Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Au Green

Auteur Sujet: Au Green  (Lu 918 fois)

Hors ligne Hannahb

  • Plumelette
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Au Green
« le: 14 Avril 2020 à 21:16:34 »
Au Green. 

 Au détour d'une rue pavée, un panneau de bois vertical indique modestement "Hostel" comme il aurait pu être écrit "Saloon" en d'autres temps ou d'autre lieux. C'est l'entrée du Green, que scelle une porte étroite ouverte la journée, qui aurait tout aussi bien pu être fermée. Vous pourriez la dépasser des dizaine de fois sans jamais ne vous apercevoir de rien si comme ça m'est arrivé un jour chaud de Novembre vous n'y étiez pas attendus.  Depuis la rue on aperçoit au loin, passé le corridor puis la grande pièce de "vie" ( vous entreverrez sans doute par la suite ce que recouvre ce concept ici), les palmiers du jardin et les montagnes andines au loin.
 Mais pourquoi le Green me direz-vous? Parce que c'est un hôtel écologique, pour les amoureux de la nature, c'est dit.
Et pourquoi je vous parle de cet endroit? Sans doute parce que j'y ai rencontré Ruth et Alberto.


Ruth

 Si un jour vous pénétrez ici en matinée, vous la rencontrerez sûrement, derrière son comptoir. Nul doute qu'elle vous accueillera sans plus de cérémonies, il ne faudra pas nécessairement s'offusquer.

 Ruth. Elle est la doyenne du lieu, le roc.
 Une femme au teint basané, trapue, dodue, que ses poumons malades ne laissent respirer qu'avec difficulté. Si d'ailleurs vous la cherchez en après-midi, c'est une voix lointaine et étouffée qui vous répondra, celle d'un être empêché par les fils de sa machine à oxygène qui refuse de sortir de sa chambre et de se montrer ainsi. Car Ruth est orgueilleuse. Quand il y a 12 ans on lui annonce une maladie incurable, elle s'insurge contre l'absurdité de la médecine et ses accusations vaines. Elle malade, à d'autres. Les traitements jamais. A quelques potions chamaniques seulement elle daignera donner son assentiment. Car elle vient de là, la Guarija, le désert du nord de la colombie occupé par les Wahus, communauté indigène. La pauvreté immense, l'extrême chaleur, l'isolement en font une terre de survivants. Quand elle retourne à l'hôpital plusieurs années plus tard, on constate au passage que la maladie s'est désistée, les médecins sont médusés. Elle leur répond sans un mot, d'un regard désenchanté qui laisse néanmoins entrevoir cette lueur de défi que les années ne parviennent pas à éroder, jouant de ses faux-ongles roses brillants pour brosser en arrière ses cheveux courts et plus si nombreux. Elle est satisfaite.

 Je suis arrivée comme volontaires au Green, je dois tenir la réception. Comme l'hôtel est en faillite et le plus souvent désert, le luxe m’est offert de m’adonner en supplément à quelques tâches annexes comme vider les petites fausses poubelles de tri (Green!) dans la grande vrai poubelle ou  traîner dehors le chien de la maison qui tout en attendant ce moment avec autant d'enthousiasme que sa prochaine visite chez le véto n'en perd pas moins une occasion d'enfanter de véritables monstres chauds entre les pavés.

 Ca n'arrange pas beaucoup Ruth que je ne parle pas bien espagnol, la dimension d'échange culturel promise par l'annonce, une initative de sa fille, n'est pas celle qui semble l'accrocher le plus dans l'histoire. Elle me parle  dans un espagnol de la côte où les mots sont avalés, dépecés puis recrachés amputés de la moitié de leurs lettres. Je ne cherche plus à la comprendre ce qui ne l'émeut pas le moins du monde. L'essentiel est qu'elle ait dit ce qu'elle avait à dire, le reste ne lui appartient pas. Les quiproquos sont rois.

