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05 juillet 2020 à 08:30:43
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Auteur Sujet: Lire et écrire la joie  (Lu 5899 fois)

Hors ligne Miromensil

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Lire et écrire la joie
« le: 25 novembre 2019 à 17:14:07 »
Parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... :

- est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?
- est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?

« Modifié: 13 janvier 2020 à 10:05:29 par Miromensil »
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Elk

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Re : écrire la joie
« Réponse #1 le: 25 novembre 2019 à 17:55:45 »
Citer
est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ?

Oui, je crois, des fois, même si j'ai du mal à en citer spontanément.

Citer
en cherchez-vous ?

Oui, souvent.

Difficile de répondre en fait sur mes lectures récentes parce qu'il y en a peu, mais le fait que je lise peu justement n'est pas sans lien avec la difficulté à trouver des livres qui me plaisent et qui "font se sentir bien".
Si on parle des romans et qu'on considère qu'un roman est un truc complexe en termes d'émotions produites, qui peut naviguer sur un large spectre entre "fait se sentir majoritairement mal" et "fait se sentir majoritairement bien", je crois que j'ai de plus en plus de mal (depuis plusieurs années en tout cas) à lire et à finir des romans qui tendent un peu trop du côté du négatif. J'ai beaucoup aimé par exemple Beloved de Toni Morrison, mais je n'ai toujours pas réussi à le terminer (même si techniquement je pense que j'ai dépassé les passages les plus difficiles du bouquin). J'ai lu mes premiers Zola et Dostoievski y a pas si longtemps et j'ai beaucoup aimé aussi, mais j'arrive pas à en lire/finir d'autres. Le dernier bouquin que j'ai commencé (Écoute la ville tomber, de Kate Tempest) a du potentiel (malgré une traduction de qualité inégale il faut le dire :mrgreen:) mais pareil, je bloque après les premiers chapitres notamment parce que je sens bien que ça va être la dégringolade pour les personnages.
Bref, voilà pour les textes plutôt négatifs : plein de trucs à lire mais pas tout le temps l'énergie de le faire.

Côté plutôt positif, j'en cherche souvent, mais j'ai vraiment du mal à trouver des romans qui me conviennent et me plaisent dans cette gamme-là. J'ai l'impression qu'on me propose surtout du pseudo-développement personnel, de la romance stéréotypée et... euh... voilà. Visiblement je ne sais pas bien chercher, aidez-moi :mrgreen:
En général je me lance plutôt dans de la littérature jeunesse en considérant que le ratio positif/négatif final sera plus équilibré pour une qualité qui me conviendra. Pour le ratio positif/négatif, clairement, ça ne marche pas à tous les coups. Je lis pas mal de BD sinon, où j'arrive mieux aussi à trouver des trucs globalement positifs.

Après check de mes lectures 2019, hors BD et nouvelles, côté positif de la balance, j'ai lu "Les tribulations d'Arthur Mineur" qui était sympa (ça parle de chagrins d'amour et de crise de la cinquantaine), et les deux premiers tomes de "Sauveur & Fils" qui étaient chouettes aussi (jeunesse, et malgré les cochons d'inde sur la couverture, il y est bien question de scarification, de tentatives de suicide et de deuil, entre autres, bref comme quoi les thèmes ne définissent pas forcément le résultat émotionnel).

Et donc, pour en venir à ce qui a l'air plus au cœur de la question ^^ cf le titre

Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?

Je pense que c'est hyper important de réussir à écrire des textes qui ne font pas se sentir mal. Pas forcément d'écrire que ça, mais d'arriver à le faire, justement sans que ça sonne faux, y compris en abordant des thèmes "graves". J'essaye globalement de faire ça ^^.
(Je dis plutôt "qui ne font pas se sentir mal" que "qui font se sentir bien" parce qu'encore une fois ça me parait trop connoté développement personnel/positivisme/whatever, c'est dommage mais bon, j'imagine que c'est ça que tu as en tête quand tu parles de "sonner faux" ? ou pas ?)

Sur toute cette question j'ai l'impression qu'il y a pas mal de rapprochement à faire avec le cinéma, où j'ai l'impression que c'est un peu admis que les meilleurs films sont souvent les plus dramatiques, que c'est plus difficile de faire une bonne comédie qu'un bon drame, etc.

