire nous parler pense-t-on, on n' a nulle envie de l’entendre raconter sa vie, par chance il se tait.
Parfois quelqu’un se lève, tape du pied et s’écrie : « On se fout de nous, il faut en finir. Partons. » On le regarde avec indulgence, on l’apaise, l’homme se rassoit, l’incident est clos. Il n’a peut-être pas tort au fond, se révolter, crier à l’unisson, casser table et chaises, fuir enfin… mais il faudrait pour cela une volonté ferme et commune, or rien de tel ici.
Mais chut ! Un bruit de pas, dans le couloir, on s’approche, un nom va être crié, le sien peut-être, notre cœur se met à battre. Son nom ! Son nom ! Un rêve, mais une angoisse aussi, et sans qu’on se l’avoue on se sent soulagé que ce soit un autre qu’on appelle.