Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

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Auteur Sujet: Mathilde  (Lu 1929 fois)

Hors ligne ElCa

  • Buvard
  • Messages: 5
Mathilde
« le: 05 Mars 2020 à 18:23:21 »
Bonjour à tous et merci de m'avoir accepté sur ce forum.
Je vous présente ce petit texte, destiné à devenir une très longue nouvelle ou un court roman:-¬?

Je suis curieux de tous vos retours, quels qu'ils soient, sur la forme comme sur le fond.






"Bonjour Mademoiselle, vous auriez quelques centimes s'il vous plaît ?"

Il était fidèle au poste, assis au milieu des deux entrées du Carrefour de la rue marchande, tout prêt de son lycée. Rien ne manquait, tout était la : la couverture sur les genoux, la casquettes ou s'entassaient quelques pièces, et son chien. Noir et touffu, il était allongé, sa bonne tête posée sur les genoux de son maître. Un sympathique duo qu'elle croisait tous les midis en allant prendre son déjeuner au supermarché. Elle ne disait rien, lui donnait quelques pièces de la main a la main. Jamais elle ne les ballarguait directement dans la casquette. Autant conserver un peu d'humain.
Il la remerciait, tout sourire, tout joie de vivre.
Il devait avoir vingt-cinq ans, pas beaucoup plus. Un piercing à l'arcade, une masse hirsute de cheveux noirs sous une casquette militaire hérissée de clous et de capsules de bières qui en pincaient le rebord. Le chien aussi avait droit a ses ornements; autour de la simple corde qui lui servait de collier, le jeune homme avait passé des languettes de canettes, de bière encore sans doute. Faut dire qu'elle ne l'avait jamais vu avec un Coca, et elle n'avait pas l'impression qu'elle le verrait en boire un de si tôt. Les languettes métalliques argentées, dorées, rouges, rendait la bête encore plus sympathique.
Le chien se leva et lappa quelques gorgées d'eau dans l'une des gamelles posées au pied de l'énorme sac de son propriétaire. Lui aussi bu quelques gorgées de bière, qu'il replaça soigneusement derrière son dos. Faut faire bonne impression quand on fait la manche, apparement.

Elle était restée sans répondre, à les regarder tous deux. Sa gorgée finie, le regard de l'homme recroisa le sien. Il se demandait sans doute pourquoi elle bloquait ainsi, mais sans trop s'en soucier apparemment. Il héla une autre cliente qui s'apprêtait à rentrer dans le magasin. Elle sourit un  "Non, désolée" avant de s'engouffrer entre les portes automatiques.
Le chien, revenu se lover contre son maître leva la tête vers elle lui aussi.
Elle avait toujours eu envie de le caresser, jamais osé. Elle ne connaissait pas le nom de ce mec qu'elle croisait cinq jours par semaine et qu'elle sponsorisait à coups de cinquante centimes par jour. Elle ne connaissait rien d'eux en somme, si ce n'était leur situation.
Et bien, ce serait pour aujourd'hui.

"Tu veux pas une bière, plutôt ?"
Ca y est, elle s'était lancée. Elle avait l'impression que les mots s'étaient échappés de sa bouche, qu'elle venait de dire une énorme connerie, qu'elle n'était pas à sa place ici, en disant cela. Il y avait peut-être du vrai là dedans, d'ailleurs.
Le tutoiement était sorti naturellement. Elle se demanda pourquoi. Jamais elle n'aurait tutoyé un inconnu dans la rue.
Il parut un peu surpris durant une demie seconde, puis un rire franc lui échappa, découvrant ses dents, abîmées par Dieu sait quoi. La vie, l'alcool, la drogue... Elle ne voulait pas savoir. Tout juste pouvait elle constater qu'il en manquait quelques unes.
"Si tu veux, ouais."
Cette phrase la sortie de l'apnée durant laquelle elle était plongée depuis une poignée de secondes.

