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Auteur Sujet: Le Cas Richard Jewell (Clint Eastwood)  (Lu 861 fois)

Hors ligne Champdefaye

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Le Cas Richard Jewell (Clint Eastwood)
« le: 26 février 2020 à 18:37:19 »
Critique aisée n°201

Le Cas Richard Jewell
Clint Eastwood - 2019 - 129 minutes
Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Jon Hamm, Kathy Bates


Il est incroyable, le vieux. Il y a un an, il nous avait donné « La Mule » que, dans un bel élan moutonnier, tous les critiques, moi y compris, avait appelé un film testament. Eh bien, voilà qu’il nous en sort un autre : Le cas Richard Jewell.
Moins personnel, moins original, moins testamentaire que La Mule, « Le cas Richard Jewell » n’en est pas moins le film parfait, allez, disons presque parfait.

Mettons que vous ayez 90 ans et que vous vouliez faire un film parfait, enfin presque parfait. Comment vous y prenez-vous ?
C’est simple :
— vous prenez d’abord une histoire vraie, et surtout connue, comme ça, tout le monde connaît déjà la fin ou peut la connaître par un simple petit tour sur Wikipédia. On pourrait penser que ça va ruiner le suspense, mais comme vous avez de l’expérience et même un sacré paquet, ça ne vous fait pas peur, ce n’est qu’une contrainte de plus, et les contraintes à la création, vous aimez ça. Le suspens sans effet TATATAAM (1), sans porte qui grince, sans forme derrière le rideau, vous savez faire.
— ensuite, vous prenez un acteur inconnu, au physique d’obèse, vous le coiffez comme un idiot, vous l’habillez comme un plouc, vous lui donnez l’accent du Sud et vous le faites parler lentement, si possible avec des expressions toutes faites. Pour l’acteur, c’est le rôle de sa vie. Après ça, il lui sera difficile de jouer les golden boys de Wall Street, mais c’est le rôle de sa vie.
— après, vous prenez Sam Rockwell. Récemment, il avait joué à la perfection deux seconds rôles dans deux films inégaux : un flic raciste dans « Les Panneaux de la vengeance » (quel titre ridicule pour un si bon film) et le président G.W.Bush dans « Vice » (un titre qui, en France, a dû faire se méprendre plus d’un spectateur !). Là, vous lui donnez le rôle très classique du petit avocat de province qui a monté son cabinet, mais qui ne réussit pas très bien mais qui est bon, honnête et adulé par sa jolie secrétaire. Et Sam Rockwell vous donne tout ce que vous lui demandez : la lassitude, la barbe de trois jours, la tenue négligée, le sarcasme, l’opiniâtreté, le sens de la liberté et de la justice. Classique, quoi ? Tellement "Série Noire", non ? Mais tellement ce que l’on aime et ce que l’on cherche.
— ensuite, vous prenez Jon Hamm, archétype de l’homme américain de confiance, grand, beau, viril, solide avec son visage carré et son air d’honnêteté viscérale. Vous essayez de ne pas remarquer qu'il a du mal à sortir de son rôle principal de Mad Men et vous lui demandez, avec tout ça, d’incarner l’une des institutions les plus respectée (sauf par Trump) des USA, le FBI, mais pas si respectable que ça.
— et après, vous prenez une belle fille délurée, dans le genre Sharon Stone, pour lui faire incarner une journaliste et, par la même occasion, la Presse toute entière, et vous l’habillée en garce provocante et prête à tout pour obtenir une « story »
— et en dernier, vous demandez à Kathy Bates d’être la « mère douloureuse » de l’ennemi public n°1 que deviendra son fils ce qu'elle fait de la belle manière.

