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10 avril 2020 à 00:14:36
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Le Monde de L'Écriture » Sous le soleil des topics » Discussions (Modérateurs: Milora, Aube, Ben.G) » « Liberté, égalité, fraternité », est-ce par dessus tout notre projet ?

Auteur Sujet: « Liberté, égalité, fraternité », est-ce par dessus tout notre projet ?  (Lu 2874 fois)

En ligne Loup-Taciturne

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« Dieu, la Patrie, le Roi », devise du Maroc

Je suis tombé sur cette devise du Maroc, et j'ai été interpellé. La devise d'un pays, toujours forgée dans le nationalisme coercitif bouillonnant laisse transparaître le souci profond des rédacteurs de la devise. On perçoit à travers elles qu'ils sont des pouvoirs autocratiques, des groupes armés, des noblesses, en mal de légitimité gouvernant des populations en mal d'unité, ou bien ils sont des révolutionnaires aspirant à la justice, la liberté, l'égalité, et à asseoir leur idéal sur tous les autres, ou encore ils sont des indépendantistes décoloniaux soucieux de faire connaître qu'on ne la leur fera plus. Que désormais ils sont une "vraie" nation, unie par delà les clivages ethniques et les pressions coloniales.
Mais ce qui est frappant partout, c'est justement ce souci, cette obsession d'unité qui sous-tend toute dynamique nationaliste, toute l’œuvre de fiction qui dessine soudainement cette « communauté imaginée » à travers les pages du roman national et des symboles sacrés de la nation. Le nationalisme, toujours croit à l’homogénéité, qu'elle soit socio-économique ou culturelle (et bien souvent la recherche de l'homogénéité culturelle cache l'hétérogénéité socioéconomique, à l'avantage du pouvoir). Il y croit, ou veut y faire croire, car elle est un encouragement à la soumission à l'ordre, perçu comme juste et harmonieux, entre semblables. Cependant, quelques devises se démarquent par leur originalité, l'élévation apparente de leur idéal politique.

Voici un petit florilège, pris au hasard,

Citer
« Par le peuple et pour le peuple » devise de l'Algérie
« Liberté, dignité, justice, ordre »  devise de la Tunisie
« Indépendance, liberté, bonheur » devise du Vièt Nam
« Dieu et mon droit » (« Mon droit divin ») devise du Royaume Uni
« De plusieurs, un » / « En Dieu nous croyons » devises traditionnelle et officielle des États-Unis d'Amérique
« Ordre et progrès » devise du Brésil
« Un peuple, un but, une foi » Devise du Sénégal et du Mali
« Il n'y a de divinité qu'Allah, et Mohammed est son messager » devise de l'Arabie saoudite
« Paix dans le pays, paix dans le monde » devise de la Turquie
« Plus Ultra » (« Encore au-delà ») devise de l'Espagne
« Unité et droit et liberté » devise de l'Allemagne
« Seule la vérité triomphe » devise de l'Inde
« Dans l'Union et la Liberté » devise de l'Argentine
« Unité, Travail, Progrès »  devise de la République du Congo
« Paix, justice, travail » devise de la République Démocratique du Congo
« Paix, indépendance, démocratie, unité et prospérité » devise du Laos
« L’Éthiopie d'abord » devise de l’Éthiopie
« Pour Dieu et mon pays » devise de l'Ouganda
« Virtus Unita Fortior » (« L'union fait la force ») devise de l'Angola
« La mère et la mère patrie valent plus que les cieux » devise du Népal
« L'union fait la force » devise de la Bulgarie
« Grandir libre et fécond » devise du Guatemala
« La patrie ou la mort, nous vaincrons » devise de Cuba
« Unité - Progrès - Justice » devise du Burkina Fasso
« Fraternité, Justice, Travail » devise du Bénin
« Union, Discipline, Travail » devise de la Côte d'Ivoire
« La liberté ou la mort » devise de la Grèce
« L'amour de la liberté nous a amenés ici » devise du Liberia
« Liberté et Justice » devise du Ghana
« Indépendance, Liberté, République islamique » devise de l'Iran
« Tout pour la Norvège » devise de la Norvège
« Unité dans la diversité » devise de l’Indonésie
« Nation, Religion, Roi » devise du Cambodge

