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23 septembre 2020 à 09:03:49
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Auteur Sujet: Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]  (Lu 562 fois)

Hors ligne PierreSigma

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Salut à tous  et toutes !

Dans le cadre d'un AT j'ai rédigé ce texte mi long, space opera fantasy et (je l'espère) humoristique.
Il y a surement des modifications à lui apporter, et un avis extérieur serait précieux !  J'ai toujours des doutes sur la cohérence de l'ensemble et sur le style.

La nouvelle est divisée en quatre chapitres.

Bonne lecture, et merci d'avance à ceux qui prendront le temps de commenter.


Un super moyen mnémotechnique


Chapitre 1

Ce matin là, un épais nuage couvrait la capitale de ses volutes. Parsemé de fonderies qui relâchaient des colonnes de vapeur industrielle, le paysage gris et morne de la planète Takrill abritait une atmosphère à peine respirable. L'immense mégalopole regroupait un nombre incalculable d'usines, d'ateliers d'habitation, d'entrepôts, organisés en fines ruelles rectilignes laissant à peine percer quelques maigres rayons de soleil.

Isobot, un androïde gris, d'une corpulence fine, longiligne, lisait son journal, paisiblement installé dans le living room de son hangar, lorsqu'il entendit que l'on frappait à la porte.
Il leva les yeux et interpella son compagnon en direction des toilettes.
— Klank, on a frappé, tu pourrais aller ouvrir s'il te plaît ?
— Non je peux pas, je suis occupé là, en train de vider mon cache.
— Ok ok je m'en occupe mais vise bien ce coup-ci, hier tu as laissé le processeur dégueulasse.
Le robot se leva, posa son journal sur une table, et se dirigea vers la porte. Sa démarche fluide, naturelle, témoignait de la finesse avec laquelle ses servomoteurs avaient été conçus. Des plaques métalliques effilées, lisses, couvraient son corps et assuraient une étanchéité sans faille, laissant deviner qu'il s'agissait d'un revêtement récent des plus perfectionnés.
Il arpenta son hangar, un mélange d'ateliers et de pièces à vivre, constellées d'outils et matériaux divers rangés selon un alignement ordonné.
Quand il atteignit la porte, il l'ouvrit, baissa la tête, et interpella à nouveau son acolyte.
— Klank t'as fini ? Viens voir s'il te plait.
— Je remets mes jambes et j'arrive…
Le sas des toilettes s’entrebâillât, un autre androïde en sorti. Il avait une apparence légèrement différente d'Isobot, mais semblait tout autant sophistiqué. Beige, arborant une cuirasse à la texture rugueuse, il était un petit peu plus grand, un petit peu plus large, mais tout aussi élancé et majestueux. Il s'arrêta brusquement, puis observa le colis que venait de ramasser son compagnon, qui désormais lui faisait face d'un air interrogateur.

— Attends un peu c'est quoi ce truc ? demanda Klank.
— C'est bizarre, ça a l'air organique… Quelqu'un a frappé à la porte, l'a posé là et s'est barré.
— Organique ? Pouah dégueu ! S'exclama Klank.
— Ouais, organique, le balayage sensitif indique une masse de quatre kilos et cinq-cent-vingt grammes, taille cinquante-cinq centimètres, enveloppe corporelle flasque, rosée avec quelques plis un peu partout, doté d'une tête qui ballote si on ne la soutient pas.
— Mate ça, si on soulève son espèce de culotte absorbante on peut voir qu'il vient d'émettre un gel bizarre un peu épais au niveau de sa fente arrière. Un lubrifiant peut-être ?
— L'analyse est en cours… il s'agit plutôt d'un résidu de digestion, appelé "caca, crotte, merde, étron", issu d'un processus communément nommé "chier, caguer, déféquer, démouler un cake".
— Ok j'ai compris, tout ça c'est direction poubelle, les résidus marrons et le tas rose qui est même pas foutu de tenir sa tête tout seul.
— Attends une minute, les êtres vivants accordent une grande valeur à ce genre d'amas de cellules post embryonnaire. Il pourrait nous rapporter des ressources ou des crédits.
— Je m'en doutais, ça doit avoir des propriétés lubrifiantes.
— Mais non pas la merde imbécile, le machin rose là, le rejeton.
— Ouais ben là il se met à émettre par la bouche un son aigu ma foi fort désagréable. A quoi cette alarme correspond-elle ? Demanda Klank en couvrant ses senseurs de ses mains.
— Attends je vais télécharger un mode d'emploi standard. Franchement, ils savent plus quoi inventer ces humains.
— Comment tu sais que c'est un rejeton humain et pas issu d'un animal quelconque ?
— De par mon job je connais bien les humains. Tu vois bien là, il n'est capable de rien faire ? Et bien avoir des enfants totalement dépendants est caractéristique de l'espèce humaine.
— Ce sont vraiment des dégénérés.
Klank attrapa le couffin vide posé à terre devant la porte de son hangar. L'androïde beige-rugueux inspecta la rue et les autres édifices à droite et à gauche. Le quartier semblait désert ce matin là. Il referma la porte et interpella son conjoint, Isobot, qui depuis le début tenait le bébé dans ses bras :
— A part pour ton boulot, t'as déjà vu des hommes ou des femmes sur notre planète ?
— Jamais en dehors de mon travail, répondit Isobot. Les humains ont besoin d'un minimum de vie organique dans leur environnement. Ici, sur Takrill tout est synthétique, métal plastique ou roche. A part le mouflet, il ne doit pas subsister une seule cellule à adn à plusieurs années lumières à la ronde.
— T'entends pas comme un bruit là ?
— Oui, on dirait une espèce de sifflement…

Baoum !

Une explosion soudaine souffla le premier étage du hangar, laissant apparaître le ciel industriellement enfumé. Des outils, des bouts de ferraille et matériaux divers volèrent de tous côtés. Isobot protégea l'enfant en l'entourant du mieux qu'il put, et tout trois déboulèrent dans la rue.

Quelques robots, curieux, attirés par le vacarme, apparaissaient aux fenêtres voisines, scrutant la grande rue de leur air surpris. Mais surtout un groupe de trois humanoïdes campait de l'autre côté du passage. Ceux-ci se planquaient derrière une voiture à roue. Deux d'entre eux semblaient humains et arboraient des vêtements de baroudeurs propres aux écorcheurs de la ceinture Astra prime. Le troisième larron, lui, avait une tête de mollusque. Il tenait sur son épaule un lance missile, et les deux humains des flingues de type Désintégrator.

