Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 octobre 2020 à 14:58:50
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Auteur Sujet: Spèces - notes  (Lu 965 fois)

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Spèces - notes
« le: 14 juin 2020 à 11:24:28 »
Spèces
carnet de bord




Hmmbon, malgré tout l'irrespect que je dois au 'roman' de mes considérations post-apocalyptiques, eh bien, j'en poursuis encore un dans l'espoir presque infantile de vouloir l'attraper ; mmhbon, ça s'appelle Spèces, et ça parle de notre espèce... De NOS espèces ! En fait la fiction sera humaine mais la réflexion plus universelle je pense, et tout ceci autour d'une idée pseudo-darwiniste qui dit qu'on a pas toujours été de la même espèces dans la lignée de la vie, en démontrent la multiplicité et les divergences indubitables de ladite vie sur terre, en tous cas. Bréf : un humain un peu SF va vivre un glissement d'espèce, de l'humain qu'il connait dans ses livres d'histoire, à un humain sensiblement différent, notamment par le biais de la biologie, lieu de son évolution morphologique, qui servira d'illustration métaphorique le long du propos, afin d'amener des réflexions éclectiques qui me caractériseraient autour de la thématique...

Oualà.
Alors je tiens tout d'abord à remercier quelques personnes qui m'ont permis de me lancer dans ce projet :
- Ariane : ce n'est pas la généalogie la plus primale que j'ai, mais sans toi je n'aurais jamais lancé la dynamique synthétique de mon ambition en un mind-mapping qui est encore flou à l'heure actuelle...
- Zamy : tu m'as vendu l'idée du carnet à ce point que je sens que je vais l'user au delà de mon incapacité naturelle à ne pas savoir m'en servir, et ça va me servir !
- Miromensil : inspiration atemporelle sur ce que je me fais de vaste et appliqué dans un travail à la fois secret et mystérieux, mais surtout dédié à la tenacité dans le temps, l'effort, la cohésion...
- Tous ceux qui soutiennent, touchent ou sont touchés par ce que je fais en général et ici en particulier !

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Donc, en espérant parvenir à organiser un travail cool ici et autour du sujet, je me permet de poper dans ce bureau-espace-de-travail super cool qu'est la section

:)

Hors ligne Miromensil

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Re : Spèces - notes
« Réponse #1 le: 16 juin 2020 à 21:16:02 »
espèce de
bachibouzouk

"un humain un peu SF va vivre un glissement d'espèce"
c'est-à-dire : toi ?  8|

"de l'humain qu'il connait dans ses livres d'histoire, à un humain sensiblement différent"
comment ça différent ? c'est flou ça "différent"

cé joli les images didju, on peut en déduire que ton carnet est un vrai carnet en pages et en ratures ? et c'est quoi ce papier craft qu'on aperçoit ?
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

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Re : Spèces - notes
« Réponse #2 le: 16 juin 2020 à 21:36:58 »
mille tonnerres !

hihu, le moi fictif d'un moi réel hallucinant des trucs ^.^' (mais chuuut)
huhi, différent comme cela s'articulera approximativement si je m'y mets, ce dont je doute en fait (mais chuuut)

yayé, un vrai carnet oui, que j'ai trouvé chez moi après l'avoir repéré
je crois pas qu'il y ait de ratures, à la limite quelques gribouillis organisés du côté entamé que j'ai mis à l'envers
quant au papier craft il est la couverture qui tient chaud à des pages à quoi j'aimerais rendre tout l'honneur papiesque

plus qu'un plaisir de recevoir ta réaction : un honneur

(j'aurais envie de dire : moule à gaufre ! mais je dois ajouter que c'est au moins aussi positif que bachibouzouk)


Hors ligne Ariane

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Re : Spèces - notes
« Réponse #4 le: 20 juin 2020 à 21:16:58 »
Salut !
J'aime bien le format papier :) est-ce que tu as commencé aussi à rédiger en parallèle ou bien pour l'instant c'est uniquement sous cette forme-ci ?
Le mind-mapping, il me semblait justement que c'est toi qui m'en avais parlé ! ^^
Bon courage pour ton projet !

Hors ligne Rémi

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Re : Spèces - notes
« Réponse #5 le: 20 juin 2020 à 21:35:03 »
C'est très chouette, ce carnet. Me semble très libre, aérien et prometteur.
Bon projet à toi !

