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Auteur Sujet: [Théâtre] Le Porteur d'Histoire (Alexis Michalik)  (Lu 700 fois)

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[Théâtre] Le Porteur d'Histoire (Alexis Michalik)
« le: 05 janvier 2020 à 18:48:26 »
Critique aisée n°193

Le Porteur d’Histoire
Alexis Michalik
Théâtre des Béliers, Paris 18°



Pour commencer, le théâtre est à perpette, rue Sainte-Isaure, sur le flanc nord de la butte Montmartre, mais plus près du périphérique que du Sacré-Coeur, c’est tout dire.
Ensuite, depuis un mois c’est la grève. Une dizaine de pour cents des employés de la RATP bloque Paris dans de gigantesques embouteillages. Alors, il faut prendre ses précautions parce que le spectacle commence à 19heures, la pointe de l’heure de pointe. Être précautionneux, cela veut dire prévoir deux heures de transports là où en temps normal, quarante-cinq minutes auraient largement suffi. Bref, après avoir oscillé entre le boulevard Saint-Michel, le quai de l’Horloge, la rue du Louvre, l’avenue de l’Opera, la rue de Rome, après avoir enfilé d’un coup cinq cents mètres de  voies pour bus, brûlé au pas un ou deux feux rouges, essuyé les coups sur le capot de quelques passants jaloux, procédé à deux demi tours interdits, après avoir abandonné notre voiture sous la place Clichy et marché pendant une demi heure comme des dahuts le long des pentes de Montmartre, nous arrivons au théâtre des Béliers, à l’heure mais fraîchement accueillis par un mince jeune homme arrogant au fin visage de Pierrot. Mais ceci est une autre histoire.

Bon, j’ai déjà dit ce que je pensais d’Alexis Michalik dans deux critiques aisées précédentes (Edmond, Intra-Muros). Et ce n’est pas le Porteur d’Histoire, sa vraie première pièce à succès, qui va me faire changer d’avis.

Alexis Michalik est un jeune homme très doué, équipé d’une bonne culture, d’une plume agréable et d’une énorme capacité de travail. Mais ce qu’il a surtout, c’est un système qu’il applique avec assurance et succès depuis qu’il s’est mis à écrire pour le théâtre. Le système Michalik comporte deux volets. Le premier que j’ai pu identifier consiste à prendre une œuvre célèbre (La mégère apprivoisée, Roméo et Juliette, Cyrano de Bergerac), à la découper en petits morceaux et à la raconter dans le désordre en la paraphrasant et en la saupoudrant de noms célèbres. C’est fait habilement, le public est ravi, ça le dispense de voir les œuvres originales. Le deuxième volet consiste à inventer une histoire mélodramatique et linéaire assez simple (pour ce qui est du Porteur,  il s’agit d’une légende à moitié véritable) mais à la raconter par petits morceaux dans le désordre en la parsemant de noms célèbres. C’est fait habilement, le public est perdu dans l’histoire et ravi quand il reconnaît quelques repères (Ah oui ! Delacroix ! Ah bon, Dumas !...)

On voit bien les constantes du système : la méthode et le succès.

Alexis Michalik écrit beaucoup, il écrit bien, mais ses ficelles sont grosses et je ne peux m’empêcher de penser que tout ça, et en particulier le Porteur d’Histoire, n’est pas du théâtre. C'est du truquage.
Un texte, écrit comme un récit du point de vue du narrateur omniscient comme on dit quand on a fréquenté un atelier d’écriture, ça n’est pas du théâtre.
Quand ça occupe les deux tiers de la pièce, un texte dit face au public par un récitant, ce n’est pas du théâtre (à moins que comme chez Sophocle, le récitant n’apparaisse qu’épisodiquement pour placer l’action dans son cadre. Shakespeare l’a fait aussi).
Ce n’est pas en hachant ce texte pour en faire dire les morceaux par cinq récitants différents tous en scène à côté les uns des autres et face au public que ça devient du théâtre.
Ce n’est pas en compliquant l’histoire par des artifices de flash back et forward  que ça en fait une pièce haletante.
Ce n’est pas une mise en scène virevoltante, que l’on retrouve d’ailleurs dans Edmond et Intra-Muros, qui fait de ce récit une pièce de théâtre.

Mais que manque-t-il donc à cette pièce pour en faire du théâtre ? Il manque des dialogues, des échanges, des répliques, une évolution des personnages, des crises, de la passion, de l’humour, de la sincérité.

C’est cela : il faudrait un peu moins de truquage, un peu plus de sincérité.
« Modifié: 11 janvier 2020 à 19:33:38 par Champdefaye »

 


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