Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

11 juillet 2020 à 03:07:22
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Auteur Sujet: Chatouiller le misanthrope  (Lu 6668 fois)

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monsieur M'amuse
« Réponse #45 le: 02 juin 2020 à 18:41:31 »
monsieur M'amuse

C'est un singe pas tout-à-fait bougon.
En fait, il a même la banane ; le sourire qui monte comme une petite bête, jusqu'à ces oreilles lobées, en flageolet, racornées à une page de feuille de chou, qu'il ne saurait vraiment numéroter, puisqu'un sourire c'est tout sauf niais, quand sont sirotés les plaisirs limbiques d'un cervelet de primate, qui ne saurait lui, être saucé aux aromates. Car oui, il aime ce singe, sourire au soleil ; il aime s'émerveiller des conseils que la nature lui a toujours prodiguée, jusqu'à ce qu'au moins il sache s'émanciper, s'élever, ne plus lui en être l'élève... mais le maître ? S'il n'a plus besoin d'elle, le singe, c'est que la nature l'a mal élevé. Il est là, en train de l'étouffer, et de sa banane sadique il tire un jus épais, celui du sens tragique, que personne n'omet, et qui fait de lui ce qu'il nomme le comique, oui il ravit, il plait, et il gravit non plus les branches d'une frivolité au drama, mais bien les cieux qui transportent les rayons. A contre courant vers le soleil, il jaunit son sourire, il l'étincelle. Comme l'astre, lui n'a plus son pareil pour combattre l'ennui, et alors que s'amenuit son sens mortel, il en blanchit ses poils, et polaire, arqué contre le froid, il boute en train de mort, sirotant oui ce poison trop fort pour la raison, qui n'a de contre-effort que celui des bons, des corps à l'oraison d'aurore, il détresse son stress, calmement, le sourire aux lèvres et, sous la peau tâchée de laine, un objet inconnu, un abysse de la conscience, un fruit défendu ; la banane.
Ses paupières ouvertes, elles s'ouvrent encore.
D'autant plus que nait la satisfaction de l'espoir, ou l'espoir de la satisfaction ; sa réaction est un sourire, il fixe au ralenti cette impulsion dynamique qui l'intrigue et le propulse au sommet de son mignon petit péché adoré, et alors que devant lui s'immole un rêve pour devenir réalité, il jubile, il foisonne de bonne bile, dans l'estomac de ses talons, il s'envole loin des villes, loin des bidons d'huile au fond du garage, loin des fuites d'on-dits au fond de la gorge. Il sourit il pétille, la banane, il n'est pas tout-à-fait bougon et dans l'instant ralenti, ne risque probablement plus de l'être. Il sent l'envahir tout ce plaisir interdit, ce morcellement de l'âme, cette explosion chimique qui le renvoie à son rapport à ce qui l'avait mu. Ému, donc, qu'il est, il sourit. Jusqu'aux oreilles maintenant.
Car sous les branches, sous la lune nette, à présent éclairé par la nuit.
Eh bien il fuse comme une étoile filante dans le nouveau sens que lui permet l'obscurité.
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monsieur M'affame
« Réponse #46 le: 04 juin 2020 à 03:06:07 »
monsieur M'affame