La devise de la république française est-elle exceptionnelle (contradictoire?) en ce qu'elle porte l'égalité en son cœur (chose rare, on lui préfère généralement la « justice »), en même temps qu'elle côtoie fraternité et liberté ?
L'idéal porté par la devise national(ist)e française est-il un motif suffisant de fraternisation et d’adhésion à la communauté nationale ?
L'idéal républicain français peut-il se résumer à sa devise ?
La devise française est-elle un contrat social ?
L'idéal porté par la devise française est-il un motif suffisant de lutte pour son application réelle, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays ?
Le nationalisme français est-il un nationalisme qu'on pourrait qualifier « d'ouvert » , voire parfois un antinationalisme revendiqué ?
Le nationalisme français, dans sa prétention universaliste, est-il toujours un impérialisme/colonialisme en puissance ?
« L'universalisme républicain », est-ce appliquer ses valeurs à tout le monde, ou est-ce inclure tout le monde quelques soient ses valeurs ?
Les « identités françaises » sont-elles avant tout fraternelles, politiques et contractuelles ?

« Liberté, égalité, fraternité », est-ce par dessus tout notre projet ?

« Modifié: 11 février 2020 à 13:55:24 par Loup-Taciturne »
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
Ne reviendrai pas, même furtivement »

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« L'universalisme républicain », est-ce appliquer ses valeurs à tout le monde, ou est-ce inclure tout le monde quelques soient ses valeurs ?

Sur ce point, je penche sévèrement pour la première option. "L'universalisme républicain" à la française, c'est aussi et surtout le principe de l'intégration - qui entend se distinguer à la fois de l’idéologie assimilationniste et du modèle communautariste anglo-saxon, et qui serait le garant de l’unité française contre le risque d’ethnicisation de la nation politique. Derrière les discours sur l’intégration, qui se présentent comme ouverts à l’altérité, se dissimulent sous une forme adoucie les mêmes velléités que dans les discours assimilationnistes. Des finalités qui apparaissent comme positives d’un point de vue éthique peuvent être conditionnées par des politiques néfastes : en l’occurrence, les discours sur l’intégration en appellent à l’unité, à la paix sociale, à l’universalisme, à l’humanisme, aux ressemblances entre êtres humains, pour camoufler et justifier une volonté d’éliminer certains traits culturels minoritaires. L’objectif de l'unité est en fait un prétexte à l'homogénéisation culturelle afin de maintenir la domination d'une culture sur les autres au sein d'un même territoire. Tout particulièrement en France, la visibilité et l’expression des différences culturelles semble problématique — a fortiori lorsque les sensibilités sont polarisées sur la communauté musulmane — et les politiques intégrationnistes en sont la preuve mais souvent cette preuve est masquée par une rhétorique qui est ancienne et qui chapeaute jusqu’à notre Constitution : « La République est une et indivisible ». Dans les discours, les opinions et les actes politiques, cette unité est souvent prise comme prétexte pour effacer une diversité perçue comme une menace. E. Morin préconisait à François Hollande de rajouter dans la Constitution : « La République est une, indivisible et multiculturelle », ce qui rend bien compte du fait que l’unité n’entretient pas des rapports évidents avec la diversité dans l’esprit français.

