Texte modifié d'un pseudo-rêve déjà proposé.
Avec mon ami Léo, c’est soirée pizza bières. Je viens de découvrir sur wiki une définition intéressante, je lis lentement les quelques lignes affichées sur mon écran :
« Ineptocratie : un système de gouvernement où les moins capables de gouverner sont élus par les moins capables de produire et où les autres membres de la société les moins aptes à subvenir à eux-mêmes ou à réussir, sont récompensés par des biens et des services qui ont été payés par la confiscation de la richesse et du travail d'un nombre de producteurs en diminution continuelle. »
- Julien, c’est intéressant cette définition de l’ineptocratie, un gouvernement des incapables pour des assistés.
- Oui, de moins en moins de productifs, de plus en plus de consommateurs.
- Pas étonnant que tout augmente : impôts, taxes, et cette foutue dette, précise Léo en attaquant sa troisième bière.
- Rigole, les Français commencent à couiner, ça peut péter.
Il pose sa bière et se recale dans le canapé, il semble parti en méditation.
- Julien, cette ineptocratie, c’est malin, ça crée des problèmes qui justifient le rôle accru de l’État.
- Le problème c’est qu’on étouffe sous les règles, le pays régresse, on doit faire quelque chose.
- Le Julien activiste est né ? Me lance Léo narquois.
Quand je discute avec Léo, c’est du sérieux, démographie, dette, productivité, risques bancaires, on analyse tout. On finit par être d’accord, ce système pourri pour le plus grand nombre est très bien organisé pour le profit de quelques-uns. Deux heures et quelques bières plus tard, on se quitte en économistes vraiment atterrés.
Ce problème de gouvernement sur des principes néfaste me prend la tête. Il existe certainement un livre qui explique comment instaurer l’ineptocratie et pour certains dirigeants comment en profiter. Je dois essayer de connaître les racines du mal pour le combattre.
Il est presque minuit, ma tête est prête à exploser. Quatre voix sont sous mon crâne. Trois se disputent, se lancent des chiffres, des graphiques, des injures ; la quatrième se demande si les pingouins ont des genoux.
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Je plonge dans le lit et le sommeil pour échapper à cet enfer. Cette nuit, c’est décidé, je veux mettre la main sur le manuscrit qui explique la naissance et le maintien au pouvoir d’une ineptocratie. Elle est certainement bénéfique pour une secte de financiers et de technocrates et néfaste pour le peuple. Ce texte en main, je pourrai déjouer ce complot, détruire ce groupe totalitaire et sauver la France qui aura alors des politiciens de tous bords compétents et honnêtes.
J’entre en clandestinité, nom de code Pingouin. Je suis en Bretagne dans la petite ville de Sion sur mer. J’ai choisi une chambre en colocation au troisième étage dans la rue Éternelle.
Le maudit manuscrit trône dans le bureau du recteur de l’université (j’ai mes informations). Depuis plusieurs semaines, je me prépare pour réussir à le dérober. Je décide de passer à l’action. Maintenant.
Mon bus prend la route de la corniche, les vagues se brisent en bas, sur d’énormes blocs de granit jetés là pour combattre l’érosion. L’écume blanche éclate sur les flots verts et gris. Au loin, la mer est simplement bleue.
Je descends juste avant l’université, à droite coule la rivière. Le bâtiment de quatre étages se profile, style presque moderne, long rectangle de style stalinien. Le béton gris foncé est égayé par des fenêtres serrées et répétitives. Je marche d’un pas léger sur un trottoir agréable bordé d’arbustes aux grappes de fleurs orange. Je passe devant le snack et quelques boutiques. Sur un présentoir flottent de grandes chemises hawaïennes. J’en achète une, la plus voyante de toutes, je l’enfile par dessus mon petit sac à dos. Technique éprouvée, les témoins ne se souviendront que de cette chemise. Elle rejoindra le livre dans mon sac à dos avant de m’enfuir.