C'est un humain un peu bougon.
Il est là, entre deux gouttes de pluies, et en fait il en a marre de sa soi-disant supériorité animale. En vrai... il se trouve fier, très, trop, de savoir fabriquer un parapluie, car alors il se met à dominer les nuages. Plus besoin de maugréer qu'il pleut, lorsqu'on a un parapluie, c'est le principe même ; et pourtant.
Et pourtant n'est-ce pas elle qui domine à le voir se couper en quatre pour l'éviter ? N'est-il pas encore plus bougon de sortir que quand il pleut lorsqu'il a un parapluie ? Au final on ne peut pas vraiment vivre loin des nuages capricieux. Ils finissent par tout rattraper, et il a beau essayer de slalomer entre les gouttes, l'humain, il finit quand même toujours un peu trempé.
Alors il se demande. Pourquoi le parapluie ? N'est-il pas plus confortable à déambuler libre de se faire mouiller sous l'eau ? Il sort, il s'hydrate les vêtements, et ainsi par une promenade impromptue, il réapprend à aimer le fluide vital, l'universel liquide qui nous anime tous et que certains fuient d'une certaine manière, un peu étrange.
Et puis le bruit de l'eau lui donne une soudaine envie de pisser. L'humain il ne peut pas, dans sa promenade. Car citadine est-elle, et lui ne pisse pas contre les murs. Il se dit alors que dans son monde, même pisser ça demande autorisation de la société ; un chiotte publique, un privé, il en faut quand même un.
Alors il va dans un restaurant et avant de payer l'addition, il va profiter du service gratuit naturel offert à ceux qui ont payé. Mais perdu dans le petit coin d'orage de l'établissement, il se sent étranger à son contexte. Une fois sa vessie vidée, il retourne à son assiette et tournicote sa fourchette.
Autour de lui les tables sont impersonnelles. On s'y rassemble pour faire croire à l'effectivité d'une cohésion sociale affichée. Les amitiés se renforcent autour de la célébration de l'estomac, tandis que dehors, il pleut.
Lui est seul, bougon, et humain.
Il n'a plus faim.
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monsieur M'étale
« Réponse #47 le: 06 juin 2020 à 01:17:09 »
monsieur M'étale

C'est un humain un peu bougon.
Il arrive sur les ruines de la ville de singes. Son gant le démange, il ne peut se gratter. Les murs s'élèvent, droits, leur matériau sombre et lisse, si dur que rien d'autre que le temps ne les affecte. Les singes ont désertés les lieux il y a trop longtemps pour que ne subsiste un quelconque effet de leur présence, autre que cette marque atemporelle de leur géospatialité appliquée. Il est de ce ressort la satisfaction d'un retour ordonné, d'une quelconque direction médullée, tirant dans ce qu'on se fait du lierre grimpant, une image salvatrice pour l'âme en peine des apocalyptes ; les temps de misère se succèdent, on ne leur prête une attention que parce qu'il y a dissolution d'une matière de révèrbe, et son aura sombre n'a en effort ni sa propagation ni sa diffusion. Elle se diffracte.
Et l'humain observe, en déambulant dans les ruines. Il observe les ombres s'étirer par l'horizon d'un soir au couchant bien trop rouge, bien trop sanguin. Mais il ne soupçonne qu'un hypothétique instant que le bruit qu'il entend derrière lui, soudain, soit autre chose que ce qu'il espérait.
Il se retourne.
Face au singe.
Un peu bougon.
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monsieur M'édite
« Réponse #48 le: 06 juin 2020 à 18:55:35 »
monsieur M'édite

- Vous êtes bien calme pour un individu qui va mourir...

Le singe a prononcé ces mots, comme si une statue géante et pointue était enfoncée dans le sable d'une plage d'eau de Cologne, à l'imbue déstructuration de la liberté de libérer...
L'humain, bougon, ignore un peu de tout ce qui l'a amené là, et son gant le gratte sans le démanger, cette fois. Des plaques articulées, des tuiles de métal, qui portent la chance au quatre trèfles des vents d'un aurorement de la conscience. Ses yeux trépidants sont devenus blancs, par l'aveugle épaississement d'une lucidité interne. L'humain voit le singe, qui de son bleu iridescent, lui lance des éclairs. Il lui dit qu'il va mourir. Et l'humain veut bien le croire.

- Que vous parliez ou non, la lumière n'est plus sur vous...