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Re : Spèces - notes
« Réponse #6 le: 20 juin 2020 à 23:59:04 »
c'est compliqué
merci de votre soutien
j'ajoute donc oui
ce mind-mapping
qui initia le tout
suite à notre discussion Ariane



Hors ligne Ariane

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Re : Spèces - notes
« Réponse #8 le: 30 juin 2020 à 10:21:41 »
Un petit mot pour dire que j'aime bien tes deux derniers poèmes :) ce qui est surprenant car d'habitude j'ai besoin d'une trame narrative plus explicite, mais ici ils me plaisent très bien tels quels. Surtout les deux chutes, à chaque fois.

Bon courage dans ton écriture :) .

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Re : Spèces - notes
« Réponse #9 le: 04 juillet 2020 à 18:49:20 »
merci Ariane de ton impression :)
en suite :





Hors ligne Miromensil

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Re : Spèces - notes
« Réponse #10 le: 08 juillet 2020 à 21:35:02 »
une jolie écriture pour une errance intérieure moins jolie : (<- smiley incomplet, je ne savais pas comment terminer ma phrase)

Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

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faudrairetrouvelecarne
« Réponse #11 le: 25 septembre 2020 à 15:44:28 »

L'art de la tartine


Hecto joue sur une dix mesures
Dix lignes qui flûtent une mélodie
Organisée jusqu'au paradis
D'une démesure des engourdis

Lorsqu'il se réveille cette après-midi, son corps n'est que ruine. Les planches ont tordu leur morphologie à l'aide du temps qui coule, qui craque, et tout à leurs clous rouillés dorénavant, elles rendent une âme grinçante dans un corps emmuré. Les arches de roches taillées, ont vu les mousses grimper et les racines farfouiller, petit-à-petit, dans les interstices, dans les failles, dans les crevasses et les fractures ; tout s'effondre lentement. Les ponts ne s'élèvent plus, ils restent à hauteur de la musique.

Hecto arpente donc, les ruine de son esprit, de son corps, ces paysages vides qui n'attendent plus ce qui se remplissait. La nature reprend l'inertie d'une traque à la mort, perpétuelle, et Hecto la trouve, souvent.

Hecto prend un café et un bain de pied. Joint à la fluidité universelle, la vie moléculaire, il traîne sa conscience à-demi là, pendant que l'eau chaude lui décrasse les racines. Le café dégouline étrangement dans son intestin, alors qu'il est là assis, à moitié recroquevillé dans la baignoire-sabot. Il regarde sous l'eau, et n'y voit que des pieds. Le carrelage est comme un fond de page. Et le café coule étrangement, car de perception à moitié hallucinée, il sent bien, Hecto, que son œsophage est plié, courbé, ou du moins transmorphé de sa position moins fœtale qu'habituellement il est pour lui de déguster. Alors la mélodie de sa portée joue les dix mesures, et un air commence à chanter.

Synesthésiquement parlant, le temps et le corps, c'est comme l'harmonie et le rythme, tout comme un peu les notes de la mélodie. Et aujourd'hui, sur la dix mesure, Hecto pince des cordes pour que le chant perdure.

Son gras du bide demande moins de place. Il veut se confiner à la réaction de ce recroquevillement assis. S'amoindrir. Il sollicite des abdominaux qui en ont assez de se rétracter, et voudraient au contraire, se gonfler, partir vers ce lieu interdit qu'est le rond de ventre, et pourtant. Pourtant lorsque Hecto déplace ses plantes de pieds noyés en un recalibrage des assiettes, il déstabilise à l'ouverture des rotules qui entrainent des fémurs, et le bassin s'ouvre lui aussi, et la colonne subit sa lordose nouvelle, libérant alors, de quelques millimètres, la condition sine qua non, à quelques secondes de ventre rond pas gras, pendant que quelques muscles du dos s'éveillent...

Son dos qui est voûté. Les épaules n'ont jamais suivi cet engouement à la volonté de voler, de porter des ailes invisibles, et de maintenir ce qui aujourd'hui se ratatine.

