Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

03 Août 2026 à 12:03:08
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Salon littéraire » Salle de débats et réflexions sur l'écriture » Approches esthétiques et socio-critiques en poésie

Auteur Sujet: Approches esthétiques et socio-critiques en poésie  (Lu 28783 fois)

Hors ligne Opercule

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 780
  • Nécroposteur aux mains froides
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #135 le: 25 Avril 2020 à 20:37:53 »
Observer et décrire cette culture d'un point de vue esthétique avec un regard d'artiste et en toute neutralité sans intention de juger ou de se moquer n'est pas une incitation à la haine raciale. Ce qui est raciste et indécent ce sont, par exemple, les connotations animalières ou le blackface. Il ne faut pas tout mélanger!
même avec toutes ces ’précautions’, réduire une personne à sa couleur de peau* et tous les stéréotypes associés est fondamentalement problématique.

*plus généralement à un membre de groupe "Autre"
« Modifié: 25 Avril 2020 à 20:40:40 par Opercule »

Hors ligne Angieblue

  • Prophète
  • Messages: 659
  • Je suis parolière de chansons à textes (poétiques)
    • Easyzic
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #136 le: 25 Avril 2020 à 20:58:06 »
J'ose espérer qu'un bon écrivain ou peintre sait éviter cette indécence et cette vulgarité. Ce genre de dérives grossières auxquelles tu fais allusion, moi aussi je les combattrai comme le blakface qui me donne envie de vomir.
Mais, ça n'est pas parce que des personnes n'ont pas cette intelligence et ce respect ou sont maladroites en raison de représentations communes erronées qu'il faut bannir les représentations africaines dans l'art.
Restons vigilant et juste!
Angie

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #137 le: 25 Avril 2020 à 21:11:33 »
Angieblue :

A mes yeux, l'un des problèmes est la différence entre l'échelle collective et l'échelle individuelle. Si à l'échelle individuelle tu fais une rencontre ou un voyage qui t'amène à être saisi.e par certaines images de l'Afrique, y compris des images très "classiques", il me semble que ça renvoie à ta sensibilité individuelle, même si elle est bien sûr influencée par la culture dans laquelle tu as grandi et représente donc un regard imprégné de cette culture (en l'occurrence je pense à un regard imprégné de la culture occidentale, et donc pré-sensibilisé à une certaine image de l'Afrique). Le truc c'est que si à l'échelle collective, tous les occidentaux qui se rendent en Afrique (ou qui imaginent l'Afrique) ne sont touchés que par ce type d'images, et ne retransmettent que ces aspects-là dans leurs écrits, pour moi c'est là que leur côté réducteur frappe, en occultant tout le reste, en ignorant la diversité du continent et toutes les autres choses que l'on pourrait en dire. On se retrouve avec une représentation réductrice, dans l'art ou bien dans les fictions. Cette représentation réductrice, en +, s'inscrit dans un continuum avec les représentations colonialistes.
« Modifié: 25 Avril 2020 à 22:42:33 par Ariane »
~ Ari ~

Hors ligne Angieblue

  • Prophète
  • Messages: 659
  • Je suis parolière de chansons à textes (poétiques)
    • Easyzic
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #138 le: 25 Avril 2020 à 21:30:18 »
Je suis entièrement d'accord, mais il ne faut pas que la peur de mal faire empêche d'écrire et de s'exprimer, d'où l'importance de bien connaître son sujet, enfin dans la mesure du possible, plutôt que de faire confiance à son seul imaginaire avant de se lancer dans une œuvre qui a pour thème l'Afrique ou un autre continent comme l'Amérique du sud.


« Modifié: 25 Avril 2020 à 21:35:59 par Angieblue »
Angie

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #139 le: 25 Avril 2020 à 21:35:50 »
Je suis entièrement d'accord, mais il ne faut pas que la peur de mal faire empêche d'écrire et de s'exprimer, d'où l'importance de bien connaître son sujet, enfin dans la mesure du possible, plutôt que de faire confiance à son seul imaginaire avant de se lancer dans une œuvre qui a pour thème l'Afrique ou un autre pays.
Personnellement je préfère me taire quand j'ai peur de blesser une communauté.