Elle se nourrit de gras et de rituels. Les lumières de l'hôtel doivent être allumées à heure fixe, chacune à sa minute dédiée. L'inventaire des frigos doit être fait chaque semaine selon une procédure sisyphéenne, sans discussion possible. Elle me la répètera du même ton monotone, sans agacement ni pédagogie, jusqu'à ce que je sois correctement formatée. Quand en vulgaire adepte de conservation de la matière je me prends à questionner la nécessité de recenser une nouvelle fois les bières puisqu'aucun mouvement n'a eu lieu dans la journée, Ruth m’ explique calmement, sans quitter des yeux l'écran de son téléphone sur lequel un chiot sauve la vie d'un bébé, que l'opération vise juste à s'assurer que les volontaires ne se servent pas de bière illégalement.
 
L'essentiel est bien sûr de faire entrer l'argent, le moindre centime compte. La vérification du contenu de la caisse lors de la relève est un passage délicat pour tout nouveau volontaire tant l'opération est là encore minée de codes absolument arbitraires, mais le seul qui permettra quand il sera maîtrisé d'obtenir un sourire de la patronne (les plus fous y distingueront même une once de gratitude).
La consigne est claire : Au comptoir, augmenter les prix tant qu'on le peut, tant pis si l'infortuné se rend compte sur sa chaise longue devant la piscine verdâtre que son voisin a payé trois fois moins cher que lui sur internet, la sncf n'a qu'à bien se tenir. On ne pourra toutefois s'empêcher de noter quelques légères sorties de route officielles dans la relation client comme lorsqu'un jeune couple fraîchement débarqué au comptoir fort de sa réservation booking est prié de  bien vouloir compléter le versement initial d'un second montant égal au premier car il y a eu une erreur de prix sur internet.
Ne surtout pas oublier non plus d'annoncer dès l'arrivée du client la taxe appliquée à quiconque fera entrer de l'alcool sur le site. 5000 pesos pour une bouteille de wisky, c'est toujours ça de pris. Tant pis si l'annonce peut faire fuir le seul client de la journée, encore une fois il y a des choses qui méritent d'être dites.
  A 16h30 précise, autrement connue comme la mi-temps de ma traversée du désert  quotidienne, Ruth va chercher le jeu de petits chevaux posé sur la télé, s'installe à sa place sur la table en palette (Green!) de la pièce principale et débute la partie qu'elle dispute quotidiennement avec Alberto, son frère, qui vit ici avec elle.

 Alberto

           Alberto est assis là depuis deux heures sur le bord du canapé, le dos raide et voûté soutenu par de maigres bras appuyés sur ses genoux. Ses yeux sont rivés au sol. Il fait face au dessin animé pour enfants qui le pousse parfois à esquisser un mince sourire en levant les yeux. Je l'épie du coin de l'oeil depuis le comptoir de la cuisine, veille à ce qu'il écoute bien la télévision. Il serait juste un homme d'une cinquantaine d'année, qui ferait un peu plus vieux que son âge certes, et qui fatigué ce jour-là écouterait la télévision sans la regarder, pour se reposer, juste le temps qu'il faudrait pour se détendre la nuque et les yeux. Mais soudain, comme un escargot sous la pluie, il anéantit mes espoirs et semble être définitivement aspiré en lui-même. Il recommence. Soudain, l'insoutenable difficulté à habiter le monde qu'il portait un instant plus tôt en auréole vient désormais peser de tout son poids sur ses épaules qui se recroquevillent, impuissantes. Sa détresse ne fait plus de doute, son regard se fige définitivement sur la télécommande. Son corps de vieux veut le suivre, disparaître lui aussi, ses yeux implore pour le corps entier qu'on le laisse s'évaporer, mais non il reste coincé là, sur ce canapé, à la vue du monde. Et puis à un moment, parce qu'un client s'est invité sur le canapé (pas de chance, les statistiques pour que la situation advienne jouaient pourtant en sa faveur) Alberto revient à la surface et se dirige quelques mètres plus loin, vient s'appuyer sur le rebord de la fontaine du corridor où son échappée intérieure recommencera bientôt. Sans doute aimerait-il retrouver sa chambre mais elle est fermée, Ruth pense qu'il est important qu'il ne s'isole pas trop. Alors il reste là, docile et résigné.
                 Chaque après midi , vers 16h30, il se livre à la partie de petits chevaux muette que Ruth lui propose ou lui impose. Quand parfois elle s'absente quelques minutes durant la partie, Alberto jette les dés à l'infini et me tétanise. Il est la présence muette et criante de l'invivabilité du monde. Alors je trouve n'importe quelle excuse bateau pour m'adresser à lui, déjà coupable de le déranger, de vouloir satisfaire mon propre désir de le voir entrer en relation et cesser ce terrifiant lancé de dé. Aimerait-il qu'on joue au monopoly un jour tous les deux? Il me répond de quelques mots mal articulés que je ne comprends pas. Ses yeux  noirs sont enfoncés dans son visage pour voir du plus loin possible, son regard est doux mais fuyant. Il m'éconduit gentiment, d'un sourire en coin gêné. Sa bouche est celle des vieillards, sans lèvres, difficile à distinguer, ultime tentative physique pour se voir rayer de la liste des communiquants. Alors je lui en veux presque. Parce que son projet de ne pas parler a échoué, bien au contraire il communique puissamment, violemment.  Il ne peux pas nous dire ça, nous faire ressentir ça sans fard, avec cette honnêteté des fous, brute, rare, déconcertante et ne répondre de rien.  Alberto m'attire et me bouleverse.
     