À la vue de cette petite troupe qui les mettait en joue, Klank stoppa net son avancée et tira son acolyte en arrière.

— Je crois qu'on va passer par la porte de derrière sur ce coup là ! Balbutia-t-il, fébrile.
Ils bondirent dans ce qui restait du hangar, ce qui leur permit d'éviter les rayons rouges vif des désintégrators. Camouflés par les restes de murs en tôle, ils enfournèrent le bébé dans son couffin et se mirent accroupi en vue de traverser l'édifice. Ils sortirent précipitamment à l'arrière, et débouchèrent sur la ruelle attenante, laissant derrière eux les décombres fumants de l'atelier qui leur servait d'habitation.
— On se casse et vite ! hurla Isobot, tenant toujours le bébé avec précaution –il venait de télécharger dans sa mémoire interne le mode d'emploi " Les joies de la maternité, s'occuper de bébé de 0 à 6 mois", une copie illégale en pdf pour laquelle il avait dû mentir en cochant la case "je ne suis pas un robot".
En quatrième vitesse ils arpentèrent la petite rue jonchée de détritus métalliques. À l'étroit, ils pouvaient à peine se tenir côte à côte, et la lumière ne leur parvenait que légèrement entre les hautes bâtisses qui bordaient la ruelle. Leurs senseurs auditifs étaient fins, et les deux robots devinèrent que dans les ruines derrière eux, les assaillants se frayaient un chemin.
— Attends un peu, interpella Klank au bout de quelques mètres… Ce ne sont que de simples êtres organiques, non ? Ils sont fragiles… Il doit y avoir moyen de s'en débarrasser si on évite les tirs.
Isobot désigna un conteneur poubelle entreposé à côté qui bouchait la moitié de l'allée :
— Planque-toi derrière cette benne à déchets, indiqua-t-il tandis qu'il ramassait d'une main un des nombreux débris du premier étage de son hangar, une épaisse barre de fer d'une vingtaine de kilos.
Déjà, un premier opposant s'extirpait avec difficulté des ruines, à quinze mètres de là. Des tentacules dépassaient de sa tête et l'aidaient à déblayer les obstacles. Isobot visa et projeta la barre vers l'ennemi. Elle fusa à une vitesse telle que celui-ci n'eut même pas le temps de réagir. Son crane fut traversé de part en part en une grosse giclée de sang mêlée de quelques grumeaux de cervelle. Il s'affaissa lamentablement.

L'androïde jubila :
— Quelle bande de gros faibles !
— Ouais ben cache-toi quand même, répondit Klank depuis l'arrière du conteneur, ils ont des désintégrators et vont se méfier maintenant.

Les deux se camouflèrent derrière la benne remplie de détritus inertes, et patientèrent. De discrets bruits de pas se faisaient entendre. Conformément au chapitre six du mode d'emploi, Isobot berçait le bébé qui ainsi gardait le silence. En vrais professionnels, les écorcheurs, eux, se rapprochaient sans précipitation, avec prudence.
Au bout de quelques secondes, Klank saisit vivement la benne dans ses bras et la projeta vers eux. Elle rebondit sur leurs pauvres petits corps organiques, émettant un "sploch", accompagné de pitoyables râles d'agonie. L'androïde étira ses bras –qui pouvaient s'étendre facilement jusqu'à trois mètres– pour achever ces derniers sans même avoir à faire un pas. Les nuques cédèrent en un craquement sec.

— C'étaient des humains ? demanda Isobot en se relevant.
— Regarde s'ils avaient les oreilles pointues.
— Pourquoi ?
— Vu leur morphologie, c'étaient soit des elfes ayant besoin de faire un régime soit des humains.
Klank saisit une tête à moitié brisée et l'inspecta.
— Humain, en effet. Par contre celui là, là bas, il a des tentacules sur sa tête, surement un mollusque vertébré du système Ytreza.
— Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Questionna Isobot.
— On ne connait pas suffisamment les us et coutumes des autres civilisations pour tirer cette affaire au clair sans aide. Il va falloir trouver des êtres organiques pour nous prêter main-forte, je le crains.
— Dans notre système solaire ça va pas être évident. Au pire on balance le chiard à la poubelle, comme tu avais proposé au début.
— On est à la rue, il nous faut des crédits. Peut-être les mercenaires nains de la planète Nébula pourraient nous aider. Moyennant finances ils sont prêts à tout.
— Les nains que l'on trouve dans les tavernes de là-bas sont ceux qui ont été virés des mines de Jaltrar, ils ne sont pas très dignes de confiance, répondit Isobot, songeur.
— On verra bien, de toute façon ces organiques sont tous plus faibles les uns que les autres.
Les deux ricanèrent. Le bébé, lui, dormait paisiblement.

****

Leur vaisseau arrivait en vue de Nébula, belle petite planète verte toute simple, à moitié sauvage, garnie de rares mers ici et là. A l'intérieur du cockpit, de nouveaux pleurs se faisaient entendre.
— Oh non il est encore allé à la selle.
— Klank tu te souviens de ce qu'on a dit ? Un peu de rigueur s'il te plaît, emploie les termes techniques.
— Oh non il a encore "chié, cagué, déféqué, démoulé un cake".
— Voilà qui est mieux... Occupes-toi-en, mais cette fois ci mollo avec ta fonction karcher. Je ne suis pas sûr que toutes ses rougeurs de l'arrière train soit un signe de bon fonctionnement de son enveloppe corporelle.
— Regarde il démoule un cake aussi par la bouche on dirait.
— Il semblerait que ça s'appelle une "régurgitation".
— Ils sont pas au point ces humains, je sais pas qui les a conçu, mais c'était vraiment une baltringue.

Chapitre 2

La taverne, poisseuse, sombre, était peuplée d'êtres organiques en tout genres. Tout le monde buvait, braillait, vomissait, malgré les onze heures trente du matin qu'affichait la pendule. Attablés, les deux androïdes conversaient paisiblement avec un nain, barbu, costaud, le nez rouge et les cheveux gras, qui leur expliquait :

— C'est-à-dire que, je m'occuperais bien volontiers de votre affaire, mais en ce moment je suis pas mal occupé, beaucoup de linge en retard, sans parler de la vaisselle… On en saura plus quand arrivera ma femme, Johanile.