Il y a six ans, j’ai lu sur Mediapart un entretien avec Elisabeth Badinter qui m’a ouvert les yeux sur le principe républicain d’intégration dans ce qu’il a d’hypocrite et de fallacieux par rapport à cette dialectique de l’unité et de la diversité. C’était je crois un peu avant qu'elle nous honore de sorties médiatiques explicitement islamophobes qui prenaient la suite du laïcisme façon Manuel Valls. On pouvait notamment y lire :
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Cette intervention me paraît un excellent résumé de la rhétorique de l’unité et de l’intégration républicaines, donc prétendument « universaliste », qui tente de brouiller les pistes mais peine à camoufler son occidentalisme. La manière dont elle accuse les « multiculturalistes » de penser d’abord « à ce qui nous distingue » au lieu de penser d’abord « à ce qui nous unit » prouve que pour elle unité et diversité ne font pas bon ménage, comme si ces deux notions fonctionnaient comme des pôles mutuellement exclusifs. Le fait de dénoncer que penser d’abord à la diversité peut en effet relever d’un « séparatisme », d’un « différentialisme », lui permet d’évacuer que son principe de penser d’abord à l’unité risque de conduire à l’effacement et à l’uniformisation. Sa lecture du « mariage pour tous » trahit ainsi la même conception erronée : oui, les couples homosexuels ont les mêmes droits que les autres car ils sont des citoyens aussi libres que les autres, mais nous ne sommes pas tous homosexuels, d’ailleurs la majorité de la population reste hétérosexuelle ; il s’agit bien d’accorder à des minorités les mêmes droits que les autres, donc de leur accorder le droit à la différence au nom de l’égalité, pas de leur accorder des droits parce que nous serions tous homologues. Badinter semble confondre, volontairement ou non, la similitude (identitaire) et l’égalité (politique) ; le principe d’égalité ne devrait pas reposer sur une reconnaissance préalable de la ressemblance ou de la différence entre êtres humains. Il ne s’agit d’ailleurs en aucun cas de penser d’abord à ce qui nous unit ou d’abord à ce qui nous distingue, ce n’est pas une suite hiérarchique mais une coopération. Faire passer ce qui nous différencie avant ce qui nous rassemble risquerait peut-être d’exacerber les désunions, mais faire passer ce qui nous rassemble avant ce qui nous différencie peut en miroir amener à gommer les différences.

C’est ainsi qu’une profession de foi universaliste humaniste qui se donne pour valeur de résorber les conflits entre groupes au sein d’un même territoire peut en vérité cacher une fermeture à l’autre et une volonté de l’assimiler à soi. Un peu plus tard, cette brave Badinter a désigné le voile comme un « étendard politique et communautaire », a proclamé « Il ne faut pas avoir peur d’être traité d’islamophobe », ou développé une idée selon laquelle le féminisme doit s’intéresser préférentiellement aux femmes de culture et d’origine maghrébines car « depuis longtemps, dans la société française de souche, que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes », ce qui permet de négliger le sexisme occidental tout en étant sereinement raciste. Sa « philosophie de la ressemblance » est donc bel et bien une philosophie de l’unité uniformisante alimentée par une sensibilité tendanciellement xénophobe, sous couvert de rationalité.

Dans les discours intégrationnistes majoritaires, la peur de la communautarisation, de l’ethnicisation, synonyme de morcellement et de conflictualité, et surtout la peur du colonisateur d'être colonisé (d'être acculturé, de disparaître, que sa virilité blanche soit émasculée, le fameux "grand remplacement", etc.), va motiver des logiques standardisantes, homogénéisantes ou uniformisantes, appelons ça comme on veut. En témoignent par exemple les débats autour du voile islamique dans le cadre de la laïcité, concept-clé du modèle républicain et du principe de l’intégration. Alors qu’elle était censée assurer la liberté de conscience et de culte à part égale pour tous et statuer l’incompétence de l’Etat en matière religieuse, cette fameuse laïcité est devenue concrètement et dans l’esprit de beaucoup un outil anticlérical pour interdire les expressions de caractère religieux et plus précisément islamique dans l’espace public. La neutralité censée garantir l’ouverture à tout le monde est devenue une neutralisation de chacun, et des musulmans en particulier : on a cru que pour vivre sur le même territoire il fallait que certaines spécificités culturelles disparaissent, comme si le seul moyen pour que nous nous respections était que nous devenions tous les mêmes. Un principe laïc dévoyé, donc, et surtout une application à géométrie variable qui dénude l’idéologie intégrationniste en tant que refus de la diversité et oppression des minorités visibles : certaines marques de christianisme sont tolérées dans le domaine public au nom d’une « culture » qui serait la nôtre, comme si les risques d’une affiliation confessionnelle de l’Etat et d’un prosélytisme institutionnel étaient évacués par la présence de traditions perçues comme objectives, alors que des expressions de culture islamique sont pointées du doigt comme effractions à la laïcité. Et on n'a pas peur des gens qui prient dans la rue et on ne leur envoie pas la police lorsque c'est dans le quatrième arrondissement après l'incendie de Notre-Dame. « L’égalité de tous devant la loi quelles que soient leurs croyances ou leurs convictions » n’est donc plus respectée de facto.