"Okay, je vais chercher ça, je reviens."
Et elle rentra dans le magasin. Il y faisait chaud, et elle n'en avait pas besoin. Elle était persuadée d'être rouge pivoine. Elle déssera quelque peu son écharpe, puis l'enleva carrément en se rendant au rayon bière. Elle ne le connaissait que pour ses Despés et autre bières aromatisées, qui semblaient plus être du soda qui monte doucement a la tête à partir du troisième qu'autre chose. On boit rarement autre chose a dix-sept ans, au sein de cette génération.
Mais elle savait que là, ce n'était pas ce qu'il fallait. Elle arpenta donc plus avant le rayon bière jusqu'à aller tout au bout. Là se trouvaient les bières qu'il buvait. Des canettes noires et dorées, avec un gros "7,9°" en plein centre. Soixante-treize centimes pièce.
Elle se demanda quelques secondes si il les choisissait pour le prix ou le titrage, puis conclut rapidement que c'était sans doute pour les deux.
Elle se rendit aux caisses automatiques afin d'éviter de se faire demander sa carte d'identité par une caissière un peu zélée, puis sortit dans le froid mordant de la grande rue.

***

"Tu bois ça, toi ?" s'esclaffa-t-il en la voyant sortir les deux bras chargés par les canettes.
"Parfois", mentit-elle.
Elle lui tendit sa canette. Il vida tout d'abord le fond de la sienne, l'écrasa d'un geste qui ne laissait pas de doute sur le fait qu'il ait déjà été pratiqué maintes fois, s'essuya la bouche avec le revers de sa manche, puis seulement ensuite prit la canette tendue. Il la remercia, puis l'ouvrit aussitôt. Ne sachant que faire, elle fit de même. Puis l'homme vida l'équivalent d'une lampée de bière du bout du bras. Là, elle ne l'imita pas. Elle ne savait pas trop comment se comporter. Jusqu'à ce qu'il tende sa canette vers elle. Elle trinqua, puis bu une gorgée. C'était infect. La bière était tiède, mousseuse, sucrée jusqu'à en être écoeurante. Elle manquait de bulles et avait un arrière goût fort, qui lui colla au palais. Elle retint un haut-le-coeur tout en avalant sa gorgée. Elle la sentait descendre le long de son oesophage puis de son estomac, et là c'était l'acidité qui prenait le relais. Déterminée à paraître naturelle, elle prit une deuxième gorgée.
C'était toujours aussi dégueulasse.

***

"Comment il s'appelle ?" demanda-t-elle. Il était évident qu'elle parlait du chien. Django, s'entendit-elle répondre. Quelques secondes de silence suivirent.
"Et toi, comment tu t'appelles ?
-Mathilde... Et toi ?
-On m'appelle Trash. Ca fait longtemps que je te vois, t'es gentille comme fille. Mais qu'est ce qui t'as pris de me payer une binche aujourd'hui ?
-Je sais pas... Comme tu dis, ça fait longtemps que je te vois, et... Je sais pas, j'avais envie de te connaître un peu plus, pas de juste te lâcher des pièces comme ça, à l'arrache. Et puis j'avais envie de caresser Django aussi, je dois avouer, sourit-elle.
-Ah bah vas-y c'est une pâte, il adore les gens, lança-t-il, grattant son chien au flanc, visiblement fier de l'intérêt qu'on lui portait. C'est un bon chien, ça fait quatre ans qu'il me protège, ce gros patapouf !"
Elle s'approcha du chien qui remuait la croupe et la queue, sous les gratouilles de son maître, et, timidement, lui caressa le dos. Elle fut étonnée de la douceur de son poil. En somme, il était mieux peigné que son maître. Il alla chercher une boule en plastique au pied du sac et la lui présenta.
"Non Django, c'est pas l'heure de jouer !"