À ce moment la porte s'ouvrit avec fracas. Une silhouette courte sur pattes se découpa dans l'embrasure puis avança en direction de la table. Il s'agissait d'une naine aux cheveux courts, arborant une jolie barbe rousse finement découpée, une armure de mercenaire défraîchie ainsi qu'un regard furibond.

— Quoi je me lève et la bouffe est pas encore prête ? Et en plus je te retrouves à la taverne, c'est quoi ce bordel Idrim ? Brailla-t-elle à l'attention du nain attablé, non sans lâcher un énorme mollard sur le plancher.
— Et bien, ma biche, justement, je suis en train de trouver du travail…
Elle prit une chaise et s'installa à table en compagnie des robots, du bébé et de son mari.
— Eddy ! On prendra un double tord-boyaux ainsi qu'un diabolo menthe. Et vite !
Sa voix, puissante au point qu'elle aurait pu faire frémir un barbare de la ceinture d'Orion, résonna d'un bout à l'autre de l'établissement. Le barman s'empressa de préparer les consommations et de les apporter. Il déposa délicatement le diabolo menthe devant elle et le tord-boyaux pour son mari.
— Le tord-boyaux c'est pour moi ! Rugit-elle en saisissant le verre.
Le nain se contenta du diabolo menthe, le faisant timidement glisser vers lui.

Klank murmura, d'une voix à peine audible :
— Et ben, on voit bien qui porte la culotte dans le couple.
Johanile se redressa d'un coup. Son teint vira au rouge tandis que son regard se faisait plus menaçant que jamais :
— Putain mais où je suis tombé ? Bande de vieux rétrogrades ringards !!! Dès que j'ai assez de pognon je quitte ce multivers à la con pour m'installer dans une dimension un peu moins à la rue. Espèces d'arriérés !!!
À ces mots elle saisit son verre qu'elle but cul sec.
— Bon vous en étiez où les gars ? Demanda-t-elle à Isobot en reposant bruyamment son verre.
— Nous étions en train d'expliquer à votre mari que nous avions besoin d'aide pour ramener ce bébé à ses parents, et si possible toucher une récompense, répondit-il.
— Qui vous dit qu'il y aura une récompense ? Ça me parait bien hypothétique tout ça… fit la naine.
— Bien évidement, nous serions prêts à partager les gains, enchaîna Klank. Ce couffin est finement orné, nul doute qu'il s'agisse d'une famille riche
Idrim poursuivit, motivé par la perspective de gagner un peu d'argent :
— Dans la plupart des récits de ce genre, le bébé est un riche héritier ou un truc dans le style.
— Oh non, un peu d'originalité que diable, si on pouvait éviter les poncifs... –répondit Isobot– déjà que deux personnages inexpérimentés qui recueillent un bébé c'est pas foufou niveau originalité… faudrait essayer de tirer cette histoire vers le haut.
— De toute façon les familles dirigeantes du coin n'ont pas de rejeton de cet âge, sinon je l'aurais lu dans un tabloïd, Voici-match ou Gala-ctic closer… répondit la naine.
Elle scruta l'assistance et perçut comme un air d'incrédulité timide parmi ses interlocuteurs.
— Oui je suis féministe, mais je lis ce genre de torchons pour jouvencelles, j'espère que ça ne pose de problème à personne autour de cette table ? reprit-elle en posant son pistolet à côté de son verre.
— Non non.
— Non non.
— Non non ma biche.
— Bien… Sachez que je ne suis pas une faible femme, je me bats quotidiennement contre la domination du patriarcat.
— On a aucune idée de ce que vous venez de dire mais on est tout à fait d'accord… reprirent en cœur les robots.
— Parfait. Bon, pour en revenir au sujet, on peut commencer par aller voir ceux qui fabriquent et vendent ce berceau. Cette marque est rare, elle est surtout distribuée par une boutique du système Moarius. La vendeuse est une amie d'enfance.
— Vous allez pouvoir nous procurer facilement les renseignements grâce à votre contact ! S'exclama Klank.
— Non, je ne pense pas, c'est une elfe, je la déteste. En plus elle a déjà essayé de draguer mon mari cette garce.
— C'est dangereux là-bas –enchaîna Idrim en sueur, pour détourner l'attention– en ce moment il y a de nombreuses escarmouches et une guerre couve entre les mollusques du système Ytreza et le duché du système Moarius.
— On va y aller prudemment, dit Johanile.
— Ok, alors go ! annonça son mari, l'air décidé.
La naine secoua la tête en une expression négative :
— Non non, toi tu sais ce que tu as à faire hein ? –répondit-elle d'une voix anormalement douce– t'as pas encore commencé le linge…
— Sans parler de la vaisselle, renchérit Isobot d'un ton moqueur.
Idrim baissa la tête, se leva d'un air boudeur et quitta la taverne.

*****

En sortant de l'orbite de Nébula, le vaisseau se mit à grincer et ballotter dans tous les sens, comme à son habitude.
— Mais c'est quoi cette vieille carlingue ? demanda la naine.
— Il s'agit de mon outil de travail, répondit Klank, un Poubelor 400 tdi acheté d'occasion l'année dernière. Je suis éboueur.
— Vous avez quoi comme déchets sur votre planète ? Questionna-t-elle.
— Essentiellement des métaux, des minerais et de l'huile de vidange. Quand la cale à l'arrière est pleine, un bon quatre-vingt mètres cube, je m'approche d'un soleil, et une fois dans sa zone d'attraction je vide le tout. Les déchets sont incinérés en moins de deux, même les plus costauds, expliqua Klank, une once de fierté dans la voix.
— Bande de pollueurs, putain vous les mecs vous êtes tous pareils…
Elle toisa les deux robots de bas en haut, observant leurs carapaces modernes et esthétiques.
— Vous êtes des mecs au fait ?
— Non.
— Des meufs alors ?
— Ben, non plus.
— Ok.