Je pense que c'est important de bien connaître son sujet, oui, et aussi de bien connaître les différentes manières dont un texte peut être reçu par le lecteur quel qu'il soit. C'est pour ça que je me permets (la plupart du temps) de le dire quand un texte m'évoque des connotations offensantes. Après, comme ces échanges en témoignent, libre à l'auteur d'en tenir compte ou non, mais au moins il aura eu connaissance des ces interprétations possibles.
~ Ari ~

Hors ligne Angieblue

  • Prophète
  • Messages: 659
  • Je suis parolière de chansons à textes (poétiques)
    • Easyzic
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #140 le: 25 Avril 2020 à 21:37:27 »
C'est pour cela que moi non plus je n'écris pas de poèmes ou de romans sur ces sujets...
Angie

Hors ligne Cyr

  • Prophète
  • Messages: 622
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #141 le: 25 Avril 2020 à 21:44:23 »
Opercule, pardon de t'avoir offenser ça n'était pas mon intention. Je pense que les artistes sont aussi des maîtres de la représentation et peuvent servir justement à renverser des représentations agréables ou douloureuses.
« Modifié: 26 Avril 2020 à 18:13:46 par Cyr »
"Il y a deux sortes de poètes : les bons, qui brûlent leurs poèmes à l'âge de dix-huit ans, et les mauvais, qui continuent à écrire de la poésie jusqu'à la fin de leurs jours." Umberto Eco

Hors ligne Opercule

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 780
  • Nécroposteur aux mains froides
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #142 le: 25 Avril 2020 à 21:45:10 »
Je ne vois pas quoi ajouter de plus à ça, nous sommes majeur·e·s et vacciné·e·s.
Faites vos recherches, équilibrez vos personnages, combattez le racisme.
J’ai dit ce que j’avais à dire.

Hors ligne Loup-Taciturne

  • Calliopéen
  • Messages: 592
  • serviteur de Saturne
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #143 le: 26 Avril 2020 à 23:47:38 »
Je repasse juste pour faire un pont, du moins j'espère y arriver. Je voudrais écarter un peu la question morale de tout ça (est-ce bien ou mal de valoriser « l'Autre » en en faisant un « beau » portrait/stéréotype) et mettre en avant la trajectoire intellectuelle qui peut mener à la conscientisation d'Opercule en passant par celle de Dot et de Cyr. Si ces postures ont l'air opposées, confrontées ici, je crois qu'il y a un passage étroit entre la volonté d'inclure et de reconnaître la l'altérité (ou du moins ce qu'on perçoit d'elle, aussi imparfaite soit cette perception), de louer « sa » beauté ; et l'idée défendue notamment par Opercule, Ariane et d'autres selon laquelle on passe à côté de l'altérité lorsqu'on cède, même sans le vouloir, à la tentation de la réduire à des stéréotypes, même valorisants, perçus comme « beaux ».

Je pars donc de ça, qui me semble le plus intéressant :
Citer
Une africaine qui mange des bananes et du manioc, s'habille avec un boubou, porte de l'eau sur la tête et un bébé sur le dos... Les dégâts du colonialisme ne sont pas dans ces images mais dans la négation de la beauté de ces images dans le fait de considérer la culture des colons comme supérieure et qu'il faille rendre tabou cette différence, de n'accepter et de ne parler des gens que lorsqu'ils ont été soigneusement assimilés.
Citer
on y peut ptetr rien si le colonialisme fait que au moins la moitié des populations noires actuelles sont chrétiennes
mais c'qu'on peut faire, c'est arrêter de dire que vivre dans une case c'est le cliché raciste parce que notre vision de blanc trouve ça dégrandant... le colonialisme actuel, c'est de croire que toutes les ethnies partagent notre vision de l'universalisme... moi ça me fait rêver de vivre dans une case à traire des chèvres et marcher sous un turban avec un bâton, mais vous vous êtes plutôt du genre à aimer péter dans vos tuyaux d'échappements et penser que tout le monde pense pareil...?