Hors ligne Miromensil

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Re : écrire la joie
« Réponse #2 le: 25 novembre 2019 à 18:24:45 »
Ah c'est intéressant le côté "je n'ai pas l'énergie pour lire des trucs trop négatifs" oO perso je ne m'étais même pas rendu compte que je ne lisais presque que ça. Quand je vois ma PAL, tous sont très deep niveau psychologique.

Citer
J'ai l'impression qu'on me propose surtout du pseudo-développement personnel, de la romance stéréotypée et... euh... voilà.
Idem, et pour le coup je trouve que ça sonne faux... j'ai un recueil de nouvelles à lire, je crois que certaines sont pas trop portées vers la tristitude, on verra si c'est le cas huhu

En vrai j'ai probablement mal formulé le premier post d'emblée mais c'est parce que j'ai du mal avec la pure dichotomie joie/tristesse. J'essaie d'en parler autrement mais c'est sans doute bancal. Il y a des livres qui se terminent mal (mort d'un perso) qui m'ont fait me sentir heureuse à la fin, c'était le cas pour Le zéro et l'infini. C'est peut-être bizarre. Des romans à connotation triste, ou juste "profonds", me font sentir plus léger qu'un truc purement guilleret qui pourra plus m'agacer.

Citer
(Je dis plutôt "qui ne font pas se sentir mal" que "qui font se sentir bien" parce qu'encore une fois ça me parait trop connoté développement personnel/positivisme/whatever, c'est dommage mais bon, j'imagine que c'est ça que tu as en tête quand tu parles de "sonner faux" ? ou pas ?)
Mmmmm j'ai du mal à m'exprimer :mrgreen: Quelque chose qui te donne pas envie de déprimer quand il est fini, quoi ? aprèèèèès encore une fois... j'aime bien déprimer sur certains sujets que j'ai lus, j'en ressors mieux après, justement - et j'aime vraiment, comme quand je lis Cioran. Oui ça met dans un état pas très heureux mais ce qui succède à cet état-là c'est une sorte d'éclat très curieux que je ne rallie pas à de la tristesse.

Je voudrais arriver aussi à écrire des textes qui ne font pas se sentir mal après... et je pense que j'ai déjà essayé, mais justement, je ne crois pas avoir su écrire un passage de "joie pure", ni même avoir essayé, en fait, d'écrire un truc comme ça. Je crois que c'est parce que je me dis qu'il faudrait écrire un texte qui ne soit QUE joyeux alors que c'est probablement pas possible en soi

édit :  par le "sonner faux" je crois que c'est parce que j'ai participé à un atelier d'écriture où une consigne justement c'était d'écrire un texte hum pas négatif, disons. après, tout le monde a lu son texte. les gens souriaient et rigolaient en écoutant les textes. j'étais pas du tout dans le délire, j'arrivais pas à participer à la béatitude générale, après c'est peut-être parce que je suis trop exigeante sur la qualité des textes qui ont été lus, et moi-même j'étais pas très fière de ce que j'avais écrit à ce sujet. Je crois que la consigne c'était de raconter un souvenir heureux

(et oui je mélange clairement lire et écrire huhu)
« Modifié: 25 novembre 2019 à 18:28:08 par Miromensil »
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Milla

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Re : écrire la joie
« Réponse #3 le: 25 novembre 2019 à 19:21:22 »
parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... : est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?
oui ! j'adore quand je finis un livre avec la sensation d'un coup de fraîcheur douce au cœur, en général derrière je l'offre à tout le monde ! J’apprécie aussi énormément les livres qui me font rire, et pour le coup c'est pas forcément les romans qui se veulent humoristique qui y arrivent, si c'est un peu gros ou cliché ça marche pas du tout pour moi (on m'avait passé un Legardinier j'ai trouvé ça nuuul, ou le super connu "vieux qui fêtait son anniversaire" pareil j'ai déteste, etc), il me faut un truc plus dans la finesse ou l'autodérision je dirais.
Du coup, je regrette de pas trouver si facilement que ça des livres qui me donnent cette sensation. ça m'arrive + souvent dans les BD (comme disait Elk) ou bien dans les romans jeunesse que dans les romans "adultes" je dirai :\?