Les millimètres gagnés sont exponentiels.
Lorsque par-ci par là ils tombent dans le jeu du puzzle depaule, ils se retrouvent ailleurs car s'auto-génèrent et entretiennent par dépassement d'un seuil de renouvellement, une dynamie qui l'a lancé, Hecto, mais que lui-même n'est pas sûr d'avoir bien ausculté assez pour en savoir la teneur de réussite. Hecto se demande donc, si un de ces jours, il ne sera pas une momie vivante. Si la ratatine ne l'aura pas rattrapé. Lorsque les côtes se plient, elles tirent là parfois sur les muscles d'un cou atrophié, pendu au visage dégarni et sans face d'un Hecto qui ne sait pas vraiment ce qu'il fait dans son bain, là, vraiment, à savoir ce qu'il n'y a pas plus qu'autant, de l'eau, qui le connecte à l'univers.

Il subit, par ratatine, un affaissement de ses symétries, et ça la mélodie est étrangement faite, car elle se résout par elle-même d'un étrange lui aussi, mouvement de retour vers elle-même, il lui suffit d'un ordre, d'une volonté, et tout se replie vers l'axe, lui, et alors il dératatine sur ce plan de la question, il réénergise, il augmente par millimètres tombés dans le puzzle, le puzzle.

Et puis dans ce bain fœtal, des épaules se lancent en avant, et la musique se danse, c'est l'histoire oui, d'une synesthésie, entre le temps et le corps, perçues comme une musique, qui se danse.

Mais pour l'instant Hecto dort encore, car il sait, qu'il a tort. Il ne veut pas se lever, il veut rester dans sa réalité, celle du rêve qui ne s'interrompt que pour un cauchemar.
La douleur de sentir ces notes trop lourdes pour la portée, des lignes qui elles-mêmes salissent le papier, d'une clé d'ouverture facile à tracer, mais dont la symbolique reste parfois trop emmurée ; dans ? Hecto renifle, il grommelle, il grince, et son café dégouline à nouveau dans un œsophage nouveau. Demain ce sera son foie, son coeur, son cerveau. Aujourd'hui c'est les abdominaux, car il veulent se confiner, en rire peut-être, là est-ce un des efforts dévolus à l'abdominal ?

Les intestins doivent alors suivre, mais il n'y a pas trop de nerfs là-bas dedans... à l'aveugle.

Des techniques de pliage. Des textures organiques en travail intuitif et sensible. Pourquoi un bain de pied ? Parce que se tenir debout demande un travail qui nécessite de l'eau, parfois, car celle-ci apaise et répare. Et se tenir debout, c'est sur des pieds qui ne devraient pas s'atrophier...

Le café lui, est un neurotoxique, et lorsqu'il agresse le fond de la gorge d'Hecto, c'est pour élargir ses amygdales, et la cavité se muscle pour ne pas subir la ratatine, et ne pas s'effondrer, lentement, si lentement...

Hecto ronfle dans son bain.
Ses genoux le tirent un peu, il n'en est pas certain. Toute cette géométrie est fatigante, mais il ne doit pas se casser, s'épuiser pour autant ; d'où l'effort à visée constante, l'amélioration du cent-pour-cent du son de la mélodie. Et parfois, il faut une corde doucement pincée aux genoux afin que la vibration continue. Relancer la dératatine, ce qui fait tomber d'autres millimètres, par tension là, détension ci, et ouverture après. Il faut jouer des interrupteurs, ouvrir des vannes, fermer, et Hecto ne sait pas du tout ce qu'il fait. Il est là, il suit un manuel interne qu'il s'est forgé alors que rien ne saurait le valider. Il suit le puzzle depaule. Il suit la musique du temps. Il suit son corps. Là il écoute.

Son bras qui joue la portée de son instrument. Qui porte le café à ses lèvres, parce que le compositeur l'a demandé. Et les lèvres de se dresser, les cervicales de se tournicoter. Des zones insoupçonnées s'éclairent, s'illuminent, s'allument et puis s'éteignent, laissent à d'autres le loisir de conscientiser Hecto à lui-même. Il est ce curseur sur les dix mesures. Et c'est tout.

Visser, dévisser.
Le puzzle depaule.