Je voudrais mettre en perspective trois mouvements de l'esprit face à l'altérité :
  • Le mouvement de rejet : le rejet s'enracine dans la négation du droit à l'altérité. Dans le refus de comprendre (au sens fort comme commun) l'altérité au sein de l'humanité. La différence de l'Autre n'est pas comprise (car elle se perçoit comme une menace des valeurs, de l'identité), elle n'est pas acceptée dans l'univers de Ego (personne de référence), Ego ressent comme une incompatibilité d'existence ou du moins de coexistence entre lui et L'Autre. Il y a donc rejet de ce qui est perçu comme Autre.
  • Le mouvement de fascination : la fascination devant l'altérité puise en général sa source dans une idéalisation de certains traits de l'altérité c'est-à-dire, de certaines différences d'avec Ego (et sa société). L'idéalisation et la fascination opèrent par sélection et déni. Sélection de ce qui semble conforme au système de valeur de Ego et déni de ce qui ne l'est pas. Souvent la fascination s'ancre sur un rejet, du moins une vision critique chez Ego de sa propre société, de ses valeurs. C'est déjà une amorce de décentrement. Elle suit un peu la pente de « l'herbe est sûrement plus verte ailleurs ». Moi je dirais, mais ça se discute, que ce mouvement est déjà un grand pas (c'est pourquoi je suis sensible à l’incompréhension de Dot et de Cyr lorsqu'ils invoquent l'ambition de se décentrer de leur mode de vie/penser pour valoriser celui des Autres. Ils critiquent là l'ethnocentrisme de rejet dont je parle plus haut). C'est un premier mouvement de décentrement par rapport au premier mouvement qui exprime le repli et le rejet. Mais ce mouvement n'est pas suffisant et il est même contre productif si l'on souhaite véritablement viser à comprendre l'altérité. En effet, la fascination est produite par le même type de regard que celui qui produit le rejet, mais en miroir en quelque sorte. Un regard là aussi ethnocentrique :
    Dans les deux cas l'Autre est considéré au regard du mode de penser et des valeurs de Ego. Ego et ses valeurs sont le référentiel qui permettent de donner sens aux différences, de les penser, de les ordonner, de les accepter ou de les rejeter, de voir de la beauté en elles ou de la laideur, ou autre chose. Dans le premier cas, l'ethnocentrisme est évident car Ego rejette la différence qui ne coïncide pas avec ses valeurs, les valeurs de sa propre société/culture pour aller vite. Dans le second cas, Ego accepte voire « adopte » des traits de l'altérité non pas en tant que telle, en la reconnaissant comme telle dans toutes ses nuances, ses différences (qu'ils soient en opposition ou en adéquation avec son système de valeur), mais à travers le prisme de ses propres valeurs également, de ses propres concepts, qui proviennent de sa propre société/culture, mais qui peuvent être en rupture avec elle. Le mouvement est donc en miroir du mouvement de rejet. Ce que cherche Ego à travers l'altérité dans la fascination pour l'exotisme, ce n'est pas l'altérité réelle mais l'identité dans l'altérité, ce n'est pas la différence mais le même, pas le même que sa société avec laquelle il est en rupture mais le même que ses propres valeurs, celles auxquelles il aspire ou rêve, qui sont en opposition avec celles de sa société et qu'il va donc chercher chez « les Autres ». Comme dans le premier cas, Ego passe à côté de l'altérité, il ne la comprend pas plus que s'il la rejetait car sa tentative de « comprendre » repose sur sa propre grille conceptuelle et ses propres préoccupations.  Il ne perçoit en elle que ce qu'il veut (aime) percevoir, que ce qui fait identité avec lui-même ou avec ses fantasmes. Dans le cas du rejet, Ego cherche à protéger ses valeurs face à la menace que constitue la différence (si d'autres font différemment, pourquoi est-ce que moi je fais comme je fais ? Si il est possible de faire différemment pourquoi faisons-nous ainsi ? Ego, de peur de se dissoudre dans l'altérité et de perdre son identité préfère valoriser son identité au détriment de celle de l'Autre, donc il le rejette car il n'accepte pas la différence qui menace ses valeurs et son identité), dans le cas de la fascination/idéalisation, Ego cherche à alimenter sa contre-vision du monde, ses fantasmes, en sélectionnant, « instrumentalisant », idéalisant voire fétichisant ce qu'il perçoit de la différence, en l'interprétant via son prisme pour enrichir sa propre contre-vision du monde, pour imaginer son monde, le fantasmer. C'est un premier pas vers l'Autre car il est mu par l'attraction et non la répulsion, par la bienveillance et non la malveillance, mais il ne peut être que transitoire, sans quoi il mène la véritable compréhension à l'impasse et fait de l'Autre et sa différence un objet de fantasme pour ses propre désirs.
  • Enfin, mouvement de compréhension. Le mouvement de compréhension est le plus simple à décrire et le plus difficile mettre en pratique. En effet il consiste, dans un jeu d'équilibriste permanent, à éviter soigneusement les écueils des deux premiers mouvements de la pensée quand elle est face à l'altérité. L'outil le plus efficace est la suspension méthodique et systématique de tout jugement de valeur sur l'Autre et sa différence. C'est un exercice réflexif de chaque instant puisque l'on n'est jamais à l'abri de commettre un jugement de valeur sans s'en rendre compte. De croire que l'on a compris alors qu'on recycle le mode de penser de notre propre vision du monde (soit-il sur un mode miroir:contestataire). Vision du monde qui comprend des manières de percevoir le monde et donc les Autres très profondément ancrées dans notre psyché, à travers notre « culture », à commencer par la langue.

