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12 août 2020 à 02:47:02
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Auteur Sujet: Les bibliothèques imaginaires  (Lu 371 fois)

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
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Les bibliothèques imaginaires
« le: 28 mai 2020 à 21:12:02 »



Amélia



Amélia S. est une femme d'une grande courtoisie et d'une discrète mélancolie. Jamais je n'ai rencontré lectrice plus érudite, ni plus soucieuse de dissimuler son érudition, à tel point qu'il m'est arrivé de découvrir tout à fait fortuitement l'étendue de ses connaissances dans des domaines précis qu'elle n'avait jusqu'alors pas mentionnés au cours de nos conversations.

En s'attardant auprès de sa bibliothèque, on peut remarquer sur la première rangée :
_ Grille de parole de Paul Celan ;
_ Le Nom et les symboles de Dieu dans la mystique juive de Gershom Scholem ;
_ L'anatomie de la mélancolie de Robert Burton ;
_ Histoire du tarot d'Isabelle Nadolny ;
_ Les anneaux de Saturne de W. G. Sebald ;
_ Le théâtre du monde de Dame Frances Yates ;
_ Le Journal intime de John Dee (mathématicien du XVIe siècle féru de mystique et de magie).

Amélia S. aime se promener dans les lieux que citent ses ouvrages favoris, croyant confusément y retrouver l'âme de leur auteur. Elle a pris pour habitude de noter ses rêves au réveil, malgré sa conviction qu'on ne peut les interpréter. Elle se défend au demeurant d'être superstitieuse.





*





Fingal



C'est par Amélia S. que j'ai connu Fingal M. C'est un homme trapu à la démarche légèrement boiteuse. Le cordon de nylon bleu qui fait le tour de son crâne n'empêche pas ses lunettes de glisser de son nez, ce qui provoque soupirs, jurons et gestes agacés. Sa connaissance de la littérature contestataire étasunienne lui vaut néanmoins la sympathie des jeunes révolutionnaires du club de lecture local, même s'il rappelle souvent la position somme toute modérée de beaucoup des artistes composant sa collection.

Attachons-nous à la pile la plus proche de son lit (Fingal n'a pas à proprement de bibliothèque, mais des tas de livres) :
_ Le livre de Yaak : Chronique du Montana de Rick Bass ;
_ A Wild Patience Has Taken Me This Far d'Adrienne Rich ;
_ Mon Ántonia de Willa Cather ;
_ Dans la ville des chasseurs solitaires de Tom Spanbauer ;
_ La ballade du café triste de Carson McCullers ;
_ La fille de l'optimiste d'Eudora Welty.

Je ne peux pas oublier le regard déçu qu'il a posé sur moi le jour où j'ai renoncé à lui emprunter Les raisins de la colère de John Steinbeck, un auteur qui lui est particulièrement cher depuis sa lecture de La perle à l'âge de douze ans, un moment de la vie où la prise de conscience des injustices "vous marquent au fer rouge", comme il le dit lui-même. Il répète ces mots avec bonhomie, leur charge émotive s'étant émoussée avec les années, si bien que pour cette révolte initiale subsiste surtout la tendresse.





*





Anne-Rose



Anne-Rose F. ne lit pas de romans ni de pièces de théâtre. Quand on lui demande pourquoi, elle répond, après un instant de réflexion, qu'elle n'aime pas "imaginer", ou très peu, ce qu'il faut pour habiller les choses, le minimum de décors. Elle ne sait pas pourquoi la poésie ne lui pose pas ce problème. "Peut-être parce qu'elle compose avec des vérités ?", tente-t-elle avec une moue. Elle n'avance jamais rien sans avoir l'air de douter de ce qu'elle dit. Une prudence qu'exprime aussi son petit rire cristallin, à la fois timide et sincère, un rire qui fait souvent office de ponctuation à ses phrases.

Anne-Rose a caché ses recueils dans une armoire, mais sur son bureau sont empilées diverses traductions des poèmes d'Anna Akhmatova :
_ Requiem, traduction de Paul Valet.
_ Anthologie, traduction de Jacques Burko.
_ Requiem, Poème sans héros et autres poèmes, traduction de Jean-Louis Backès.
_ L'Églantier fleurit, et autres poèmes, traduction de Marion Graf et José-Flore Tappy.
_ Requiem et d'autres poèmes, traduction d'Henri Deluy.
_ Les Poésies d'amour, traduction d'Henri Abril.

Elle indique posséder d'autres recueils encore, ainsi que des journaux, des témoignages et des essais de contemporaines russes. Anne-Rose est dotée d'un goût pour l'abstraction qui n'exclut pas la précision ni le sens du détail. Lorsqu'elle cite des ouvrages étrangers, elle s'attache à en déployer les interprétations multiples, mot après mot, avec un plaisir évident.





