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Auteur Sujet: 1917 (Sam Mendes)  (Lu 816 fois)

Hors ligne Champdefaye

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1917 (Sam Mendes)
« le: 20 février 2020 à 15:50:53 »
Critique aisée n°200


1917
Sam Mendes - 2020



Voilà : j’ai mis du temps à aller voir 1917. Alors peut-être l’avez-vous déjà vu sans connaitre mon avis. De toute façon, je vous aurais dit d’y aller. Mais si vous ne l’avez pas encore fait, dépêchez-vous, car il ne se joue plus que dans les plus petites des salles des complexes. Il devrait donc disparaitre bientôt, car il parait qu’il y a un « Ducobu chez les Tuche » qui arrive.

Pour 1917, les critiques ont été généralement très bonnes à l’exception essentielle de Libération. Pour ce journal, le film « manque de point de vue ». Venant de Libération, cela veut probablement dire qu’on n’y trouve ni déclaration pacifiste ni pamphlet anti-capitaliste. Peut-être le journal regrette-t-il aussi que les officiers n’y soient pas montrés comme de sombres brutes alcooliques, aveuglés par la discipline, insensibles au sort des hommes. Libération aime bien les choses simples, claires, manichéennes pour tout dire où, quand on a une bonne conscience et de bonnes pantoufles intellectuelles, on peut s’y retrouver facilement. Bon ! Laissons tomber Libération, ce n’est pas le sujet.

Tout le monde sait à présent, film vu ou pas vu, que les deux heures environ de 1917 se présentent comme un seul plan-séquence, c’est à dire une prise de vue unique où l’on suit sans interruption les personnages dans leurs déplacements. Pas mal de mes confrères (mes confrères ! Ah !) ont salué une performance technique là où, selon moi, il n’y a qu’une volonté stylistique utile au scénario. Dire d’un plan séquence de deux heures qu’il constitue une performance, c’est non seulement tomber dans le cliché absolu, mais aussi oublier les moyens techniques qui permettent aujourd’hui de suivre partout et tout le temps le moindre personnage et de transformer une succession de plans séparés en un seul plan-séquence. Quand Hitchcock avait tourné « La Corde », son plan-séquence unique (qui en fait n’en était pas un à cause de la durée maximale d’une bobine), avec ses grosses caméras, ses projecteurs imposants et ses forêts de câbles, c’était une performance. Mais pour 1917, les matériels ont radicalement changé et ce n’est pas là que Sam Mendes a cherché la performance.

Dans un scénario assez improbable, dont on nous dit cependant qu’il a été tiré de l’autobiographie du grand-père de Sam Mendes, deux soldats britanniques doivent traverser le no man’s land pour rejoindre un régiment anglais. Ils sont porteurs d’un ordre annulant l’attaque prévue qui conduirait le régiment dans un piège mortel monté par les Allemands. Y parviendront-ils ? Vous savez bien que je ne vous le dirai pas.

Vous savez aussi que je suis à l’affût des clichés. Ils ont le don de me hérisser le poil. Mais ici, je n’en ai vu qu’un seul et c’est la gentille petite française cachée dans une cave de village en ruine avec un nouveau-né à sa charge. Passé ce poncif, et malgré l’improbable maladresse des tireurs Allemands, j’ai trouvé le film très réaliste et très prenant. Je sais, c’est un peu ridicule quand quelqu’un, né comme moi pendant la deuxième guerre mondiale, qualifie de réaliste un film sur la première. Disons seulement que c’est l’idée que l’on peut s’en faire.

Par son plan-séquence unique, Sam Mendes a choisi de nous faire suivre de tout près les deux soldats dans leur progression à travers une terre dévastée par les bombardements et par la succession des assauts et des contre-attaques, puis à travers une campagne étrangement calme et préservée pour une scène (presque) finale époustouflante. On les suit, les deux soldats, et on devient eux, on avance avec prudence avec eux, on a peur avec eux, on souffle et on repart avec eux. Les décors sont d’une simplicité inhabituelle pour un film de ce genre, mais ils sont hallucinants. Je ne peux pas en dire davantage. Littérairement parlant, la description en serait trop difficile.

Il ne me parait pas utile de donner les noms des deux acteurs principaux, vous ne les connaissez surement pas. Leur banalité donne beaucoup de crédibilité à leur personnage. En plus, ils sont excellents. Par contre, si vous êtes attentifs, vous reconnaitrez dans deux rôles éclairs, au début, Colin Firth et, à la fin, Benedict Cumberbatch.

Je ne peux pas clore cette critique sans souligner une vraie performance de réalisation. Je veux parler d’une scène grandiose qui se situe un peu avant la fin du film. Une séquence de travelling de plusieurs minutes, centrée sur un soldat anglais désarmé qui court désespérément en croisant les centaines de soldat d’un régiment qui bondit à la charge hors de la tranchée.
Superbe réalisation technique, scène époustouflante.
« Modifié: 21 février 2020 à 07:20:28 par Champdefaye »

 


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