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Auteur Sujet: Créativité pré-féconde  (Lu 1914 fois)

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
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Créativité pré-féconde
« le: 09 Février 2020 à 13:39:35 »
Je reviens avec un texte qui, selon moi, détient des imperfections.
j'espère qu'il saura susciter à nouveau des critiques constructives.
Merci pour votre retour.


Il y a l’aube puis l’éveil, mon seul recours serait de m’élever jusqu’au bas de l’escalier et de franchir pas à pas les marches qui m’entraîneraient vers un avenir irréfutable.
M’entrainerais-je vers un au-delà dont l’issue serait de parfaire une vie meilleure, sans embûche ni entrave?
Ma seule vraie raison de vivre serait l’inévitable besoin de liberté. Ouvrir les portes qui me mèneraient vers un absolu, un idéal tourné vers une vraie communion exultant d’un amour parfait et d’une réalité sans embûche.
Pourtant, bien que l’envie de dérober à cet Autre  qui me hante, sa moelle et son sang, je me morfonds dans un désarroi sans crainte ni scrupule. Je dépeints souvent mon oracle comme un phénomène bienfaisant, alliant l’altérité et le besoin vital de ma croyance inéluctable en mon destin sans fin.
Je serais cette planète sans orbite, alternant le bon vouloir aux phénomènes outranciers d’une comète éternelle dont la destination s’altère petit à petit.
Comment l’expliquer entièrement alors que la jonction avec mon soi dérisoire et cet Autre reste menaçante.
Biaiser cet entre-deux, rechercher cette complémentarité impossible dont l’extension m’entraîne à la création.
Être de puissance, être d’une insuffisance et pourtant croire en l’éphémère besoin tout puissant de poursuivre ma quête vers cette instrumentalisation de mon pouvoir créatif  qui me mènera vers l’absolution.
Joindre l’agréable à l’utile sans pour autant perdre le sens de ma vie, sans crainte ni raison, mais adjoindre le plaisir au déraisonnablement plaisant de la jouissance féconde.
Il y a des mois, des jours sans croyance, mais jamais le détour vers cet univers personnel ne me devient résolument impossible à atteindre.
Je lorgne sur cet Autre qui m’attire et me révulse puis j’atteints l’apothéose de l’accomplissement.
Sans feindre l’inexorable finalité de l’orage qui balayerait  cette peur insoupçonnable de l’incroyable faiblesse, je graviterais les arcanes de mon cœur en décrochant la jouissance de l’exécutoire créativité. Musicalité des vers, prosodie des mots, picturalité des chromatiques, tout deviendrait l’élan me menant à la révélation extatique. Voilà l’ébauche d’une envie sans frein ni détour pour enfreindre les carcans d’une exigence irrésolue.
Pareille à la métaphore d’un être devenu grand par sa détermination évolutive et obstinée, bien que l’ombre du doute me fasse succomber à la moralité sans borne, je veillerais, cependant, à l’accomplissement de mes élans impétueux. Et sans dire haut et fort mes tentations, que mes tentatives s’accomplissent et fassent jaillir l’être en moi.
Pour que ce projet prenne jour, je défrayerais les monts et les marches de l’intuition et de l’élévation.
Plus de peine, plus d’angoisse, seule la volonté de réussite parachèvera ce destin devenu grand par sa réalisation, d’être le versant de cette autorité faisant foi sur le paraître.
Et c’est sans vergognes ni blessures que mes sens exulteront pour s’affranchir des entraves de cet Autre, déchaînant ainsi les plafonds d’un monde sans lumière ni raison. Je ne suis que mon ombre et malgré cela, j’excelle dans l’originalité de l’absconde fertilité créative. Comment serais-je sans cet être doué de futilité et d’originalité sans vouloir gravir la tour qui ferait lien entre moi et cet Autre ? Comment m’extraire, m’extirper cette fureur de vivre et ce besoin de liberté propre à ma seule volonté d’advenir moi-même ?
Il n’y aurait que pureté dans ce monde aux voluptés créatives. L’illusion serait semblable à une véracité de l’espoir et de l’omniscience. Rien ne serait plus égal à l’errance d’un passé sans béance. Tout jaillirait d’une éternelle beauté, de par la simplicité du geste et de par son accomplissement. Nul besoin de fioriture, seule la rectitude de l’expression élèverait la bonification de cette réalisation sans entrave. Alors qu’advienne ce jour, ou l’injonction tombera pour octroyer à la création sa réalisation bienfaitrice.