Le bébé, posé dans un coin, reprit son braillement. Isobot s'exclama :
— Je l'avais oublié celui-là. Il a faim ?
— Du lait de vache, c'est tout ce que j'ai pu trouver sur Nébula, dit Klank.
— D'après le mode d'emploi on ne peut pas lui donner de lait de vache, la teneur en protéines est trop élevée cela risquerait de nuire au développement de ses facultés intellectuelles.
— Parfait, ainsi il pourra s'intégrer idéalement parmi les autres Homo sapiens.
— Ah ben oui, tu as parfaitement raison.
Tout deux ricanèrent une fois de plus, mais leur gaieté fut interrompue par une alarme assez désagréable.
— Un jet de combat nous prend en chasse, il est juste derrière… constata Klank avec nervosité.

En effet, un chasseur fin, triangulaire, armé de deux canons laser à chaque extrémité, apparut sur les écrans de contrôle. Des tirs de rayons bleus les frôlèrent.
— Ho my god, et vous êtes équipés en armes de défense sur ce rafiot ?
— Bien sûr que non, c'est un Poubelor, pas un char d'assaut… Les déchets se laissent faire quand je les ramasse…
Klank évita un tir, puis un deuxième. À chaque fois, le vaisseau faisait de larges embardées pour esquiver de justesse.
— On va pas aller loin à ce rythme ! Se lamenta Isobot.
Un laser vint heurter l'arrière du vaisseau, d'intenses vibrations les secouèrent mais pour l'instant la coque tenait bon. La naine tendit le bras et agrippa la poignée au dessus d'elle, il y avait marqué "Ouverture de la soute".
— Elle est remplie ta cale ? demanda-t-elle.
— Presque à moitié, trente tonnes de ferraille à peu près.
— Ok, alors tu ralentis et te mets juste devant lui.
— Entendu, mais il risque de nous toucher à nouveau, et là ça sera fini.
— Tant pis on prend le risque ! Sinon on est foutus.
— Isobot, prends le bébé dans tes bras, ca va secouer ! clama Klank.

Il se positionna juste devant le chasseur ennemi. Celui-ci tira encore, mais le robot effectua une vrille qui permit d'esquiver les lasers sans perturber l'alignement des deux embarcations. Tout le cockpit se retrouva sens dessus dessous.
— Maintenant ! prévint Klank.

La naine tira sur la manette et la soute s'ouvrit. Un amoncellement de détritus divers vint s'abattre sur leur poursuivant : barres d'acier, morceaux de rails ferroviaires, jantes, appareils électroménagers… Le jet partit dans tous les sens et explosa au loin. Les passagers du Poubelor 400 tdi soufflèrent un peu. C'était pas passé loin cette fois.
— Là par contre on est dans la mouise, annonça Isobot
Il montrait du doigt une armada de chasseurs identiques à celui qui venait d'exploser. Il devait bien y en avoir dix ou quinze mille, stationnés en périphérie du système Moarius. Deux croiseurs de grande capacité les accompagnaient.
— Surement les troupes des mollusques vertébrés Ytreziens dont parlait Idrim, commenta la naine.
— Regardez, ils font face à d'autres troupes provenant de Moarius, la bataille va commencer dans quelques heures, reprit Klank. Les humains sont largement en sous nombre, ça va saigner.
Les troupes, en train de manœuvrer pour s'aligner en position de combat, ne prêtèrent aucune attention au vaisseau d'éboueurs.
— Ceux-là ne sont pas intéressés par le chiard, constata Johanile dans un soupir de soulagement.
Ils purent ainsi atteindre l'astre principal sans encombre, une belle planète vaste, très peuplée, claire, riche de nombreuses matières premières qui offraient à ses habitants un niveau de vie plus que confortable.

Chapitre 3

Comme prévu, la boutique de puériculture brillait par son luxe, bien située dans un quartier chic de la capitale de Moarius. Les robots y entrèrent seuls, le bébé faisait sa sieste dans le vaisseau et Johanile s'attardait en arrière devant un kiosque qui, elle l'espérait, proposait un choix correct en presse people. Les androïdes passèrent l'officine en revue et trouvèrent un couffin identique à celui du bébé, à deux mille crédits.