***

Elle était restée une demie heure à discuter avec Trash. Elle avait appris qu'il avait vingt-quatre ans, qu'il vivait en squatt, qu'il avait une copine, qu'il était originaire de Montpellier et qu'il était sur Bordeaux depuis trois ans. Il ne lui avait posé aucune question sur elle, et elle n'avait rien dit.
Elle n'avait bu que le tiers de la canette, mais se sentait déjà saoule et l'estomac lourd. La cigarette qu'elle fuma à l'arrêt de bus ne fît que la rendre plus nauséeuse encore, et elle la jeta a moitié fumée.
Fixant les volutes de la fumée du mégot, elle se félicita. Elle avait accompli le premier pas. Ou le début du premier pas, peut-être, plus. La route restait longue. Mais elle aurait dorénavant la possibilité de saluer Trash, de discuter avec lui, en somme, elle se sentait un peu plus prête à mettre un pied dedans. Elle avait beau eu y réfléchir des semaines, elle n'avait pas réussi à imaginer d'autre porte d'entrée. Restait à vraiment enclencher "le plan" maintenant. Dommage qu'elle n'en eût pas vraiment un.
Le bus arriva. Elle y entra, fît biper sa carte et se dirigea vers le fond du bus, encore vide. Elle s'assit sur un siège, posa ses deux Converse sur celui d'en face, mis sa capuche et ses écouteurs. Tout pour être tranquille en somme. Les écouteurs ne diffusaient pas de musique, mais c'était juste pour être certaine que personne ne viendrait lui parler.
Elle pensa à Jérémy, puis s'efforça de ne plus y penser. Sans y parvenir. Sa tête était posée contre la vitre qui tremblait. Elle regardait à travers, sans vraiment regarder quoi que ce soit. Puis la pluie tomba, ne lui laissant plus le loisir de regarder quoi que ce soit, même si elle l'avait souhaité. Elle ne décollait pas ses yeux de la vitre pourtant. Le bruit de la pluie et du moteur la berçaient, sans l'endormir. Elle était mélancolique, mais sereine.
A peine distinguait-elle que le paysage passait du gris de la ville au vert de sa banlieue.

*********

Sortie du bus, elle rentra chez elle sous la pluie. Un petit quart d'heure de marche, rien de bien méchant. Sous son sweat a capuche détrempé, elle songea que ses parents ne s'inquièteraient même pas de son retard. Ils étaient habitués à ce qu'elle traîne quelques temps avec des amies du lycée, après les cours. Restait un problème : Elle avait l'impression de puer la bière. Il faudrait faire quelque chose pour ça si elle voulait éviter les ennuis. Ses parents se doutaient bien qu'elle buvait lors des soirées avec ses amis, et laissaient faire. Mais un mardi soir à dix-huit heures c'était différent.
Elle zigzaguait entre les maisons bourgeoises des pavillons par pur automatisme, sans même regarder où elle mettait les pieds. Ses chaussures connaissaient la route.
Elle passa devant le petit square qui se trouvait au centre des pavillons. Il y avait, malgré la pluie, toujours les mêmes mecs. Des petits bourgeois qui se la jouaient racaille en fumant du shit et en cabrant sur leurs scooters. Ils l'avaient déjà sifflée, lui avaient taxé des cigarettes. Bref, des emmerdeurs. Ils ne semblèrent pas la remarquer aujourd'hui. Tant mieux.