Ton menaçant.
Aura d'un délirium animal. Ténèbre à l'irrespect des raisons invisibles, à l'illumine de crayon, il trace. Un regard. Style ôté du carcan, la photo se décadre, à côté, un stylo, pointé pour ne pas trop écraser les écrits criés trop tôt, trop tus alors, qu'un silence aurait tout déclenché, dans le bruit d'une vague qu'il ne se permet, l'humain, de prendre autrement que par ses lèvres pincées, sans rire, sans maugréer.
Le singe gonfle et pulmone. Il flatule presque.
Omettant un sang-froid ancestral, le faciès de cousin n'aurait pas le temps à perdre pour autre chose qu'un barbecue pratico-anthropo. Sage est-il de ne pas trop se sentir obligé de poucer contre écrou toute minusculerie à sa portée. Non. Le singe est magnanime. Il lui ordonne simplement de souffrir, à ses sons, et ce sont, des sourires que l'humain voudrait pourtant voir sur les commissures du destin.
Alors il sourit. Contre festin.
Contre appétit.
Contre faim.
Contre dit.
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monsieur M'est trop
« Réponse #49 le: 07 juin 2020 à 04:22:12 »
monsieur M'est trop

Les deux figures se font face.
Bougons sont leurs airs un peu méfiants, un peu furibonds mais trop silencieux du faciès pour exprimer le désarroi face à l'impromptue confrontation. Pourquoi ? Pourquoi cet effort à détruire l'autre ? Mais c'est comme cela, cher soleil qui te couche, derrière l'horizon, pour ne plus que voient les ombres ton aura chaleureuse. Sans toi oui, il n'y a que le froid, ce n'est pas que tu sois l'éternelle bonté incarnée, c'est que brûle en toi ce qui fait d'autre chose l'obscurité. Et pourtant, naturellement, singes et humains se lancent des pierres, non parce qu'ils sont hommes à faire la guerre, mais parce que tout est guerre dans cet univers, y compris l'immobile pacification des raisons...

- Palabrons...

C'est mieux que de s'écorcher, diraient-ils de concert, mais cela ne fait que déplacer le problème. Car les plaies de leur paupière s'écarquillent, se démaquille en quelque chose de tracé au sourcil étonné, froncé, haussé, contre toute envie d'en finir. Terminée la quête de sens aux lances à pointes empoisonnées, aujourd'hui la violence est ailleurs, oui dans les mots qu'ils vont se prononcer. Et s'ils ne prononcent pas, alors paix il y aura : plus rien à ajouter, si ce n'est ce qui fut accordé. C'est que tout va bien...

- Tout va mal, singe...

L'autre cligne des yeux. Non, tout irait bien s'il n'y avait pas ce désaccord qu'il voudrait bien voir aplatir de l'autre côté. Le singe voudrait souffler la paix à tout ce qui le blesse, et l'humain sur le territoire de sa ville, ne devrait pas exister ou alors ne plus. Mais le tuer serait ce qui fut à l'heure d'une autre époque révolue, qui ne supporte plus aujourd'hui le temps de donner le repos aux réfractaires... Pourquoi ? Pourquoi doit-on prendre sur soi ? Calmer le sentiment d'injustice. C'est tout.

- Pacifier est un combat, l'humain... choisis tes armes je te laisse le choix.

Alors ils se sourient.
Et l'un et l'autre savent qu'ils sont partis pour quelque chose d'autrement citadin que le tri des déchets en milieu scatomniprésent. Leur environnement les réunit autour d'une crasse immonde, ils en sont conscient. Mais de la beauté de leur âme ils entendent faire scintiller les éclats, dans ce monde terni par les ruines, par le glas d'une famine de la joie, d'une sinistrobésité, d'un claquage de la bonne volonté, d...
Perdus dans leurs pensées, le regard fusillant l'autre. Singe et humain sont bougons. Et ils ne le sont que parce que c'est dans la nature d'avoir à exprimer ce qui nous fait avancer ; le mort qui nous tire vers elle. Et qui ne peut que les soustraire l'un l'autre, si ce n'est eux-même par entremêlement des qui pro quos ? Nul.

- Installons-nous, il n'y a plus que toi et moi dans ces vestiges.