      Je m'échappe avec le chien. Ruth me crie que j'ai oublié le petit sachet plastique noir qui doit m'accompagner fidèlement pendant le cérémonial. Ou plutôt c'est ce qui me vient quand j'entends qu'elle s'adresse à moi et que je me souviens l'avoir oublié.

Hors ligne txuku

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Re : Au Green
« Réponse #1 le: 15 Avril 2020 à 18:36:56 »
Bonsoir

Des personnages originaux et bien campes - lecture facile et agreable ! :)
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Safrande

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Re : Au Green
« Réponse #2 le: 15 Avril 2020 à 19:30:52 »
Bonjour Hannahb, déjà permet moi de te dire que j'ai toujours aimé ces tentatives de peindre des bonnes gens, qui plus est avec un regard aux relents de satire. Je trouve que c'est en partie réussi. Tes deux personnages ont l'air d'exister.

Citer
Vous pourriez la dépasser des dizaine de fois sans jamais ne vous apercevoir de rien si comme ça m'est arrivé un jour chaud de Novembre vous n'y étiez pas attendus.
Il y a un gros hic dans cette phrase. Je pense que la négation « ne » et le « si » sont en trop. Ensuite il y a le «  vous n'y étiez pas attendus. » qui est très mal amené, je ne comprend pas trop ce qu'il fait là. Enfin la phrase dans sa globalité, pour moi, manque vraiment de maîtrise (comme tu sais pourtant le montrer par la suite). Peut être un oubli de la retravailler ?

Citer
Depuis la rue on aperçoit au loin, passé le corridor puis la grande pièce de "vie" ( vous entreverrez sans doute par la suite ce que recouvre ce concept ici), les palmiers du jardin et les montagnes andines au loin.
Pour moi « entrevoir » alourdit ta parenthèse, peut être « voir », même si ce n'est pas forcément ce que tu veux dire, serait plus juste. Souvent, une parenthèse doit être concise (après ça dépens qu'elle intention ont a ; ici, ont est clairement dans l'information, l'avertissement : ce doit être bref). De même, je pense que tu peux retirer « ici » qui, en plus d'alléger, enlèvera une sonorité « Ssssss » déjà trop présente (dans la parenthèse). Ensuite tu as une répétition de « au loin », au début et à la fin de ta phrase. Sans tout ça, ta phrase serait jolie et efficace.

Citer
Mais pourquoi le Green me direz-vous? Parce que c'est un hôtel écologique, pour les amoureux de la nature, c'est dit.
Là ça n'a l'air d'un tout petit rien, mais le « c'est dit » rajoute du style je trouve, de la spontanéité, que j’apprécie.

Citer
nécessairement s'offusquer
J'aime bien la tournure, mais trop de « Ssss » en deux mots (après, c'est personnel : je peux pas m'empêcher de me dire « que donnerait le texte déclamé par un mec qui a un cheveux sur la langue »)

Citer
Elle malade, à d'autres.
Je ne comprend pas très bien ? Tu voulais dire quelque chose comme « La maladie, c'est pour les autres » ?