*





Conversation I



Si Anne-Rose devait citer une lecture fondatrice ? Il s'agirait d'une anthologie de poèmes de langue française. Enfant, elle aimait particulièrement Marceline Desbordes-Valmore et Stéphane Mallarmé, dont les recueils furent ses premières acquisitions. Amélia, elle, raconterait un conte de fées : "Il était une fois un loup, une biche, une sorcière ...". Amélia ne cesse d'habiter le pays du merveilleux, parce que c'est là que "tout entière elle [se] retrouve". "Plus les marques de fictions abondent, plus ce qui est narré m'est proche", ajoute-t-elle. Fingal acquiesce : "Il faut une grosse dose de vérité pour confectionner des mensonges". Anne-Rose voudrait connaître à son tour ce sentiment, mais cette contrée lui échappe comme quelque chose qu'on ignorait avoir perdu.





*






Nora



De part ses airs de femme de lettres aristocrate, Nora J. en intimide plus d'un. C'est Amélia, dont elle est la proche amie, qui l'a présentée au club de lecture local. Nora est pétrie de culture classique, amatrice de beau style et féministe convaincue. Elle me reçoit chez elle avec cette politesse pleine de décontraction qui est le signe de la plus haute distinction. Nora n'est pourtant pas issue d'un milieu aisé : elle semble devoir ses manières à toutes les dames de la noblesse qu'elle a lues avec passion.

Dans sa bibliothèque, Nora a mis quelques œuvres en évidence :
_ Ourika de Claire de Duras ;
_ Les Lettres de Madame de Sévigné, Julie de Lespinasse et Madame du Deffand ;
_ L'Heptaméron de Marguerite de Navarre ;
_ Le Discours sur le bonheur d'Émilie du Châtelet ;
_ Corinne ou l'Italie de Madame de Staël ;
_ La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette ;
_ Les romans de Virginia Woolf.

Ces lectures sont aussi bien la marque d'un engagement politique que d'un certain snobisme, d'ailleurs revendiqué avec amusement. Nora apprécie les textes rares et anciens, qu'elle cite et défend loyalement non sans une pointe de cuistrerie.





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Iñacio



Iñacio A. fréquente peu les librairies. Ce grand lecteur récupère les romans que sa voisine lui donne, et complète ce stock par quelques achats au marché d'occasions le vendredi. Lui-même ne garde presque rien, préférant disperser les œuvres chez les gens ou dans les "boîtes à livres" mises à disposition par la ville. Ainsi ne possède-t-il pas de bibliothèque, mais des piles à la composition éphémère, à l'exception de celle qu'il a placée sous sa table de chevet. On n'y trouve que des romans d'Agatha Christie. Tous les ans depuis l'adolescence, il les relit un par un, précise-t-il.





*






Conversation II



"On doit toujours ses lectures à autrui", remarque Iñacio. "Moi, j'ai récupéré les romans de mes parents, de ma voisine ou d'inconnus". Anne-Rose partage ce constat, en raison de ses nombreux échanges de recueils poétiques avec d'autres passionnées. Amélia n'est pas entièrement d'accord en ce qui la concerne : elle passe de longues heures à flâner dans les librairies pour provoquer l'imprévu. Mais tout aussi souvent, elle se fie à ses auteurs favoris ou à ses amies, en particulier Nora, laquelle reconnaît la réciprocité de cette influence. Cette dernière fait néanmoins valoir le poids de ses études dans la constitution de sa bibliothèque, et notamment le besoin d'être reconnue comme une personne cultivée selon les critères de la bourgeoisie élitiste. Fingal reste songeur. De son côté, c'est l'amour qui a formé ses goûts, non tant par des discussions de couple, qu'à travers le regard imaginé d'une femme dont il n'était pas aimé en retour. "Je lisais ce qui aurait pu lui plaire, ce qu'elle aurait approuvé. Au fond, je n'en savais rien. C'est une fiction, une pure fiction, qui a donné son image à ma bibliothèque pendant plusieurs années".





*






L'amour d'Amélia



"Je ne ressens d'abandon que dans une frénésie de lecture, où mes mains ouvrent, plient, caressent les pages. Ma bibliothèque me tient lieu d'amour, avec sa hâte et sa volupté, son ardeur, sa fidélité. Longtemps je me suis demandé si je saurais sortir de ce jardin des délices aux murs de papiers, trouver d'autres compagnies. Autour de moi tout n'est qu'ordre strict et lumière trop tranchante. Je préfère la nuit".





*






Conversation III




Avec l'un de ses premiers salaires d'enseignante agrégée, Nora s'est acheté une édition illustrée des œuvres complètes de Colette. Les dessins aux couleurs chatoyantes et les reliures ciselées datent des années 1950, ce qui la remplit d'admiration et de fierté. Nora n'a rien d'une bibliophile pour le moment, mais son attention aux objets précieux pourrait l'engager dans cette voie. Ses amis du club de lecture haussent les épaules. "Un livre, ça se traîne, ça s'écorne, ça se tache", marmonne Fingal. L'œil rieur, Amélia la met en garde : "La bibliophilie, c'est la maladie des gens qui ne lisent plus". Anne-Rose trouve la plaisanterie injuste, couvant du regard ses recueils aux couvertures multicolores : "Cet aspect n'est pas négligeable. La beauté matérielle fait partie de la poésie, de son rythme, de ses respirations, de sa danse aussi". "Moi, je m'en moque", rétorque Fingal. "Quand je lis, paradoxalement, mes yeux ne voient plus le papier sur lequel les lettres sont couchées. Un second regard s'ouvre, et il est intérieur. Ça fait la nuit sur tout le reste". Possesseur temporaire de livres d'occasion destinés à d'autres mains, Iñacio ne peut qu'approuver. "Je ne sais pas", finit par murmurer Amélia. "Après tout, je me souviens encore du vent qui soufflait entre les pages des Vagues de Virginia Woolf. Comme si les sensations tactiles, les odeurs et les sons s'engouffraient dans les espaces imaginaires. Comme si on ne pouvait plus jamais les détacher du souvenir qu'on en garde ... Je ne sais pas. Mais mon exemplaire est très abîmé. J'aime qu'il le soit : sa peau est ridée ainsi qu'un vieux voyageur".