Derrière une caisse enregistreuse incrustée de pierres précieuses se tenait une jeune elfe, habillée en tailleur strict, arborant un visage dur, fermé :
— Je peux vous renseigner ? Interrogea-t-elle d'un ton sec.
— En effet madame, nous souhaiterions quelques renseignements au sujet de ce couffin.
— Il est rembourré avec de la laine d’aurochs de Thilara, les coutures, dorées à l'or fin de haute qualité…
— Non, l'interrompit Isobot, en fait ce que l'on veut savoir c'est qui a acheté un tel article ces derniers mois.
— Et puis quoi encore ? La liste de nos clients est confidentielle. Si vous ne voulez rien acheter vous dégagez !
La phrase venait juste de sortir de sa bouche lorsqu'entra la naine qui avait l'air mal lunée :
— Je suis vénèr putain ! Ils ont rien d'intéressant comme magazine ces connards de bourgeois ! Que des merdes d'économistes.
Aussitôt la vendeuse lui adressa un sourire forcé avant de lui adresser :
— Johanile, tient donc.
— Édea, répondit la naine d'un ton glacial.
— Comment va Idrim ?
En guise de réponse, Johanile la foudroya du regard.
— Je peux t'aider ? Il te faut un berceau, du matériel de puériculture peut être ?
Le visage de la naine, qui arborait déjà une expression quelque peu furieuse, se fit encore plus sombre, rageur. Elle s'approcha de son interlocutrice, l'air menaçante :
— Alors je suis une femme, donc tout ce bordel pour bébé ça me concerne c'est ça ?
Un peu désappointée l'autre répondit :
— Houla, calme toi, et bien en effet, la plupart de nos clients sont des femmes…
— En plus d'être une salope qui a tenté de chauffer mon mari, t'es une espèce de pétasse à la solde du patriarcat ! Traîtresse !
— Encore cette histoire ! Non mais arrête une bonne fois pour toute, on avait dix ans, on avait la gueule de bois en plus, et…
La naine saisit les deux grandes oreilles pointues de la vendeuse et s'en servit pour rabattre violement son crâne sur le comptoir. Un craquement bruyant se fit entendre. La jeune elfe s'écroula ensuite en arrière.
— Whaou ! s'exclama Klank… Vous avez des méthodes d'interrogatoire expéditives.
— Quel interrogatoire ?
— Ce n'était donc pas un préambule en vue de l'interroger ?
— Non c'était totalement gratuit, ça fait partie de mon quotidien. Pourquoi, vous aviez besoin d'aide pour lui tirer les vers du nez ?
— En effet.
— Hé ! ho ! Ils t'ont demandé quoi les deux carcasses ?
— L… la liste des clients qui ont acheté ce couffin… articula la vendeuse, tout en appuyant sur son nez dans le but de stopper le saignement.
— Et donc ? Ça en est où ?
Elle tapota d'une main sur un écran tactile avec une célérité quasiment surnaturelle. Une liste s'imprima sur une feuille, remplie d'une trentaine de noms.
— Et bien ! s'exclama Johanile en sortant de l'établissement, on a pas fini…
Les deux robots saisirent la liste et la parcoururent. Isobot pointa un nom du doigt.
— Lui, je le connais bien, Stephane Brochard, c'est l'un de mes clients.
— Parfait ! Répondit la naine, ça ne peut être une coïncidence, c'est lui. Au fait, tu fais quoi comme boulot ?
— Je suis psychanalyste.
— Ha ha ! Pas mal la blague !
— Non, je ne déconne pas, je suis psychanalyste.
— Tu n'y connais rien aux êtres vivants…
— Et alors ? Vos processus psychologiques sont tellement basiques que je me débrouille en improvisant. Ca rapporte pas mal, les psychanalystes font payer en fonction des revenus du patient, du coup je fais ma pub dans les quartiers riches.
— Stéphane Brochard… reprit la naine d'un air pensif, ça serait lui le père du gamin ?
— Maintenant qu'on en parle, en effet, il a un bébé de trois mois.
— Il fait quoi dans la vie ? Questionna Klank, je veux dire, le gosse est un riche héritier, noble, comme prévu ?
— Non, sa lignée n'est pas du tout aristocratique, le mec est scientifique dans l'armée.
— On a pas son adresse, ça va être coton pour le retrouver… songea Johanile
— Pas forcément, dit Isobot, le Poubelor, comme tous les vaisseaux, doit surement posséder un scanner à ondes cérébrales pour détecter où sont dispersés les membres de son équipage sur une planète. Ça peut être très utile quand approche l'heure de ce que vous appelez "l'apéro".
— J'ai un scanner, les anciens propriétaires du vaisseau étaient des ferrailleurs orks de la planète Samourane, tous alcooliques bien sûr, répondit Klank.
— Parfait, reprit Isobot, il doit avoir une fréquence de balayage très fine pour pouvoir capter les minuscules ondes cérébrales orks.
Klank secoua négativement la tête :
— Mais Brochard n'est enregistré ni dans les favoris, ni dans les marques page.
— Je te rappelle que je suis son psychanalyste, je connais ses ondes cérébrales par cœur…

Chapitre 4

— C'est donc là que se planquent les humains quand ils abandonnent leurs gosses ? En effet, il ne voulait pas être retrouvé… commenta Johanile.

Le petit groupe se trouvait désormais au sommet d'une colline, dans un désert, de l'autre côté de Moarius. Le bébé, blotti dans les bras d'Isobot, se révélait particulièrement calme. L'endroit, éclairé par le soleil matinal, était surtout constitué de roches, çà et là apparaissaient à peine quelques signes de végétation. En contrebas, on pouvait apercevoir une petite cabane au milieu du paysage sablonneux.  L'ensemble était constitué de larges vallées émaillées de coteaux et divers monticules.
Dans le ciel, la bataille spatiale opposant les mollusques aux humains avait commencé. De fin traits de lumière bleue et rouge allaient et venaient au loin, le tout ponctué de minuscules explosions.

— D'après le scanner, la cible se trouve sous terre, cent-quatre-vingt-huit mètres à l'ouest de la petite habitation, répondit Klank.
La naine reprit :
— Matez ça là bas, des gardes mollusques patrouillent tout autour, il y a fort à parier que la cabane soit en fait l'entrée d'une base souterraine. Ça veut dire que le Brochard là, c'est soit un traître envers le duché de Moarius soit un prisonnier. Dans les deux cas, ça va pas être évident d'entrer en contact avec lui.
— Il ne s'est pas déplacé de plus de trois mètres depuis que le scanner du vaisseau l'a repéré, cela plaide en faveur de la captivité.
— À quelle profondeur se trouve-t-il exactement ? Demanda Isobot.
— Cinq mètres et cinquante deux centimètres sous le sol.
— Donc, si on soustrait la hauteur du plafond, ça nous laisserait dans les trois mètres à creuser. A nous deux, Klank, on peut y arriver en quatre minutes.
— Ok vous faites ça, et moi je monte la garde, expliqua Johanile.
Ils se faufilèrent vers l'emplacement, et en un rien de temps un large trou se forma pour atteindre une plaque de métal, qui devait être le plafond de la pièce où se trouvait le père du gosse. D'un geste souple, les deux robots déchirèrent une grande lamelle de tôle et tout trois plongèrent en contrebas, en prenant garde de ne pas réveiller le petit corps qui somnolait dans les bras d'Isobot.

Il s'agissait bien d'une cellule, pas bien grande, toute en métal, dotée d'un simple lit ainsi que des toilettes sales. Dans un coin se tenait un humain, le scientifique typique, chauve à lunette, maigre, vêtu d'une blouse blanche, arborant une expression de surprise.
— Monsieur Brochard ! s'exclama Isobot. Très heureux de vous revoir malgré les circonstances. Alors, avez-vous pu discuter avec votre mère concernant cette fascination libidineuse que vous entretenez au sujet des chaussures pour femme ?
— Et bien c'est-à-dire que…
— On n'est pas là pour ça –coupa net Johanile– même si je reconnais bien là la perversité typique des mâles. Qu'est-ce que vous foutez là ? Pourquoi on se retrouve ici ? Je vais gagner des crédits avec cette histoire ? Je suis pas bénévole moi !
— Ha, si vous saviez monsieur Isobot, je suis vraiment un idiot, se lamenta l'humain, j'ai honte de tout ce qui arrive, c'est largement ma faute.
Isobot sorti un calepin ainsi qu'un crayon :
— Allez-y monsieur Brochard, confiez-vous, exprimez donc ce que vous ressentez, mais n'oubliez pas, le compteur tourne.