Soit.
Alors ils furent en tailleur, dans le sable chaud de la ruelle. Et l'un à l'autre ils déblatérèrent, autour de l'univers. Une nuit passa et au matin, il en était de quelque chose de particulièrement éprouvant qui s'était déroulé. Des aveux des plaintes, des accusations et des procès. Quelques échanges en somme, allant principalement de la découverte affligeante de l'autre. Un singe et un humain ? Quoi de si différent en eux que leurs illusions sur des similitudes ? Peut-être ce croisement de jambes qui les isole et les réunit. Autour d'une palabre. Qui jamais n'en finit. Que jamais ne se marbre. Et alors que pourtant l'un et l'autre, aussi rigide que l'autre et l'un, n'est une substance que seuls eux-deux savent communément synthétiser. Ils le font donc.

- Pourquoi braver nos différents si ce n'est pour se retrouver uniques, entre nous ?

Il n'y a plus qu'un soleil qui tourne, quand la raison se défait de l'incarnation. L'humain a posé son gant, qui ne le gratte plus. Le singe l'a essayé, ça l'a gratté. Alors de capes et d'épées, ils échangent les parures de la réalité. Une peau de banane les recouvre quand ils cherchent une couverture, et tâchés de ratures, ils se gomment les messages trop cités. L'un est l'autre, mais jusqu'à seulement là où l'autre n'est que lui. Un sourcil ou un nombril. Lire son identité, son lien à la fraternerie qui nous unit vers le sel de nos fruits de mer...

- Voyageons de concert, mais point jusqu'aux enfers de l'autre...

Ainsi formulée, la nuance les siet.
Ils aiment et haïssent ; plus de fausseries à la politesse. Lorsque l'un rit l'autre en liesse, c'est aussi ce qui permet que d'autres formes de sourire les affiche sous un profil de jour au meilleur d'une forme de banane. La peau tendue, les poils aux pattes, les yeux si vus, qu'ils ne voient plus sans lune au soleil, la nuit trop nette pour être sans étoile. Des nuages sur les ruines, les bâtiments d'une bruine d'habitations, maintenant désertée par humidification des nécessités... La nature les appelle, le singe hèle l'humain, encore trop loin pour être entendu. Sous son casque il maugrée. Il s'étale en fer à rougir.

- La lance de nos cœurs ne fait plus le poids.

Le singe et l'humain ne savent pas qui est l'autre, et en l'un ils s'incarnent, toujours aussi personnels que s'ils avaient été deux. Face à face, sans trop d'interférence, ils testent l'interface de leur cohérence. En dialogue halluciné, ils discutent et reparlent, débite des trucs en mots un peu animaux. Mais aucun des deux ne sait ce qui se trame lorsque d'un clin d’œil, ils déclenchent les étoiles filantes. Elles luisent un instant glissant, sans qu'ils ne leur prêtent attention, puisque de soutenir leurs ponts regardés, ils se sentent absolument dévoués. La vibration les mène à ce qu'ils nomment la passion intelligente. Ou presque.

- Ôte encore une épaisseur et tu seras nu...

Alors ils se destituent de leurs codex.
Et ainsi ils se sont tus, à la fin de l'index.
Comme si convenus, ils demeuraient perplexes.
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messieurs les cas m'isolent
« Réponse #50 le: 09 juin 2020 à 12:55:52 »
messieurs les cas m'isolent