Quelques minutes après, elle était devant chez elle. Une maison semblable aux autres, un portail automatique, un jardin bien entretenu mais qui ne servait jamais, le garage qui contenait les deux voitures de ses vieux.
Elle passa par la petite porte située contre le portail et entra. Maintenant, c'était mission salle de bain. Elle rentra dans la maison. Du grand couloir où elle était, elle se dirigea vers la cuisine et arracha un morceau de pain à la baguette qui attendait le repas du soir. Puis elle enchaîna directement sur l'escalier qui menait à l'étage ou se trouvait leurs trois chambres. Celle du petit dernier, Noah, la sienne, et enfin celle de Jeremy, transformée depuis longtemps en chambre d'amis. Elle ne savait pas ce qu'il était advenu de ses affaires. Elles n'étaient pas dans le garage, toujours.
Elle gagna "leur" salle de bain, se brossa les dents une première fois, mangea le quignon de pain, se re-brossa les dents. Elle n'avait pas meilleure tactique pour camoufler son haleine.
Le miroir lui renvoyait l'image d'une jeune fille, blonde, plutôt maigre. Les yeux marrons-verts, plutôt marrons que verts d'ailleurs. Ses cheveux, longs, lui arrivaient presque en bas du dos quand elle ne les attachait pas. Une frange surplombait ses sourcils fins, qui formaient une jolie courbe. Un nez fin, une belle bouche, assez petite, aux lèvres épaisses. Elle ne se maquillait quasiment pas. Un peu de mascara, et c'était tout.
 Enfin, elle redescendit à la cuisine, et pris une grande gorgée de jus d'orange, à même le goulot. Puis elle sortit sous la véranda et s'alluma une cigarette. Elle regardait d'un côté la pluie tomber, de l'autre le salon ou ses parents regardaient la télé. Toujours les mêmes jeux télévisés a la con.
Ils ne la remarquèrent pas, abosrbés par l'écran.
Quelques cigarettes plus tard, l'heure du repas sonnait. Vingt heures vingt tapantes, comme d'habitude.
Ils dinaient dans la grande cuisine suréquipée, si chère à sa mère, si chère tout court d'ailleurs.
Tous quatre prirent leurs places accoutumées. Un parent a chaque bout de la table, Mathilde côté salon, et Noah côté fenêtre de la cuisine. C'était la place de Jérémy autrefois, se souvenait elle.
Comme d'habitude ils parlèrent peu. Le père commentait des sujets d'actualités, la mère opinait du chef ou acquiesçait. Noah en foutait partout, sauf dans sa bouche, et Mathilde mangeait en silence.
Le père, c'était Joseph, quasiment la soixantaine, dégarni, des sourcils touffus, légèrement bedonnant. Il parlait toujours gravement ou presque. Les exceptions notables qu'avait pu constater Mathilde se firent lorsqu'il était en compagnie de ses collègues de travail, lors de dîners de fin d'année ou autre. La il devenait jovial, surtout lorsqu'il avait un peu forcé sur la bouteille. Comme s'il ramenait un peu de l'autre homme qu'il était en dehors de la maison, au boulot, chez EDF. Peut-être lui aussi s'ennuyait il au sein de cette famille, sans s'en rendre compte sûrement.
Josiane, sa mère, était âgée de cinq ans de moins que son mari. Experte comptable, elle dégageait assez peu de personnalité. Cependant elle savait écouter ses enfants. Peut-être ne comprenait elle pas tout, mais au moins elle donnait du sien. Les cheveux coupés a la garçonne, les sourcils dessinés au maquillage, une teinture rousse un peu criarde, un style assez sévère. Elle chérissait sa cuisine et son jardin.
Une famille pour le moins typique, en fait. Il fallait y rajouter une grande ado un peu effacée, moyenne à l'école et toujours un peu rêveuse qu'était Mathilde, et un petit diable de cinq ans, énergique à foison, Noah.
Puis, et c'était là que le bât blessait, un grand garçon qui se nommait Jeremy. Ou que l'on avait autrefois nommé Jeremy. Les souvenirs que Mathilde en avait restaient flous. Elle avait huit ans et Jeremy dix huit lorsque celui ci était parti. Elle se remémorait un garçon grand et fort, volubile, joyeux. Elle se rappelait aussi ses piercings. L'arcade, les cartilages, le labret. Il jouait beaucoup avec elle, et elle ne se rappelait en guise d'interactions entre lui et ses parents que d'engueulade, de cris, voire même de bousculades parfois.
Tout cela, elle l'entendait du fond de son lit, il y a de cela dix ans,  tard le soir lorsqu'il rentrait enfin. Le plus souvent alcoolisé, ayant quitté l'école depuis ses seize ans, il était en conflit ouvert avec ses vieux. Surtout avec son père, sa mère se contentant de pleurer lors de ces heurts réguliers.
Elle le comprit plus tard, il s'était fait une seconde maison, une seconde famille, la rue.
Du peu qu'elle avait pu comprendre, il passait l'essentiel de ses soirées à boire avec des SDF, des marginaux, des zonards, dans la rue, lors de soirées punks ou même de raves party.
L'inévitable arriva. Un jour il ne revint pas. Vérification faite, il n'avait même pas fait ses affaires. L'inquiétude envahit donc les parents. Mathilde, elle, ne réalisait rien.
Un coup de fil fût passé à la police. La réponse fut simple : Il était majeur, ce n'était donc pas de leur ressort.
Peu a peu le chagrin de la mère s'intensifiait, tandis que celui du père se transformait en colère. Sans doute vivait-il cela comme une situation d'échec.