*






Rituel d'Anne-Rose



"Assise dans un café, j'ouvre un recueil. Je porte à mon nez les papiers imbibés de parfum que j'y avais glissés quelques temps auparavant, puis les replace sans ordre entre les pages. Cela ressemble à un acte propitiatoire, ou alors, si cette image vous paraît trop solennelle, à la mise en appétit que constitue l'apéritif. Je respire l'odeur du livre mêlée à celle des muscs, des fleurs, des ambres ... Et picore deux ou trois poèmes au hasard".





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Rachel W.



Elle qui a fait de longs voyages et appris de nombreuses langues, elle conserve en matière d'art un enthousiasme de novice. Les réactions spontanées de Rachel W. à la littérature se déclinent sous trois expressions : "très top", "fort chouette", ou un simple "super" qui fait traîner le "u" pour donner de la force à l'exclamation. Face au déplaisir ou à la tiédeur, elle n'a pas de mots, mais un sourire indulgent. Rachel manifeste une prédilection pour les œuvres traduites. Tous les continents et idiomes l'intéressent sans discrimination aucune, et lorsqu'elle est en mesure de les comprendre, elle apprécie les lectures en langue étrangère. Elle me reçoit chez elle dans une tenue peu apprêtée, un tee-shirt trop large et un short, les pieds nus.

Sa bibliothèque croule sous les livres. Les étagères les plus hautes se sont effondrées, et sur le sol gisent une bonne quinzaine d'œuvres, parmi lesquelles :
_ Avant que le coq chante, de Cesare Pavese ;
_ Notes de chevet, de Sei Shonagon ;
_ Anthologie de la nouvelle serbe ;
_ Sentinelles de la nuit, de Silvina Ocampo ;
_ des romans étasuniens prêtés par Fingal.

Rachel papillonne d'un livre à l'autre, s'interrompt, se raccroche à nouveau au sujet d'origine, digresse, puis propose de but en blanc de boire une bière. Elle s'assoit la mine satisfaite, soupire d'aise, et regarde sa montre : le temps est si vite passé.





*






Le baptême du Groupe des Cerisiers



C'est Rachel qui la première en parla. Elle était si emportée par sa lecture qu'elle ne put s'empêcher d'en rendre compte par sms à Fingal et Amélia. Six mois plus tard, les six amis se réunissaient sous les cerisiers du jardin collectif attenant à la résidence où vivait Anne-Rose. Assis en tailleur sur des plaids, des chips et des fruits placés au centre de leur cercle, ils s'apprêtaient à partager l'un de ces moments à la fois simples et lumineux qui peu à peu les avaient liés. Fingal secouait L'accordeur de silences de Mia Couto avec ferveur, ses lunettes tressautant sur son nez : "Il faut lire ce chef-d'œuvre". Rachel fit la présentation du livre avec moults superlatifs, soutenue par les hochements de tête convaincus d'Amélia. Iñacio, Nora, et même Anne-Rose s'engagèrent à le découvrir, acceptant joyeusement cette parodie de conversion. Le roman circula de main en main. Après quoi, le petit club décida d'en faire son œuvre "culte", au nom du "Groupe des cerisiers".





*





Les amulettes de Rachel



"Je ne peux pas sortir sans livres. Mes sacs et mes blousons possèdent tous assez d'espace pour en contenir au moins un. Mais la plupart du temps, j'en emporte plusieurs : un roman, un recueil de poèmes, une œuvre de sciences humaines. Une bibliothèque ambulante, mon corps chargé de pages comme un oiseau couvert de plumes. En l'absence des livres, je me sens nue, exposée, vulnérable. Ce sont mes amulettes".





*





La traque : Amélia



Elle plisse ses yeux de myope, et scrute les noms des dramaturges par ordre alphabétique ... R ... S ... T ... Amélia est si souvent venue inspecter ce rayon sans y trouver ce qu'elle cherchait. Il n'est pas là, il n'est pas là : l'édition est depuis longtemps épuisée, de sorte que son espoir d'en acquérir un exemplaire d'occasion reste mince. Elle traverse plusieurs quartiers, entre dans une autre librairie, fouille des cartons, déplace des piles, monte une échelle. Il est là. Ariane, de Marina Tsvetaïeva. Elle s'exclame devant les mines éberluées des badauds : "Je l'ai !", en se laissant glisser le long des barreaux. Amélia paie la pièce de théâtre à la couverture défraîchie, emporte fébrilement son butin, et téléphone à Anne-Rose : "Je l'ai ! Le Tsvetaïeva qui nous manquait ! Je l'ai !".