En France, les statistiques ethniques sont toujours interdites, passibles d’amende, ce qui n’est pas le cas dans quantité d’autres pays. Cela témoigne de ce même esprit qui pense que mentionner des différences pourtant indiscutables telles que la couleur de peau, l’origine géographique et l’appartenance socioculturelle à des groupes, poussent à la division nationale et à la confrontation agonistique des identités. Au vrai, cela permet plutôt d’évincer des communautés minoritaires et le fait qu’elles subissent des discriminations sociales et territoriales, en bref de masquer le racisme structurel, l’inégalité de traitement et la diversité des populations, comme s’il y avait une indistinction entre les citoyens français et que c’était la preuve d’une politique égalitaire, alors que c’est tout l’inverse.

La question répétée « L’islam est-il soluble dans la République ? » et les taches aveugles qui l’accompagnent sont également représentatives. Si les plus islamophobes ou les plus assimilationnistes sont capables d’énoncer simplement « Non, l’islam n’est pas soluble dans la République », rien ne nous permet d’inférer que les intégrationnistes enclins à répondre à la même question par l’affirmative sont prêts à laisser sauves les spécificités culturelles de l’islam — une fois dissoute dans notre grande et diaphane République, que reste-t-il de la matière islamique ? Conserve-t-elle son droit le plus plein à exister après mélange, veut-on effectivement qu’elle s’additionne, qu’elle se fusionne, ou veut-on l’altérer voire la faire disparaître dans la matière diluante ? Les interrogations à propos d’un islam républicain voire gallican sont elles aussi révélatrices de cette volonté spécieuse d’acceptation de l’islam : oui, oui, on accepte l’islam, mais on va d’abord le digérer pour mieux le modifier et, à terme, l’effacer.

Cette rhétorique intégrationniste existe depuis longtemps, on en trouve des traces idéologiques dès par exemple le quinzième siècle. J'ai étudié il y a plusieurs années les relations entre la chrétienté et l'islam à l'aube de la Renaissance, particulièrement la perception des auteurs chrétiens vis-à-vis de l'islam, et plus particulièrement encore Nicolas de Cues, un philosophe, un théologien important de l'époque, et son Cribratio Alchorani (Le Coran Tamisé). Dans le contexte de l'époque
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cet auteur apparaît comme particulièrement ouvert et bienveillant à l'endroit des "mahométans" (comme on les appelait alors). En vérité, il souhaite juste les convertir à la chrétienté, et déploie pour ce faire toute une stratégie intellectuelle autour de l'unité et de la diversité qui ressemble énormément à la rhétorique intégrationniste qui nous est contemporaine. Pour ceux que ça intéresse éventuellement, je peux détailler un peu le contenu de mes recherches de l'époque.

Parler d'"inclusion" plutôt que d'"intégration" met l’accent sur l’exigence d’ouverture de la structure sociale (ça l'encourage à rendre sa norme plus plastique), plutôt que sur l’exigence d’adaptation de l’individu. Les problématiques autour de l’intégration et de l’inclusion ne se limitent pas aux phénomènes culturels et aux territoires nationaux, elles concernent toute situation qui présente des logiques de groupe et donc de vivre-ensemble.
« Modifié: 11 février 2020 à 17:36:03 par Keanu »

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salut

@keanu,
je sais pas si tu réponds à l'une seule des multiples questions que tu cites, à l'ensemble, ou si tu gravites avec tes notions... mais je plussoie l'idée que la société française, influence "anglo-saxone" ou autre, et plus généralement nos humanités actuelles, ont tendance à manquer de méthode d'esprit de groupe...

