Je plonge enfin dans le grand bain de l'écriture d'une histoire que je mûris depuis quelques temps.
Si de bonnes âmes pouvaient commenter tant le fond que la forme, cela ne pourra que me permettre de m'améliorer pour la suite (soyez indulgent, il s'agit de mon premier texte
Voici donc le premier chapitre incluant les corrections (Merci aux contributeurs !
). Des améliorations ont également été apportées.
• 1 •Rhyolite, Nevada, États-Unis.La ville fantôme de Rhyolite était le seul vestige des anciens hameaux miniers de la région. Située à quelques kilomètres à l’ouest de la ville de Beatty, cette bourgade d’un millier d’habitants faisait partie du comté de Nye. Théâtre du drame à venir…
Aux limites de ce hameau, un coyote hurla.
Le défi était lancé à cette lune immense trônant devant lui. Le rendez-vous pour la chasse était pris. Se sentant seul au milieu des yuccas qui recouvraient la pleine désertique, l’animal humait l’air frais à la recherche d’une proie.
Le bruit d’un éboulement de pierres provenant de l’ancienne bâtisse à proximité lui parvint. Il s’arrêta, les oreilles dressées attentivement, tous les sens en éveil. Très affûtés, ils repérèrent l’odeur caractéristiques des humains.
L’animal rebroussa chemin à la recherche d’une autre piste. Désormais face au vent, zigzaguant dans la nuit en direction des montagnes dont les contours se dessinaient à peine dans l’obscurité. Derrière lui, une autre partie de chasse débutait.
Perchés au sommet d’un des anciens bâtiments en ruines, les deux individus guettaient leur proie. Ils localisèrent assez vite la jeune femme. À grandes enjambées, elle se frayait un passage par-dessus les pierres instables qui jonchaient le sol.
Le froid de la nuit mordait sa peau. Son corps entier luttait en déclenchant ses mécanismes physiologiques. Ses dents claquaient, la chair de poule parcourait sa peau et les battements de son cœur accéléraient. Malgré tout, elle avançait. Il fallait qu’elle atteigne la Porte au plus vite avant l’hypothermie.
Son départ précipité l’avait obligée à n’emporter que le strict nécessaire. Vêtue de sa tunique de combat moulante, elle avait enfilé par-dessus une robe mi-longue de couleur bleue, sa préférée. Parfaite pour passer inaperçue, mais pas idéale au vu de la situation. Une paire de chaussures de marche et un sac à dos complétaient sa tenue.
Accroupi sur la corniche, le plus jeune des deux hommes ôta ses lunettes à vision nocturne. Un tatouage formé de lignes noires cunéiformes partait de son œil gauche pour former un enchevêtrement complexe sur la totalité de son crâne rasé. Assez grand, il paraissait cependant insignifiant à côté de l’individu qui l’accompagnait.
Il se releva d’une manière souple. Ses pupilles aux reflets de la nacre, presque métalliques, se dilatèrent peu à peu pour se réhabituer à la luminosité ambiante. À l’horizon, l’éclairage de la petite ville de Beatty formait un dôme lumineux comme une barrière protectrice. Mais ici, seule la lune offrait sa lumière d’argent à ce paysage délabré, froid, sauvage.
― Selena Light, nous t’avons finalement retrouvé ! annonça-t-il d’un ton cruel. Un petit rictus découvrait ses dents.
Les rafales de vent faisaient virevolter la robe de Selena qui avançait toujours avec grande difficulté. Elle frissonnait et ses yeux humides la piquaient. Une larme ruissela sur sa joue avant de tomber dans l’obscurité s’écrasant dans la poussière. Du revers de la main, elle essuya sa joue. Qu’avait-elle fait ? Allait-elle échapper à son châtiment ?
Il lui avait rendu l’espoir que tout était possible, elle s’était emplie de courage pour tout quitter en espérant que tout ne devienne que murmure dans ses souvenir. Elle ne pouvait continuer sans le mettre en danger. Ces sentiments lui étaient pourtant interdit.
Les bons moments qu’elle avait passés avec lui défilaient dans son esprit. Elle repensait à ses nouveaux amis qu’elle abandonnait lâchement.
Non, pas lâchement ! pensa-t-elle en se rassurant.