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retrouved
« Réponse #12 le: 27 septembre 2020 à 21:55:12 »
il était sous mon lit le carnet x')
faudra que je garde un truc dessus, mais en vrai ça me déconcentre trop ces formats
je fais que du néant dessus

tu me diras, c'pas mieux ma prose présente
mais je m'éclate mieux sur un clavier

pis au moins c'est direct utilisable, alors que des photos de carnet bon c'est joli quoi hein

et puis cette histoire, c'comme les autres, je la vis largement mieux dans ma tête que je ne l'écris
j'voulais être écrivain pour le loisir moi, mais avant tout j'suis un rêveur

brééééf, c'est mon fil, je flood un tantinet mais pas tant, ça me sert, ces mots, mine de rien


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L'éternité de cette nuit - defi de vinzWallbreaker
« Réponse #14 le: 01 octobre 2020 à 17:09:56 »
Je me rends content :
- de ce bout incarné de ce que je me figurais d'une fiction que je n'écrirai jamais, mais qui pourtant ici, habite quelque chose
- d'avoir répondu au défi de vinzWallbreaker
- d'avoir perdu du temps à l'inconscience inhérente à l'acte
- d'avoir presque tenu les trois heures suggérées
- d'avoir géré l'écriture, la lecture, la correction en un touti dont je n'étais pas sûr de savoir me rendre fier

Je me rends pas content :
- du fait que c'est une prose un peu pudique mais que je me force à faire, pour des raisons qui m'appartiennent mais que j'ai du mal à assumer
- d'avoir répondu au défi de vinzWallbreaker
- d'avoir gagné du temps à perdre
- de ne pas avoir été intérieur durant cet exercice d'extériorisation
- de ne pas avoir tenu les trois heures suggérées, mais pfiou
- pis truc


l'éternité de cette nuit - défi de vinzWallbreaker


Afin de rendre un compte d'une éternité, il m'apparaît évident que l'utilisation du présent se révèle dans l'efficacité de l'instant éternel, l'étirement du temps qui n'est que temps additionné à lui-même, non dans l'une de ses dimensions communes, comme le peut afficher la trotteuse d'une montre scrupuleuse, mais bien dans l'autre qu'il développe de plus personnel, ce temps perceptible en fonction de mon attention un peu enfermée, lors de cette nuit éternelle un peu fictive, qui va recommencer pour moi maintenant que je m'apprête à l'écrire.

Le propos risque encore plus d'être personnel qu'à mon accoutumée, je crois même que je vais me délester au maximum des effets de fiction qui me protègent habituellement des reproches, des moqueries, des jugements. Non, ici rien n'est plus lamentablement vide que ma nuit mortelle, mon ennui terrible, le néant acté, total, immersif par ce qui le tient de profondément solitaire et donc, intérieur, personnel et intraduisible peut-être, quoique j'en tente l'exercice.

Il est minuit, je me réveille.
Minuit pile. L'heure du crime.
Celui de mon sommeil. Il a commencé normalement au début de la nuit, un peu après en réalité, mais est-il besoin de le préciser ? Dans tous les cas j'ai bien dormi. Une ou deux heures m'ont suffi pour avoir les yeux écarquillés, et pleinement conscient, j'ai sauté du lit avant même de réaliser que ma volonté à me rendormir, me faisant défaut pour quelques angoisses existentielles, aurait quelque chose de salvateur si je n'étais pas accroché à l'idée de venir à bout de la conscience de mon existence, d'acter pleinement ce qui fait de moi ce truc, ce curseur, sur le temps d'une vie un peu morose, beaucoup.
Et ainsi je saute depuis la couette pour atterrir dans la cacophonie silencieuse qui m'attend sur le sol : le caleçon que j'ai abandonné avant de me coucher grince de manière feutrée. Je me prends les pieds dans un chausson, et pour me rattraper je marche sur un embout de câble qui me déséquilibre. Encore un peu dans l'inertie somatique de mes rêves absents, je pose alors une main sur le mur et y écrase une mouche inopportune. Ce qui me fait vaciller de dégoût, et alors que mon dos se retourne, je manque de m'effondrer au milieu du tas de fringues posé en montagne juste à côté. Et puis un papier traînant là dénature ma sensation de quiétude spatialisée, et je me prends à nouveau les pieds, avant de parvenir à me tenir à peu près stable, entre une boîte à lunettes et un pot de café vide, tous deux là parce que ma poubelle est pleine, et que même si elle était vide, elle est loin, et que même si elle était proche, je n'aime pas les poubelles et ce qu'il y a dedans.
Ma conscience atterrit alors : réveillé.
Mon corps n'est pas encore là, lui.
Il est tout engourdi, et alors qu'il se démange à lui-même de sortir de la stase amorphe du sommeil, je lui suggère de pas trop se brusquer, comme à tous mes réveils, en vain. Il n'en fait qu'à une tête absente, et chaque 'matin' est le même : sursaut d'éveil, chute dans la réalité, bond depuis le matelas jusqu'au sol crasseux et embourbé, le lino en forme de parquet qui ne ressemble plus qu'à une tranche de plastique vieilli par mon usage négligé de mes plantes de pieds.
Mes plantes de pieds, elles, ne sont plus très stables depuis que mes genoux tente de se rendre parallèles. Lorsque je me suis endormi, ceux-ci étaient encore un peu chauds de mes agitations impatientes, et ils se sont refroidis d'immobilisme tandis que mes rêves cannabiques étaient bel et bien absents, par effet physiologique de cette drogue que je ne vais pas tout de suite prendre en considération dans une utilisation presque omnitemporelle. En attendant donc, les quelques instants nécessaires à mon équilibre, le corps en pâte mâchée qui me sert de navire pour l'âme de mon esprit, tente de rester intègre et droit au milieu des chaussettes nues et poussiéreuses, des fils abandonnés, des mouchoirs que je respire, de quelques autres accessoires inutiles et abandonnés à-même ce sol un peu exigu qui l'est encore plus, depuis que je l'occupe inutilement.