*





Conversation IV



"J'ai été une petite fille seule. Rêveuse, et seule. C'est peut-être pour ça que j'ai développé très tôt le goût des livres ?", s'interroge Anne-Rose autour d'un café avec ses amies du Groupe des Cerisiers. "Oh tiens, moi j'aurais dit que j'avais remporté cette solitude comme une victoire : cette sorte de tranquillité était difficile à trouver à la maison, avec mes frères et sœurs. Mais quand je me blottissait dans un coin avec un livre, j'obtenais le droit d'être seule, on murmurait "chut ! Nora lit", et alors un silence respectueux s'installait". Rachel mord pensivement dans un gâteau, puis ajoute : "C'est pareil pour moi, la lecture représente une pause dans un quotidien plein d'animation et de bruit. Toutefois ...", ses yeux se perdent vers la rue, "elle n'est pas tout à fait synonyme d'isolement. Elle est très peuplée, cette solitude, vous ne trouvez pas ?". Elle fouille dans son sac et en sort Le bel été de Cesare Pavese : "Cet auteur, c'est toi, Amélia, qui me l'a fait découvrir. Quand je le lis, je t'y sens étrangement présente, ou en tous cas je pense à toi". Anne-Rose acquiesce : "C'est ce que soutient Fingal, me semble-t-il. On ne peut se plonger dans une œuvre sans être accompagné, d'une certaine façon". "Depuis que je fréquente notre groupe, je me sens moins seule", admet Amélia.





*





Poème d'Anne-Rose



J'ai gardé ce livre-là
que tu m'avais prêté, toi
qui t'en es allé depuis.

Je ne l'ai jamais lu.
Il demeure
sur une étagère, intact.

Si l'on y songe,
c'est plein de fantômes,
une bibliothèque :

ceux de nos moi passés,
ceux d'inconnus,
ceux des amis perdus.





*





Matins : Amélia



"Il y a en moi une infinité de lectrices : je suis la somme d'émerveillements, de suites de mots apprises par cœur, d'ignorances et d'oublis. De lectures passées et à venir, ennuyées ou voraces, distraites ou appliquées. Si je tends le bras pour saisir un livre dans la bibliothèque qui surplombe mon lit, si je consulte une page au hasard (ce que je fais souvent), ce geste modifiera toute l'équation de mon expérience. Plus encore, je suis suprises par les appréciations diverses que je peux avoir des œuvres, comme si mon goût se reformait constamment sans que j'en aie conscience. C'est ce que je me dis le dimanche matin le dos calé sur mon traversin replié, un café refroidi posé au bord d'une étagère, la connaissance à portée de main, avec ses possibilités vertigineuses. Mes dimanches matins sont toujours très métaphysiques, nourris de bribes de phrases que mon regard attrape dans un demi-sommeil".





*





Sous le lit : Fingal




L'appartement de Fingal est petit, et les livres prennent de la place, plus envahissants qu'une invasion de sauterelles, au point qu'il prétende n'être plus maître des lieux, mais habiter chez eux. "Donne-les, tu n'en reliras que très peu", lui conseille Iñacio, ce à quoi Fingal ne peut tout à fait se résoudre. Ses nouveaux achats finissent par s'entasser à l'ombre, sous son lit, en attendant d'être lus. "J'ai l'impression d'être un avare couché sur son trésor, ou une poulette couvant ses œufs", plaisante-t-il, toutefois saisi d'une pointe d'angoisse à l'idée que l'astuce ne suffise plus. "Tu te souviens du nom de ce compositeur mort écrasé sous sa bibliothèque ?", demande-t-il à Amélia. "Charles-Valentin Alkan. Mais ne t'en fais pas, ce n'est qu'une légende".






*





Conversation V




"Pendant longtemps, je trouvais toutes les diversions imaginables pour ne pas parler de mes lectures, et même de littérature de manière générale", confie Nora à Fingal, Anne-Rose et Rachel, par un bel après-midi sous les cerisiers. "Je ne me croyais pas capable de commentaires intéressants. J'avais peur qu'on me réponde en citant des œuvres que je n'avais pas lues, comme ce garçon qui fourrait des vers d'Horace ou Mallarmé dans ses conversations en ne doutant pas que nous les reconnaîtrions". Nora esquisse un petit sourire. "Je ne les reconnaissais jamais. Toi, Anne-Rose, ça ne t'aurait pas posé problème". Son amie hausse les épaules : "Je ne sais pas grand chose des poèmes d'Horace". Nora la rassure : peu de gens lisent de la poésie latine dans leur temps libre, sauf Amélia peut-être. Elle continue : "Je suis désolée de constater que je deviens comme ceux qui se présupposent une culture partagée, multipliant les clins d'œil et les sous-entendus ainsi que des signes d'appartenance à un club de personnes cultivées. Ce qui ressemble à du snobisme n'est chez moi qu'une manière de me protéger derrière une coquille de belles références, d'érudition inattaquable. Au fond, malgré mes longues études, j'ai toujours peur de parler, alors je me cache, je laisse les ouvrages s'exprimer pour moi. Je ne sais pas à quel moment on cesse d'avoir honte de ...", elle cherche ses mots. "Honte de faire intrusion dans ce petit monde clos qui n'aurait pas dû être le nôtre".