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est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
hmmm on peut avoir un contenu pas uniquement positif et joyeux, qui aborde du grave, dramatique, des problèmes, mais que ça baigne quand même le lecteur dans un sentiment de bien-être au final, non ?
je crois que j'ai globalement plutôt envie de mettre le lecteur sur une pente émotionnelle ascendante quand j'écris. Et d'ailleurs quand je lis, j'aime la tristesse, le drame, etc. quand c'est intense mais pas quand c'est glauque ou plombant.
Ou tu veux dire écrire du que joyeux où tout va bien ? La difficulté c'est plutôt l'ennui par manque de péripétie, rebondissement, réflexion, problème qui fait que quelque chose se passe, arrive... Sur un tableau ça peut sans doute être doux, mais sur la longueur :\? Mais du coup je trouve que ça c'est autre chose que "livres qui font se sentir bien"

Hors ligne Dot Quote

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Re : écrire la joie
« Réponse #4 le: 27 décembre 2019 à 23:31:45 »
je dirais que la joie est le produit émotionnel positif ressenti à la résolution d'un problème perçu grâce aux capteurs-à-problèmes que constituent les émotions négatives...

dans le cadre d'un livre, le lecteur se calquerait donc en partie sur la perception qu'il se fait de l'émotion que doit lui susciter ce qu'il lit. Du genre il se poserait la question empathique symbolique : 'Paul du bouquin est joyeux, suis-je joyeux avec lui ?' Si oui alors le bouquin et le lecteur communiqueraient bel et bien de la joie, ce qui est la réponse à une autre question que la tienne Miro... si non le lecteur dira que le bouquin est mauvais, ce qui ne répond toujours pas...

la joie, c'est la seule émotion positive en psychologie j'ai l'impression, d'où que j'affirme qu'en tant que truc à poursuivre, cela s'articule forcément avec les quatre autres qui m'apparaissent quand même un peu négatives, et qui donc viennent en contre-poids

- la tristesse d'un décès dans l'histoire justifie-t-elle la joie de la mélancolie, ou de la réapparition miracle du personnage ?
- la colère d'un meurtre dans l'histoire justifie-t-elle la joie de la vengeance, ou de la justice rendue en péripéties ?
- la peur d'une action dans l'histoire justifie-t-elle la joie d'un sursaut, ou de la tension palpable face à l'éboulement des valeurs de confiance ?
- le dégoût envers un élément de l'histoire justifie-t-il la joie de la pureté, ou de la satisfaction tirée de l'éradication de l'impur ?

du coup ma vision dans tout ça, c'est que chacun trouverait de la joie différemment selon ses goûts, mais que ce serait intrinsèque à toute lecture un temps soit peu affectée... genre la joie ce serait pas vraiment juste un bond happy les bras au ciel avec un sourire éclatant et les yeux plissés... ça serait plutôt un pleur contre une épaule un jour de tristesse... ça serait plutôt un poing dans la tronche un jour d'énervement... ça serait plutôt la sécurité amniotique d'un abris un jour de crainte... ça serait plutôt une baffe dégoûtée...

non ?

après y'a les feel-good-trucs...
où ouais
c'est juste un smile les bras levés
je comprends un peu moins comment ça marche, mais d'un côté j'adore et d'un autre côté je voudrais pas que y'ait que ça
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Re : écrire la joie
« Réponse #5 le: 28 décembre 2019 à 00:45:15 »
Récemment j'ai découvert les livres de Tesson. Je n'avais pas l'habitude de lire ce genre de choses. Je m'étais fait la réflexion que c'était rafraichissant de changer un peu de thèmes et qu'il était agréable parfois d'oublier suspense, intrigue et personnages pour quelque chose de plus simple tels que des carnets de voyage.

Cela restera forcément anecdotique par rapport à mes habitudes et à la production littéraire mais mine de rien... c'est sympa, ça change!

Hors ligne Julien-Gracq

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Re : écrire la joie
« Réponse #6 le: 04 janvier 2020 à 10:04:31 »
Je ne sais si ça répond à la question, mais de base lire un livre bien écrit, peu importe le thème traité, me fait me sentir bien presque directement.