Le bébé, réveillé par tout ça, se mit d'abord à geindre, puis à pleurer franchement. La porte de la cellule s'ouvrit en glissant sur le côté, laissant apparaître deux gardes mollusques armés de fusils à rayonnement continu.
— Je te l'avais bien dit Gérard que j'avais entendu du bruit ! Clama l'un d'eux en brandissant son arme.
Johanile saisit Brochard, bondit derrière le lit et retourna le matelas en un geste sûr, professionnel. Celui-ci se troua rapidement un peu partout sous les tirs des gardes. La naine enfila le canon de son pistolet à plasma par l'un des orifices et fit feu. Un des opposants, touché au flanc, s'affaissa en arrière en gargouillant.
— Gérard ! Nooooon ! Pleurnicha son acolyte.
Les robots, eux, munis de l'enfant, s'adossèrent à la paroi attenante à la porte. Klank aperçut un petit bout de tentacule qui dépassait de l'ouverture. Il s'en empara et tira dessus avec violence. Le corps du mollusque apparut devant lui après s'être cogné au montant de la porte. Johanile l'acheva d'un tir à la tête.
— Expliquez-vous sans plus attendre ! Ordonna Klank en direction du scientifique.
Ce dernier se redressa, honteux :
— En tant que scientifique j'ai été recruté de force pour m'occuper de sécuriser les comptes du duché afin d'éviter tout piratage. Mais c'est ennuyeux et je n'ai pas fait toutes ces études pour finir là, donc j'ai obtenu l'autorisation de poursuivre mes recherches à côté, de manière officielle bien sûr. J'ai découvert l'année dernière…
— L'année dernière, en temps de Moarius ou en temps standard galactique ? Demanda Isobot. Soyons précis je vous prie.
— ON S'EN FOUT ! Hurla la naine. Alors, vous avez trouvé quoi ? Magnez-vous, d'autres gardes vont se pointer à coup sûr.
— J'ai découvert un antique système de défense planétaire géant, un gros canon quoi, construit par la civilisation qui peuplait anciennement la planète Moarius. Afin de le sécuriser, comme pour les comptes du duché, je l'ai verrouillé à l'aide d'un code. Il fallait que ce code soit le plus complexe possible, mais il fallait aussi que je puisse m'en souvenir en cas de besoin.
— Attendez une minute, quel rapport avec le mouflet ? Demanda Klank.
— Le mot de passe est en fait son génome, traduit en binaire, expliqua le scientifique, honteux.
— Putain, mais vous êtes vraiment CON !
— Oui, je sais, pleurnicha Brochard, avec du recul, je me rend compte que c'est un peu risqué pour mon fils, mais il me fallait un moyen mnémotechnique pour pouvoir débloquer le canon plus tard, pour mon gouvernement. Et ils n'auraient pas dû découvrir le lien entre mon fils et le code ! J'ai été trahit par mon assistante qui a vendu la mèche ! Sans ça c'était le moyen mnémotechnique parfait.
Il se redressa et poursuivit :
— Ma femme va me tuer… Enfin bref, la base secrète où nous nous trouvons appartenait aux humains il y a encore deux jours. Après ma découverte, j'ai eu pas mal de crédit pour finaliser les recherches et rendre le canon utilisable. La base a été construite autour du canon de défense antique. Mais les mollusques nous ont attaqués, je me suis enfui et quand j'ai compris que l'ennemi recherchait mon fils. Je vous l'ai donc emmené, monsieur Isobot, vous êtes la personne en qui j'ai le plus confiance, vous seul avez réussi à soigner mes problèmes d'énurésie.
— Merci du cadeau, commenta Klank, et les militaires, ils auraient pu vous protéger non ?
— Avec cette guerre mon gouvernement est injoignable depuis que toute mon unité a été massacrée. J'ai été rattrapé rapidement et reconduit ici-même pour interrogatoire, mais je n'ai pas craché le morceau. Le duc ne sait même pas que la base est passée aux mains de l'ennemi.
— Vos concitoyens vont bientôt y passer, répondit la naine, ca barde dans l'espace juste en dessus, les mollusques vont pas tarder à envahir Moarius.
— Le canon de défense antique est tout près. Il y a encore des ennemis tout autour, mais si on accède à la salle de contrôle on pourrait renverser le cours de la bataille, fit Brochard.
— Bof, je préfèrerais qu'on s'en aille, et du coup qu'on survive à cette histoire, répliqua Johanile.
— Ok, dommage, d'autant plus qu'une rémunération conséquente aurait été envisageable. Je vous rappelle que je gérais les comptes, et je sais qu'il reste des fonds. En général le duché récompense généreusement les héros qui leur sauvent les miches et évitent l'invasion de la planète…
— À L'ASSAUT !!!!!! Beugla la naine.