*





Les comptes : Anne-Rose



Anne-Rose emporte partout un carnet où elle note des impressions, des détails de ses journées, des conseils qu'elle a reçus, des recettes de cuisine, des compositions de parfums (14/06 "Île divine", ylang-ylang, santal, agrume : néroli ?), mais aussi, quand on le retourne et l'ouvre par la fin, une liste où elle ne consigne que ses dépenses de livres. Beaucoup sont achetés d'occasion, ainsi qu'en témoigne l'abréviation "occ." à côté du prix. "Je tiens mes comptes, même si ça peut sembler très prosaïque. Les recueils représentent chaque mois un budget non négligeable", explique-t-elle comme pour s'en excuser. "Ma liste a néanmoins une autre fonction. Elle documente le moment où un livre est entré en ma possession. Elle constitue la mémoire de mes rencontres successives. Et, parfois, cette chronologie a un intérêt en soi : grâce à elle, je découvre que les lectures sont des pérégrinations aux chemins surprenants, dont la clarté et même, si j'ose dire, le sens, se révèlent après coup. C'est fascinant de comprendre quels intermédiaires nous ont menés vers des textes très aimés, quelles expériences il aura fallu faire pour y arriver, véritable initiation dont on ne s'apercevait pas alors".





*





Un conte



Ce soir-là, dans une maisonnette de la lointaine banlieue parisienne, le Groupe des Cerisiers s'était réuni en étendant son cercle à des connaissances de Rachel. Les discussions des convives étaient animées, d'après les échos qui en parvenaient à Anne-Rose dissimulée derrière une porte. Sans voir ses amis, elle pouvait se figurer les gestes chaotiques ponctuant les envolées de Rachel, l'équilibre précaire des lunettes de Fingal, la courtoisie de Nora, arbitre des débats, l'ivresse mutique d'Iñacio, et l'inattention d'Amélia qui, à en juger par son silence, devait soit lire, soit rêvasser. Anne-Rose admirait sa capacité à s'absenter parmi les autres, sans avoir besoin de seuils, ni de murs, ni de distance. Elle-même n'y arrivait pas. Tout au plus faisait-elle irruption dans la pièce, tournant autour des invités comme une phalène piégée sous l'abat-jour d'une lampe, avant de s'enfuir aussi vite. Elle se souvint qu'à l'occasion de cette fête, elle avait mené l'une de ces excursions pour prendre un livre à la sauvette. La porte refermée, elle s'était approchée de la cuisine à reculons, soulagée. Mais elle n'était pas seule. Un crissement la fit sursauter. Il coupait des fruits et des légumes avec minutie, en petits dés à peu près égaux. Il paraissait jeune, plus jeune qu'elle. "Toi non plus, tu n'aimes pas discuter avec des inconnus ?", lui demanda-t-il d'un ton complice. Anne-Rose ne savait que répondre. "Si tu préfères, nous pouvons nous taire ensemble". Ils passèrent la nuit tous les deux.




*





Conversation VI



"Ma bibliothèque est un acte politique", déclare calmement Nora. Fingal hoche la tête : "Tu veux dire quoi exactement par là ? C'est sûr que quelques livres ont forgé une conscience du monde à laquelle le citoyen que je suis doit beaucoup". "Il ne s'agit pas que de ça. Pour moi aussi, des œuvres ont été capitales, comme celle de Virginia Woolf". Elle adresse un clin d'œil à Amélia, qui partage son attachement à la romancière britannique. "Mais le fait même de réunir ces livres-là, et de cette manière-là, est politique. Ces autrices que j'ai recherchées pour leur rendre justice, elles qui sont souvent malmenées par les histoires littéraires. Ces pays que j'ai mélangés pour abolir toute frontière, rapprocher les langues, créer des parentés qui ne doivent rien au sang. Tout ça est politique. Je ne suis pas à proprement parler une militante : je n'ai ni slogans, ni appartenance à une quelconque organisation, ni système de valeurs bien établi. Néanmoins, je me rends compte à quel point c'est un engagement, une implication de tous les jours, une bibliothèque. Débusquer les œuvres, les lire, les classer, rien n'est anodin".






*





Autre conte



Certains soirs, le Groupe des Cerisiers se retrouve pour lire des extraits d'œuvres, soit pour en vanter les mérites, soit pour les découvrir ensemble, le partage de cette expérience augmentant leur plaisir à se laisser surprendre. Leurs voix ont chacune des inflexions différentes : celle d'Anne-Rose est feutrée et souple comme la démarche d'un chat, celle de Nora est aussi joyeuse que rauque, atteinte d'une sorte de fêlure dans son enjouement même. Un jour, elle choisit de lire La Princesse de Clèves, et plus précisément le passage de la rencontre entre l'héroîne et le Duc de Nemours. Fingal en parut d'abord amusé, mais les mots portés par cette voix chaude le touchèrent, malgré leurs dissonances, ce qu'ils suggéraient du caractère des personnages, et le ton plein de nuances de la lectrice avisée. Nora l'enregistra plus tard sur son portable, puis le lui envoya. Fingal possédait désormais ce texte immatériel, au timbre et au rythme uniques, faits d'hésitations, de sourires soupçonnés, de bruits de papier. Lorsqu'il invita Nora chez lui pour en discuter, il se trouva néanmoins confus, incapable de formuler un commentaire, et mit de la musique pour dissimuler sa gêne. C'est peut-être à cet instant-là qu'ils comprirent la signification exacte que, pour eux deux, cette lecture avait revêtue.