Mes mains tordent des muscles étrangement révélés après la mise-à-jour corporelle effectuée durant mon sommeil. La rotation de quelques degrés d'angle aux articulations me renvoient des influx nerveux étrangers de moi, et je dois donc consciemment me réhabituer à cet état somatique. Les coudes, les poignets, toutes ces jointures travaillent à leur rythme, et je sens que la ratatine est quelque part, ici, cachée.

Je regarde l'heure : minuit et quelques secondes.

Et puis une ellipse de conscience. A une heure vingt-deux, je ne pense pas que mes épaules soient les premères à se réveiller dans ce corps ratatine, mais ce sont elles qui me réveillent. Je suis debout, nu, une clope dans une main et un café dans l'autre. Que fais-je ? Aucune idée. Sûrement la pause d'un état déjà bien assez végétatif pour que toute action aussi néantique que le rien, me soit passée dans la trappe amémorielle de mon esprit à trous. Mes épaules donc, officient la résolution de leur puzzle de retour à la symétrie. Une clavicule habituée  à se positionner devant de l'autre, travaille un peu à revenir, tandis que l'autre avance. Des mouvements qu'une jolie fille prétentieuse aurait dénigré en disant :
- Celui-là il roule un peu trop des mécaniques...
Elle aurait tort. Mais pas si elle disait que j'ai un surplus de gras. Non plus si elle remarquait l'atrophie de ma morphologie passable. Non plus si elle diagnostiquait l'affaissement général de ma ratatine. Mais non, tout ce qu'elle verrait, c'est que j'ai des épaules d'homme, et que celles-ci ne supportent ni de décolleté ni ne disposent de la grâce et de la finesse que je ne présente que de forme bisornue, un peu carrée, un peu plus taillée dans les reliefs osseux et musculaires de ma morphologie.
La jolie fille prétentieuse, d'ailleurs, je lui dirais bien, à elle si elle existait, qu'elle me ravie de son outrecuidance. Dans l'instant avec mon café dans l'une main et ma clope dans l'autre, je ténèbre de celles qui m'ont habituées à leur humilité écrasée. Elles et leur ego minuscule, je ne peux pas leur laisser le loisir d'être fières, puisqu'elles même ne veulent pas de cette fierté. Mais je ne vais pas généraliser. Déjà parce que la jolie fille n'existe que dans ma tête, ensuite parce qu'elle n'est ni la seule ni seulement timidement écrasée, et enfin parce que je ne suis pas sûr, ni d'interpréter à la juste mesure cette prudence à l'affirmation d'un elle-même qui a quand même ses raisons propres de croire en elle, ni de justifier en quoi tout ceci pourrait être ou ne pas être.
Et alors.
Alors je pense à cette jolie fille fictive, hétérosexuelle par ma force inouïe à rêver mon idéal, et pourtant. Pourtant mon sexe ne se lèvera pas malgré ma nudité, malgré ma frustration, malgré sa fonction physiologique. Non, car je ne suis pas réveillé tout-à-fait, déjà. Et puis ensuite parce que cela fait bien longtemps, trop peut-être, que je n'ai plus de pensées vraiment tournées vers cette jolie fille, même lorsque mon sexe se lève et que je me lasse de son inutilité.