La fascination et l'idéalisation de certaines altérités conduit à ne rechercher en l'Autre que la part d'exotisme qui plaît à Ego, à réduire l'altérité à cet exotisme. Cette démarche sous-tend toute recherche de « l'authenticité ». L'authenticité supposée de l'autre est un produit du regard qu'on porte sur l'Autre, elle n'appartient pas à l'Autre. Une personne ou une culture n'est pas « authentique », ça n'a pas la moindre sens. Elle est par contre perçue comme authentique ou non au regard des préjugés et des attentes d'ego à son encontre. La notion d'authenticité convient pour des meubles ou des documents mais quand il s'agit de comprendre l'altérité, il vaut mieux s'en défaire.

C'est sûrement de ce mécanisme que provient cette parole contestable dans la discussion :
Citer
si un chinois ne mange pas de chien, n'est pas jaune, n'a pas les yeux bridés et ne sait pas qui est confucius, moi je dis il est plus trop chinois...

Tous ces procédés qui altèrent la perception de l'altérité et plus encore sa compréhension, tendent par glissements successifs, par restrictions et réductions de plus en plus fortes et approximatives, à vider l’altérité de sa substance réelle, à ne retenir que les éléments exotiques qui plaisent ou déplaisent (selon rejet ou fascination), de fait conduisent à la formation d'un stéréotype (non conforme s'il est besoin de le préciser) et donc à l'essentialisme qui est le mécanisme majeur par lequel se produit le racisme.

Citer
Cyr a le droit de trouver ça beau sans y voir tout un implicite de haine raciale et elle a également le droit de le dire.
Oui elle en a le droit.

Citer
Observer et décrire cette culture d'un point de vue esthétique avec un regard d'artiste et en toute neutralité sans intention de juger ou de se moquer n'est pas une incitation à la haine raciale. Ce qui est raciste et indécent ce sont, par exemple, les connotations animalières ou le blackface. Il ne faut pas tout mélanger!
Il n'y a pas de regard d'artiste qui soit neutre. Et ce n'est pas parce qu'on ne se moque pas ou qu l'on n'incite pas directement à la haine qu'on ne produit pas quelque chose de tout aussi nuisible. On ne sait jamais ce que les autres peuvent comprendre d'un stéréotype. Par ailleurs, qui serait ravi d'apprendre des Autres, qu'il ne correspond pas à l'image conforme de sa propre identité ? Si le chinois de l'exemple précédent ne parle pas chinois mais une langue des nombreuses minorités chinoises, s'il est musulman ouïgour (et non de religion « traditionnelle »), réprimé par le régime, est-ce à dire qu'il n'a pas droit à la revendication, à la reconnaissance de son appartenance à l'identité chinoise ?

Citer
ça n'est pas parce que des personnes n'ont pas cette intelligence et ce respect ou sont maladroites en raison de représentations communes erronées qu'il faut bannir les représentations africaines dans l'art.
Personne n'a envisagé de « bannir les représentations » africaines, bien au contraire. Là encore c'est n'avoir pas compris le débat. Il s'agit de discuter de ce que nous faisons (c'est à dire fabriquons) de/avec l'image de l'Autre.
D'autant plus que comme on l'a souligné :
Citer
Cette représentation réductrice, en +, s'inscrit dans un continuum avec les représentations colonialistes.