*





Biographie d'un livre




Il l'attendait sur la table d'une librairie, revêtu d'une couverture grise et verte représentant des vagues. Il venait de Grande-Bretagne, et plus précisément de l'imprimerie "Clays Ltd, St Ives PLC". On le feuilleta rapidement et l'acheta, le nom de son autrice, dejà bien connu, inspirant confiance. Le lendemain, sa lecture commençait sur les terrasses venteuses d'une petite ville de Province, quelques jours avant l'été. On le jeta dans un sac à dos, le tacha dans un train où un billet lui servit de marque-page, le rangea dans une étagère parisienne, l'emporta dans une valise, lui fit prendre son envol dans la soute d'un avion, et le rouvrit dans la montagne calabraise. Du sable et des embruns s'y glissèrent, le parfum des citrons, un peu d'amertume aussi : on le lisait au moment d'un chagrin d'amour ; on y pensait en flottant sur la mer, les yeux embués fixés vers le ciel. Achevé, il revint à Paris, puis une seconde lecture suivit, en Allemagne cette fois-ci, dans des musées et des chambres d'hôtel. Sa couverture se déchira, son papier se défraîchit, mais ses mots conservaient leur force première pour qui les parcourait fébrilement ces vacances-là. Après quoi, on le posa en évidence dans une bibliothèque, parmi d'autres œuvres de la même romancière. On y jette un œil de temps en temps pour en raviver le pouvoir, vieux grimoire plein de soleil et de souvenirs.





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Enfance : Fingal



"Mes camardes de conte partageaient mes chagrins : erreurs, solitude, déception et rejet. Ils cassaient des objets, se faisaient berner par des animaux, s'écorchaient les genoux. Mais toujours, ils retrouvaient un foyer lumineux et chaud, une étreinte qui effaçait leurs naïves bêtises d'enfants. Rares étaient les personnages durement traités qui restaient malheureux. Et moi, avec mes doigts gourds, mes paroles hasardeuses, ce manque d'habileté qui semblait caractériser mon être entier, je cherchais aux côtés de ces amis les mots qui absoudraient ma maladresse, la feraient oublier : "Tu es venu au monde pour qu'on t'aime, et nul ne te retirera cet amour, malgré toutes tes mésaventures". Oui, je crois bien que seuls les livres m'ont pardonné d'exister".





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Ranger ses livres : Amélia



Quand Amélia déménagea, elle se préoccupa d'abord d'installer ses livres dans le nouvel appartement. Elle relut des œuvres, les tria, les classa, puis les emporta dans des sacs distincts. Une bibliothèque rudimentaire fut placée dans une pièce vide. Amélia y rangea ses ouvrages, modifiant à nouveau l'organisation établie. Elle sépara les amants, rapprocha les ennemis, associa les couleurs, fit résonner les noms, chantonnant, sifflotant, lisant des pages, parlant toute seule. Son travail achevé, elle recula de quelques pas pour constater l'harmonie qu'elle avait su créer, et qui fournissait l'unique preuve que l'espace, déjà, était habité. Trois jours plus tard, cet ordre précaire devait encore changer.





*





La nostalgie : Nora



"Il en va de certains livres comme d'îles perdues, dans la mesure où même si on les relisait, ils ne seraient plus identiques à l'espace clos, au refuge que l'on a connu, un été par un temps d'orage ou en hiver un soir tranquille. Les conditions météorologiques ne se reproduiront plus, ni ce climat intérieur, celui du corps et de l'esprit, sous lequel les mots sont accueillis, glissent légèrement ou nous martèlent de leur grêle. Il en va de certains livres comme de pays dont on garde une nostalgie, je ne dirais pas amère, non, c'est une nostalgie joyeuse, douce et tenace. Ce sont des lieux de mémoire qui ont peu de pareils, et ce en dépit de l'effacement des détails, des structures ; des bribes d'histoires nous restent et de fortes impressions, mais l'incertitude l'emporte. Ce sont des lieux de mémoire de ce que nous avons senti, à ce moment de notre vie où nous ne pouvions sentir autrement, avec l'intensité d'un élan singulier. Il en va de certains livres comme de reliques, peut-être".