Deux semaines après le départ de Jérémy, le fixe du salon sonna. Ce fut Josiane qui répondit. Au bout du fil, Jérémy. Elle fondit en larmes, le suppliant de rentrer. Il expliqua que "tout allait bien", qu'il se "débrouillait".
Rapidement, le paternel s'empara du téléphone. Et la, point de larmes, mais un flot d'insultes.
Jérémy ne rappella jamais.

**********************

"Et au fait, lança Mathilde
-Quoi ? répondit le père.
-Jérémy...
-Quoi Jérémy ?
-On a plus jamais eu de nouvelles ?
-Non."
La situation s'engageait mal. Le père semblait sous tension, les mains de la mère faisaient trembler ses couverts, et Noah observait, curieux.
"Vous avez pas cherché à en avoir ?
-Il n'a pas cherché à nous en donner.
-D'accord, mais...
-Il n'y a pas de mais."
La conversation s'arrêta là. La suite du dîner du tendue, et le père se resservit un peu plus de rouge qu'a l'accoutumée. La mère peina a finir son assiette. Quant a Mathilde, elle finit au plus vite et monta dans sa piaule. Elle éprouvait une colère froide. Elle s'en voulait aussi d'avoir sans doute troublé un peu le jeune Noah pour lequel "Grand frère était parti travailler très loin".
Elle maudit son père d'être a la fois si fier, têtu et bourru. Quant a sa mère, elle l'avait trouvée lâche. Pas un mot.
Ceci dit, elle ne s'attendait guère a mieux. Mais au vu de ce qu'il se tramait dans sa tête ces derniers temps, il avait bien fallu qu'elle tente. Elle trouvait cependant triste d'avoir plus d'espoir du côté d'un SDF de la rue Sainte-Catherine que de sa propre famille.
Elle s'assit sur son lit, se prit la tête entre les mains puis commença a pleurer. Ou plutôt deux grosses larmes s'échappèrent de ses yeux.
Elle partit faire un tour dans la salle de bain des parents, piqua un des cachets pour dormir que sa mère prenait, le goba a grand renfort d'eau glacée puis elle remonta dans sa chambre. Elle lança un vieux CD de coldwave, puis s'allongea sur ses couvertures, la tête dans l'oreiller, sans même se déshabiller. Demain serait un autre jour, éspèrait-elle.