Citer
il ne faut pas que la peur de mal faire empêche d'écrire et de s'exprimer
Pourquoi ? Pour moi c'est une évidence que si. La peur de mal faire, ou plutôt, de faire mal, doit empêcher de s'exprimer au sujet de l'Autre.  Mais là on en revient à des positionnements éthiques/moraux.
Ce que je voulais dire en dehors de tout ça, c'est qu'il faut savoir ce que l'on vise. Vise-t-on à comprendre les Autres, à se comprendre soi-même ? De qui, de quoi veut-on parler, du miroir ou de ce qu'il y a au-delà ? Que comprend-on ?

Citer
Je vais donner un autre exemple d'oeuvre artistique. Il s'agit là d'une entreprise camerounaise de conception de jeux vidéo qui a imaginé un nouveau genre : l'african fantasy
Je n'ai pas eu le temps de regarder mais ma première intuition est déjà de remarquer qu'il s'agit d'une entreprise camerounaise. Ensuite, comme tout le monde ils font bien ce qu'ils veulent. En France nous en avons certains,
 « ils sont très fiers de leurs vignobles,
leurs côtes-du-rhône et leurs bordeaux.
Ils exportent le sang de la terre
un peu partout à l'étranger,
leur pinard et leur camembert,
c'est leur seule gloire, à ces tarés »
qui voudraient réduire l'identité française à à peine plus que ça, en ajoutant le saucisson et le drapeau. Est-ce parce qu'ils sont français qu'ils représentent LE français (le français n'existe pas plus que l'africain, le sénégalais ou l'iroquois. "Les": peut-être, "des" : encore plus surement, "Le": non) ? Non évidement, il suffit d'être français pour le savoir. Et si vous êtes français, que vous n'aimez ni le vin ni le fromage, que vous n'êtes pas chrétien, ne portez pas de béret, et qu'un chinois vient vous demander « mais êtes vous un vrai français ? », qu'en penserez-vous ?
Citer
ton envie de transmettre par l'exotisme, une distinction d'origine, est je crois, Cyr, à marquer d'une pierre angulaire à l'édifice humain de contemplation de ses diffractions d'être bienheureuses...
Si l'on veut comprendre, se satisfaire de la contemplation de l’exotisme des Autres ne suffit pas. Si l'on veut comprendre je dis. Et à côté de ça, personne, (vous les premier j'imagine), n'aime être réduit à son exotisme, encore moins assimilé et réduit à l’exotisme d'une masse imaginée et fantasmée. 

Citer
personnellement je sais pas si je serai clair, mais j'aimerais que le mot raciste ne sonne pas comme
'nous avons des problèmes de dévalorisation de nos communautés'
mais plutôt comme
'nous sommes fiers blancs, fiers noirs, fiers colorés, fiers humains ainsi diffractés'
Je ne crois pas qu'on ait à être fier (ou honteux) d'une couleur de peau, d'une origine et il me semble que la mécanique raciste se nourrit de ce sentiment mais ça c'est encore autre chose.

Citer
dire que "un chinois mange du chien à 80% de chances" n'est pas insultant
C'est de continuer avec ces histoires sans intérêt, sans réalité, de chinois/mangeur de chien qui est insultant. Ce n'est pas la question de manger du chien, bien sûr que manger du chien n'a rien d'insultant. Mais d'où on parle de chinois qui mangent du chien ? d'où sort ce pourcentage ? C'est cette idée qu'on répand sans l'avoir vérifiée, sans lui donner de substance, alors que pourtant elle n'est venue dans la tête que par préjugé, par ouï-dire, par cliché choquant, qui est insultante.

