Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

07 Août 2026 à 11:48:37
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Auteur Sujet: Magie dure vs magie douce  (Lu 7415 fois)

Hors ligne Dot Quote

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Re : Magie dure vs magie douce
« Réponse #15 le: 14 Mars 2020 à 09:00:52 »
ahah exta merci ! tu nous rattrapes au moment où je chutais, j'ai pas tout compris mais je crois qmm que ça lie des ponts !
alan merci de ton implication mais je crois je n'avais pas ultra-besoin, ou en tout cas pas ici, de l'explication d'une cohérence

heu après moi je retiens ce qu'il y a dans tout débat binaire : l'apparition de ce que tu nommes hybride, exta, qui pour moi est LA juste mesure de la préhension d'un concept binaire, les autres n'étant que des déséquilibres

et exta, merci aussi de ton travail du rendu du document c'était plus fluide à se pencher dessus pour moi !

au plaisir à vous trois !
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Hors ligne Alan Tréard

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Re : Magie dure vs magie douce
« Réponse #16 le: 14 Mars 2020 à 11:30:11 »
Bonjour extasy,


C'est toujours très intéressant de bénéficier de ton regard, en plus, en ayant lu l'essai, tu as confirmé qu'il s'agissait bien de parler d'un ensemble de techniques de narration, et c'est vraiment super.

C'est vraiment super, parce que ça permet d'expliquer à quelqu'un comme Dot Quote (plutôt sensible à la science, à la philosophie, à la science-fiction) qu'en fait Sanderson et moi-même (un auteur qui privilégie la magie dite « douce » et un auteur qui privilégie la magie dite « dure ») ont véritablement le même objectif : maîtriser les techniques de narration.

Un auteur de fantasy et un conteur ont le même objectif, c'est sur les méthodes, outils, moyens d'y arriver que les questions se posent. Le genre reste le même, simplement les expériences sont différentes et amènent de nouvelles questions.


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Est-ce que c'est compréhensible ce que je raconte ? Parce que j'ai l'impression d'avoir pris certains raccourcis pour arriver à stabiliser la dualité de vos visions haha

Effectivement, j'ai vu certaines imprécisions dans le résumé que tu proposes, je vais essayer d'apporter des clarifications sur le fond du débat.


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Je me dis aussi que peut-être, le potentiel d'une magie dure se trouve déjà dans une magie douce et vice-versa, un petit point de yin dans le yang et un petit point de yang dans le yin, etc. Et que réussir à créer une bonne histoire ça doit être une question de dosage, un dosage qui n'est jamais le même pour deux auteurs et deux textes, donc qu'il n'y a pas vraiment de règle fixe pour ça, et que le vrai secret d'une bonne histoire finalement se trouve toujours autre part.

Ici, tu définis tout l'enjeu pour l'auteur : s'il veut proposer un « faux système de loi » un système imaginaire, il doit réussir à faire en sorte que le lecteur y croit. Il faut donc un système qui soit à la fois technique (dont on puisse détacher chacune des parties pour l'étudier) et à la fois attrayant.

La difficulté, c'est que si un lecteur ne s'intéresse pas à cette machine magique, l'auteur aura beau avoir constitué tout un processus complexe, le lecteur n'en retiendra rien.

C'est donc la raison pour laquelle Sanderson pose la question du rôle de la magie, de ses possibilités et de ses limites en matière de narration. Il n'y a aucune utopie véritable derrière, ce n'est qu'une histoire de techniques de narration, une façon de construire son récit.


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Le premier donc dira qu'il faut avant tout bien cerner sa magie et son impact dans l'univers qu'on imagine, et que la narration viendra ensuite avec ce premier travail bouclé. Et le second que le plus important c'est de raconter une bonne histoire à l'aide de la magie, et que ce qu'il faut de magie pour ça se révélera durant l'écriture de l'histoire.
En gros chacun privilégiera une forme de magie, dure pour le premier et douce pour le second, ce qui me ramène à mon concept de yin yang.

Sauf que si tu poses une toupie sur une pente abrupte, tu peux être sûr qu'elle tombera.

Toute la question de l'essai, c'est sur le rôle de la magie dans la narration. Il n'y a pas « d'objectif d'imaginer un système magique pour l'humanité », ceci n'existe pas, c'est un mythe. Si Sanderson se pose la question de l'intervention magique dans la narration, c'est pour indiquer la nécessité d'être prudent sur son utilisation.

Sanderson estime qu'il y a aujourd'hui trop de récits de fantasy dont la résolution du conflit est « magique », dont le personnage n'est pas à l'origine de la résolution des conflits. Et c'est ce que j'expliquais avec mon exemple d'Ulysse, c'est le personnage qui est le pilier du récit, c'est à lui de résoudre les conflits par sa propre volonté.

Comme l'indique Sanderson dans son essai, dans l'hypothèse où le personnage pourrait résoudre le conflit via une utilisation/un emploi de la magie, il faudrait nécessairement que cela signifie que la magie soit un outil dans la main d'une volonté individuelle, et donc avoir expliqué au lecteur comment fonctionne la magie.

Cette prudence évoquée par Sanderson (et que je rejoins clairement, nous ne sommes pas en contradiction lui et moi), c'est celle d'indiquer à la littérature de l'imaginaire qu'elle a besoin de remettre le personnage au cœur du récit : si la magie devait résoudre un conflit, cela signifierait que le personnage l'a utilisée comme un outil et donc que l'auteur a expliqué, au cours de la narration, comment pouvait être employée cette utilisation.


Ce que dit implicitement Sanderson est la chose suivante : « si vous ne vous sentez pas capables de créer un système magique complexe ou pratique, mettez ça le plus loin possible des mains de votre personnage... » Il remet bien au cœur des questions l'idée selon laquelle un récit ne peut pas se passer d'une bonne narration, et qu'une bonne narration, c'est une narration maîtrisée (technique). Un auteur incapable d'inventer une machine magique, il faut qu'il aille voir ailleurs, dans le merveilleux par exemple, où les machines sont remplacées par des créatures irrationnelles, des divinités surnaturelles ou des apparitions impossibles sur lesquelles le personnage principal n'a aucun contrôle.

Le goût des lecteurs, il change, il vient, il va, attention à ne pas lui courir après, ce n'est pas une technique de narration, de courir après les goûts des lecteurs.

L'essai de Sanderson n'invite pas à faire « comme on aime », il invite à travailler sa technique de narration, à restreindre ses propres goûts, à se mettre des conditions quand on veut créer un récit palpitant. Il ne s'agit pas de dire « moi, j'aime ça, pourquoi pas toi ? » mais plutôt « Si je travaille sur un ouvrage, et que je souhaite en maîtriser les ressorts, je dois questionner toutes les tendances que je vais emprunter, y compris l'utilisation de la magie que je me permets d'explorer ».


S'il faut qu'il y ait des contreparties, elles ne doivent pas être des « petits arrangements avec le lecteur », dire qu'une magie serait en capacité de résoudre un conflit, comme ça, comme par magie, c'est s'engouffrer dans une narration imprudente.


Une fois le but de cet essai défini, et les questions qui en émanent définies, je pense qu'on peut dire très clairement que Sanderson essaie par tous les moyens de concilier l'intérêt (le goût) et la pratique (la narration) ; peu importe ce qu'on aime comme type de magie, il faut que cela puisse faire sens sur le papier, devenir un récit porté par le personnage (la magie ne doit pas porter un récit), et avoir une narration technique et une continuité évidente.


C'est aussi ce qui explique que cette thématique soit propre à la mythologie.
« Modifié: 14 Mars 2020 à 11:40:22 par Alan Tréard »

 


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