**************

En effet, le lendemain fut un autre jour, et plus précisément une matinée au lycée.
Mathilde fut réveillée par la sonnerie criarde de son téléphone portable. Elle tenta vainement de l'assommer, avant de finir par l'éteindre, tout simplement. Il fallait croire que la nuit n'avait pas calmé sa rage. Sept heures. Elle se dirigea vers l'évier et s'aspergea le visage d'eau froide, longtemps. Son mascara de la veille se mit à dégouliner, traçant comme des petits cours d'eau sur son visage. Et merde. La journée commençait  bien.
Un débarbouillage plus tard, elle descendait vers la cuisine. Elle y trouva toute la famille. Elle eû comme l'impression que lorsqu'elle arriva, ses parents se raidirent.
Elle resta stoïque, l'air de rien, et piqua sur le frigo. Elle but encore une fois du jus d'orange à même la bouteille. Le test était validé. En temps normal ses parents l'auraient réprimandée. La, pas un mot. Le malaise était palpable.
Elle partit a baie vitrée et s'alluma une cigarette. Ce serait là son seul petit-déjeuner. Elle aspirait la fumée avec envie, remplissant goulûment ses poumons avides. Elle sentit le stress descendre quelque peu. Allez, la journée ne serait pas si terrible. Et ce serait peut-être l'occasion de revoir Trash. Sûrement, d'ailleurs. Rares étaient les jours ou il n'était pas présent.
Sa clope finie, elle l'envoya d'une pichenette dans l'herbe bien taillée du jardin. Tant qu'à être éffrontée aujourd'hui, autant l'être jusqu'au bout. Elle regarda l'heure sur son téléphone.Sept heures vingt-cinq. Il était temps de partir.
Elle prit son sac dans le couloir de l'entrée. Il ne contiendrait que les affaires de la veille, mais tant pis, elle ferait avec. Elle claqua la porte sans dire au revoir a qui que ce soit. Elle n'avait d'ailleurs pas dit bonjour non plus, en fait.
Elle traça son petit bout de chemin jusqu'à l'arrêt de bus, le casque sur les oreilles. Elle était passée de la cold wave pour s'endormir à la musique éléctronique pour se motiver. A mi-chemin un petit crachin se fit sentir. Elle mit sa capuche, histoire de ne pas flinguer son casque, mais continua à la même allure.
La pluie ne l'avait jamais vraiment dérangée. Elle aimait même le froid. Encore une chose qui la rendait un peu différente des autres. Les autres jeunes de son lycée, les autres personnes de sa famille, des autres tout court.
Elle arriva à l'arrêt de bus les joues bien fraîches, comme s'il s'y était déposé de la rosée, son grand sweat à capuche légèrement humide.

**************


Une fois la rue Sainte-Catherine arpentée, elle arriva devant son lycée. Ca grouillait. Des poufs et des beaufs, essentiellement, à en croire Mathilde. Elle n'était peut-être pas une référence de sociabilité. Il restait cinq minutes avant de devoir rentrer. Elle chercha Mina du regard. Elle la trouva légérement à part, là ou elles se retrouvaient à l'accoutumée. Elle se dirigea vers elle, et, au lieu de lui faire la bise, la prit dans ses bras.
"Ca va pas, grande ?"
Mina était une jeune fille plutôt petite, la peau brune, le teint parfait. Elle accusait quelques rondeurs, et rien ne lui seyait mieux.
Si Mathilde avait dû la décrire en un mot, elle aurait choisi volupté. Elle portait une robe noire moulante, qui mettait parfaitement son corps en valeur. Elle arborait de petites lunettes rondes, un pendentif en or orné d'une améthyste, et un bracelet d'argent au poignet gauche. De nationalité italienne et d'origine malgache, elle était arrivée en France a l'âge de six ans et était parfaitement bilingue.
Mathilde avait tout pour la jalouser, n'eût été l'amitié, l'amour qu'elle lui portait.
Mina aussi était une jeune fille un peu "à part".
A croire que son intelligence aigüe la desservait socialement. En effet, le regard perçant de Mina n'était pas qu'une impression. Elle lisait dans les gens comme dans des livres ouverts.
C'est pour cela qu'elle avait tout de suite apprécié Mathilde. Elle avait senti en elle une personnalité "rare", disait elle.