Alors que l’aube s’éteint petit à petit, le vrai du faux s’élabore sous cette impétueuse délicatesse de l’éclosion. L’éclosion d’une résurrection momentanée où tout bascule vers la lumière non plus ténébreuse mais rayonnante par cette inspiration innée de poser les mots succinctement sur du papier et d’en explorer la gravité céleste.
L’amère n’est plus, l’oracle a embellit mon espace, je deviens le satellite de ma propre verve. L’aura de ma corporelle ascendance illumine mon halo créatif.
Je ne désarme plus, je corresponds, tout en implorant les cieux de me livrer à la joie délictuelle de la jouissance orgasmique. Le mental fait soudainement écho à mon corps. J’aime, j’aime non pas l’effet d’éclosion mais tout au contraire la réverbération de cet effet inspirant, me prenant corps et âme jusqu’à l’ivresse du passage de l’indécision à ma vérité.
Cette vérité inavouable, impudique à souhait mais d’une indéniable suavité !
Vraisemblance des semblants triomphants, ingéniosité des comparaisons sans pareil pour effacer l’erreur de l’indomptable !

   Litanie des mots scandés au rythme de mes pulsations. Recherche involontaire d’une paix intérieure pour laquelle l’inspiration me viendrait spontanément. Déflagration des émotions plantées où bâclées sur une toile aux mille et une couleurs. Murmure suranné scandant des rythmes de vieilles rengaines aux accents nostalgiques sur un terrain aux connotations de déjà entendu.
Je me perds dans cette illusion des ressemblances. Je souhaiterais devenir Autre que moi-même, m’élever et planer au-dessus d’un cosmique différent, retrouver mon souffle et adhérer à l’effluve du bonheur de la réalisation personnelle. Cette réalisation serait non pas altérée par des flux de marteaux tonitruants dans mon existence, mais par l’exaltation de mes sens décuplés, rythmés sur des parterres édéniques. Des agapanthes seraient mon emblème dans cet univers fantasque et poétique où l’ombre n’aurait pas sa place.
Déployée de fantaisie là où l’ombre se ferait l’apanage d’une défectueuse euphorie et encombrerait l’accès à la créativité narrative par son  assombrissement ténébreux. La créativité arriverait aux prémices de l’accomplissement. Elle subjuguerait  par son activité et par son intensité, lorsque celle-ci demanderait à jaillir hors de soi par l’évocation artistique.
Elle pourrait s’identifier à un ouragan faisant part à l’énervement frénétique de l’expression libérée de toute contrainte. Telle une éjaculation de sens, elle exposerait le sujet au récit le plus intime et le plus libre, faisant d’un faisceau de lumière une révélation des plus personnelles. Se prenant pour Autre, le sujet émanerait de son corps défendant toute la gratuité allocutive déferlante sur du papier ou une toile ébauchée à l’encre encore fraîche. Peindre et écrire à ses heures perdues, l’artiste se défendrait de tout jugement, laissant ainsi un expressionnisme s’élaborer, s’exécutant sous le torrent d’une eau épurée de toute incertitude. L’évidence se donnerait telle une orbite exécutant son trajet indéfiniment dont la trajectoire encore timide s’offrirait à l’art.
L’option d’un aller sans retour, où la flamme de l’excitation exécutive s’exprimerait sans enfreindre les affres de l’expression libre et inspirée. Ce serait peut-être cela le défi sur soi pour enfin advenir à son étoile satellitaire.
Salvatrice serait cette élancée vers cet inconnu amphigourique. La dramaturgie des propos deviendrait l’exécution d’un émoi salutaire et sincère. L’authenticité ne donnerait pas lieu au doute, tout se simplifierait !
 L’introspection narrative évoquerait cette ascension vers cet univers étrange et quelque peu féérique où des fantômes imaginaires viendraient convoquer au lieu de ma fantaisie une libération folle et expressive.