Mais penser à ce sexe fait avancer le puzzle depaule.
Mon bassin à moitié fracturé dans ses continuités nerveuses, tente de se réapproprier une existence. Ma toison dépasse de la verticalité relative de mon profil. Je sens mes épaules tournebiscoter, et ma colonne vertébral onduler. Je sens mes lombaires tenter de sortir d'une statufixion qui me paralyse. Et mon bassin de s'avancer un peu contre la lordose pathologique qu'aucune jolie fille n'irait juger sur le plan de la santé.

Ma clope et mon café se terminent.
Un rien plus tard et je me réveille à nouveau. Je suis assis sur mon fauteuil, et cette fois-ci ce sont mes doigts qui m'ont rappelés. L'annulaire gauche est douloureux. Un pincement de nerfs en amont me fait quelques crampes de temps en temps, en un engourdissement du membre assez général. Je suis en train de pianoter un truc sur un clavier, non ? On dirait en tout cas. Que suis-je vraiment, dans cette inconscience d'esprit au corps ?
Je pianote un autre coup, mais pas sur le clavier. Dans l'air, comme ça, pour décontracter l'annulaire. Ce qui tire des millimètres de tensions et détensions de paume, de poignet... Et tout ceci remonte lentement alors que mes bras tendus se réajustent, crois-je de la ratatine. Au bout de quelques secondes anaérobiques, ce sont mes pectoraux ainsi sollicités pour supporter le poids en avant, qui se réveillent d'effort. Les deux gauches et les deux droits, tellement asymétriques depuis que je ne suis pas fier de moi et que je courbe les épaules. Atrophiés, même. Ils ne sont rien. Je suis plat, sans autre relief que le gras de mes tétons qui pendent. Les poils de mon torse m'apparaissent si peu soyeux. Je suis un rat malade, dans son laboratoire, je perds un semblant de pillosité dégueulasse, sur une peau qui n'est pourtant pas du tout glabre comme peut l'être celle des jolis garçons des magazines et des publicités.
Ces garçons-là sont irréels pour moi. J'aimerais leur ressembler, et pourtant même dans un passé où j'étais plus à mon corps qu'aujourd'hui, le travail de l'esthétique de ma morphologie n'a jamais abouti à un résultat satisfaisant.
Seulement m'a-t-il fallu presque mourir de ratatine pour me relancer dans l'entretien de mon corps. Me demandé-je alors :
- Santé et esthétique sont-elles si distinctes que ça ?

C'est une chaussette qui me réveille, parce que je marche dessus ; et non dedans.
Mon corps est toujours nu, j'ai eu la flemme de l'habiller. Il fait un peu frais dans mon appartement, car l'hiver passe par la fenêtre un peu ouverte. Le radiateur le combat avec action, mais sans trop de persévérence non plus ; il n'est pas à fond, mais il crée un courant d'air qui me rappelle à la sensation de mon épiderme. Celui-ci, depuis que je me dératatine, est parfois sollicité à la torsion, parfois à la tension, parfois au repli. Cette peau qui me limite, qui m'entoure, qui me contient, est élastique. Elle est un peu bronzée l'été lorsque je sors pour profiter des rayons énergétiques du soleil, et l'hiver sa blancheur est faussée par le noir de ma pillosité d'homme un peu plus poilu que les hommes poilus. J'assume, maintenant. Cela n'a pas toujours été le cas. Et ils sont relativement absents du puzzle depaule pour que je leur accorde la friction nécessaire à leur évolution.
C'est pudique, mais à l'époque où je faisais du monocycle, j'avais douloureusement découvert qu'on peut se lustrer la peau à force de la frotter sur la selle, même à travers des vêtements socialement acceptés. Ici là, je divague dans ma nuit, et me revient en mémoire cette remarque qu'une jolie fille m'avait soumise, comme quoi il n'était pas étonnant que je ne sois pas sensible aux massages, comme la plupart des hommes qui se font trop tirer les moustaches de corps.
Et puis je me réveille à nouveau. La chaussette sous mon pied n'a pas bougée. Quel temps à ma réflexion ? Ai-je été immobile, perché sur ma chaussette, ou bien ai-je vibré d'une certaine manière durant mon absence ?