Malgré tout, Mathilde ne se sentait pas encore prête à parler de ses tracas à Mina. Elle se contenta de parler évasivement de l'ambiance à la maison. A coup sûr, Mina n'y crût pas, mais elle eût l'élégance de ne rien dire. C'est en partie ce genre de choses qui faisaient que Mathilde la considérait comme sa meilleure amie. Et pas uniquement car c'était sa seule amie, non. Il y avait fusion, voilà tout.
L'heure sonna. Mathilde et Mina n'étant pas dans la même classse, elles se séparèrent jusqu'a la pause de dix heures. Vint le cours de maths qu'elle détestait tant. Assise au fond de la classe, elle s'affala sur sa table, notant quelques trucs pour la forme, et attendit que l'heure passe.
Ensuite arriva le cours d'histoire géo. Elle préférait déjà. Seul bémol, le prof sortait à peine de l'oeuf, ou plus précisément de l'école, et n'avait aucune autorité. Du coup ses cours étaient impossibles à suivre.
Elle savait que Mina, ayant le même prof et étant dans la même situation, s'était un jour levée et avait balancé un "Vos gueules !" des plus magistraux.
Depuis, le calme régnait dans sa classe. Dommage que Mathile n'ait pas le même charisme naturel. Elle essayait donc de suivre tant bien que mal.
Bref, les cours s'enchaînerent au rythme des sonneries, bercés par les couloirs qui semblaient encore plein d'amiante dans ce lycée décrépi.
Arriva midi. Sa journée était terminée, merci le prof de sport qui s'était fait une sciatique. Malheureusement, Mina ne finissait qu'à seize heure, et Mathilde fut donc contrainte de l'abandonner au lycée.

Hors ligne ElCa

  • Buvard
  • Messages: 5
Re : Mathilde
« Réponse #1 le: 05 Mars 2020 à 21:39:13 »
Et beh c'est dense. Je te remercie pour l'attention portée à mon travail, elle ne sera pas vaine.



Je n'ai pas compris perle scriptive.

(Excuse mon ignorance, j'ai arrêté les cours en 3eme)



(désolé pour le triple post, j'écris en même temps que ça vient.)

Pour ce qui est du choix du narrateur, j'ai écrit ainsi en toute conscience. Je comprends que ça puisse déplaire, surtout depuis que j'ai lu ta critique, mais je ne regrette pas ce choix. J'essaye d'avoir un style un peu ambigu, du vocabulaire ànla narration.

Merci d'éviter les triple-posts et de privilégier le bouton "modifier" en haut à droite d'un post pour rajouter du texte à un post préexistant
« Modifié: 01 Mai 2020 à 13:45:26 par Miromensil »

Hors ligne ElCa

  • Buvard
  • Messages: 5
Re : Mathilde
« Réponse #2 le: 05 Mars 2020 à 21:54:37 »
Je comprends mieux. Et bien au moins je figurerais dans un panthéon.

Hors ligne mouiselichel

  • Tabellion
  • Messages: 38
Re : Mathilde
« Réponse #3 le: 07 Mars 2020 à 11:13:53 »
Bonjour ElCa,
Je trouve ce début très sympa et ça me donne envie de connaître la suite ! Merci de l'avoir partagé ici !

Je rejoins Champdefaye sur la nécessité de choisir une voix pour le texte ; l'impression que j'ai en te lisant c'est que tu pars de la narration externe et que tu finis par glisser dans la tête de Mathilde. Pour ma part je préfère voir l'histoire de son point de vue que d'un point de vue externe, mais ce n'est que mon avis !
Je suis aussi d'accord sur les petits automatismes que l'on retrouve au fil du texte et qui l'alourdissent inutilement et font perdre de la force à ton écriture. On est nombreux à avoir les même qui se situent généralement du côté des "du coup", "un peu" et autres "d'ailleurs". Mon conseil serait de te relire attentivement pour en faire une liste mentale. Grâce aux miracles de la technologie moderne, tu peux même essayer d'en surligner les occurrences dans ton texte pour voir quels sont lesquels tu utilises le plus et auxquels il faut faire attention en écrivant (ou en te relisant).

Je note deux petites choses en particulier que j'ai relevées :
Citer
Elles n'étaient pas dans le garage, toujours.
Je n'ai pas compris la phrase.
Citer
voire même de bousculades parfois
Il me semble qu'ici "voire même" est un pléonasme car voire est utilisé dans le sens "et même".

Au plaisir de te lire à nouveau !

 


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