Citer
Quand il y a 12 ans on lui annonce une maladie incurable, elle s'insurge contre l'absurdité de la médecine et ses accusations vaines.
Là je me trompe sûrement mais il n'aurait pas fallu utiliser le plus-que-parfait ?
«  Quand il y a 12 ans on lui avait annoncé une maladie incurable, elle s'était insurgée ... »
Après je ne suis vraiment pas sûr de moi, je suis très nul dans ce domaine.

Citer
Car elle vient de là, la Guarija, le désert du nord de la colombie occupé par les Wahus, communauté indigène
Là ça ne serait pas «  Car elle vient de là, la Guarija, du désert du nord... »
Après je comprend que ça fait beaucoup de Dddd.

Citer
Elle leur répond sans un mot, d'un regard désenchanté qui laisse néanmoins entrevoir cette lueur de défi que les années ne parviennent pas à éroder, jouant de ses faux-ongles roses brillants pour brosser en arrière ses cheveux courts et plus si nombreux. Elle est satisfaite.
Ça j'aime beaucoup, en plus les « faux ongles rose brillant » donne un ridicule délicieux au personnage dur comme un « roc ». Le seul petit truc qui m'a fait buter est «  plus si nombreux », que tu pourrait peut-être remplacer par un simple adjectif.

Citer
Comme l'hôtel est en faillite et le plus souvent désert, le luxe m’est offert de m’adonner en supplément à quelques tâches annexes comme vider les petites fausses poubelles de tri (Green!) dans la grande vrai poubelle ou  traîner dehors le chien de la maison qui tout en attendant ce moment avec autant d'enthousiasme que sa prochaine visite chez le véto n'en perd pas moins une occasion d'enfanter de véritables monstres chauds entre les pavés.
Ça aussi j'aime bien, le regard que tu porte a quelque chose de nonchalant, donné peut être par la phrase longue sans ponctuation.

Citer
Ca n'arrange pas beaucoup Ruth que je ne parle pas bien espagnol, la dimension d'échange culturel promise par l'annonce, une initative de sa fille, n'est pas celle qui semble l'accrocher le plus dans l'histoire.
Y'a un changement de sujet après la première virgule, qui rend la phrase incohérente.

Citer
Elle me parle  dans un espagnol de la côte où les mots sont avalés, dépecés puis recrachés amputés de la moitié de leurs lettres.
:)

Citer
Elle me la répètera du même ton monotone, sans agacement ni pédagogie, jusqu'à ce que je sois correctement formatée.
Là encore le ton est blasé, j'aime ça.

Citer
Quand en vulgaire adepte de conservation de la matière je me prends à questionner la nécessité de recenser une nouvelle fois les bières puisqu'aucun mouvement n'a eu lieu dans la journée, Ruth m’ explique calmement, sans quitter des yeux l'écran de son téléphone sur lequel un chiot sauve la vie d'un bébé, que l'opération vise juste à s'assurer que les volontaires ne se servent pas de bière illégalement.
Peut-être que ce passage mériterait quelques retailles.

Citer
absolument arbitraires
Je pense que l'adverbe n'est pas nécessaire.

Citer
mais le seul qui permettra quand il sera maîtrisé d'obtenir un sourire de la patronne (les plus fous y distingueront même une once de gratitude)
Quelle méchanceté... Réjouissant ! Ce que j'aime bien c'est que tu te tiens à ton style ; je remarque souvent que tu ne met pas de virgule là où on serrait tenté d'en mettre, typiquement dans ce passage pour « quand il sera maîtrisé », ce qui donne quelque chose de froid et qui participe au ton un peu satirique.