En vrac quelques auteurs qui me font un bien particulier :

 - Céline me fait crever de rire à chaque fois. Pour le caractère loufoque de ses scènes, l'oralité bien entendu, l'éloge de la lâcheté et de nombreuses valeurs généralement négatives, la provocation allant parfois jusqu'à l'indécence dans ses écrits après la 2nde guerre mondiale, où il affirme amplement être victime des gaullistes pleins de haine... Un pur régal.

 - Sinon, un autre maître de l'humour : Rabelais, pour qui aime les légendes à base d'intestins qui gargouillent, et de panse qui se vide sur les ennemis.

 - Pour qui aime le roman "classique", il y a Tolstoï qui met plutôt de bonne humeur avec son "Anna Karénine" d'où il ressort une tendresse assez phénoménal envers chacun des personnages.

 - Un policier de Conand Doyle ou d'Agatha Christie, le premier plus aventureux et rigolo, le second plus une énigme où il faut se creuser les méninges pour la résoudre. Une lecture rapide, sympathique, qui fait réfléchir et passionne, idéal pour se plonger ailleurs l'espace d'une soirée.

 - Puis sinon : Epictète, Sénèque, et même Pétrarque sur sa maladie de l'âme, sont de bon ton si vous êtes un peu déprimé.

Pour ma part j'avais entamé une nouvelle particulièrement loufoque et dégoulinante de guimauve, il y a quelques mois. Elle est très longue et je ne l'ai jamais terminé, mais j'y reviendrais un jour.

Hors ligne Meilhac

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Re : Re : écrire la joie
« Réponse #7 le: 04 janvier 2020 à 11:07:03 »
Je ne sais si ça répond à la question, mais de base lire un livre bien écrit, peu importe le thème traité, me fait me sentir bien presque directement.

ouais moi pareil

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

un livre où tous les personnages sont très très très heureux, surmontent formidazblement de  formidables épreuves, en sortent grandis, si c'est mal écrit, ça me fout la gerbe :--)

donc bon  :D

quelqu'un a lu le livre de gefen sur les livres qui soignent (réparer le monde) ?

Hors ligne Milora

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Re : Re : Re : écrire la joie
« Réponse #8 le: 11 janvier 2020 à 21:52:21 »

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

LOL.
Sadisme ou catharsis ?  :D


parce qu'on en a parlé y a quelques jours avec ben.g... : est-ce que vous lisez des livres qui font se sentir bien ? en cherchez-vous ?

C'est rigolo comme questions, je me les étais jamais posées ! C'est pas un critère que je recherche quand je choisis un livre à lire, je me pose pas la question de ce qu'il va me faire ressentir. J'ai tendance à éviter les histoires où quand on lit la 4e de couverture, on se dit "ouh la, quel drame", mais j'ai rien contre un livre grave, c'est juste qu'en général, quand c'est annoncé dans le 4e de couverture, c'est que ça tend vers le larmoyant plus que dans le profond...
J'ai lu beaucoup de livres qui m'ont mise de bonne humeur, qui m'ont fait rire, qui m'ont donné la pêche. Mais y en a un qui est un "livre doudou" depuis l'adolescence, et que j'ai beaucoup beaucoup relu pour son effet "il rend heureux". Pourtant c'est pas un grand livre, j'ai jamais compris pourquoi il avait cet effet, mais pour en avoir discuté abondamment il semble que ça soit loin d'être limité à mon cas. C'est le roman de fantasy jeunesse Le château de Hurle, de Diana Wynne Jones. Quelqu'un sur le forum - je sais plus qui, je crois que c'était Baptiste - avait dit que ce livre démontrait qu'il était faux de dire que les gens heureux n'ont pas d'histoire... C'est assez vrai. C'est pas niais et bisounours, mais les personnages affrontent les péripéties avec tranquillité, quotidiannité et désinvolture, du coup ça fait se sentir bien, je crois.
J'ai eu un petit peu cette sensation avec un roman de SF que j'ai lu cette année, L'espace d'un an (Becky Chambers), qui aborde pas mal de thématiques sociétales mais qui laisse avec cette impression de "cocon".

Finalement, à la réflexion, j'ai pas non plus lu tant que ça des livres qui font se sentir mal. Le premier exemple qui me vient à l'esprit c'est le tome 3 de Hunger Games, où vraiment j'étais mal en le fermant. Mais la plupart des livres me font vivre diverses émotions, sans laisser un sentiment univoque à la fin...