Mes sensations se cristallisent pour faire de mon expression une identité incomparablement fidèle à mes ajustements poétiques. Seule la crainte toujours présente fit de ce tourbillon de rythmes des entrechats entre beauté et laideur.
Le signifiant perdait toute sa complaisance interprétative. Aucun symbole ne pouvait exprimer la contrepartie à ma réalisation artistique pour laquelle les arguments manquaient. L’inexprimable devenait pur objet de contemplation, le décoratif devenait un artifice, la lettre se perdait dans une musicalité pourvue de non-sens.
 Intuitivement, l’improvisation se faisait maîtresse, comme tout agrégat, les idées grandissaient à grande vitesse pour former compulsivement des images placardées sur les vestiges d’une vie morne et démystifiée.
L’expression libérée de sa peur ravageuse devenait un pur produit dont les émotions formalisées, devenaient un fruit engendrant convoitise et passion.
Cette alchimie entre magie et réalité faisait  lien avec l’artiste isolée que j’étais, emprise de mes torpeurs et de mon invincible besoin de m’exécuter en tant que colporteuse d’une inspiration débordante.
Puis les évènements s’enchaînèrent, partant de mon expression libre à créer de l’invraisemblable puis à être reconnue par cette pensée arbitraire et hétéroclite. Les processus de création me contraignaient à émettre sans arrêt des nouveautés dans des ébauches de plus en plus prolifiques.
Comme si la mise en relation avec un public me transmuait dans un état non plus stellaire et orbital mais dans un état de parfaite harmonie.
 Un déterminisme dévolu à l’art et à l’exhibition artistique prenait alors toute son orientation.
Longtemps, j’avais cru à cette folie douce qui survient dans un état hypnotique. Me transportant vers des auras folles et incomprises.