@Loup-Taciturne,
sans trop appuyer sur le caractère normatif d'une devise, je me dois d'avouer que j'aime ta manière de lui accorder une réflexion pertinente ; après, j'ai envie de faire chier je crois... pour moi chacun devrait être libre d'articuler son appartenance nationale comme il l'entend, c'est donc comme on semble le penser, peut-être d'un problème d'étant des sociétés politiquement unies dont il s'agit, et non de savoir quel pays veut ou peut se permettre de penser sa propre élaboration cohérente...

Citer
La devise de la république française est-elle exceptionnelle (contradictoire?) en ce qu'elle porte l'égalité en son cœur (chose rare, on lui préfère généralement la « justice »), en même temps qu'elle côtoie fraternité et liberté ?
L'idéal porté par la devise national(ist)e française est-il un motif suffisant de fraternisation et d’adhésion à la communauté nationale ?
L'idéal républicain français peut-il se résumer à sa devise ?
La devise française est-elle un contrat social ?
L'idéal porté par la devise française est-il un motif suffisant de lutte pour son application réelle, à l'intérieur comme à l'extérieur du pays ?
Le nationalisme français est-il un nationalisme qu'on pourrait qualifier « d'ouvert » , voire parfois un antinationalisme revendiqué ?
Le nationalisme français, dans sa prétention universaliste, est-il toujours un impérialisme/colonialisme en puissance ?
« L'universalisme républicain », est-ce appliquer ses valeurs à tout le monde, ou est-ce inclure tout le monde quelques soient ses valeurs ?
Les « identités françaises » sont-elles avant tout fraternelles, politiques et contractuelles ?

« Liberté, égalité, fraternité », est-ce par dessus tout notre projet ?
à question fermées, réponses fermées :
- oui
- non
- oui et non
- un peu
- non
- jsp
- un peu qmm
- jsp
- paumé

- oui

enfin, selon formulation des interprétations, je pourrais répondre ça ou autres, mais en l'occurrence, ponctuellement, mes arguments me mèneraient là...

Sinon, bin autour du titre, on est organisé, tout est là tu reprends tes formules au moins c'est clair...
je reprends donc ma dernière réponse :
- oui, notre projet de français... lorsque ponctuellement on est autre, il ne nous appartient plu
moi je suis français, de temps en temps !

bye
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En ligne Loup-Taciturne

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Tout d'abord merci pour ton exposé Keanu. L'argumentation est claire et efficace. Tu te places clairement parmi "les miens" sur la question identitaire, ton discours fait un tour de la question de l'intégrationniste pour en dénoncer les travers les plus récurrents et hypocrites en la figure de Badinter.

Citer
le principe de l'intégration - qui entend se distinguer à la fois de l’idéologie assimilationniste et du modèle communautariste anglo-saxon, et qui serait le garant de l’unité française contre le risque d’ethnicisation de la nation politique.
...
Citer
Derrière les discours sur l’intégration, qui se présentent comme ouverts à l’altérité, se dissimulent sous une forme adoucie les mêmes velléités que dans les discours assimilationnistes.
Ouf, j'ai cru un instant qu'on allait sérieusement diverger.

L'ethnicisation de la nation ne se manifeste-t-elle pas plus à travers une vision "uni-ethnique", identitaire de la nation (et les réactions que cela peut produire dans les "minorités" non conformes à l'identité choisie, "élue"), qu'à travers un communautarisme  qui de toute évidence est un mode d'organisation universel des groupe humain selon de nombreux et divers critères d'affiliation identitaires (qui sont de bien d'autre ordre que ceux auxquels on pense spontanément) ?

Citer
pour camoufler et justifier une volonté d’éliminer certains traits culturels minoritaires
Je suis sur cette même ligne.

