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Auteur Sujet: La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]  (Lu 1519 fois)

Hors ligne Rémi

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La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« le: 01 octobre 2019 à 17:08:14 »
Bon, ben forcément, avec ce titre et cette image...

Bon appétit bonne lecture !



Latitude 43.1083, longitude 0.1502. Drôle de rendez-vous. Depuis quelques kilomètres, ça grimpe et Igor se demande bien ce que Brigitte avait derrière la tête lorsqu’elle a choisi ce lieu. Les Pyrénées se découpent sur le ciel gris. Les cimes enneigées, laiteuses, jouent à cache-cache avec les nuages bas. Igor n’en est pas bien sûr, mais il lui semble bien que c’est dans cette vallée qu’on a réintroduit les loups, deux ans auparavant. À l’époque, il venait de rencontrer Brigitte, elle l’appelait « mon loup » et ils avaient entendu la nouvelle à la radio depuis le fond du lit parfumé de leurs ébats.
Igor repense à ces premières semaines, à leurs orgies, les longues heures passées à baiser, à fumer et baiser encore. Pour un peu, ça viendrait tendre le tissu de son pantalon.
Aujourd’hui, ils se sont bien calmés. Il n’a pas vu Brigitte depuis plusieurs semaines. Pas d’engueulade, non. Juste un peu de lassitude. De part et d’autre, se dit-il. Peut-être plus de son côté à lui, à vrai dire. C’est vrai qu’il a rencontré Stéphanie. Moins marrante, moins tonique, mais tellement lascive, tellement longue…
Son GPS lui indique qu’il sera arrivé dans moins de deux kilomètres. Igor chasse de ses pensés le corps nacré de Stéphanie. Brigitte est brune, ronde, pulpeuse. L’image de ses seins, de sa croupe passe devant ses yeux, il sourit.

*

Voilà, c’est ici. Le pick-up de Brigitte est garé au milieu d’un parking boueux, en bord de forêt. Les arbres nus jettent leurs branches noires vers le ciel monochrome. Plus haut, il n’y a plus d’arbre, ce sont les derniers. Ici, la neige n’a pas encore recouvert le paysage. Et des hommes doivent être au travail, Igor remarque une barrière portant l’inscription « Zone d’abattage, danger. Accès interdit ».
Igor gare son véhicule à côté de celui de Brigitte. Vide. Il descend de sa voiture, fait le tour du pick-up. Sa maîtresse doit se cacher quelque part. Il s’approche de la barrière. Les tubes de ferraille rouges et blancs sont attaqués par la rouille elle ne tiendra plus longtemps debout. La forêt est silencieuse, les bucherons font une pause. Ou alors, ils sont partis sans prendre le temps de retirer leur pancarte.
Igor appelle : « Brigitte ! ». Sa voix lui revient affaiblie. Écho mouillé, découpé par les arbres. Pas de réponse. Igor place les mains de chaque côté de sa bouche et appelle encore. Dans toutes les directions. « Allez ! Montre-toi ! ». Chercher sa brune dans la brume. Ça le fait sourire un instant. Ça l’excite aussi. Elle a toujours eu le don de le faire attendre, de l’asticoter…
Dix minutes se sont écoulées. Brigitte n’a pas répondu. Le téléphone d’Igor ne capte aucun réseau. Un coucou appelle au loin, Igor repense aux loups.
Lorsqu’il pose sa main sur la poignée de porte de sa voiture, le chant d’une tronçonneuse s’élève, limpide dans l’air humide. Igor appelle en direction de la forêt, mais l’engin a une voix trop puissante. Il entend maintenant la lame d’acier qui mord l’écorce et le bois ; le moteur thermique qui peine à chaque incision ; le son plus clair et aigu lorsque la chaine s’extrait du tronc.
Le son s’arrête. Igor appelle, personne ne répond. Et le grognement mécanique reprend presque aussitôt. Igor regarde ses chaussures de cuir et pousse un juron en écartant la barrière. Il s’engage dans le chemin boueux.

*

Igor s’enfonce dans la forêt. À chaque fois que le chant de la tronçonneuse cesse, il pousse un cri, appelle Brigitte, appelle « il y a quelqu’un ? » et à chaque fois, c’est le bruit infernal de la machine qui lui répond. Malgré ses précautions, ses pieds s’enfoncent dans les feuilles mortes et l’humus gras recouvre le cuir verni. Nouveau juron, nouvel appel.
À quelques dizaines de mètres, la tronçonneuse pousse ses cris perçants. Igor identifie l’arbre qui est attaqué : sa cime vibre sur le gris laiteux du ciel insondable. Dans une minute, il rencontrera le bucheron. Peut-être pourra-t-il lui donner des informations sur Brigitte. Peut-être qu’il la connaît ? Peut-être est-ce un plan à trois ?
Les cris de la tronçonneuse s’arrêtent. Igor pense à Brigitte nue dans la boue, à une chemise à carreau sous ses fesses. La sève ! La sève ! Igor accélère le pas. Un vrai loup à la recherche de sa proie. L’arbre qu’il a repéré se dresse, majestueux. Brigitte doit être cachée derrière. Seule ?
Tandis qu’Igor se presse, le hurlement de la tronçonneuse le surprend, à quelques pas de lui, sur le côté. Il se retourne, entend un craquement sinistre. Comme une déchirure à travers tous les os de son corps. Un arrachement de fibres, un éclatement ligneux. Il lève les yeux et sa bouche s’ouvre, très lentement. Un épicéa de vingt mètres bascule vers lui. Les pieds d’Igor glissent, il réussit à parcourir quelques mètres avant que le colosse ne s’abatte sur lui.