Curieusement, ma recherche esthétique s’harmonisait avec les années à contempler mes vagues à l’âme qui s’accroissaient de plus en plus en espace infini. L’indéfinissable de mes sensations rendait compte aux péripéties de mon temps passé. Tentant d’éveiller ma spiritualité aux rencontres volées, je parcourais mes inventions en glanant des brides d’inspiration auprès de mes réverbérations corporelles dont les tonalités se faisaient écho. Charnellement développée, ma recherche s’accommodait d’évasion par le rapport que j’entretenais avec la matière.
Le spectre s’éclairait donc sous des aspects nouveaux. N’étant plus que débris et de chair, je pouvais dores et déjà m’exprimer en créant des correspondances poétiques et éclectiques toutes en couleurs.
C’est alors que mes soupirs se suspendaient à une intemporalité reflétant toute l’improbabilité de mes œuvres. Bien que la folie me guettait, je croyais encore en mon art en lui adressant toute l’impudeur de mon geste créatif.
Cependant, malgré l’ampleur de mes exécutions, dont les supports étaient de plus en plus imposants, mon trait se faisait timide, intrigant. Proche d’un état déliquescent, les jets traçant toutes sortes d’arabesques aux abords abstraits, m’infligeaient une rigueur rationnelle dont l’objectif était d’éviter l’heure où l’âme éperdue s’évaporerait, entraînant ma chute vers des abîmes incertains.
Horreur des turpitudes vagabondes, horreur des sentiments inféconds, mais béatitude de l’orgie créative.
Comment ne pas se perdre, comment faire correspondre un délire profane aux attentes d’un spectateur averti pour enfin puiser l’incorrigible espoir dans le tombeau de la nuit. Je tentais d’extraire les écrans imperfectifs pour continuer à m’accrocher aux chaînons de mon empreinte artistique et faire d’une rature, une fracture dans un moment sans lendemain.
Je me terrais de plus en plus indéfectiblement dans la peur de m’oublier seule, vagabonde aux prémices de la folie qui s’annonçait. Effleurer l’harmonisation de mes pulsions, combattre les démons de mon cœur écorché. Voici peut-être la solution pour lutter contre ma perdition dans un monde dont j’ignorais encore la perfide stratégie.
Mon univers parfois contemplatif se jouait d’une crédulité enfantine. Chaque fois que retentissaient les remords d’une remise en question probablement justifiée, ma création devenait moins féconde. Sans une quelconque fantaisie, ma pensée se perdait dans une délictuelle effervescence. Mes travaux préparatoires s’esquissaient de façon de plus en plus désordonnée. J’exultais toute la force et la rage enivrante de mon âme opprimée.
- Comment sortir de ces impasses narcissiques qui me tiraillaient jusqu’à la moelle ?
- Comment continuer à croire en ma destinée, vaine et inodore ?
Curieux pessimisme ancré dans mes tourments d’incrédulité !
Banalité de la vie, calomnieuse comédie, jeux des mots et des formes, abstraction de l’idée...
…et abstraction de mon être subsumé dans un décor nauséeux aux allures fanfaronnantes.
Prétention mal ordonnée, engendrement des démons de minuit, nuit blanche à parfaire finalement une élancée fortuite vers un avenir devenu divin par mon souffle délirant.
Que dire d’autre, si ce n’est la peur angoissante que tout s’arrête, plus d’inspiration pré-féconde, plus de trace de mon exutoire, devenu infécond.
Mais alors comment ne plus rejouer ce drame qui prenait parfois des tournures de méli-mélo nostalgique ?
 J’étais éreintée, aux abois, je sombrais dans le doute d’une survie sans merci, pour me raccrocher aux élans de ma vie. Biaisée par un état inspirant, je me terrais sur des croyances éhontées.
C’est alors que la spirale délirante emplit mon être de voluptés insoupçonnées. Par quelques messages implicitement présentés, ma vie me délivrait une nouvelle beauté. Je décidai alors de saisir cette échappée pour calmer mon cœur balafré.

Echappée des maux, échappée des transcriptions idéales dans un monde qui se voudrait bienveillant.
Quand bien même je désirais m’envoler pour fuir cette réalité blafarde dont les enjeux artistiques me détruisaient peu à peu, le possible se présenta à moi.  L’illusion diffractée de mon corps démuni s’ouvrait soudainement comme une opportunité unifiée. Je tentai de me frayer un chemin dans cette traversée incertaine où le bien se faisait rare mais où l’espoir se faisait plein.
C’est alors, qu’espérant développer mon art sur des axes nouveaux, je partis fusains et cartons, sac à dos, vers une traversée en Asie. Et c’est au bord du Mékong, loin des théories d’Alberti, que mon art trouva paix et fantaisie.
Toute la spiritualité d’un bouddhisme éclairé me devint soudainement une évidence.
« Le beau intérieur doit renoncer au beau conventionnel », cette citation de Vassily Kandinsky devint pour moi claire et emplie de sens. Ma quête s’allégeait de jour en jour pour laisser place à une recherche spirituelle parfaite de croyance et d’élévation mystique.
Mon art devenait épuré de tout artifice et s’exprimait dans une vérité inspirée et céleste.
Je compris alors que mon indécise précision venait d’une contradiction intérieure entre des exigences culturelles et sociales et des exigences portées sur un génie artistique très personnel.
L’harmonisation des formes avec les lignes s’exprimait non plus avec les lois de la perspective classique mais avec des règles éveillant tout mon être sur des rives nouvelles échoïsant ainsi mon âme meurtrie avec une volonté de recherche esthétique.
 L’art devenait un exercice introspectif dont l’expression donnait à voir, sous des aspects chromatiques évidents, des flux animistes et religieux.
Mon approche viscérale et entière investissait tout mon être.
Le sacré prenait part à la nécessité d’enfreindre les affres de la solitude pour s’élever comme un don éclairé sur le soleil couchant. La lumière venait percer l’obscurité de mon âme contrariée jadis assombrie par l’étau d’une rigueur stylistique.
La surabondance devenait superflue, les actes s’alliaient à une retenue élégante et pleine. Le geste s’extirpait de son bridage insupportable pour laisser place à l’allégresse des virevoltes du pinceau. Les pigments utilisés rappelaient les chromatiques d’antan aux couleurs chatoyantes. Tout scintillait tel un tableau contenant toute l’éclosion de mon art. J’exultais, enfin, comme une révélation de mon être tout entier.
Me rapprochant d’une démarche pieuse, je tentais par quelques moyens ascétiques d’éviter toute  frasque créative pour accéder à l’inspiration divine. Je minimisais mes élans en contenant toute la beauté gestuelle et poétique.
Je vivais pour lui, pour l’art, artisane de mon propre travail, je laissais transparaitre du magnifique une quiétude évangélique. Prophète de mes intentions, une tranquillité transperçait mes toiles.
J’avais donc enfin réussi à l’atteindre, cette échappée, et c’est en me reposant sur l’émanation spirituelle de mon geste artistique qu’un soupir se fit entendre dans cette consécration à la gloire non plus mercantile mais individuelle.