Citer
Tout particulièrement en France, la visibilité et l’expression des différences culturelles semble problématique — a fortiori lorsque les sensibilités sont polarisées sur la communauté musulmane — et les politiques intégrationnistes en sont la preuve mais souvent cette preuve est masquée par une rhétorique qui est ancienne et qui chapeaute jusqu’à notre Constitution : « La République est une et indivisible ». Dans les discours, les opinions et les actes politiques, cette unité est souvent prise comme prétexte pour effacer une diversité perçue comme une menace.
C'est ce que je crois. Et cela remonte à la colonisation du territoire ouest-européen par les puissances étatiques françaises, puis l'assimilation forcée des masses provinciales (guerres de Bretagne par exemple) souvent trahies par des élites déjà francisées. Le même scénario assimilationniste s'est répété plus tard avec la colonisation des territoires extérieurs. Et ce scénario agit encore et toujours activement sur tout le territoire maintenu sous la pression assimilationniste de l'appareil étatique français.


Néanmoins, ne faudrait-il pas faire une distinction entre l'unité de la communauté politique, l'indivisibilité du pouvoir centralisé de l’État, et la possibilité offerte à tous par l'idéal républicain (sous protection de l'Etat) d'exprimer, d'exercer librement, et également sa pleine, particulière et singulière conscience (je me fais l'avocat de ce beau diable, plutôt cette succube, sirène, qu'est l'Etat-providence, abandonnant un instant mon anarchisme pessimiste à un naïf optimisme).

Ne faudrait-il pas justement militer pour que "la France" change de regard sur elle-même, qu'elle arrête de se concevoir comme une nation ethnique (ce qu'elle n'est de toute évidence pas, et qu'elle n'a pas plus été par le passé), au nom justement de l'unité de la communauté politique qu'elle réunit sous les idéaux de liberté, d'égalité et de fraternité.



Citer
E. Morin préconisait à François Hollande de rajouter dans la Constitution : « La République est une, indivisible et multiculturelle », ce qui rend bien compte du fait que l’unité n’entretient pas des rapports évidents avec la diversité dans l’esprit français.
Oui c'est éloquent. Et il a encore loupé une occasion de bien faire. C'est un métier il faut croire.

Citer
Elisabeth Badinter
Elle raconte n'importe quoi cette femme. Mais comme tu dis elle est symptomatique d'une vision historique et idéologique française de l'universalisme et du multiculturalisme.
Là où je serai prudent, c'est que pour ma part je ne reconnais pas à cette idéologie qui tors les notions en sa faveur le monopole de l'idée "d'universalisme républicain". je crois au contraire qu'il faut comme tu l'amorces, mettre au jour le mensonge/paradoxe de cet universalisme particulier, pour redonner une raison d'être à l'universalisme (comme utopie de communauté politique inclusive, et non comme utopie expansionniste impérialiste).

Citer
le féminisme doit s’intéresser préférentiellement aux femmes de culture et d’origine maghrébines car « depuis longtemps, dans la société française de souche, que ce soit le judaïsme ou le catholicisme, on ne peut pas dire qu’il y ait une oppression des femmes », ce qui permet de négliger le sexisme occidental tout en étant sereinement raciste.
Ah oui oui, on se rejoint complètement.

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Citation de: Loup-Taciturne le Aujourd'hui à 13:52:45
    « L'universalisme républicain », est-ce appliquer ses valeurs à tout le monde, ou est-ce inclure tout le monde quelques soient ses valeurs ?
Sur ce point, je penche sévèrement pour la première option.
C'est pourquoi je penche (c'est à dire je milite) pour une balance vers la seconde option, tout en admettant avec toi que beaucoup font passer la première pour l'évidence, dans une lutte acharnée contre des minorités séparatistes chimériques.