Si vous saviez combien de fois, de nuit j’ai contemplé le bâtiment, préparé mon coup et repéré cette discrète petite porte de service. Je la franchis ma casquette enfoncée sur mon crâne et me fonds au milieu des autres étudiants. Surtout, ne pas laisser d’empreintes. Mains dans les poches, je monte jusqu’au quatrième étage. Un long couloir dessert des salles de cours quasi vides. Au milieu, je laisse à gauche la bibliothèque et prends à droite vers la porte marquée « Recteur ».
Je pousse doucement le lourd vantail de bois sculpté. La salle de réception abrite quelques fauteuils et une longue table où sont exposés des livres reliés de cuirs jadis multicolores. Celui que je cherche est vert. Il est là, juste devant moi ! Le souffle court, je m’approche lentement et l’empoigne. Par une porte latérale sort un petit homme sans âge, gris, à barbichette. Il glapit : « Arrêtez ! ».
D’un bond, je fonce vers le couloir et fuis au hasard. Je descends d’escalier en escalier, cours dans les couloirs du sous-sol, tournant de-ci de-là pour semer mon poursuivant. J’arrive devant une porte de métal rose. Je la pousse, entre et tire le verrou derrière moi. Je me retrouve dans un lieu improbable : la porcherie.
Les cochons joyeux et maculés de boue s’approchent de moi, ils me reniflent, ils veulent être caressés. Voyant la lumière du jour au loin, je me hâte sur un muret étroit. Presque arrivé à la sortie, un obstacle inattendu surgit. C’est un ours blanc, enfin pas tout à fait blanc, à cause des cochons.
Allongé sur le dos, il me regarde avec ses grands yeux doux, lui aussi attend des caresses. Je ramasse un bout de bois et commence à lui gratter le ventre. Mais, il me barre toujours le chemin, je veux pourtant passer.
Heureusement, un garçon me vient en aide : « Je m’en occupe ». Incrédule, je le vois s’approcher, passer ses petits bras sous la grosse bête et la soulever sans effort.
- Viens Marcel, laisse passer monsieur.
- Pour une fois qu’on a de la visite, réplique Marcel.
Je le vois emporter l’ours sans effort vers la sortie toute proche et d’un coup, il le jette au beau milieu de la rivière.
- Nager, il adore ça.
- Je rêve ou il t’a répondu ?
- Ça peut surprendre. Vous savez, Marcel fréquente depuis si longtemps l’université, les humains.
- Bien sûr, bien sûr.
- Tu as réussi à piquer le fameux livre ?
- Oui, mais je dois m’échapper.
- Passe là et suis la rivière. Bonne chance.
Je sors et je me lave les jambes et les bras à un robinet placé fort judicieusement là. En longeant la rivière, je vois l’ours nager tranquillement sur le dos. Il me fait un clin d’œil et sort en s’ébrouant. Marcel trottine maintenant à côté de moi et m’ordonne :
- Garde ton bouquin et ton sac à dos, file-moi ta chemise.
Il a l’air sûr de lui et sa voix me rappelle un peu celle de Léo.
- Ils vont t’attraper.
- Pas de problème, je serai muet et tous les étudiants prendront ma défense. Je suis un réfugié climatique et une espèce protégée.
Je le vois déambuler vers le snack, la chemise au ras des chevilles. Un attroupement se produit, il met son index sur ses lèvres, son dernier signe d’adieu. Les vigiles l’encerclent, il fait mine de se défendre et en envoie trois bouler à terre Puis, sans un mot, il leur tend le sac à dos.
Mon bus s’éloigne, j’ai le livre serré sous ma chemise blanche. Pas question de revenir rue Éternelle. Maintenant, je peux étudier chaque page, chaque ligne, chaque mot de ce maudit manuscrit et forger une arme fatale contre ce système de gouvernance nuisible.
Encore bien des nuits de labeur.
Le principe de Peter : «Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence ».
Le principe de Dilbert : « Les gens les moins compétents sont systématiquement affectés aux postes où ils risquent de causer le moins de dégâts : l'encadrement »