Mes genoux voudraient trembler de ma peur omniprésente, celle que je ressens à chaque instant de mon existence cloisonée ; je me cloisonne par celle-ci, ce qui l'entretient.

Alors je me gratte l'épaule.
Cela allume à nouveau l'asymétrie. Mon pectoral crie vengeance, ma clavicule se dénature, mon omoplate subit. Et puis c'est tous les dorsaux, les dentelés, les côtes, les flancs, qui se questionnent sur le pourquoi du comment de ce geste anodin. Se gratter l'épaule.
D'une fixation un peu psychorigide, je réajuste : gratter l'autre épaule.
La sensation est tellement différente. Ma colonne vertébrale se demande pourquoi je ne suis pas le même des deux de ses côtés, et je veux lui répondre que c'est là tout le problème de son affaissement graduel. Mon passé, abandonné du corps, l'a vu progressivement perdre ses appuis, ses supports, et les disques se sont ratatinés dans tous les sens. Comme un flan solide qui se serait effondré un peu, affaibli par le manque de tension.
Rien de bien palpable, jusqu'à ce qu'il ne fut presque que trop tard pour agir. En tous cas, c'est douloureusement que je me rends compte de tout ceci, et que j'agis cette étrange dératatine qui consiste à atterrir dans mon propre corps.
Moi ?
Que suis-je prétentieusement à croire que je domine ce corps ?
Il m'a fallu l'abandonner pour me rendre compte que mon pouvoir sur lui n'était pas injustice, mais bien responsabilité.

Il y a des zones non éclairées.
Ces muscles bordant les lombaires, par exemple. Mon bassin psychiquement fracturé n'a jamais développé de besoin excessif à sa propre liberté. Je le sens bloqué, et franchement, je me demande de quel mal je peux souffrir ainsi, que je sois obligé de m'inventer un terme ridicule pour le nommer ; la ratatine.

Et mes paranoïas de s'amplifier. L'humanité est-elle ratatine comme je le suis ? A force de m'ausculter d'action réparatrice, je perçois. L'immobilisme qui m'a contraint à endormir ce corps dorénavant statufié que j'essaye de réveiller pour lui rendre une fluidité que j'estime naturelle, ou du moins qui devrait l'être. L'inconfort que je ressens à ma préhension de lui, n'est pas normal ; il est effrayant, même. Car des envies vomitives que je ressens, des douleurs articulaires ou viscérales, des épuisements et des tensions, je voudrais me débarrasser, et même ne jamais avoir eu à les subir. La ratatine. Les humains autour de moi ont parfois aussi ce torse étrangement étiré par une lordose bizarre. La courbure imperceptible d'une colonne brisée psychiquement. Qui déforme. Qui tend. Qui bloque. Des humains au bassin bloqué. La plupart n'en souffre pas, comme j'étais moi-même inconscient de ma ratatine avant qu'elle ne soit prête à me tuer.

Tout le projet là ? Respirer.

Oui, le principal facteur de ma conscience à la ratatine, est une obstruction perpétuelle des conduits nasaux. Je n'ai jamais pu respirer convenablement, et lorsque cela m'est parvenu à l'esprit, j'ai décidé d'agir et ai réalisé de la statufixion générale de mon corps, impossible alors qu'il était de se permettre un confort au delà d'une survie respiratoire. Des bruits de souffle, forts. Des efforts douloureux à l'utilisation de ma cage thoracique. Des poumons par ailleurs encrassés au tabac, la fumée me demande :
- Que fais-tu avec moi, petit mortel ?

Et je me rappelle.
La chaussette n'est plus là. Enfin si, mais c'est moi qui ne le suis plus. Je m'éveille dans un contexte légèrement modifié. La fenêtre est fermée, une lampe de plus est éclairée, et je suis dans le siège de repos que je n'ai pas utilisé depuis bien longtemps, de souvenir. J'ai un stick dans une main, et pas de café dans l'autre. A la place, un briquet qui me demande l'heure.

