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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'aber

Auteur Sujet: L'aber  (Lu 1228 fois)

Hors ligne flulu

  • Aède
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L'aber
« le: 16 Octobre 2019 à 16:55:31 »
Aber

   Depuis mon plus jeune âge lorsque la tristesse me gagne, je me réfugie devant la mer. Je vais me poster au bout de la jetée sur un des gros blocs de granit qui protège son extrémité. Je m'assieds face au chapelet de minuscules îles qui ferment la baie. Certaines ne sont visibles qu'à marée basse. Je ferme les yeux un moment pour mieux percevoir ce qui m'entoure. Le vent omniprésent qui ébouriffe mes cheveux, les odeurs fortes du varech et de la vase, le parfum des embruns et les cris des goélands. Le bruit lancinant du ressac m'apaise rapidement, comme la litanie des comptines que ma nourrisse chantait pour m'endormir lorsque j'étais enfant. Ensuite j'ouvre les yeux pour chercher une voile, une nef en partance ou simplement en ballade. J'ai toujours eu besoin de m'évader par procuration, de m'imaginer sur un bateau avec une feuille de route, un cap à suivre et des projets de voyage.
   Lorsque j'étais enfant, à l'âge où l'innocence permet de prendre ses rêves pour la réalité, je suis parti un jour. J'avais rempli mon petit bateau pneumatique en plastique avec des boites de gâteaux secs chapardées dans la cuisine. J'y avais ajouté deux bouteilles remplies d'eau. J'avais mis des vêtements chauds et enfilé mon ciré jaune. J'avais équipé mon esquif d'une voile taillée dans un vieux drap et je l'avait gréée sur un manche à balais.  Je serrais dans ma main la boussole de mon grand-père et je larguais les amarres un matin de mai. Un marin pêcheur qui rentrait après le ramassage de ses casiers m'a attrapé au moment où mon embarcation franchissait la sortie de l'aber. La marée descendante m'avait happé et m'entraînait vers le large. Mes parents ont eu tellement peur que je n'ai même pas été puni. Ma mère me serrait convulsivement contre elle en sanglotant. Je n'ai jamais recommencé, mais depuis ce jour, partir est devenu une obsession. Les champs, les bocages, les chemins creux, les villages étaient devenus les murs et les barreaux de ma prison. Ma liberté je la cherchais au large, au delà des îles. Mes parents ont toujours refusé de me placer dans une école de voile, ma mère était catégorique, elle avait gardé une telle peur de l'escapade de mon enfance que personne n'a jamais pu la faire fléchir. J'ai du attendre ma majorité et mon départ du foyer familial pour apprendre à naviguer. Je travaille dur pour économiser l'argent qui me permettra d'acheter le bateau de mes rêves. Et en attendant je lis, je dévore les récits de tous les grands marins,  en particulier Bernard Moitessier. Je les admire mais je ne les envie pas parce que j'ai au fond de moi la certitude que je naviguerai un jour sur leurs traces. C'est ma raison de vivre.
Je me suis inscrit dans une école de voile. Une école sérieuse, on sort par tous les temps, même sous la tempête… La seule chose qui nous cloue à terre c'est la pétole. Dans ces moments là je me réfugie sur mon promontoire et je regarde la mer, lisse comme un miroir elle renvoie l'image du ciel et des nuages. Là où c'est le plus onirique c'est la nuit, les myriades d'étoiles se reflètent sur l'onde endormie, l'horizon disparaît, impossible de distinguer le ciel de la mer, le promontoire devient la proue d'un vaisseau qui s'envole dans le velours sombre du firmament. Le ressac est si faible qu'il n'émet qu'un murmure, aucun oiseau ne vole.
carpe diem

Hors ligne txuku

  • Calame Supersonique
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    • BEOCIEN
Re : L'aber
« Réponse #1 le: 16 Octobre 2019 à 20:11:58 »
Bonsoir

Un reve d aventure que j ai vecu puis confirme ! :)


Moitessier oui !!!
Et des romans de mer - Roger Vercel ( La fosse aux Vents ) - Cecil Forrester ( Hornblower ) qui m ont fait rever et que je reis toujours avec plaisir ! :coeur:

Ton texte n est pas un plaisir a lire sur ecran : il faudrait l aerer un peu............. :-¬?