C’est la seule manière de les protéger.
La première fois qu’elle l’avait aperçu, elle avait remarqué ses cheveux auburn en bataille dans lesquelles ses doigts passèrent et repassèrent de nombreuses fois par la suite. Elle était tombée sous son charme devant son un air un peu bête qu’il arbora sur le visage, la bouche béante ne sachant quoi dire lorsqu’il l’aperçu.
Un homme comme les autres ! s’était-elle dit. Elle esquissa un sourire.
Il est vrai que les yeux gris de Selena ne laissaient personne indifférent, Damian y avait succombé immédiatement. De là où elle venait, c’était toutefois plus que banal.
Il lui avait tant appris sur son monde et, en récompense, elle l’accablait d’un fardeau immense. Un nouveau sanglot. Elle repensa à la lettre qu’elle lui avait laissée. À ces mots qu’il avait déjà sûrement parcourus. Qu’allait-il en faire ?
« Mon très cher Damian,
Tous ces sentiments ne sont pas nécessaires, pour une Gardienne. Ils sont indignes de moi. Je suis restée dans ce monde bien trop longtemps. Il est temps de passer à autre chose.
Ne me suis pas, les effets se feront bientôt ressentir. Trouve un homme du nom de Nereo, il t’aidera.
J’espère que tu pourras comprendre.
Brûle cette lettre !
Avec tout mon amour.
Selena. »Un peu maladroite sur ce terrain accidenté, la jeune femme avait de nouveau butté sur un caillou de gros calibre. Elle se pencha pour masser sa cheville douloureuse sans se douter du danger imminent.
― Nous nous retrouvons enfin !
Selena s’arrêta, son sang glacé par la voix de l’homme derrière elle. Son instinct reprit le dessus, son corps tout entier en alerte. L’instant était grave. Le froid n’existait plus à présent. Elle l’avait reconnu, Shad, vice-capitaine de la Garde.
― Je suis très impressionné que tu aies pu te cacher aussi longtemps dans ce monde. Tu as réussi à prolonger le peu de temps qu’il te reste à vivre, Selena.
― Shad, que fais-tu ici ?
Aucune réponse.
L’homme bondit vers elle. Son genou percuta la terre. Et son poing fracassa le sol. L’onde de choc se propagea autour de lui, Selena fut projetée, elle retomba lourdement alors que la vague de roches s’évanouissait au loin. À cette distance, sa précision était moindre, mais il manqua son coup de justesse.
― Deux Gardiens te prennent en filature et toi, tu ne t’en rends pas compte. À ces mots, Selena resta paralysée. Les choses se compliquaient. Je te concède que tu as passé les derniers mois ici, mais je pense que tu t’es ramollie. Maintenant, dis-nous où est l’homme qui t’a volé ton implant ?
Selena se ressaisit. Elle se redressa, ses longs cheveux emportés par le vent formant une vague sombre derrière elle. I
l est devenu vraiment fort, je ne pourrai pas l’arrêter, ni même fuir d’ici ! Serrant les poings, la jeune femme rétorqua, prête au combat si nécessaire :
― De quoi parles-tu au juste ? Je suis peut-être affaiblie en ce moment, mais ce n’est que temporaire. Et de tout manière, pourquoi penses-tu qu’on me l’a volé !?
― C’est évident, il suffit de te regarder. Tu n’aurais pas cette stupide expression humaine sur ton visage. Tu nous fais honte ! Rappelle-toi que nous sommes issus du même district pourri. Et pourtant, toi, tu as été prise en charge par une noble famille. Ils ont investi beaucoup pour faire de toi une chasseuse d’élite. Ai-je tort ? N’es-tu pas la grande Selena ? La jeune femme cherchait une réponse cinglante. Ne reste pas plantée-là comme un humain sans âme ! s’emporta le jeune homme. Capitaine Light…
Le second Gardien sortit de l’ombre. Sa silhouette élancée apparut munie d’un uniforme sombre en cuir. Les écailles nanotechnologiques de dernière génération qui le composait désactivaient progressivement son camouflage. Progressivement, le tissu laissait apparaître sa musculature impressionnante.