C'est drôle parce que les exemples que je viens de citer, ce sont finalement pas les livres les plus profonds que j'aie pu lire  :\?

Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
Oui à la première question, je trouve pas que le non-dramatique sonne plus ou moins faux que le dramatique, ça dépend comment c'est écrit, non ?
Enfin, pour moi, non dramatique c'est pas la même chose qu'écrire la joie. Un texte peut-être par exemple léger ou humoristique, et donc pas dramatique, sans pour autant dépeindre la joie des personnages. Je sais pas dans lequel des deux sens tu poses la question, du coup, MIiro ^^
Il ne faut jamais remettre à demain ce que tu peux faire après-demain.

Hors ligne Miromensil

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Re : écrire la joie
« Réponse #9 le: 12 janvier 2020 à 10:57:22 »
J'ai eu du mal à cerner ce dont je voulais parler, je pense ! Je crois que j'ai voulu définir la joie comme non-tristesse, par la négative, ce qui est au final très large - et recouvre le pas dramatique, le léger, le joyeux, l'humour, etc. Donc au sens très large, "qui fait se sentir bien" à la fin de la lecture.

J'avais déjà envie de lire le Chateau de Hurle depuis que tu en parles, mais j'en ai encore plus envie maintenant ^^ Par contre si je te suis bien tu le classes dans le "pas profond", ce qui m'interloque un peu. Alors l'allégresse, le sentiment de bien-être, ne pourrait pas être profond, ou je n'ai pas suivi ?

C'est assez rigolo parce que j'ai entendu parler à la radio d'un livre qui s'appelle La joie est plus profonde que la tristesse, faudrait que je le lise pour ce fil :mrgreen: (https://www.philomag.com/la-joie-est-plus-profonde-que-la-tristesse-40901)

Aha. Ce qu'ils en disent sur le site :

 
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« Tout est foutu, soyons joyeux », « Rassurons-nous, tout va mal » : Voilà les maximes préférées de Clément Rosset, telles des remèdes à notre époque contemporaine angoissante. Il nous apprend à nous foutre de tout et à rester joyeux malgré notre condition de mortel, à être capable d’embrasser gaiement l’existence pour accéder à la sagesse et au bonheur, à écarter toute raison de désespérer.

Entre 2006 et 2017, Clément Rosset a accordé une quinzaine d’entretiens à Alexandre Lacroix pour Philosophie magazine. Ils ont fourni la matière de ce livre en huit chapitres, qui permettent de faire un premier pas dans la pensée de ce grand homme. Philosophe de la joie et du tragique, mais non pessimiste, Clément Rosset défendait une vision incarnée de la philosophie, loin de l’image du penseur dans sa tour d’ivoire. Il défendait surtout un réalisme absolu et radical. Pour lui, seul le réel existe.

(Je trouve ça intéressant perso)
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

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Re : écrire la joie
« Réponse #10 le: 12 janvier 2020 à 11:27:24 »
j'en invoquerais bien à des psychologues/psychiatres si y'en a qui trainent, parce que j'ai pas la rhétorique qui délie les dénis...
mais j'ai pensé à ta réaction Mir, que y'avait un truc intéressant à soulever, dans mon délire en tout cas, qui n'implique que moi mais que j'aime saigner ici...

- joie, peur, tristesse, (dégoût?), colère... je les classe en la première contre les trois ou quatre autres ; positif contre négatif
- dramatique (construction à caractère triste avec des tissages de nuances des autres émotions), léger (à interprétation, mais qui ne présente pas trop de poids anxiogène, ou énervant, ou attristant, ou dégueulasse... au contraire, comme un poids à l'inverse... d'où que... la suite d'après !), joyeux (qui relève de la joie), humour (heu...jesèche ^.^)

d'où que, je me dis que... le distinctif officiel des émotions en tant que modèle approximé serait peut-être à réaffirmer !

mais quelques recherches plus tard et je vois que je partais un peu hâtivement :
- mes expériences autour du monde psy et sciences humaines me faisaient croire que le modèle se limitait là...
- or là je tombe sur un truc qui dément pas mais ajoute des élément et complexifie la question
Robert Plutchik - méthode de classification des réactions émotives générales - wikipédia

Dans tous les cas je m'arrête à une ontologie epistémologique relative à la psychologie (la joie relève quand même un peu de la discipline, on est d'accord ?), mais je voulais surtout rebondir sur ton intervention @Miro, là où tu vas plus loin :

- une méthode appliquée à la recherche d'un mieux émotionnel, voilà ce que tu nous déniches probablement ici, et ça a l'air oui, très curieux et intéressant...