Elle bondit sur le cadavre d'un des deux gardes, s'empara du fusil à rayon continu que ce dernier tenait toujours entre ses mains flasques, et passa la porte. Aussitôt elle revint sur ses pas en un roulé boulé acrobatique, évitant une salve considérable de rayons lasers provenant du couloir.
— Heu… les gars, je crois qu'il va falloir y aller à plusieurs, ils sont au moins quatre.
Les deux robots soulevèrent chacun un corps de garde et le brandirent devant eux, façon bouclier. Ils déboulèrent dans le couloir, côte à côte, suivi de Johanile et du scientifique qui tenait son gosse. Les cadavres qui assuraient leur protection partirent en lambeaux rapidement face aux tirs ennemis, mais la naine, revigorée par la perspective de la récompense, faisait feu de tout bois. Sans protection, les quatre mollusques succombèrent en quelques secondes, cramés de la tête aux pieds.
— À droite ! Maintenant à gauche ! Encore à gauche ! Tout droit !
Brochard les guidait ainsi à travers les couloirs. Ils n'avaient que peu de visibilité mais sprintaient à toute berzingue. À un moment donné, au détour d'un embranchement, ils tombèrent nez à nez avec deux gardes armés. Ceux-ci n'eurent même pas le temps d'épauler leurs armes, ils se prirent chacun un direct du gauche de la part des robots. Leurs mâchoires tentaculaires volèrent en éclat, et les pauvres bougres furent projetés plusieurs mètres en arrière, repeignant les murs façon art contemporain.
— Feu !
Le scientifique avait donné cet ordre lorsqu'ils déboulèrent face à une tourelle lourde du genre gatling laser. Le rayon continu du fusil de Johanile dessina un arc de cercle qui découpa le garde en train d'armer l'imposant canon. Ils s'approchèrent. Tout en poussant du pied le cadavre du soldat, Klank souleva la tourelle lourde d'une main.
— Parfait, dit-il avec un petit sourire.
— La pièce suivante jouxte le panneau de contrôle du canon, indiqua Brochard.
Ils ouvrirent la porte à double battant, menant sur une large salle, à l'intérieur de laquelle plusieurs dizaines de gardes étaient attablés en train de déguster le repas du soir tout en visionnant la bataille sur de grands écrans en relief accrochés au mur. Leurs tentacules, situés autour de la bouche, frétillaient de bonheur tandis que de dégoûtants bruits de succion se faisaient entendre.
Le petit groupe d'intrus fit marche arrière et disparu derrière l'embrasure, sauf Klank. Il arma la gatling laser et défourailla comme jamais. Cela dura un long, long moment durant lequel les tirs plurent de façon ininterrompue en direction du réfectoire.

Un silence de mort s'installa ensuite. Prudemment Isobot sorti de sa cachette, suivi par ses deux compères organiques. Klank était là, toujours debout, un côté de son poitrail avait pris une teinte brunâtre. Devant lui s'étalait un tas impressionnant de cadavres tout frais empilés dans les décombres fumants du réfectoire en ruines. Les impacts de rayons de la gatling laissaient échapper une odeur de viande grillée.
— Tu es endommagé ? Demanda Isobot, inquiet.
— Non, pas trop, j'ai bien pris deux tirs sur le coté, là, mais ils n'ont atteint qu'un servomoteur secondaire. Tant que je ne serai pas réparé je ne pourrai pas pivoter mon torse vers la gauche. Rien de grave.
— Parfait –murmura Brochard, un petit peu impressionné tout de même– La salle de contrôle est juste là.
Il s'installa sur un siège et tapa un code interminable, le génome de son fils donc, transposé en binaire. Cela dura quelques minutes.
— On allait pas me le cracker, héhé… fit-il avec un petit sourire embarrassé.
— De toute façon, l'interface est en MS DOS, plus personne ne sait s'en servir à notre époque… fit remarquer Klank.

La console de commande autour d'eux s'alluma, et la bataille qui se menait à des kilomètres au dessus d'eux apparut plus vraie que nature en images holographiques.
Par contre, en direct devant leurs yeux cette fois-ci, le plafond s'ouvrit, émettant un lourd grincement métallique. Le ciel apparut ainsi qu'un canon géant qui sortit du sol, accompagné d'un nuage de poussière. Quand celle-ci s'estompa, le petit groupe put constater que le calibre de l'engin approchait les vingt mètres de diamètre.
— Il était temps que l'on arrive, commenta la naine qui observait la représentation holographique, il ne reste plus grand monde côté humains.

Le scientifique saisit les manettes, un réticule de visée apparut alors.
— Attaquez les croiseurs en premiers lieux, c'est eux qui coordonnent les chasseurs, conseilla Johanile.
Brochard manœuvra, immobilisa le réticule sur l'un des croiseurs, et actionna une gâchette. Un gigantesque laser orangé s'échappa alors du canon à côté d'eux dans un vacarme assourdissant. Le rayon disparu dans le ciel, mais apparu en hologramme devant eux. Il vint heurter l'un des immenses vaisseaux qui explosa immédiatement.

Il fallut trois autres tirs pour éliminer le deuxième croiseur, qui se trouvait dans une position un peu moins évidente. Lorsque celui-ci volât en éclats à son tour, les chasseurs ennemis, affolés, commencèrent à rebrousser chemin. Brochard en abattit des dizaines, surtout ceux qui se déplaçaient en banc, plus pratique pour en shooter plusieurs d'un coup avec son gros canon.
En quelques minutes, la victoire était totale.

*****

Une douzaine d'heures plus tard, le duc de Moarius en personne accueillait le petit groupe de héros. Il s'agissait d'un vieil homme barbu, corpulent, vêtu en habits d'apparat clinquants. Tous se retrouvaient dans la partie de son palais destinée aux cérémonies officielles, une vaste pièce richement décorée, dotée de gardes à chaque entrée. Isobot, Klank, Johanile et le scientifique se trouvaient plantés là, debout, face au vénérable aristocrate. La porte d'entrée s'ouvrit, et la femme de Brochard apparut, une grande blonde plantureuse aux cheveux longs. Elle tenait son bébé dans les bras. Après avoir présenté ses respects au duc elle s'approcha du petit groupe et leur serra la main :
— Monsieur Klank, madame Johanile heureuse de vous rencontrer. Monsieur Isobot, ravie de vous revoir. Je vous suis redevable à tous les trois d'avoir sauvé mon fils et mon mari, merci encore.
Puis elle se pencha discrètement en direction d'Isobot et lui murmura à l'oreille :
— On se retrouve ce soir, chez moi, comme d'habitude… Et cette fois n'oublie pas l'appendice vibrant…
Elle le regarda et lui adressa un petit sourire ainsi qu'un clin d'œil complice. Isobot, lui, se redressa vivement, et regarda vers Klank. Non, c'est bon, il n'a rien entendu, pensa-t-il. Il se pencha à son tour vers la femme :
— Entendu, on fait comme ça.
Sa carcasse rougit légèrement au niveau des pommettes et il prit un air dégagé.
Le vieux duc adopta une attitude solennelle, sortit un pense-bête de sa poche :
— Nom "200", prénom "Isobot", nom "39", prénom "Klank", nom... "La Naine"..., prénom "Johanile". Toute la nation vous doit la vie, en conséquence vous serez récompensés, en millions de crédits, s'entend.
— Merci monsieur le duc, répondit Klank, nous aurions bien besoin d'un petit pécule pour reconstruire notre hangar.
— Avec tout cet argent, tu pourras te payer un Poubellor neuf, ou même un Bennator 3000, avec une capacité de stockage doublée, commenta Isobot.
—Brochard, vous qui gérez la sécurisation des comptes, vous effectuerez le virement aujourd'hui même, fit le duc.
Le scientifique prit un air embarrassé, fixa ses chaussures, et articula :
— Et bien c'est-à-dire, bien entendu ça serait avec joie, mais…
— Mais ? Demanda le duc.
— Et bien, vous savez, ces comptes que je devais sécuriser, je viens de les inspecter…
— Oui ? Questionna le duc, avec un soupçon de contrariété dans sa voix.
— Et bien figurez-vous que le compte bancaire a été piraté, il est vide maintenant… je ne comprends pas, je l'avais sécurisé avec un code interminable, et, pour m'en souvenir, un super moyen mnémotechnique…
« Modifié: 24 mars 2020 à 15:40:33 par PierreSigma »