Citer
moi je reste profondément amer (huhu) envers le pays du café l'éthiopie, je ferais bien du vaudou comme du gospel pour l'ésotérisme plus ou moins certains, j'irais bien sûr voir le plus grand lac du monde, mais pas à l'époque des récits colonialistes à son propos... pis en vrai, les canibales c'est vrai que c'est pas un truc que d'afrique, donc c'est surement un peu humain, mais moi j'aime bien, déjà en bouche, c'est assez goûtu...
Ici il y a un bon exemple de ce que le mouvement de fascination produit. Le vaudou et le gospel ne sont envisagés que comme des fantasmes ésotériques pour la quête personnelle d'Ego. Si cela conduit à la rencontre, à la connaissance, à la compréhension, c'est une belle alchimie qui se produit. Mais combien d’occidentaux désœuvrés perdus dans dans les bourgades amazoniennes, errant de centre chamanique en centre chamanique à la recherche de l'authentique révélation ? Qu'on-t-il approché de la réalité indigène ? Qu'on-t-ils trouvé à part eux-même, quand-il ne se sont pas tout simplement perdus à l'intérieur d'eux-mêmes ? Quel rôle ont ces Autres dans tout ça ?


Je termine en revenant à l'exemple cité au début. Défendre une « Afrique des cases » contre une vision ethnocentriste de l'habitat humain par exemple, c'est possible. Sûrement louable. Mais enfermer l'africanité dans une case, ça ce n'est pas louable, en plus d'être un mensonge. De même, louer la case parce qu'en tant qu'européen, on est en colère contre le mode de vie de notre société (à raison probablement, là n'est pas la question) et en faire l'éloge à partir de son propre point de vue, c'est substituer ses propres fantasmes à la réalité vécue par les Autres. Rien n'empêche de vivre dans une case si on trouve ça magnifique, mais personne ne le fait, ou bien peu. De même, les gens qui vivent dans une case, p-e aiment-ils leur vie et ne voudraient pas qu'on les voit comme des « pauvres » mais qu'on les respecte et qu'on les comprenne en toute humanité, mais p-e aussi attendent-ils impatiemment que l'électricité et l'eau courante arrive chez eux... Tout ça les regarde avant tout, il faut l'avoir à l'esprit avant de projeter nos préoccupations sur l'altérité. Les Autres ont les leurs.


Pour conclure, au delà de tout jugement moral ou éthique, il faut être clair sur ce que, dans son rapport à l'altérité, l'on cherche à regarder, admirer, ou plus intelligemment, comprendre : soi-même, ou les Autres ?
Si l'on cherche à comprendre les autres, la fascination et la répulsion qui sont portés par des jugements de valeur sont des biais ethnocentristes qu'il convient d'éviter. Ils nous ramènent à notre propre vision du monde et nous empêchent d'accéder à celle de l'Autre.
En ce qui concerne le problème du racisme, je pense que la compréhension de l'Autre dans sa dimension humaine et pas proprement exotique est la voie qui permet de ne pas réduire l'altérité à un objet de fantasme, soit-il menaçant ou attirant. Que l'humanité qui se souhaite inclusive comprenne l'unité de l'Homme à travers la diversité des cultures (en toutes nuances et mouvements de chacune).

C'est tout pour moi
« Modifié: 27 Avril 2020 à 00:05:06 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne Angieblue

  • Prophète
  • Messages: 659
  • Je suis parolière de chansons à textes (poétiques)
    • Easyzic
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #144 le: 27 Avril 2020 à 13:00:51 »
Une chanson qui illustre bien le mouvement de fascination et d'idéalisation c'est, par exemple,"Africa" de Rose Laurens:
https://www.youtube.com/watch?v=5MMJNGshTL8

Et entre fascination et compréhension, cette chanson de Matthieu Chedid:
(Il a fait tout un album.)
https://www.youtube.com/watch?v=E0fKM2XMgpE
« Modifié: 27 Avril 2020 à 13:19:11 par Angieblue »
Angie

Hors ligne Cyr

  • Prophète
  • Messages: 622
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #145 le: 28 Avril 2020 à 12:14:59 »
Je rejoins Versus1. J'ai trouvé ton exposé clair et brillant, Loup-Taciturne. Le poème interpelle aussi.
« Modifié: 28 Avril 2020 à 15:08:16 par Cyr »
"Il y a deux sortes de poètes : les bons, qui brûlent leurs poèmes à l'âge de dix-huit ans, et les mauvais, qui continuent à écrire de la poésie jusqu'à la fin de leurs jours." Umberto Eco

