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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » [Tic Tac 9 septembre 2019] La philosophie des nombres

Auteur Sujet: [Tic Tac 9 septembre 2019] La philosophie des nombres  (Lu 1410 fois)

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  • Calame Supersonique
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[Tic Tac 9 septembre 2019] La philosophie des nombres
« le: 09 septembre 2019 à 15:39:20 »
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La philosophie des nombres


Un, c’est le nombre d’accidents qu’Ailie avait eus au cours de sa vie. Elle s’était essayée au funambulisme à trois heures du matin un dimanche, après avoir avalé quatre Vodka Redbull et deux shots de Tequila. Alex, Danny et Sam avaient tapé des mains alors qu’elle escaladait la barrière, avaient hué et sifflé pendant qu’elle se redressait et avançait la première jambe, avaient crié quand elle s’était effondrée.

Deux, c’est le nombre de fois qu’elle avait prié, de toutes ses forces. La première, quand sa petite sœur Rosie s’était faite renverser par une voiture sur le chemin de l’école. Ailie avait vu le véhicule se rapprocher, le chauffeur écarquiller les yeux et se crisper. Elle avait entendu, même ressenti, le choc, comme si sa propre chair avait été heurtée. Elle avait cru mourir d’angoisse, avait crié avec une autre voix, pas la sienne, et puis le sang et les gémissements de sa sœur l’avaient tirée de son immobilité. Elle s’était jetée sur l’asphalte mouillé, avait serré la main sans force de Rosie en attendant l’ambulance. Et elle avait prié. La deuxième fois, c’était quand sa mère avait reçu sa greffe de moelle épinière. Ailie n’avait pas dormi, elle était restée silencieuse au chevet du lit, avait rapidement mis de l’ordre dans sa vie pour libérer de la place dans son esprit, et puis elle avait supplié tous les dieux dont elle se souvenait de venir en aide à sa mère, à son père, à sa sœur et à elle.

Trois, c’est le nombre de fois qu’elle était tombée amoureuse. En premier, il y avait eu Samira. Elles avaient douze ans, elles se retrouvaient après l’école dans les bois entourant la rivière et créaient des aventures. Samira était intrépide, ses yeux incitaient Ailie à toutes les bravoures et ensemble, elles grimpaient aux arbres, s’infiltraient dans des propriétés privées, et fumaient du papier roulé qu’elles déchiraient de leurs cahiers. Un jour, Samira l’avait embrassée du bout des lèvres, Ailie avait eu peur, et depuis, elles s’évitaient. En deuxième, vint Norman et ses boucles noires. Il s’était fait transférer d’un autre collège, personne ne savait vraiment pourquoi. On parlait d’argent volé, de graffitis sur les murs de l’école et de bagarres dans la cour. Ailie avait passé une année à l’observer sans jamais lui parler et à rougir quand il effleurait son regard. Pendant ce temps, il était sorti avec Annie, Jasmine, Carole et Marie. Quand enfin il s’était intéressé à elle et l’avait rattrapée à la sortie de l’école pour l’inviter au cinéma, elle avait dit non. En se retrouvant face à lui, ses sentiments s’étaient figés sous le choc et puis s’étaient retirés, cruelle marée, et rien n’avait pris leur place. En dernier ce fut Sam. Il avait l’air aussi tourmenté par la vie qu’elle, aussi sombre et tatoué de blessures et d’incompréhensions. Ils séchaient les cours ensemble, s’évadaient main dans la main dans les tréfonds de la même musique, dansaient des nuits entières entourés de vibrations puissantes et avalaient simultanément des pilules. Ils faisaient l’amour et même s’ils n’étaient pas exclusifs car impossible de s’accrocher à ce monde qui dégringolait en permanence, ils s’aimaient.

Quatre, c’est le nombre de cure de désintoxication que son père avait entamées.

Cinq, c’est le nombre de personnes qui s’étaient faites piétiner à mort lors du premier concert de sa vie. Ses amis et elles s’en étaient échappés indemnes, les pupilles dilatées, la musique rebondissant encore dans leurs veines. Ils avaient quitté les lieux, shootés à la peur et à l’ecsta, ils avaient continué la nuit en ville et n’avaient jamais su quoi en penser.

Six, c’est le nombre de secondes qu’elle avait tenues sans trembler sur les rails, illuminée par les phares du train, avant qu’elle ne se rejette sur le côté, le cœur affolé, le goût de sa mort enfin ressenti. Ses amis l’avaient regardée avec un mélange d’effroi et de respect qui lui avait déplu. Elle était rentrée seule à la maison, s’était infiltrée dans la chambre de sa sœur, puis dans son lit, avait enroulé son bras autour d’elle et murmuré : « maintenant c’est fini, j'arrête de compter. »
« Modifié: 10 septembre 2019 à 09:06:48 par derrierelemiroir »
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Re : [Tic Tac 9 septembre 2019] La philosophie des nombres
« Réponse #1 le: 09 septembre 2019 à 16:10:16 »
(Cette citation que t'as en signature :coeur: je viens de me la prendre dans la gueule en atteignant la fin de ton post boum, sacré Bouvier <3)

Super rythme et super petit paquet de mots bien cohérent bien ficelé, c'est super d'avoir fait ça en une heure. Dans un sens (le rythme des paragraphes et le glauque ?), ça m'a rappelé certains éléments d'un tout petit texte de Verasoie qui s'appelle Tanya. En plus sérieux.
Y aurait surement quelques éléments à élaguer pour éviter que ça ne vire à la surenchère, mais en l'état j'ai déjà eu un bon plaisir de lecture ! Il se referme bien sur lui-même, après nous avoir entrainés dans plusieurs décors qui tiennent bien la route et dont on se souvient.
Merci pour ce texte (:
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Re : [Tic Tac 9 septembre 2019] La philosophie des nombres
« Réponse #2 le: 09 septembre 2019 à 16:14:06 »
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Cette citation que t'as en signature :coeur: je viens de me la prendre dans la gueule en atteignant la fin de ton post boum, sacré Bouvier <3)
(c'est exactement ce qu'il fait Bouvier, il t'envoie des phrases en pleine gueule comme t'as dit  :coeur:)

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ça m'a rappelé certains éléments d'un tout petit texte de Verasoie qui s'appelle Tanya. En plus sérieux.
Oh je vais aller voir!

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Y aurait surement quelques éléments à élaguer pour éviter que ça ne vire à la surenchère
oui et trop de plus-que-parfait je crois  ><

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Il se referme bien sur lui-même, après nous avoir entrainés dans plusieurs décors qui tiennent bien la route et dont on se souvient.
Merci pour ce texte (:
Merci Lo!!
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  Nicolas Bouvier

 


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