- Une heure trente-cinq.

Bon sang. Je suis dans de beaux draps : l'éternité coule, et moi, je ne suis plus très présent au présent qui se déroule tantôt vite, tantôt lentement, mais pas vraiment à une bonne vitesse, jamais.
Et non, mes draps ne sont pas beaux.
Quelques sueurs nocturnes les ont rendus un peu mauves, et lorsque je ne sais plus les salir, il ne savent plus se laver.

Que faire ? Tirer une taffe.
La recracher.
Et espérer qu'au lieu de trois secondes éternelles, tout ceci m'en a pris une ou deux de plus. Juste pour parvenir au bout, de cette éternité. Quand prendra-t-elle fin ? Je ne sais pas trop, alors je regarde le gras de mon ventre en espérant qu'il me réponde minablement.
- Trois poils moins le quart, mon gars.

Je vais uriner et le puzzle depaule continue sa résolution. Le filet joue entre les bords de la cuvette, il y a un son de plouf, parfois amoindri sur les bords de la faïence pour ne pas réveiller le voisin ou m'assourdir dans cette nuit silencieuse. Et puis toujours nu, sans caleçon, c'est une feuille de papier qui accueille la dernière goutte dégueulasse de mes déchets organiques. Je tire la chasse.
Combien de fois l'ai-je fais dans ma vie ? Tirer la chasse. Est-ce parce que je ne peux plus les compter que je me suggère sans ambition, de les calculer ? Dans tous les cas je ne me figure plus comment c'est devenu naturel, anodin, et pourtant à répéter, d'une routine ennuyeuse et sans intérêt. Mon urine s'en va là où je ne la reverrai jamais dans cet état. Une station d'épuration au bout des conduits aura tôt fait de la servir à quelqu'un d'autre, pour qu'il aille lui aussi, la pisser inconsciemment, loin de la réalité que je me figure d'après Lavoisier : tout se transforme, car rien ne se perd ni ne se crée. J'ai un atome de Napoléon en moi, et peut-être plusieurs des dinosaures qui ont habité cette planète ou d'autres, en des temps éternels que je ne saurais me figurer, mais qui me semblent tout aussi proches qu'un demain, qu'un maintenant, qu'un hier à atteindre, qu'une perte de nano-secondes immortelles, sur lesquelles je n'ai aucune prise. Leur écoulement, je ne peux que me l'approprier, en le subissant. Cette contrainte, je l'accepte, mais elle me fera surement toujours souffrir. C'est peut-être son moyen de me rappeler que je suis en vie.

Un peu plus tard, il est une heure trente-sept.
Où suis-je ?
Entre un café et une clope, à nouveau.
Et le puzzle depaule de profiter que je suis sur mes deux pieds, debout, pour remarquer que mes genoux sont douloureux. Tout ça parce que l'un est plus bloqué que l'autre, à cause d'inconforts passés, ceux à attendre debout, douloureusement, dans lesquels je me suis permis de faire le flammand rose. Sur une patte, plus que sur l'autre, j'ai agravé ma disymétrie. Les genoux bloqués, les chevilles engourdies et dorénavant craquantes. Les pieds gonflés, les orteils immobiles. Et le bassin tourné, un peu fermé et ouvert mais pas comme il faudrait. Et ma colonne vertébrale qui se ratatine dans un sens larvaire, tordu, dévitalisé.

Je paranoïse alors encore.
Et si tout ceci n'était que l'oeuvre de mon foie ? Il n'y est pas du tout symétrique. Les entrailles de mon ventre sont à l'origine, j'en suis sûr, de ces effets de latéralisation. Pourquoi ? Pourquoi donc mon coeur ne bat-il pas pareil à mon téton gauche qu'à mon téton droit ? Mes dentelés sont plus écartés à droite qu'à gauche. Mes côtes ne sont bonnes qu'à être mangées en ribs, dorénavant, mais j'essaye. J'essaye de rattraper le truc. Alors je provoque l'asymétrie. Et l'inverse. C'est étrange comme pour me tenir droit, je dois forcer différemment de chaque côté. Réajuster tel muscle par rapport à son antagoniste latéral. Parfois à l'immobile, parfois en mouvement. Mais toujours différemment.
Le puzzle depaule.

Qui se résout-il ?

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