Citer
Au comptoir, augmenter les prix tant qu'on le peut, tant pis si l'infortuné se rend compte sur sa chaise longue devant la piscine verdâtre que son voisin a payé trois fois moins cher que lui sur internet, la sncf n'a qu'à bien se tenir.
Là pareil. Je crois que c'est Faulkner qui a ce genre de manie aussi, ce qui donne à ses récits quelque chose d'haletant. Par contre ici je ne suis pas fan de la référence à la Sncf. Comme tout à l'heure la référence au « chiot qui sauve la vie d'un bébé ». Je ne trouve pas ça très littéraire, après, c'est assez personnel.

Citer
Soudain, l'insoutenable difficulté à habiter le monde qu'il portait un instant plus tôt en auréole vient désormais peser de tout son poids sur ses épaules qui se recroquevillent, impuissantes.
Je ne comprend pas tout le sens de « en auréole ». Y'a aussi une répétition à « Soudain » que tu as déjà utilisé dans ta phrase d'avant.

Citer
(pas de chance, les statistiques pour que la situation advienne jouaient pourtant en sa faveur)
Je trouve que cette parenthèse est de trop. La scène aurait été peut-être été plus drôle si t'avais décrit une certaine panique comme celle un petit vieillard apeuré.

Citer
Chaque après midi , vers 16h30, il se livre à la partie de petits chevaux...
Là j'aurais aimé que tu mettes un rappel, quelque chose pour comprendre que tu reprend ou tu t'étais arrêté, par exemple (vu que je n'arrive pas à l'expliquer) : « Chaque après midi , vers 16h30 donc, il se livre à la partie de petits chevaux... » Bon là ce n'est pas très joli, mais tu comprend l'idée. Parce-que là on dirait que tu as toi même oublié, dans ton récit, que tu as déjà dit qu'à 16h30 il y avait la partie de petits chevaux... bon là je pinaille.

Citer
Quand parfois elle s'absente quelques minutes durant la partie, Alberto jette les dés à l'infini et me tétanise.
Ça j'adore...

Citer
Il est la présence muette et criante de l'invivabilité du monde
… mais ça c'est trop pompeux pour le ton plutôt moqueur que tu avais pris jusque là, trop tragique.

Citer
Alors je lui en veux presque. Parce que son projet de ne pas parler a échoué, bien au contraire il communique puissamment, violemment.  Il ne peux pas nous dire ça, nous faire ressentir ça sans fard, avec cette honnêteté des fous, brute, rare, déconcertante et ne répondre de rien.  Alberto m'attire et me bouleverse.
J'aime bien l'idée que ça énerve le narrateur pour une raison plutôt obscure (?), cependant je trouve que les phrases sont un peu embrouillées/manquent de clarté. « Alors je lui en veux presque. Parce que son projet de ne pas parler a échoué, bien au contraire il communique puissamment, violemment. » je l'aurais vu peut-être comme ceci « Alors je lui en veux presque, parce que son projet de ne pas parler a échoué. Au contraire, il communique puissamment, violemment. », même si le « au contraire » me gêne un peu. «  Il ne peux pas nous dire ça », nous dire quoi ? « nous faire ressentir ça sans fard », nous faire ressentir quoi ? De plus ça fait beaucoup de « Sss », pas très mélodieux. Après j'ai sûrement loupé quelque chose, et je serrais ravi que tu m'éclaire.

Citer
Je m'échappe avec le chien. Ruth me crie que j'ai oublié le petit sachet plastique noir qui doit m'accompagner fidèlement pendant le cérémonial. Ou plutôt c'est ce qui me vient quand j'entends qu'elle s'adresse à moi et que je me souviens l'avoir oublié.
Et j'aime bien la fin, avec un ton aussi nonchalant que le reste, qui finalement résume bien !

Tu sais, si t'avais concentré toute ton énergie à te moquer, et si il n'y avait pas quelques approximations dans les phrases (celles que j'ai cité), ton textes aurait était entièrement jubilatoire ! Comme dit Witold Gombrowicz, il faut arrêter d'être "des enfants sages" (non pas que tu sois sage, au contraire >:D).
Sinon dans l'ensemble j'ai trouvé ça bien, ça m'a fait rire (et ça fait du bien, enfin!). Le sujet est léger, on se moque gentiment, on épie les habitudes. Si c'était l'intention, c'est réussi !