*

Igor a évité le tronc principal, seules les branches latérales l’ont frappé. Son corps brisé au niveau du bassin, des jambes et peut-être des épaules aussi – il ne sent plus ses bras – s’est enfoncé dans la boue. La masse monstrueuse du conifère le cloue comme un papillon. Pas vraiment de douleur, anesthésié par le choc. Dans ses narines, l’odeur qu’il aime tant des bourgeons, de la sève de pin.
Igor ne comprend pas bien. Quelques courts-circuits dans sa tête. Entre les branches touffues, ses yeux tournés vers le ciel voient passer des nuages mélangés. Un peu de sang s’échappe de son sourire idiot.
La tronçonneuse reprend son chant funèbre. Elle grignote une branche qui s’écarte du champ de vision du pantin désarticulé. Puis une autre, Igor voit un peu mieux le ciel. Encore un rugissement et la branche principale au-dessus de sa tête s’écarte. Derrière, la chevelure brune de Brigitte. Elle le regarde en souriant, la tronçonneuse à la main.

*

Dans les Pyrénées, quelques loups ont repris possession des versants escarpés et des prairies inaccessibles. Parfois, l’odeur du sang des charognes les attire un peu plus bas, dans les dernières forêts de conifères. Quelques amis des animaux – défenseurs de la nature et de ces prédateurs – les nourrissent parfois, afin d’éviter qu’ils ne s’attaquent aux troupeaux de brebis. Parfois même, on leur mâche le travail. À coups de tronçonneuse.
« Modifié: 01 octobre 2019 à 20:00:43 par Rémi »

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Re : La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« Réponse #1 le: 01 octobre 2019 à 19:50:43 »
Me voici!

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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Bon, ben forcément, avec ce titre et cette image...
C'est clair haha

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0,1502
point plutôt que virgule non?

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au niveau de la braguette.
pas sûre que ce soit nécessaire d'ajouter ça ^^

Citer
Peut-être plus de son côté, à vrai dire
faudrait-il pas ajouter "à lui" pour comprendre de qui on parle? Après, avec la suite c'est évident

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L’image de ses seins, de sa croupe passe devant ses yeux,
j'aime bien que l'image passe

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Igor gare son véhicule à côté de celui de Brigitte. Vide. Il descend de sa voiture, fait le tour du pick-up. Sa maîtresse doit se cacher quelque part. Il s’approche de la barrière. Les tubes de ferraille rouges et blancs sont attaqués par la rouille elle ne tiendra plus longtemps debout. La forêt est silencieuse, les bucherons font une pause. Ou alors, ils sont partis sans prendre le temps de retirer leur pancarte.
j'aime bien le suspens qui se tend

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Écho mouillé
:coeur:

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Chercher sa brune dans la brume
haha joli

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le chant d’une tronçonneuse s’élève
oh mon dieu

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Peut-être est-ce un plan à trois ?
je crois qu'il se trompe

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Elle le regarde en souriant, la tronçonneuse à la main.
typical  :D

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Dans les Pyrénées, quelques loups ont repris possession des versants escarpés et des prairies inaccessibles. Parfois, l’odeur du sang des charognes les attire un peu plus bas, dans les dernières forêts de conifères. Quelques amis des animaux – défenseurs de la nature et de ces prédateurs – les nourrissent parfois, afin d’éviter qu’ils ne s’attaquent aux troupeaux de brebis. Parfois même, on leur mâche le travail. À coups de tronçonneuse.
haha j'aime bien cette fin!

C'était cool, bon suspens, et puis on voit le mot tronçonneuse et on frémit.
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Et j'aime bien comme tu as inclus l'image, j'oublie toujours de le faire!
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  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
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Re : La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« Réponse #2 le: 01 octobre 2019 à 20:09:02 »
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


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Bon, ben forcément, avec ce titre et cette image...
C'est clair haha
J'ai pas fait semblant ^^ mais j'aurais pu faire plus gore encore

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point plutôt que virgule non?
oui, c'est corrigé !

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au niveau de la braguette.
pas sûre que ce soit nécessaire d'ajouter ça ^^
ouaip, j'y ai pensé en l'écrivant, je le vire

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Peut-être plus de son côté, à vrai dire
faudrait-il pas ajouter "à lui" pour comprendre de qui on parle? Après, avec la suite c'est évident
ouaip

Citer
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Écho mouillé
:coeur:
je me suis dit que ça allait te plaire au moment où je l'ai écrit  :)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Merci pour le commentaire :)

Hors ligne derrierelemiroir

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Re : La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« Réponse #3 le: 01 octobre 2019 à 21:10:46 »
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je me suis dit que ça allait te plaire au moment où je l'ai écrit  :)
:)

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

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  Nicolas Bouvier

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Re : La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« Réponse #4 le: 06 octobre 2019 à 08:42:45 »
Le ton entendu du dernier paragraphe clôt ta nouvelle à merveille ! Le décors est très bien posé en quelques lignes on peut facilement comprendre et se projeter dans le personnage principal. Je suis admirative du fait qu'en une heure seulement tu aies réussi à faire preuve d'autant de synthèse et de précision !

Hors ligne Rémi

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Re : La violence d'une brune [Tic-Tac 1er octobre 2019]
« Réponse #5 le: 06 octobre 2019 à 20:36:09 »
Merci de ton retour, Petite Mine :)

 


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