A ce stade, vous avez l’histoire, les personnages et les comédiens. Ne reste plus qu’à faire la mise en scène, et ça, ça coule tout seul. V

— vous commencez par montrer le bonhomme Jewell, psychorigide plein de bonne volonté, d’abord flic puis vigile, se faire virer de partout pour exercice pointilleux et même abusif de son autorité, passer en quelques instants du statut de clown involontaire dont tout le monde se moque à celui de héros national puis d’ennemi public numéro 1.
— en parallèle, vous montrez comment le FBI envisage parmi d’autres la thèse classique du pompier pyromane, mais comment une journaliste, ah ! la garce, va transformer cette piste de pure routine en scoop et faire croire à l’Amérique entière que c’est le pompier qui est le pyromane.
— vous faites ça de manière tellement habile que le spectateur, qui connait le fin mot de cette histoire vraie et à qui vous n'avez rien caché de la mise en place de la bombe, se prend à douter pendant quelques minutes de l’innocence du pompier.
— par des petites scènes intercalées, vous montrez la résignation de la victime, le désespoir de sa mère, la frustration de son avocat.
— vous en profitez pour passer votre message comme quoi la Presse est un danger pour l’individu, le FBI n’est pas le chevalier blanc que tant de films ont dépeint.
— et puis, vous achevez votre film avec la réaction et finalement la victoire de l’homme seul contre le système. Il le faut bien, parce qu’effectivement c’est l’Amérique, c’est ce qu’aime Clint Eastwood, et c’est ce qui s’est vraiment passé.

Et c’est comme ça que vous obtenez le film parfait, allez, disons presque parfait.

Note 1 : Qu’est-ce que l’effet TATATAAM ? En technique cinématographique, je suis sûr qu’il y a un mot pour définir ce genre d’effet, mais je suis incapable de me le rappeler et je ne sais pas comment le rechercher. Pour moi, l’effet TATATAAM, c’est un effet très souvent utilisé au cinéma pour surprendre le spectateur, le faire sursauter, et si possible, lui faire cracher son chewing-gomme dans les cheveux de la personne qui est assise devant lui. (Quand ce dernier résultat est obtenu, on parle d’effet TATATAAM de niveau 3, la simple surprise étant un TATATAAM de niveau 1, le sursaut, de niveau 2. L’absence de surprise caractérise ce que l’on appelle un TATATAAM de niveau nul, autrefois appelé BIDE). Le TATATAAM est en général obtenu à l’issue d’une scène assez longue et calme, dans laquelle par exemple, l’agneau qui vient de naitre s’abreuve dans le cours de la rivière, la scène devant être interrompue de façon soudaine par une élément inattendu et de préférence terrifiant. Cette année, le niveau zéro du TATATAAM sera obtenu avec l’apparition diurne et subite d’un canis lupus vulgaris, qui ne fait plus peur à personne depuis sept générations. On pourra se hisser au niveau 1 en tournant la même scène en « nuit américaine », mais c'est un peu cheap comme procédé. On pourra obtenir un TATATAAM  2 acceptable en remplaçant le loup par l’ALIEN de Ridley Scott. Dans le cadre imposé ci-dessus, pour un TATATAAM de niveau 3, je ne vois que l’aplatissement de l’agneau par la chute brutale et inopinée d’un bateau de croisière de bonne taille, mais pour ça il faut de gros moyens financiers.
Comme ça, là, tout de suite, je n’ai en mémoire que deux TATATAAM de niveau 3++.
Le premier, c’est bien sûr dans Alien 1, quand ce qu’on ne sait pas encore être la créature qui porte Alien saute au visage de l’astronaute à travers son casque. Le second, c’est dans le film Paul , un film britannico-américain méconnu mais que je vous recommande très chaudement, quand la méchante Sigourney Weaver est instantanément écrabouillée par une soucoupe volante que personne, pas même le scénariste, n’avait vu venir.

Si vous n’avez toujours pas compris ce qu’est l’effet dont je parle, prononcez seulement son nom d’une voix un peu grave et avec emphase : TATATAAM, et vous comprendrez.
« Modifié: 02 mars 2020 à 06:14:30 par Champdefaye »

 


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