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la peur du colonisateur d'être colonisé
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C’est ainsi qu’une profession de foi universaliste humaniste qui se donne pour valeur de résorber les conflits entre groupes au sein d’un même territoire peut en vérité cacher une fermeture à l’autre et une volonté de l’assimiler à soi.
Oui, c'est là montrer qu'en plus d'être mensonger, cette conception est dangereuse pour les valeurs mêmes qu'elle prétend défendre (la liberté, l'égalité et la fraternité des personnes et des communautés - qui existent de fait dans une certaine diversité)

Citer
la laïcité, concept-clé du modèle républicain et du principe de l’intégration.
...
Citer
Alors qu’elle était censée assurer la liberté de conscience et de culte à part égale pour tous et statuer l’incompétence de l’Etat en matière religieuse, cette fameuse laïcité est devenue concrètement et dans l’esprit de beaucoup un outil anticlérical pour interdire les expressions de caractère religieux et plus précisément islamique dans l’espace public.

Là encore je te rejoins sur le constat, mais je milite fermement pour ne pas abandonner cette notion qui, en vérité, est bien plus en notre avantage qu'en le leur. Tu le dis toi même, il suffit d'en revenir à la loi, à cequ'est la laïcité historiquement et légalement, pour remettre à sa place la pensée laïcarde.
Il faut brandir la laïcité comme bouclier, comme la devise à mon avis (d'où ce sujet), pour ce qu'elles sont profondément, véritablement, idéalement (et pas dans les faits vulgaires qui les bafouent et les profanent)
On peut même ouvrir les réflexions sur la laïcité à des conceptions encore plus libérales et égalitaires, comme c'est le cas au Canada par exemple (ou les enfants Sikh peuvent porter leur poignard à l'école, pourvu qu'il soit cousu dans le fourreau, inutile de dire que les adolescentes portant un foulard islamique ou que sais-je ne sont pas lapidée sur la place médiatique. Ce n'est pas un sujet). En vérité, la laïcité existe sous certaines configurations  dans bien des sociétés qui ont à gérer de plus en plus la diversité ethnoculturelle et religieuse, sans qu'elle soit forcément conceptualisée ou même légiférée.

Sur les statistiques ethniques, je ne vois qu'une objection. Les chercheurs peuvent en produire, c'est juste qu'ils n'y en a pas d'officielles. Mais surtout, là ou des chercheurs prennent le temps de définir et expliciter des catégories ethnoculturelles qu'ils mobilisent, des statistiques ethniques auraient potentiellement le désavantage de réifier des catégories ethniques, qui sont en vérité des constructions du point de vue de la recherche ou du point de vue de la société sur elle-même. Elles auraient l'inconvénient de réintroduire une racialisation des problématiques, comme c'est trop souvent le cas dans les discours militants provenant d'outre atlantique. Non il n'y a pas de frontières raciales déterminées, essentielles, biologiques ou ethnoculturelles entre les groupes humains. L'acculturation, le métissage, l'interculturation, la transculturation, le démontrent. Discours pseudo-antiracistes qui convergent paradoxalement (inconsciemment) avec des théories racistes résurgentes dans l’extrême droite européenne (confortée par des travaux de biologistes américains surement instrumentalisés ou très mal compris). Je ne suis pas fermement opposé à ces statistiques. Pour les raisons que tu as toi-même évoquées, elles peuvent avoir leur intérêt. Mais il faut manipuler la question avec grande précaution et précision il me semble.

Citer
La fabrication d’une telle figure, stimulée par la peur de l’islamisation, ne procède pas tant d’une certaine méconnaissance que d’une déformation intentionnelle opérée dans le but de renforcer les chrétiens dans leur foi, leur identité culturelle, et de légitimer les prérogatives de leurs royaux dirigeants.
Oui très intéressant, cela me fait penser à une interview d'un historien qui a écrit "Mahomet l'européen", qui parle bien de Mahomet, le personnage mythique et ses représentations dans l'imaginaire européen médiéval, et non véritablement de Mohammed (Muhammad), le prophète de l'islam. Même quand il est décrit positivement, c'est pour servir un intérêt dans le jeu politico-religieux local.