*





Conversation VII




Pendant plusieurs mois, Nora et Fingal ne révélèrent rien de leurs sentiments mutuels au Groupe des Cerisiers, comme des écoliers qui redoutent de se trouver exposés au regard de leurs camarades. Ils étaient si étrangement assortis, se disait Nora, en tous cas du point de vue des passants, ou même des amis distraits qui ne remarquent pas les concordances secrètes. Ils avaient la honte et la révolte en partage, dissimulées derrière une assurance trompeuse. Anne-Rose le comprit intuitivement, mais eut la délicatesse de ne pas leur faire part de ses soupçons. "Je deviendrai peut-être ce modèle de vieille célibataire lettrée, entourée de ses livres et de ses plantes, tel qu'on le voit représenté dans les romans anglais. Ces institutrices pauvres qui conversent avec leurs chats et leur service à thé", dit Amélia d'un air songeur un soir où seules les filles s'étaient réunies pour discuter. "Ce cliché souvent destiné à ridiculiser les femmes indépendantes me semble pourtant une perspective sympathique. Personne pour régenter ma vie, et pour s'interposer entre mes plus chers plaisirs et moi". Ce mode d'existence convenait également à Rachel, qui ajouta cependant qu'elle aimerait alors voyager beaucoup, à la manière du personnage d'Eleanor dans les Années de Virginia Woolf, personnage qui ne correspondait d'ailleurs en rien au cliché dépréciatif de la vieille fille. "Pour ça, il faut avoir de l'argent ... Mais c'est vrai qu'on peut par divers moyens, y compris les escapades, ne pas rester confite dans ses habitudes", admit Amélia. Nora se contenta de hocher la tête, puis avoua avec un petit sourire qu'elle se croyait auparavant destinée à ce célibat heureux. "Et finalement, ce n'est pas le cas ?" demanda Anne-Rose d'un ton doux et malicieux. "Peut-être pas ...".





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Le féminin singulier : Anne-Rose



"J'ai un souvenir de ma petite enfance ... Il fallait féminiser un mot ; duquel s'agissait-il ? Un adjectif, si ma mémoire ne me fait pas défaut. Quoi qu'il en soit, je me suis rendu compte, à cet instant où j'écrivais à la première personne, que certains mots m'avaient été appris uniquement sous leur forme masculine. Je devais les traduire. Toute personne qui se présente au féminin mène un discret travail de traduction pour marquer ces nuances qui la trahissent comme autre, étrangère de sa propre langue. En étais-je attristée ? Je crois que j'en étais fière. Le "e" muet est un privilège, de même que ces sonorités, fondantes ou sonores, en "ise", "eine" et "oise". Cette légère marginalité en regard d'une norme masculine représentait une distinction, même si je n'ignorais pas que pour autrui, ce n'était qu'une variante mineure. Plus tard, les écritures au féminin ont contribué à la fascination que j'éprouvais pour les récits où elles étaient d'usages, comme si ces "e" muets m'enserraient dans leurs branches, comme si je voyais dans chaque terme un écho à ma propre différence, qui est moins biologique que purement linguistique".





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Conversation VIII




"Je ne voudrais pas remonter le temps", dit Rachel dans un soupir de contentement. "Nous avons tous et toutes changé depuis que nous nous connaissons. Anne-Rose porte des parfums plus opulents, Nora semble avoir pris dix centimètres de confiance et de bonheur, Amélia n'est plus pâlote, Iñacio a l'air reposé, Fingal a embelli ... Qui voudrait rebrousser chemin ?". Amélia ajoute : "Tu as oublié l'essentiel : nous ne lisons plus les mêmes livres". Iñacio fait un geste de protestation. "Sauf toi, bien sûr, qui restes attaché à tes Agatha Christie". Anne-Rose ne partage pas entièrement cet avis : "Tu sais, je reviens toujours à ces poétesses que j'ai découvertes très jeune femme. Rares sont les noms qui s'imiscent peu à peu dans mes habitudes". "Moi aussi, je relis beaucoup ; ou alors j'épuise mes auteurs préférés", reconnaît Fingal. "Sommes-nous donc si fidèles que ça ?", s'exclame Amélia en riant. "Il faut croire qu'il en va des lectures comme des vieilles amitiés, et ce malgré les méandres de nos vies respectives", conclut Nora, "la complicité qui nous lie à elles est intacte, et on les considère avec une sorte de gratitude qui reste égale au cours des années, quand elle ne se renforce pas".





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Langues étrangères : Rachel



"Je possède de nombreux livres étrangers, souvenirs de voyages pour certains, à l'instar de cartes postales ou de portes-clefs, et pour d'autres, commandes par internet ou achats dans les rayons "V. O." de librairies locales. Sont représentés l'allemand, l'anglais, le japonais et l'espagnol. Je ne maîtrise pas ces langues, si tant est que cela soit possible, la maîtrise d'une matière si riche et friable. Je les comprends à peu près. Les lisant, j'entre dans un élément familier, mais aussi instable, comme on avance dans la mer sans savoir jusqu'où on aura pied. Des mots m'échappent, des impressions se mêlent, et je sens bien que je ne discernerait pas les choses de même façon sur la terre ferme de la "langue maternelle" : le regard y est plus global et plus flou à la fois. Quand je parcourais les romans de Dickens, j'étais cette invitée dans une maison faiblement éclairée qui cligne des yeux en se posant ces questions : est-ce juste, ce que j'observe ? Est-ce exact ? Ne prendrais-je pas cet objet pour un autre ? Pourtant, l'anglais m'est une seconde langue ; il m'arrive de le parler dans mes rêves, ou alors tout bas, pour émousser la dureté de mes pensées, les mettre à distance. Mais tout idiome affecte les persectives, les textures et les proportions. Je me suis créé un monde littéraire (car j'apprends les langues dans les livres) où je m'expose au trouble de mes perceptions".