Une coquille en passant :
Citer
des comptines que ma nourrisse
nourrice.
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : L'aber
« Réponse #2 le: 16 Octobre 2019 à 23:26:38 »
Salut salut,

D'abord les détails  :)

   Depuis mon plus jeune âge lorsque la tristesse me gagne, je me réfugie devant la mer. Je vais me poster au bout de la jetée sur un des gros blocs de granit qui protège son extrémité.

j'ai l'impression qu'il manque quelques virgules. La première, après "mon plus jeune âge", me choque pas spécialement. Par contre après "jetée" ça me fait un peu tiquer. ça donne une impression de précipitation qui colle pas trop avec le propos, je trouve (contempler la mer).

Je m'assieds face au chapelet de minuscules îles qui ferment la baie. Certaines ne sont visibles qu'à marée basse. Je ferme les yeux un moment pour mieux percevoir ce qui m'entoure. Le vent omniprésent qui ébouriffe mes cheveux, les odeurs fortes du varech et de la vase, le parfum des embruns et les cris des goélands. Le bruit lancinant du ressac m'apaise rapidement, comme la litanie des comptines que ma nourrisse chantait pour m'endormir lorsque j'étais enfant.

j'aime bien ce passage

Ensuite j'ouvre les yeux pour chercher une voile, une nef en partance ou simplement en ballade. J'ai toujours eu besoin de m'évader par procuration, de m'imaginer sur un bateau avec une feuille de route, un cap à suivre et des projets de voyage.

là aussi, je trouve qu'il manque une "virgule" après ensuite (surtout vu comme la phrase suivante respire).

   Lorsque j'étais enfant, à l'âge où l'innocence permet de prendre ses rêves pour la réalité, je suis parti un jour.

pas convaincu par "un jour" tout à la fin.

J'avais rempli mon petit bateau pneumatique en plastique avec des boites de gâteaux secs chapardées dans la cuisine. J'y avais ajouté deux bouteilles remplies d'eau. J'avais mis des vêtements chauds et enfilé mon ciré jaune. J'avais équipé mon esquif d'une voile taillée dans un vieux drap et je l'avait gréée sur un manche à balais.

la succession de "j'avais" est un peu dommage, je trouve. Par exemple, tout pourrais ne faire qu'une seule phrase avec les deux première, qui se terminerait par "... de gâteaux secs chapardées dans la cuisine et deux bouteilles d'eau" (par exemple). La deuxième a beaucoup de mots juste pour dire qu'il a aussi pris deux bouteilles d'eau, je trouve. 

  Je serrais dans ma main la boussole de mon grand-père et je larguais les amarres un matin de mai.

Je crois que je mettrais "un matin de mai" au début. Comme plus haut avec "un jour", tu mets le repère temporel à la fin.

Dans ces moments là je me réfugie sur mon promontoire et je regarde la mer,

Dans ces moments-là

lisse comme un miroir elle renvoie l'image du ciel et des nuages.

j'aime bien la tournure


Je trouve ce texte soigné, avec un vocabulaire riche ; beaucoup de choses y sont joliment dites. J'ai un peu buté sur la ponctuation par endroits : parfois ça respire, parfois c'est plus précipité. ça peut traduire l'engouement et l'impatience du narrateur versus les moments plus contemplatifs, donc dans l'absolu pourquoi pas, mais j'ai pas toujours eu l'impression que c'était complètement maîtrisé.

Ah, et il y a comme un changement de ton quand il commence à parler de l'école de voile ; beaucoup de détails sont donnés, et je sais pas s'ils sont nécessaires, j'ai l'impression que ça fait un peu retomber la dimension poétique.