Hors ligne Ari

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 566
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #146 le: 01 Mai 2020 à 20:17:26 »
Merci pour ton dernier post Loup, je le trouve moi aussi très intéressant. Par ailleurs cette manière d'exposer les choses peut s'appliquer à d'autres domaines / d'autres "altérités", précisément, et c'est chouette de pouvoir mettre des mots sur ces impressions.
~ Ari ~

Hors ligne Loup-Taciturne

  • Calliopéen
  • Messages: 592
  • serviteur de Saturne
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #147 le: 05 Mai 2020 à 23:18:20 »
Versus, ces paroles de Rumî que tu invoques me parlent. Et pour ne rien arranger, elles mettent en lumière une dimension supplémentaire de l'altérité, sur un plan transcendantale, interrogeant la relation d'identité et d'altérité dans le rapport au divin et à sa création, à l'Un et au Tout, de toutes les parties rapportées au Tout.

Angie, les chansons que tu proposes représentent pour moi de bons tremplins pour la réflexion, merci. Sans vouloir relancer le débat sur ces chansons, je dirais que la première annonce la couleur en toute transparence « je suis amoureuse, d'une terre », et on comprend que les clichés représentent l' « Africa » de la chanteuse. Mais effectivement c'est une Afrique fantasmée, subjective, affective. Au moins elle a la lucidité consciente ou inconsciente de s'assumer comme telle. Concernant la deuxième je ne sais pas trop quoi dire, l'altérité est réciproquement à l’œuvre (M, le clan Diabaté qui travail avec lui depuis un moment, Oxmo Puccino, Fatoumata Diawara), mais dans les paroles courtes, on a aussi cette idée de déclaration d'amour en toute lucidité, sûrement plus consciente, plus réflexive que dans la première quant au rapport à l'altérité.

« Te voir danser m'électrise
Peut être même que ça m'érotise
Que j'idéalise
Malice au Mali des merveilles
Le Mali dieu créa la flamme
Le Mali danse dans mon âme »

En fait je voudrais que cette discussion n'ait pas été une invitation à distribuer des bons points mais plutôt à prendre conscience de qui parle de qui, comment et pourquoi, sous quelles formes, quelles modalités et qu'est ce que tout ça signifie/véhicule comme sens (sens commun, sens personnel, sens pour les autres). Celui qui parle de l'Autre, bien souvent il parle en arrière plan de lui et témoigne de sa manière (personnelle ou culturelle) de penser/vivre son rapport à l'Autre. Invitation donc à conscientiser les imaginaires qui sous tendent nos visions de nous-mêmes et des autres. Il n'y a pas de mal à être fasciné et à le montrer ou le chanter tant qu'on ne prétend pas faire passer le fantasme pour la réalité. Il n'y a pas de mal à décrire et représenter ce qu'il y a dans ses yeux, dans sa tête ou son cœur, encore faut-il rendre compte avec une certaine transparence/honnêteté/lucidité de cette intériorité qui n'est pas le réel, qui n'en est qu'une image subjective et projetée. Il n'y a pas de mal à représenter tant qu'on est assez clair sur ce qu'on représente et d'où on le représente. En tout cas et à mon avis, ça protège des désillusions.

Cyr, c'était intéressant ce que tu avais écrit juste après   :noange:

Ariane, oui, je ne peux que te rejoindre. Ta remarque me rappelle à la perspective ethnopsychiatrique rassemblée par l'anthropologue lyonnais François Laplantine, dans Ethnopsychiatrie psychanalytique.
Je vous laisse avec elle, même si elle risque de paraître un peu théorique à certains et sûrement trop réservée aux domaines scientifiques concernés :

Citation de: Laplantine, François, 2007 Ethnopsychiatrie psychanalytique, Paris, Beauchesne.
« L'enfant est un être multiple, riche en possibilités, mais à mesure qu'il croit, il s'appauvrit, se dépouille de tous les "moi" qu'il aurait pu être pour se momifier dans une attitude sclérosée. Cependant, toutes les personnalités rejetées persistent dans l'inconscient, et souvent, nous aimerions les assumer pour représenter une autre personne. L'homme est un acteur condamné à un rôle unique, et qui cherche à travers les fuites, les voyages et les guerres à échapper à la tyrannie de la tunique de Nessus que la société a collée sur sa peau », Roger Bastide, Images du Nordeste mystique en noir et blanc, Paris, pazndora, 1978. p. 78. » Cité par Laplantine.