« Modifié: 06 août 2020 à 16:41:18 par Tigrani »

Hors ligne Le nuage goéland

  • Troubadour
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Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #1 le: 08 juin 2020 à 16:03:42 »
Bonjour. Je me suis un peu perdu dans tant d'érudition mais j'ai aimé cet hymne aux livres et à la lecture. J'aime qu'on ressente le livre comme un être vivant dont la compagnie est indispensable. J'approuve également cette suggestion qu'il se transmet entre les personnes par un bouche à oreille qui commence à le faire vivre comme un être véritable. Merci.

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
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Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #2 le: 08 juin 2020 à 21:35:55 »
Merci beaucoup pour ta visite ! Je te rassure, je ne glisserai pas davantage d'érudition dans cette petite histoire. Les listes de livres sont surtout placées ici comme des énigmes dont les titres nous suggèrent des caractères ... Merci encore !

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 427
Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #3 le: 25 juin 2020 à 12:15:26 »
Y'a du nouveau !

Hors ligne Aramatie

  • Tabellion
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Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #4 le: 15 juillet 2020 à 15:06:21 »
Bonjour,

J'ai bien aimé ton texte. Je le trouve poétique et j'ai aimé le fait de se retrouver plus ou moins dans les différents personnages. Et cela même si il y avait énormément de références que je n'avais pas  ::) .  Cependant, je trouve que la fin perd un peu de son rythme léger qui était présent au début.  Cette rupture de rythme rends la fin un peu plus difficile à lire.  Mais en somme, c'était un texte agréable à lire  :D :D :D

Hors ligne Ben.G

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Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #5 le: 15 juillet 2020 à 19:49:05 »
Salut

Citer
à tel point qu'il m'est arrivé de découvrir tout à fait fortuitement l'étendue de ses connaissances dans des domaines précis qu'elle n'avait jusqu'alors pas mentionnés au cours de nos conversations.
trop long (le point de faiblesse est dans le "dans des domaines précis qu'elle n'avait juqu'alors")


Citer
Il répète ces mots avec bonhomie, leur charge émotive s'étant émoussée avec les années, si bien que pour cette révolte initiale subsiste surtout la tendresse.
Très bien vu
(je suis triste moi aussi qui ne l'aies pas pris)


Citer
"Je ne ressens d'abandon que dans une frénésie de lecture, où mes mains ouvrent, plient, caressent les pages. Ma bibliothèque me tient lieu d'amour, avec sa hâte et sa volupté, son ardeur, sa fidélité. Longtemps je me suis demandé si je saurais sortir de ce jardin des délices aux murs de papiers, trouver d'autres compagnies. Autour de moi tout n'est qu'ordre strict et lumière trop tranchante. Je préfère la nuit".
tellement



Citer
"La bibliophilie, c'est la maladie des gens qui ne lisent plus"
je suis en plein dans ce dilemme haha, pas de ne pas lire, mais de la bibliothèque et l'accumulation



Citer
L'accordeur de silences de Mia Couto
meilleur moyen de conseiller un livre hahah


Citer
plaisante-t-il, toutefois saisi d'une pointe d'angoisse à l'idée que l'astuce ne suffise plus.
bien vu


(remarque générale, je préfère les guillemets françaises aux guillemets anglaises pour les citations de dialogues)






J'ai lu ton texte en un clin d'oeil et j'ai adoré
Forcément ça parle de bibliothèque et de lecture alors ça peut que me prendre par les sentiments haha, et le rapport des autres à la lecture et tout ça c'est quelque chose qui m'a beaucoup intéressé
J'ai pas pu m'empêcher au début d'espérer que c'était pas des bibliothèques imaginaires mais bien des gens chez qui tu étais allée pour en tirer le portrait livresque haha (et finalement, même si j'espère que ce soit en partie vraie, je veux pas savoir parce que faux ou non ça fonctionne aussi bien sur moi, preuve aussi que ton écriture, façon de présenter les choses et récit est efficace pour ce que tu souhaitais faire)

J'aime beaucoup aussi ces momnets où tu arrives à parfaitement cerner la dissonance entre ce que les gens disent et pensent, ou plutôt le moment où ils réalisent ce qu'ils viennent de dire, t'as su capter quelque chose de très humain et tout ton texte est ton en finesse de l'analyse humaine

Bravo, tu avances  bien  ;)
Beau boulot les modow ! Ca mérite une pause café, même si : les vilains mots ne font jamais de pause café.
- Kaeloo

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 427
Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #6 le: 21 juillet 2020 à 18:43:19 »
Merci à vous deux, tout est bien vu, la phrase trop longue, les guillemets et les changements de rythme, qui sont voulus (les nouveaux fragments reviennent à la légèreté).

😘

Hors ligne Tigrani

  • Calliopéen
  • Messages: 427
Re : Les bibliothèques imaginaires
« Réponse #7 le: 01 août 2020 à 16:01:15 »
Du nouveau est arrivé !

 


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