(sinon j'ai pas parlé des idées que je dis que je vais en parler, mais c'pas grave je repars en fermentation ^.^)
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Re : écrire la joie
« Réponse #11 le: 12 janvier 2020 à 14:19:38 »
Bonjour tout le monde,


Clément Rosset, je ne connaissais pas, c'est une découverte très intéressante ; cela me fait penser aux épicuriens pour lesquels bonheur et amitié sont un objet qui mérite d'être recherché avec sagesse et curiosité à chaque instant de la vie. J'y découvre un regard différent sur le monde, c'est très contemplatif.


Plus généralement, sur le sujet des livres « qui font se sentir bien », j'y réfléchis et je ne sais pas exactement la position exacte à prendre ni celle que je ressens vraiment face à mes propres lectures ; peut-être qu'en ne m'étant jamais vraiment posé la question, je trouve aujourd'hui bien des difficultés à y répondre de façon sensée ou sincère. Ce sujet m'oblige à porter un réel regard sur moi-même et mes choix de lecture.


Un sujet fort passionnant, j'ai lu toutes les participations, et je lirai les prochaines !! :bouquine:
« Modifié: 12 janvier 2020 à 14:29:49 par Alan Tréard »

Hors ligne Ben.G

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Re : écrire la joie
« Réponse #12 le: 13 janvier 2020 à 00:42:37 »

un livre où tous les personnages sont très très très très malheureux, si c'est bien écrit, je me sens bien

LOL.
Sadisme ou catharsis ?  :D


Ahaha
Mais y'a une différence meilhac entre une bonne écriture sur des trucs tristes (la joie de découvrir une belle plume) et écrire la joie, c'est pas la même chose


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C'est le roman de fantasy jeunesse Le château de Hurle, de Diana Wynne Jones. Quelqu'un sur le forum - je sais plus qui, je crois que c'était Baptiste - avait dit que ce livre démontrait qu'il était faux de dire que les gens heureux n'ont pas d'histoire...
ah tiens, je vais me le noter alors parce que ça a l'air d'aller complètement vers mes interrogations ^^




Citer
est-ce que ça vous attire/parle d'écrire un texte non dramatique/grave ? si non, pourquoi pas ? est-ce que ça sonnerait faux ou pas forcément ?
Oui à la première question, je trouve pas que le non-dramatique sonne plus ou moins faux que le dramatique, ça dépend comment c'est écrit, non ?
Enfin, pour moi, non dramatique c'est pas la même chose qu'écrire la joie. Un texte peut-être par exemple léger ou humoristique, et donc pas dramatique, sans pour autant dépeindre la joie des personnages. Je sais pas dans lequel des deux sens tu poses la question, du coup, MIiro ^^
[/quote]

En fait ma réflexion venait que, en librairie on a plusieurs fois des clients qui demandaient des livres "bien écrits mais qui ne soient pas tristes, qui ne plombent pas le moral", et on s'est retrouvés assez con en regardant l'étal des nouveautés, à fouiller dans nos rayons, parce que la grande majorité des livres traitant de choses graves qui arrivent dans la vie, de drames, de thématiques lourdes (et même si pour certains ça faisait quand même relever une part de bonheur ou d'espoir, ça se basait toujours pas mal là-dessus). Alors oui, ensuite y'a les livres feel good, mais ça n'intéressera pas forcément quelu'un qui recherche de la bonne qualité littéraire. Ensuite voilà, les livres humouristiques, enfin livres faits pour être décalés et bien écrits. Mais du coup je trouvais ça dommage de devoir se rabattre là-dessus.