« Modifié: 11 Février 2020 à 07:52:20 par Feather »
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : Créativité pré-féconde
« Réponse #1 le: 10 Février 2020 à 10:32:04 »
Bonjour Feather,


Je viens de me plonger dans cette lecture que j'ai trouvée mieux élaborée que les précédentes (dans le sens où j'y trouve une certaine logique, une continuité, une progression).

Beaucoup d'idées complexes, beaucoup de contradictions et de paradoxes sur un déroulé particulièrement tendu, je dirais que c'est une lecture éprouvante, mais j'ai bien pu suivre l'évolution d'un point A vers un point B.


Je trouve le titre particulièrement bien choisi, quand j'ai lu « créativité pré-féconde », j'ai tout de suite pensé à l'inspiration, et c'est effectivement le thème de ce récit thématique.


J'ai eu le sentiment que tu avais eu de grosses difficultés dans l'emploi des temps. Tu commences ton récit au présent avec une prédominance du conditionnel :

Citer
Sans feindre l’inexorable finalité de l’orage qui balayerait  cette peur insoupçonnable de l’incroyable faiblesse, je graviterais les arcanes de mon cœur en décrochant la jouissance de l’exécutoire créativité.

Je dirais que tout ce début ressemble à une anticipation, comme une projection en avant, que cela oblige à prendre en considération l'instant présent.


Ensuite tu passes soudainement à l'imparfait puis au passé simple à partir de ce paragraphe :

Citer
Mes sensations se cristallisaient [...] des auras folles et incomprises.

C'est vraiment problématique, et cela change complètement le modèle de narration. Si tu souhaites changer de rythme au cours du récit pour aborder une idée nouvelle, c'est une bonne chose, mais cela t'oblige à employer d'autres moyens. Les temps en conjugaison ne servent pas à définir le rythme du récit, ils ont une utilité différente dans la grammaire, et ne doivent pas être employés n'importe comment.

D'ailleurs je peux te donner un exemple :

Citer
Intuitivement, l’improvisation se faisait maîtresse, comme tout agrégat, les idées grandissaient à grande vitesse pour former compulsivement des images placardées sur les vestiges d’une vie morne et démystifiée.

La phrase ci-dessus (tirée du paragraphe en question) résume très bien ce passage à elle tout seule. En la conjuguant au présent, tu peux te donner les moyens d'en faire une rupture dans le récit ; quelque chose comme :

« Soudainement, l’improvisation se fait maîtresse, comme tout agrégat, les idées grandissent à grande vitesse pour former compulsivement des images placardées sur les vestiges d’une vie morne et démystifiée. »

Et ce complément de temps suffit à noter un basculement dans le récit.