Le Capitaine Light s’avançait d’un pas calme, serein, presque gracieux. Son regard froid en disait long sur sa capacité à tuer d’un seul coup. Signe de son rang, une longue tresse ébènes se balançait au rythme de ses pas.
Deux armes étaient visibles. L’une dans son dos, un fusil ionique blanc, couleur qui tranchait avec le reste du personnage. De mémoire de Gardien, personne ne pouvait témoigner qu’il s’en soit déjà servi. L’autre était fixée à son avant-bras droit. Une lame si tranchante qu’on la disait capable de traverser tous les matériaux.
Selena resta là, le regardant droit dans les yeux. Figée par la scène qui s’offrait à elle. Devant Rilthas Light, son frère d’adoption, la peur l’envahissait. Ses chances de survie s’amenuisaient. Il ne lui restait pas beaucoup de solutions.
Ses lèvres s’entrouvraient, elle réfléchissait rapidement. Les deux hommes la cernaient, elle était coincée, sans arme, face à des combattants expérimentés.
Le monde semblait s’être arrêté autour de Selena.
― Rilthas, c’est bien toi ?
― Selena, fut l’unique son désapprobateur qui sortit de sa bouche. Il avait prononcé son nom si froidement qu’elle comprit qu’il la haïssait désormais.
Son instinct la prévint du danger.
Le poignard du vice-capitaine siffla dans l’air. À peine le temps de s’écarter que la lame trancha la chair sans décélérer. L’impact sur le mur de pierres fut si violent que l’arme y resta plantée. Tandis que l’écho résonnait dans la nuit, le sang commença instantanément à dégouliner le long de son bras endolori. Par réflexe, Selena appuya son autre main sur la plaie ouverte. Son assaillant restait toujours à une distance dangereuse.
― Ton crime est grave, sois heureuse que le Haut Commandement nous laisse nous en charger, ce sera plus rapide ! Dis-nous où est cet homme, Selena. Elle resta silencieuse, on aurait dit une statue de marbre érigée à la gloire d’une Gardienne tombée au combat. C’est fini, tu vas mourir ! Nous le trouverons avec ou sans toi…
Selena tentait de se relever avec difficulté. Cet adversaire qu’elle considérait comme son ami s’apprêtait à assener un coup fatal. L’espoir disparaissait peu à peu, laissant le désespoir l’envahir.
L’instant d’après, tous les protagonistes se figèrent. Même le vent s’arrêta comme s’il avait compris l’enjeu majeur qui allait se jouer, là, à l’abri des regards indiscrets.
― Serait-ce moi que vous cherchez ?
֎
Au même instant.
Au milieu des monomoteurs et des planeurs stationnés sur l’asphalte de l’aérodrome de Beatty, situé à six kilomètres du quartier central des affaires, un jet privé venait d’atterrir. Le pilote venait de couper les moteurs. Le vacarme infernal se tût après plusieurs secondes tandis que l’escalier se dépliait vers la terre ferme.
À l’ouverture de la porte, un jeune homme s’avança. Sa chemise parfaitement ajustée, son costume de haute couture faisait l’écho de sa fortune. Il esquissait un sourire de satisfaction quant à son récent achat. Ce long-courrier aménagé à la Française était spacieux, rapide et polyvalent. Grâce à lui, ils avaient traversé l’Atlantique à presque mille kilomètres par heure.
Le vent frais s’engouffra par toutes les ouvertures de ses vêtements. Son garde du corps lui emboîta le pas alors qu’il ne perdait pas de temps pour rejoindre le véhicule de location garé au pied de l’appareil.
― Allons-y Dimitri, le temps presse, il faut les trouver ! Sa voix était calme et assurée. Le colosse referma la porte de son employeur avec délicatesse. Un petit claquement. Comme toujours, monsieur Fiorentini avait pris place du côté passager. À son grand étonnement, ce dernier ne s’asseyait jamais à l’arrière.
Dimitri contourna hâtivement le véhicule et s’installa à la place du chauffeur. Il dut ajuster le siège à sa grande taille. Sa ceinture accrochée, il régla finement son rétroviseur. Le moteur vrombit…
Quelques instants plus tard, le véhicule de cette célèbre marque allemande s’élançait sur la route à vive allure. Alexander appréciait déjà la boîte automatique et le confort des sièges en cuir de ce pick-up flambant neuf.