« Modifié: 15 Avril 2020 à 21:14:48 par Safrande »
Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne Hannahb

  • Plumelette
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Re : Au Green
« Réponse #3 le: 17 Avril 2020 à 16:27:56 »
Hello !
Pardonnez moi pour le temps de latence, mais ma connexion internet ici est trèèèèès fluctuante.

@Txuku : Merci beaucoup de ta lecture et de ton retour  ;)

@ Safrande : Waoue, merci beaucoup du temps et de l'énergie que tu as consacré à ce retour !

Je prends note de tes remarques de "forme" dont la plupart me parlent.

Je crois que je te dois quelques explications haha ( je ne sais pas comment citer donc ce sera bricolage maison)

Elle malade, à d'autres.
Je ne comprend pas très bien ? Tu voulais dire quelque chose comme « La maladie, c'est pour les autres » ?

--> "A d'autres", on dit ça parfois, implicitement ça signifie " me la fais pas à moi, fais la à d'autres moins crédules".

Car elle vient de là, la Guarija, le désert du nord de la colombie occupé par les Wahus, communauté indigène
Là ça ne serait pas «  Car elle vient de là, la Guarija, du désert du nord... »
Après je comprend que ça fait beaucoup de Dddd.

--> La Guajira est le nom du désert mais les lecteurs ne le savent pas forcément donc j'ouvre une explication entre les virgules. Je ne comprends pas bien pourquoi le Le désert ne va pas pour le coup.

Sur le fond,
Je comprends que  le changement de ton entre la moquerie dans la description de Ruth et le côté plus premier degré de la description d'Alberto ne puisse déconcerté. Je n'en suis pas entièrement satisfaite non plus, je me suis peut-être trop laissée emportée par la vérité de mon état ( c'est autobiographique : Ruth me faisait rire, Alberto me touchait) ce qui au niveau littéraire ne rend pas forcément. J'aurais pu choisir une ligne directrice plus claire pour l'esthétique du texte je vais revoir ça, merci beaucoup.

Ensuite, j'ai essayé de décrire la folie d'Alberto, qui souffre en fait de schizophrénie . Ce n'est sans doute pas assez clair mais c'était à dessein je préférais que ce soit plutôt esquissé. Je me rends compte que ça nuit  sans doute trop à la compréhension.
Du coup :

"(pas de chance, les statistiques pour que la situation advienne jouaient pourtant en sa faveur)
Je trouve que cette parenthèse est de trop. La scène aurait été peut-être été plus drôle si t'avais décrit une certaine panique comme celle un petit vieillard apeuré."

---> Alberto, tout "fou" qu'il est,  n'évolue pas vraiment dans le "réel". Le faire avoir peur est une réaction trop ancrée dans la réalité. Il est loin de ça.

"Alors je lui en veux presque. Parce que son projet de ne pas parler a échoué, bien au contraire il communique puissamment, violemment.  Il ne peux pas nous dire ça, nous faire ressentir ça sans fard, avec cette honnêteté des fous, brute, rare, déconcertante et ne répondre de rien.  Alberto m'attire et me bouleverse.
J'aime bien l'idée que ça énerve le narrateur pour une raison plutôt obscure (?), cependant je trouve que les phrases sont un peu embrouillées/manquent de clarté. « Alors je lui en veux presque. Parce que son projet de ne pas parler a échoué, bien au contraire il communique puissamment, violemment. » je l'aurais vu peut-être comme ceci « Alors je lui en veux presque, parce que son projet de ne pas parler a échoué. Au contraire, il communique puissamment, violemment. », même si le « au contraire » me gêne un peu. «  Il ne peux pas nous dire ça », nous dire quoi ? « nous faire ressentir ça sans fard », nous faire ressentir quoi ? De plus ça fait beaucoup de « Sss », pas très mélodieux. Après j'ai sûrement loupé quelque chose, et je serrais ravi que tu m'éclaire."