Hors ligne Heldscalla

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Re : Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]
« Réponse #1 le: 18 mars 2020 à 00:41:33 »
Bonsoir,

j'avais lu ton texte il y a quelques jours mais je n'avais pas encore trouvé le temps de commenter, alors allons-y !

Franchement, j'ai bien aimé ! C'est drôle, c'est frais, c'est fun, j'ai passé un bon moment à suivre ces aventures totalement rocambolesques  :D

Le père est un boulet, et les androïdes m'ont fait pensé à l'épisode ''3 Robots'' de ''Love, Death + Robots'' !

En tout cas, merci pour ce partage  :)
"Une nouvelle terreur a émergé de la mort, une nouvelle superstition a conquis la forteresse inexpugnable de l'éternité.
Je suis une légende."

R. Matheson

Hors ligne fulgiras

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Re : Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]
« Réponse #2 le: 18 mars 2020 à 02:33:22 »
J'ai bien ri, c'est un univers sf absurde  qui marche bien.

Je fais que le premier chapitre en détail et ce que j'ai vu tout de suite mais si j'ai du temps je ferai le reste  ;)

Citer
Il s'arrêta brusquement, puis observa le coli que venait de ramasser son compagnon, qui désormais lui faisait face d'un air interrogateur.
colis

Citer
Sa voix, puissante au point qu'elle aurait pu faire frémir un barbare de la ceinture d'Orion, raisonna d'un bout à l'autre de l'établissement.
résonna

Citer
ses senseurs de ses mains.
c'est un détail mais senseur est un anglicisme pour capteur.



Citer
Il arpenta les pièces de son hangar, un mélange d'ateliers et de pièces à vivre, constellées d'outils et matériaux divers rangés avec soins selon un alignement ordonné.
avec soin. C'est un peu répétitif ranges avec soin, alignement ordonné

Citer
Elle était large, quelques robots, curieux, attirés par le vacarme, apparaissaient aux fenêtres voisines. Mais surtout un groupe de trois humanoïdes campait de l'autre côté du passage.
Cette description est pas super belle.

Citer
Peut-être les nains mercenaires de la planète Nébula pourraient nous aider.
La formulation est un peu étrange. J'aurais plutot dit :
Des mercenaires nains de la planète Nébula  pourraient peut etre nous aider

Citer
Ils sont pas au point ces humains, je sais pas qui les a conçut, mais c'était vraiment une baltringue.
concu

Hors ligne PierreSigma

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Re : Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]
« Réponse #3 le: 18 mars 2020 à 09:35:53 »
super !

ça me fait vraiment plaisir, parce que la nouvelle est un peu longue et chronophage si on veut la lire et commenter.

Alors un grand merci à vous deux pour vos retours  :)

Je suis content que les traits d'humour fonctionnent, c'est si personnel, je ne savais pas si c'était réellement drôle  :mrgreen:

A bientôt sur le forum !

@ fulgiras : merci pour les corrections, je vais modifier tout ça, c'est pas faute d'avoir relu maintes et maintes fois, mais l'orthographe c'est pas du tout mon point fort  :D


Hors ligne fulgiras

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Re : Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]
« Réponse #4 le: 24 mars 2020 à 02:02:53 »
Je termine les corrections des autres chapitres

Citer
La taverne, poisseuse, sombre, était peuplée d'êtres organiques en tout genre.
en tout genres

Citer
Une silhouette courte sur patte se découpa dans l'embrasure puis avança en direction de la table
  courte sur pattes

Citer
Et en plus je te retrouve à la taverne, c'est quoi ce bordel Idrim
retrouves

Citer
Elle scruta l'assistance et perçu comme un air d'incrédulité timide parmi ses interlocuteurs.
percut


Citer
Comme chacun redoutait, celui-ci tira encore,
je reformulerais cette partie

Citer
Deux croiseurs de grande capacité les accompagnait
accompagnaient

Citer
Le petit groupe se trouvait désormais au sommet d'un pic, dans un désert, de l'autre côté de Moarius. Le bébé, blotti dans les bras d'Isobot, se révélait particulièrement calme. L'endroit, éclairé par un soleil matinal, était surtout constitué de roches, çà et là apparaissait à peine quelques signes de végétation. En contrebas, on pouvait apercevoir une petite cabane.
apparaissaient Ca peut aussi etre sympa de detailler un peu les lieux


Citer
De fin traits de lumière bleu et rouge
bleue

Citer
Donc, il on soustrait la hauteur du plafond, ça nous laisserais dans les trois mètres à creuser.
si on , laisserait

Citer
partirent en lambeau
lambeaux
Citer
Klank était là, toujours debout, un côté de son poitrail avait prit une teinte brunâtre. Devant lui s'étalait un tas impressionnant de cadavres tout frais empilés dans les décombres fumants du réfectoire en ruine. Les impacts de rayon de la gatling laissaient échapper une odeur de viande grillée.
pris, ruines  et rayons

Bonne chance pour ton AT

Hors ligne PierreSigma

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Re : Un super moyen mnémotechnique [Modifié le 11/03, SF humoristique]
« Réponse #5 le: 24 mars 2020 à 13:32:42 »
Ça me fait rager de pas voir ces fautes malgré mes relectures !

Merci infiniment !

Ce coup-ci c'est bon, je vais pouvoir l'envoyer ! Trop content !
« Modifié: 24 mars 2020 à 15:41:13 par PierreSigma »

 


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