֎
Cet emblème ?! Des tuniques de la Garde ! Encore essoufflé de sa course pour rattraper Selena, Damian reprenait petit à petit sa respiration et ses esprits.
Après avoir enfilé un jean et un sweat à capuche, il avait pris la direction du désert. Était-ce simplement la chance qui l’avait amené jusque-là ? Damian en doutait. Il ne croyait pas à la chance. L’impression d’être connecté à elle ne le quittait pas, il ne pouvait se l’expliquer clairement.
Sans doute le résultat de mes nouvelles capacités.Deux inconnus armés jusqu’aux dents apparemment prêts à en découdre et Selena blessée. Damian se rendait compte de la situation périlleuse dans laquelle ils se trouvaient..
― Dans quel camp es-tu ? interrogea-t-il l’homme tatoué, le plus proche de lui. Il se concentra sur son adversaire potentiel. L’autre lui semblait assez loin pour ne pas être une menace directe.
Shad portait une tunique identique à celle de son capitaine, mais elle semblait de moins bonne qualité. L’emblème de la Garde, un simple bouclier platine, protégeant son cœur était visible. Sous sa veste longue, il dissimulait une série de poignards dont il affectionnait particulièrement l’efficacité. À distance ou en combat rapproché, il était redoutable.
Dans son dos, rangée dans son fourreau, une épée semblait le maintenir droit comme le tuteur d’une plante verte. Seule la poignée dépassait par-dessus son épaule, laissant entrevoir le pommeau décoré finement par l’enchevêtrement de fils d’or.
Le vice-capitaine s’interrogea sur cet humain qui osait lui adresser la parole. Il ne semblait pas armé ni prêt à se battre. Mais son regard était d’une telle intensité qu’il sentait comme une pression sur ses épaules. L’atmosphère devenait pesante. Il était comme hypnotisé par ces iris noirs qui tranchaient avec le blanc de ses yeux.
― Damian, imbécile ! Pourquoi es-tu venu !?
― Alors c’est ça. Tu es l’humain qui a osé voler l’implant de Selena !
Le coup d’envoi était donné. Damian contracta l’ensemble de ses muscles.
Jusqu’à maintenant, je n’ai pas encore pu me mesurer à un Gardien. Il est temps de savoir ce que vaut cet implant !Shad dégaina son arme étincelante même à la seule lumière lunaire. En un instant, il fonça sur son adversaire. Son arme siffla dans l’air.
Son taux d’adrénaline montant en flèche, Damian commençait à ressentir les effets de l’implant. Il évita non sans peine les deux premiers assauts. Pour le troisième, son avant-bras para le tranchant. Le choc fit vibrer la lame et son propriétaire la rempoigna fermement.
Comment est-ce possible ? Il m’a bloqué à main nue !Ravi, Damian se déconcentra un instant. C’était suffisant pour que son adversaire prenne l’avantage. Ce dernier pivota aisément et vint planter la pointe acérée dans son épaule droite. Un filet de sang se mis à couler lorsqu’elle ressortit.
La douleur était forte, Damian mit un genou à terre tout en pressant son épaule de sa main. Il sentait la chaleur émanant du liquide rouge.
― Damian ! cria Selena impuissante devant cette scène.
― Tu vas mourir et Selena sera jugée, condamnée à mort selon nos lois. Que pensais-tu pouvoir faire !? Tu es vraiment inoffensif pour un Gardien de mon niveau.
Il ne vit pas le coup venir.
Damian s’était relevé. Malgré un bras ankylosé, le direct du gauche qu’il assena sur la pommette de son adversaire le raviva. Shad chancela sous la violence du coup. Ses pieds bien ancrés au sol, il resta debout récupérant son équilibre rapidement.
― Désolé de t’interrompre, mais l’occasion était trop belle !
― Espèce d’insolent !
Shad fixa ce regard qui rigole. Il eut l’impression de l’entendre, ce rire silencieux. Il le recevait comme une injure personnelle, comme une insulte faite à ses valeurs, à tout ce en quoi il croyait. Même sa tunique qui protégeait son corps du froid ne suffisaient pas à cacher le fier guerrier qu’il était. Il bouillonnait de colère.