« De même que la psychanalyse, en nous faisant pénétrer dans l'univers redoutable de notre archaïsme individuel, a ouvert une brèche inouïe dans le champ du savoir doctrinal de l'Occident, l'expérience du terrain prolonge l'expérience du divan, le discours de l'autre (le "fou", le "primitif"...), tout en nous décentrant de nous-mêmes, ne cesse en effet de nous renvoyer à nous-mêmes. L’ethnopsychiatrie qui est d'abord l'expérience d'un double voyage, à l' "intérieur" (psychanalyse) et à l'extérieur (ethnologie), se trouve alors confrontée à quatre termes : la folie et la non-folie, l'archaïsme et la modernité, qui sont des figures universelles et virtuellement actualisable de chacun d'entre nous. »

Et il note en bas de page : « Ce qu'il convient de souligner ici vigoureusement est que c'est la réalité de ce mouvement de va-et-vient incessant entre ce que nous appelons le fou et le non-fou, d'une part, le primitif et l'homme de la modernité, de l'autre, qui est absolument fondateur des conditions même de possibilité des démarches respectives de la psychanalyse et de l'ethnologie. »

« Ce que nous voudrions maintenant montrer est qu'analyser, même le plus rigoureusement possible, le même phénomène, mais muni d'une démarche exclusive (la démarche psychiatrique ou la démarche ethnologique) fonctionnant dans l'autarcie et l’étanchéité, c'est non seulement réduire, mais détruire l'objet que l'on se proposait d'étudier, alors qu'il s'agit de le construire, en repérant des lieux d'articulation entre ses aspects psychopathologiques et ses aspects socioculturels. »

« Le psychisme n'est pas un produit sécrété par la culture locale dans laquelle on a été élevé  (…), l'individu n'est pas un pantin, une mécanique (…), il peut faire preuve de désobéissance, d'insolence, de rire, de distance critique par rapport aux modèles que sa propre culture tend à lui imposer. »

« Ce qui varie lorsque l'on passe d'une société à une autre, ce ne sont nullement les matériaux culturels utilisés – ces derniers sont rigoureusement les mêmes en Patagonie et au Japon, à Madagascar et au Canada – mais la manière dont ils s'organisent. Et de la même façon, la très grande diversité des formations psychologiques – d'un individu à l'autre, mais aussi de nous-mêmes à nous-mêmes dans le temps – ne doit pas nous dissimuler l'unité fondamentale du psychisme humain. (…) Il convient de montrer enfin l'existence d'une véritable homologie structurelle du psychisme et de la culture, dont l'un ne saurait être considéré comme un dérivé de l'autre, car ils sont tous les deux, selon l'expression de Georges Devereux, des "coémergents". Il est impossible de concevoir une culture qui ne serait pas vécue par un psychisme (la première n'existe nulle part ailleurs que dans le second). Et réciproquement il est impossible de penser la formation même de la personnalité, c'est-à-dire les processus d’acquisition cognitifs et affectifs, indépendamment  de la culture. Autrement dit les processus psychiques ne sont rien d'autre que la face "interne" de processus culturels, qui peuvent être de ce point de vue qualifiés d' "externes". Le psychologique, c'est le "dedans" de la culture, alors que la culture est le "dehors" du psychisme. Mais le "dehors" nous renvoie toujours au "dedans" et réciproquement, le psychologue et l'ethnologue ne travaillant pas sur des objets distincts, mais à partir de points de vue différents sur un objet rigoureusement identique. »
 

« Modifié: 06 Mai 2020 à 01:39:49 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

Hors ligne Angieblue

  • Prophète
  • Messages: 659
  • Je suis parolière de chansons à textes (poétiques)
    • Easyzic
Re : Approches esthétiques et socio-critiques en poésie
« Réponse #148 le: 06 Mai 2020 à 01:02:15 »
Merci, Loup, d'avoir recentré et éclairé ce débat. J'avoue que certains propos tenus m'avaient terriblement inquiétée.
Me voilà rassurée!
Angie

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.19 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.018 secondes avec 23 requêtes.