Voici pour les temps du récit.


Citer
Mon univers parfois contemplatif se jouait d’une crédulité enfantine. Chaque fois que retentissaient les remords d’une remise en question probablement justifiée, ma création devenait moins féconde. Sans une quelconque fantaisie, ma pensée se perdait dans une délictuelle effervescence. Mes travaux préparatoires s’esquissaient de façon de plus en plus désordonnée. J’exultais toute la force et la rage enivrante de mon âme opprimée.
- Comment sortir de ces impasses narcissiques qui me tiraillaient jusqu’à la moelle ?

Ici, j'ai un gros problème dans le sens du récit.

Tu évoques une remise en question, comme quelque chose qui questionne la personnalité. Et puis, soudainement tu soulignes ce fait comme étant un narcissisme. Il y a une évidente incohérence, Narcisse est un personnage mythique qui prenait un plaisir continu à voir son reflet dans le miroir de l'eau, il ne s'agit donc nullement d'une remise en question ni d'un questionnement (au contraire).

Si tu souhaites évoquer une remise en question de soi-même qui formerait une sorte de redondance, alors je pense que tu peux trouver d'autres références mythologiques dans la littérature, quelque chose qui fasse sens dans le cours du récit. Si ce n'était qu'un détail, ce ne serait qu'une légère incohérence, mais puisqu'il s'agit d'une certaine forme de « bilan du récit » ou de morale de l'histoire, alors je crois que ça mérite une certaine logique, un véritable lien entre la référence sollicitée et le sujet abordé.


Citer
Je compris alors que mon indécise précision venait d’une contradiction intérieure entre des exigences culturelles et sociales et des exigences portées sur un génie artistique très personnel.

Ici, difficile de dire si la grammaire fait sens ou est incorrecte.

Tu dis : « un génie très personnel », qui serait le génie d'une seule personne ; or si tu souhaitais dire : « des exigences très personnelles », alors l'accord est essentiel et tu parles d'exigences personnelles portées sur le thème du génie artistique.


Voici pour un commentaire plus élaboré que les précédents qui, je l'espère, t'apportera quelques nouveautés dans ce rythme ininterrompu qui est, je dois le remarquer, très éprouvant ; en espérant également que cela t'aide à porter un regard sur l'ouvrage neuf et inhabituel.

En ce qui concerne le thème du mystique dans l'art (qui est, semble-t-il, le fond du sujet), je dirais qu'il décrit un cheminement très personnel qui ne laisse aucune place à la comparaison, comme se repliant sur lui-même. Je me demande quelle est la portée d'un art fondé sur une inspiration mystique, ce texte m'amène à m'interroger à ce propos.


Merci à toi pour cette lecture. ^^
« Modifié: 10 Février 2020 à 10:34:33 par Alan Tréard »

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 038
Re : Créativité pré-féconde
« Réponse #2 le: 10 Février 2020 à 12:20:05 »
Bonjour Alan,

Grand merci pour ton analyse, et merci d'avoir pointé ces incohérences de temps. La densité de l'écrit , si j'en crois ta remarque, enferme la thématique et n'en facilite pas la lecture.
Je vais tâcher d'y remédier.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 422
    • BEOCIEN
Re : Créativité pré-féconde
« Réponse #3 le: 10 Février 2020 à 18:59:33 »
Bonsoir

J ai hesite a porter un commentaire apres ma lecture....

Il me reste l impression d avoir courru un marathon sans trop de preparation :

A un moment j ai eprouve le besoin de respirer et je me suis pose la question " de quoi s agit t il deja ?" :-[

Content d etre arrive au bout ! ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 038
Re : Créativité pré-féconde
« Réponse #4 le: 10 Février 2020 à 19:36:16 »
Txuku,
Bravo pour ta performance, quel souffle !
Et merci d'avoir laissé un commentaire.
Après vos deux remarques, je pense que je remanierai le texte en élaguant les lourdeurs pour rendre au texte sa lisibilité.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

 


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