Posément, le capitaine Light intervint :
― Tu es vraiment imprudent. Cet humain possède l’implant de Selena. Un rapport secret dit qu’il aurait repoussé un groupe de cinq Maraudeurs, il y a quelques jours. S’en était trop pour Shad.
― Je n’y crois pas, regardez la facilité avec laquelle je vais me débarrasser de lui, capitaine !
Rilthas Light resta impassible face à l’allégresse de son vice-capitaine. Il analysait désormais la scène sans rien ajouter.
― Je parie que tu ne peux pas contrôler ton implant.
― Quoi ?
― Regarde bien ! Tu ne verras ça qu’une fois !
Damian resta impuissant face à ce qui se déroulait sous ses yeux. L’arme de son adversaire changeait à vue d’œil. L’épaisseur de la lame rétrécit et une lueur bleutée émanait à présent de sa surface.
Un courant électrique parcourt son épée, fut la première chose qui lui traversa l’esprit. Sur ce point, il n’avait pas tort.
Le tranchant vint déchirer la peau de son bras encore valide brûlant les chairs autour. La décharge électrique parcouru son corps et il sentit ses muscles se contracter involontairement. Il s’écroula, haletant, essayant de reprendre sa respiration. Son cœur pouvait lâcher à tout moment s’il subissait un second coup comme celui-là.
― Tu vas mourir ici !
Cette décharge avait réveillé en lui un sentiment inconnu. La soif de tuer. Son corps devenait incontrôlable. Cette force qui montait en lui, il ne pouvait l’arrêter de croître.
Ses veines palpitaient alimentant en oxygène son corps tout entier. Les nanites prenaient le contrôle. Son rythme cardiaque accéléra dangereusement.
― Sauve-toi Damian ! hurla Selena. Elle se rua sur son vieil ami. Mais affaiblie, Shad la repoussa comme si elle n’avait pas été là. Empoignant son épée fermement, il continua sa course.
Plus rien, Damian ne sentait plus rien.
Tout était redevenu normal, ou presque. La douleur s’était évanouie. Quand il releva la tête, Selena le reconnut à peine. Ses yeux étaient désormais argentés, il émanait de lui une aura de guerrier sanguinaire.
Les nanites venaient de modifier son corps tout entier pour le combat. Il leva les yeux soutenant le regard de son adversaire. Shad stoppa son mouvement, pétrifié.
Damian s’élança si rapidement qu’il le frappa avant qu’il ne puisse bouger. Shad ne pouvait suivre la rapidité de ses mouvements. Le premier coup dans le plexus solaire l’empêcha de respirer. La seconde frappe, quant à elle, envoya valser le vice-capitaine dans les airs.
Il s’écrasa durement. Un sac de sable lancé d’une fenêtre n’aurait pas fait mieux. Son arme lui échappa des mains, elle atterrit non loin de Damian qui s’en saisit.
Le goût du sang emplit la bouche du Shad, l’obligeant à cracher. Il se relava non sans difficulté pour faire face à son assaillant.
Que se passe-t-il ? Je n’arrive pas à suivre…Le bras levé, Damian chargeait une nouvelle fois. La mort frapperait bientôt. Il s’arrêta net. Coupé dans son élan. Une douleur intense grandissait en lui. Elle était maintenant insoutenable. Il s’écroulait comme un pantin.
Pour lui, la scène se déroulait au ralenti.
Que s’est-il passé ?! Il n’a pourtant pas bougé. Serait-ce, l’autre Gardien… Non, impossible ! Il n’a pas bougé, il n’aurait rien pu le faire à cette distance. Pourtant…Il remarqua que l’épée qu’il avait précédemment en main était maintenant en possession de cet autre Gardien, ce soi-disant capitaine.
Il continuait de tomber.
Ses récentes blessures le faisaient de nouveau souffrir. Son corps lui faisait mal comme si on l’avait frappé à plusieurs reprises.
Je ne comprends pas. Il m’a frappé ? Je n’en suis pas certain. Il toucha le sol brutalement dans un nuage de poussières. Autour de lui, la terre prenait une teinte pourpre.
J’ai mal. Le froid commença à l’engourdir doucement.
Le capitaine Light se rapprocha dangereusement du jeune homme mourant. Prononcés calmement, ses mots acerbes résonnèrent dans la tête de Damian.