--> Très schématiquement, je lui en veux parce que :
- Comme la vision de toute "folie", ça nous ramène à des questions existentielles cruciales et potentiellement angoissantes ( Qu'est ce qu'on fait ici, pourquoi?). Ces questions que nous cherchons à enfouir au quotidien mais que le fou vient déterrer et brandir au grand jour.
" Nous dire quoi?" --> qu'il crie, comme peut-être au fond chacun de nous à un moment donné " pourquoi je suis là?"
"Nous faire ressentir quoi?" --> l'absurdité du monde

Tu vois un peu le genre? Haha.

Bon la vérité c'est que je travaille beaucoup en hôpital psychiatrique et que peut-être la folie, et les questions qu'elle soulèvent qui me paraissent familières, est exposée ici de manière trop embrouillée.
Je vais tenter de clarifier tout ça !

Merci encore mille fois,

Au plaisir de te lire !






Hors ligne Safrande

  • Troubadour
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Re : Au Green
« Réponse #4 le: 18 Avril 2020 à 21:35:18 »
Salut Hannahb ! J'étais impatiens que tu réponde parce que j'aime ton texte, j'aime l'esprit !

Citer
Waoue, merci beaucoup du temps et de l'énergie que tu as consacré à ce retour !
Au plaisir :)

Citer
"A d'autres", on dit ça parfois, implicitement ça signifie " me la fais pas à moi, fais la à d'autres moins crédules".
Au moins je me coucherais moins bête.

Citer
La Guajira est le nom du désert mais les lecteurs ne le savent pas forcément donc j'ouvre une explication entre les virgules. Je ne comprends pas bien pourquoi le Le désert ne va pas pour le coup.
Pardonne ma trop grande hâte, et mon ignorance. En faite je n'avais pas compris le sens de ta phrase. Je crois que c'est à cause de la doublure du "la", ça ma perturbé. Du coup... qu'est ce que tu pense d'enlever le "là"? Tu y gagneras peut être en clarté ? « Elle vient de la Guarija, le desert... »

Citer
Je comprends que  le changement de ton entre la moquerie dans la description de Ruth et le côté plus premier degré de la description d'Alberto ne puisse déconcerté.
Après, pas tant que ça, tu garde une certaine cohérence ; on sent qu'avec Alberto ça devient plus solennel, mais il y a encore quelques petites choses rigolotes. En faite, pour clarifier mes propos, c'est que les moqueries sont tellement bonnes que je regrette que ton texte n'en soit pas plus assaisonné : faut être généreux en cuisine... Hum... Après c'est comme toujours il y en a qui préférerons l'inverse etc... Mais je trouve que tu as un vrai petit regard malicieux, que j'aimerais voir exploité  :P Et les propos sérieux n'empêche rien, la preuve : "Sa bouche est celle des vieillards, sans lèvres, difficile à distinguer, ultime tentative physique pour se voir rayer de la liste des communiquants."

Citer
Ensuite, j'ai essayé de décrire la folie d'Alberto, qui souffre en fait de schizophrénie .
Tout s'explique !

Citer
Alberto, tout "fou" qu'il est,  n'évolue pas vraiment dans le "réel". Le faire avoir peur est une réaction trop ancrée dans la réalité. Il est loin de ça.
Oui là je me suis permis une proposition à la c... que je n'aurais même pas dû faire, quand je me relis je me rend compte que je dis vraiment n'importe quoi. N'hésitez pas à me recaler hein, ça fera du bien à vous et à moi xD

Citer
--> Très schématiquement, je lui en veux parce que :
- Comme la vision de toute "folie", ça nous ramène à des questions existentielles cruciales et potentiellement angoissantes ( Qu'est ce qu'on fait ici, pourquoi?). Ces questions que nous cherchons à enfouir au quotidien mais que le fou vient déterrer et brandir au grand jour.
" Nous dire quoi?" --> qu'il crie, comme peut-être au fond chacun de nous à un moment donné " pourquoi je suis là?"
"Nous faire ressentir quoi?" --> l'absurdité du monde
Je comprend absolument ce que tu me dis là, mais même en relisant, je ne le ressens pas dans ton texte...  :-\
En tout cas ça pourrait être vraiment sympa à exploiter  :)

Citer
Merci encore mille fois
Pas tant pas tant... Merci à toi de m'avoir éclairci sur ton texte ! à bientôt !





Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

 


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