Et du coup oui, j'ai l'impression (c'est vera qui disait ça dans son hiver je crois) qu'on a plus tendance à prendre la plume quand on va mal. Que c'est plus facile de ces moments là d'écrire et que du coup, dans les moments où on va bien, où des bonnes choses se passent pour nous, on n'aura moins le reflexe de se mettre sur le clavier pour écrire une histoire autour de ça. Et c'est bizarre, quand même, comme réflexe. Quelque part je me dis que c'est pas mal alimenté par le cliché de conscience collective de l'écrivain malheureux, du poète spleenesque, d'un certain romantisme à outrance du malheur (et pas que hein, souvent écrire des drames ou des choses comme ça, c'est utile, soit pour dénoncer des rouages de la vie qui se cassent la gueule, soit par besoin naturel de se rapprocher des autres pour savoir/et lire qu'on n'est pas tout seul à vivre ce genre d'épreuves.)
Mais re-du coup, j'en sais rien, est-ce que comme la tristesse ça déborde et c'est solitaire on a besoin de se rassembler ? Et ça veut dire quoi, que la joie on a moins besoin de la partager ?

Y'a peut-être une espèce de pensée jalouse aussi, qui ferait qu'on n'a pas envie de lire des gens heureux ? Ou, et tu le dis mil, que la joie ça parait plat à écrire et à lire (ce qui est à mon avis extrêmement cliché) ? Bref, quand tu regardes les étals des nouveautés en librairie, c'est assez révélateur la place que prend le drame ou le malheur. Dans une société où tout le monde a l'air d'être à la recherche du bonheur illusoire, c'est révélateur aussi  :mrgreen:  Tiens c'est marrant aussi, je me souviens là en écrivant du livre Le zèbre d'alexandre Jardin, bah c'est un livre qui essaye de surtout se baser sur des moments de joie, qui en ressort beaucoup de joie, alors que le sujet c'est le cancer... Encore une fois, aller chercher ce qu'il y a de plus joyeux en contraste avec des évènements difficiles.

(Mais sinon, oui, personnellement je pense qu'un bon livre c'est quelque chose qui en ressort une impression de "c'est la vie", pas manichéen, avec une représentation un peu de tout ce qui est triste et joyeux, de trop vaste à aborder et à la fois très concret, et des actes qu'on aurait du mal à qualifier de bien ou de mal, c'est un peu ce que je pense, n'empêche que je peux pas m'empêcher de m'étonner qu'il y ait beaucoup plus de livres qui écrivent la tristesse que de livres qui écrivent la joie, et je sais pas si c'est une question de l'oeuf ou la poule entre les lecteurs et les écrivains )

En tout cas quand tu vis une série d'événements qui te produisent de la joie, je doute que ce soit très plat et c'est plein de rebondissements, mais je sais pas dire pourquoi si tu me parle d'un livre avec un tel pitch, je serai pas emballé (hors critères de bonne écriture) alors que si tu me parles d'une descente aux enfers, je vais m'y intéresser un peu plus (enfin je sais pourquoi, c'est un peu ce que je dis sur le mythe de l'écrivain maudit, on allègue sans doute plus de qualité littéraire, inconsciemment, à ce genre de texte à cause de ça)
«J'aurais beau me crever au travail, porter des chevaux sur les épaules, faire tourner des meules et des moulins, de toute façon, je ne serai jamais un travailleur. Mon travail, quelque forme qu'il puisse prendre, il n'est perçu que comme pure caprice, espièglerie, hasard.»
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Re : Re : écrire la joie
« Réponse #13 le: 13 janvier 2020 à 05:27:41 »


En tout cas quand tu vis une série d'événements qui te produisent de la joie, je doute que ce soit très plat et c'est plein de rebondissements

mmmh ça dépend ce qu'on appelle joie

la joie, pour la plupart des grands courants philosophiques qui en parlent, c'est largement indépendant des événements

(et c'est en ce sens que je maintiens - tant que le titre du fil n'aura pas été changé  :mrgreen:- que me rendent joyeux les livres bien écrits, quels que soient les sujets dont ils traitent)

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Re : écrire la joie
« Réponse #14 le: 13 janvier 2020 à 07:26:33 »
Et je maintiens que tu te trompes. Le sujet c'est écrire la joie, pas est que les livres te rendent joyeux
«J'aurais beau me crever au travail, porter des chevaux sur les épaules, faire tourner des meules et des moulins, de toute façon, je ne serai jamais un travailleur. Mon travail, quelque forme qu'il puisse prendre, il n'est perçu que comme pure caprice, espièglerie, hasard.»
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