Merci pour le partage  :)
Chapart

Hors ligne flulu

  • Aède
  • Messages: 175
Re : L'aber
« Réponse #3 le: 17 Octobre 2019 à 08:22:23 »
Merci pour vos remarques pertinentes et stimulantes
Effectivement l'écriture me vient dans une sorte d'urgence, et cela nuit parfois à la fluidité et à la lisibilité.
J'essayerai d'y mettre bon ordre.
Bien entendu j'aime les récits des grands navigateurs, sauf lorsqu'ils sont trop factuels ex : "j'ai mis un peu d'ouest dans mon nord etc..."
Moitessier est un excellent narrateur, c'est un des premiers modernes, sa folie interpelle... Il m'a fait rêver. Et bien d'autres encore ...
J'ai maintenant quitté les mers et les océans et les bateaux pour naviguer en fourgon aménagé à travers le monde, loin et longtemps.
carpe diem

Hors ligne derrierelemiroir

  • Calame Supersonique
  • Messages: 2 212
  • orque magnifique et ténébreuse
Re : L'aber
« Réponse #4 le: 17 Octobre 2019 à 10:19:51 »
Lulu flulu!

Au fil du texte:

Citer
sur un des gros blocs de granit qui protège son extrémité.
Suis pas sûre que l'image soit appropriée ici. Le granit protège la mer?

Citer
Je ferme les yeux un moment pour mieux percevoir ce qui m'entoure. Le vent omniprésent qui ébouriffe mes cheveux, les odeurs fortes du varech et de la vase, le parfum des embruns et les cris des goélands.
J'aime bien, c'est immersif  :coeur:

Citer
Le bruit lancinant du ressac m'apaise rapidement
je trouve qu'il y a une incohérence entre "lancinant" et "apaise". Quelque chose de lancinant, c'est quelque chose qui irrite, fait mal, qui est désagréable, alors comment ça peut l'apaiser? Pourtant oui, ce bruit que tu décris, il apaise, alors je pense que peut-être ce n'est pas le bon mot que tu as choisi.

Citer
une nef
Ce mot quand même  :coeur: je le trouve tellement joli, prometteur!

Citer
J'avais rempli mon petit bateau pneumatique en plastique avec des boites de gâteaux secs chapardées dans la cuisine. J'y avais ajouté deux bouteilles remplies d'eau. J'avais mis des vêtements chauds et enfilé mon ciré jaune. J'avais équipé mon esquif d'une voile taillée dans un vieux drap et je l'avait gréée sur un manche à balais.
Un peu trop répétitif le rythme ici avec "j'avais" je trouve

Citer
lisse comme un miroir elle renvoie l'image du ciel et des nuages
j'aurais ajouté une virgule après miroir

Citer
Je travaille dur pour économiser
Puisqu'il y a une coupure dans le temps du récit ici, je serais repartie à la ligne, comme ça c'est un peu abrupte comme changement.

Citer
Là où c'est le plus onirique c'est la nuit, les myriades d'étoiles se reflètent sur l'onde endormie, l'horizon disparaît, impossible de distinguer le ciel de la mer, le promontoire devient la proue d'un vaisseau qui s'envole dans le velours sombre du firmament. Le ressac est si faible qu'il n'émet qu'un murmure, aucun oiseau ne vole.
C'est beau :)

Tout le texte se lit bien, et moi ça m'intéresse, parce que j'aime la mer, parce que j'ai toujours voulu partir, et j'aime les bateaux. Ton ambiance est très belle, elle emporte sans violence, comme le rythme répétitif de l'eau.

Sur la fin, je suis un peu restée sur ma faim par contre  :D ça m'a un peu donné l'impression que tu avais dit ce que tu voulais dire, mais ne savais pas exactement comment finir, parce qu'en vrai il n'y a pas de fin. Je sais pas.

Merci pour le partage en tout cas  :)





"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

 


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