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Parler d'"inclusion" plutôt que d'"intégration" met l’accent sur l’exigence d’ouverture de la structure sociale (ça l'encourage à rendre sa norme plus plastique), plutôt que sur l’exigence d’adaptation de l’individu. Les problématiques autour de l’intégration et de l’inclusion ne se limitent pas aux phénomènes culturels et aux territoires nationaux, elles concernent toute situation qui présente des logiques de groupe et donc de vivre-ensemble.
Oui exactement, tu prêches un converti du grand remplacement de l' ''intégration" par l' "inclusion".   


Dot,
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chacun devrait être libre d'articuler son appartenance nationale comme il l'entend
mais quid du pouvoir ? de ceux qui y sont soumis, de ceux qui l'exercent ?
Ou alors tu es anarchiste et pour toi les notions d'Etat, de devise et de république n'ont plus de substance. Ce que je comprendrais largement pour en partager pour une part la conviction.

Merci de ta participation Dot.
Les questions sont fermée parce qu'elles sont censées être clivantes.
« Suis-je moi ?
Suis-je là-bas, suis-je là ?
Dans tout "toi", il y a moi
Je suis toi. Point d'exil
Si je suis toi. Point d'exil
Si tu es mon moi. Et point
Si la mer et le désert sont
La chanson du voyageur au voyageur
Je ne reviendrai pas comme je suis parti
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non moi j'suis néantico-universalu-terrien-humain-&-détails-dont-mes-influences-de-la-politique-nationalo-fragmentée-dudit-contexte...

donc oui, je suis d'accord, les valeurs d'une France sont sûrement à voir d'un oeil que personnellement, je me fais un devoir de rendre aveugle à ce qui se fait d'incident en la matière... pour ce même effet, mais je suis peut-être pas clair ; et ceci vaut pour toute les catégories autres que ces nationalités, qui n'ont plu de valeur pour moi, effectivement, à l'heure où...

...mais oui, on a beau vouloir stopper les machines, on est un peu comme ces bateaux de plaisance pour marchandise en containers, qui s'y prennent à l'avance, des miles nautiques en frein moteur, pour seulement aborder les ports touristiques de nos petites entités individualistes que sont les institutions, notamment...

...eh oui, le pouvoir des nations, des états, est aujourd'hui remis en question par le capitalisme victorieux des institutions commerciales ; je ne me sens concerné par l'ethnie, comme je subis l'histoire dont je tente d'oublier les péchés tout en construisant mes valeurs, uniquement et justement car nous avons une histoire d'australopithèques derrière nous ; mais l'avenir, si j'en juge des jugements, tend à effacer les données relatives à ces valeurs pour quoi ? en extraire ce que nous cherchons tous ? un humain peut-être ? en tous cas c'est aujourd'hui google et amazon qui dictent ce que veut le pouvoir, et cela compte en dehors de la juridiction restreinte de tout ce qui relève selon moi du nationalisme, le fait quand-même pas si illusoire, qui fait qu'à une époque tout ceci se justifiait par des notions fédératrices qui visiblement sont réfutées actuellement...

...donc bin ça me fait tout drôle de réagir, parce que je ne perçois rien d'autre que la déconstruction du système français, seulement l'évocation de ses failles, et non de réelle lucidité vis-à-vis d'une norme dont personnellement, je n'ai strictement rien à faire... j'ai l'impression vous scrutez une entrée isolée de fourmilière, en espérant obtenir les mêmes résultats que par l'omniscience de la structure !

qui s'en care de l'histoire de france, quand tout ce qu'on dit d'elle la salit ? qui s'en fiche d'un pays dont on ne dit que du mal de tout ce qui tente par tous les efforts de redresser une morosité dont on a perdu le charme ? qui s'en pète une de savoir que une nation, un pays, une ethnie, c'est ce qui va nous différencier, tout ce qui restera quand on aura tous exploré notre chère liberté illusoire ?

bin...
moi en tout cas, je veux bien être français, mais surtout pas pour l'histoire des fragments territoriaux de l'humanité...
🗝✉🎈

 


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