― Tu es lent même pour mourir. Tu es d’un ennui absolu.
Rilthas se détourna de cette scène d’agonie.
Shad avait à peine pu percevoir l’attaque de son capitaine. Cela faisait longtemps qu’il ne l’avait pas vu combattre.
Il est vraiment très fort. Je n’ai rien pu voir clairement. Combien de coups lui a-t-il porté ? C’est vraiment incroyable ! Cet homme n’a rien compris à ce qu’il lui arrivait. Mais d’où lui est venue cette force incroyable ?― Un problème, Shad ?
― Non. Vous n’auriez pas dû à intervenir, capitaine. J’aurais pu m’en charger.
― Ne dis pas ça. Si je restais toujours à regarder sans rien faire, mon niveau commencerait à flancher.
― Damian ! Selena courrait vers son bien-aimé. Shad saisit la jeune femme par l’épaule et l’arrêta.
― Lâche-moi, Shad ! Damian a besoin…
― Qu’est-ce que tu racontes ?! Regarde bien ! Il est mourant ! Tu sais très bien qu’en l’aidant, tu aggraveras ton cas. Pourquoi faire ça alors qu’il va mourir ?
― C’est ma faute s’il est… Si je veux aller auprès de lui, où est le problème ?! Sa voix tressaillit et les larmes commencèrent à couler.
Son frère d’adoption s’adressa à Selena d’une voix presque compatissante du haut de sa stature impressionnante.
― Même si ta sentence s’alourdit, veux-tu vraiment venir le voir ? Venir auprès de ce misérable ? J’ai compris, Selena. C’est clair maintenant. Il lui ressemble beaucoup.
Toujours face au sol, Damian saisit la cheville du capitaine dans un sursaut.
― Ne compte pas continuer cette conversation sans moi ! Je ne suis pas encore mort.
― Enlève ta main. Il prononça ses mots sans même daigner regarder sa victime.
― Regarde-moi quand tu me parles !
Le vice-capitaine n’en croyait pas ses yeux.
Il est encore capable de bouger ? Rilthas pivota légèrement :
― Je vois que tu ne tiens pas à ton bras.
Selena parcouru les derniers mètres. Elle écrasa la main qui retenait Rilthas Light. Damian lâcha sous la surprise.
― Qu’est-ce qui te prend, Selena ?
― Vulgaire humain. Comment un vulgaire humain peut-il oser agripper la jambe d’un capitaine de la Garde ? Apprends à rester à ta place ! Allons-y, Rilthas.
Damian était abasourdi par les paroles de la femme pour qui son cœur battait encore. Elle ajouta :
― Selena Light a retrouvé la raison à cause de l’impolitesse de cet humain. Je t’en prie, ramène-moi chez nous. J’expierai mes fautes sans retenue.
― Attends ! Qu’est-ce que tu racontes ?
Selena ne semblait plus l’entendre.
― Je ne pense pas qu’un coup de grâce soit nécessaire. Il finira par mourir si on le laisse ici. Rentrons !
― Selena ?! Regarde-moi ! Damian prononça ces mots en essayant de se relever malgré ses blessures.
― Ne bouge pas ! Si tu fais un mouvement de plus. Si tu essaies de me suivre. Je ne te le pardonnerai jamais ! La jeune femme lui tournait le dos, cachant son chagrin grandissant. Tu vas finir par mourir alors profite des instants qu’il te reste.
― D’accord. Je ne l’achèverai pas. J’ai frappé des points vitaux. Il mourra dans peu de temps. Shad.
― A vos ordres.
Le vice-capitaine rengaina son arme. Il prit la tête du petit groupe. Et tout trois s’enfoncèrent dans l’obscurité. Sans se retourner. Disparaissant peu à peu vers les montagnes.
Je ne peux même plus parler. Retiens-là ! Non, elle m’a protégé… Damian serra le poing, gaspillant ainsi ses dernières forces. Son corps était lourd. Il avait mal, il avait froid. Il sentait ses forces l’abandonner de plus en plus vite. La tristesse, la colère mais aussi le désespoir furent les derniers sentiments qu’il ressentit. Ensuite, plus rien.
Le vent soufflait de nouveau sur cette terre désolée.
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