Les ruines accueillent les deux antipathiques.
Chacun de leur côté grommelant, ils s'accompagnent de misanthropie, lancent des éclairs vers le néant, et l'un sur l'autre se téléscopent, lors d'une palabre inconstante. Plus rien ne les retient si ce n'est un lien insécable entre leurs entités respectives. Et de respect ils habillent leur haine, de bienveillance est recouverte leur rancœur, de volonté leur abyme se remplit. Il n'y a derrière les sourcils froncés, aucune animosité. Seul le poids du passé s'évertue à les rendre amers, et eux se tuent donc, à petit feu dans une atmosphère au solstice de leur passage.
Le singe dans sa ville est seul ou envahi.
L'humain dans son monde n'a plus de place.
Tous les deux ils font face au soleil d'un soir, et alors que reprennent les échanges, il n'y a plus d'arrêt à la communion de leurs âmes. Un festin partagé, celui du riche de la pauvreté, celui des gueux endimanchés, mais plutôt sinon, du gratin un peu grillé, ce mielleux coulis d'une ambition à la survie, dans un monde aux forêts dominatrices, la grimpette sur les anciens monceaux de pierres recomposées, de verre en béton armé, de fer si bien lancé ; les murs supportent les serpents végétaux qui les parcourent le temps d'une vie, d'un aller sans retour vers une portion du chemin vers le soleil ; radieux. En toute saison froide.
Le gant gratte, ils se le passent.
- Vois-tu l'humain, ton règne s'achève bien après le mien, et pourtant je me dois te tracer une voie. Précédant dans le course, je te vois me suivant sur la pente de la grande ourse : tu vas passer à la casserole, moi j'ai fini tes rations d'alcool, il en va de cette frousse à farandole qui nous habite, l'humain. De quoi as-tu peur ?
- Je ne sais, singe.
- Alors prends le temps de savoir.
Ils se posent sur un banc de béton, atemporelle transcription en réel, de leur assise sur le monde, le point d'appui d'une mèche étincelante, éclairant la planète.
Le regard perdu à l'horizon, ils s'ignorent en pleine conscience. L'un et l'autre, morceaux de cet univers, à la fois distincts et reliés. Ne se permettent qu'en jardin secret de cultiver ce que l'autre souhaite, pour ne pas voir ce qui se fait dans leur tête à eux, qui alors sont pas mieux, qu'une perfection dépassée par la raison de leur familiarité.
- J'ai peur des chats, je crois.
- Comment ça ?
- Eh bien : leur stoïcisme me laisse impuissant.
- Les envies-tu ?
- Je les considère, singe, je les aime et les crains. Je les envie, oui, aussi, mais jamais je ne me défais de notre destin.
- Ils sont comme nous pourtant. Ils sont, nous.
- Tu le sais mieux que moi, je suppose.
Au ruisseau des endives.
Les nénufleurs.
S'amusent-ils à peine que l'amertume les fait vomir.
Ils se délestent bientôt l'un de l'autre.
Lorsqu'il repart, l'humain ne sait où il va.
Le singe ne sait où il demeure.
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Carré d'os
« Réponse #51 le: 10 juin 2020 à 21:42:08 »
Carré d'os

Un pont en ruines en balcon sur bruine.

- Tu as oublié, l'humain, c'est là ta perte. Une mémoire qui te maintenait dans le temps de ta vie, celle justement au crépuscule d'un monde meilleur, sans toi. Tu sais que rien ne sera plus jamais pareil, et tu traînes un peu. On te laisse. Comme tu te délaisses. L'humain, peut-être ton tort est de te croire digne de toi-même. Les singes ne savaient pas, nous ne saurons que...
- Singe. Mon gant est tout pour moi, et je sais qu'il me perdra. Mais il est plus fort que toi. Avec ses plaques de métal, il gaine mon poing et je suis invincible. Le mérite n'est plus dans la nature, ou alors c'est ce que j'en crée une nouvelle qui fait la valeur de ce qui sera.
- Je ne crois pas, l'humain. Car vois-tu ton gant, c'est en ce moment-même un singe qui le porte.

Arcade.
En sang, l'humain tourne de l’œil à terre. Il se ramasse à peu près, sonné, il dégoûte son ressenti, outré, blessé, aterré. Il ne faisait pas confiance, alors la confiance lui a joué un tour. Le singe hausse une lèvre. Le regard en biais et de haut, il hume l'humain de son nez plat. Les pores d'une peau de cuir se drainent d'un soupir, et l'humain suffoque à ce moment, cherchant vainement où poser le calme de ses yeux.
Le singe réajuste le gant sur son poing.

- Tu vois il me démange, comme à toi. Je ne vais pas le garder éternellement. Car vois-tu il ne faudrait pas qu'il me rende comme toi. Regarde-toi maintenant que c'est moi qui l'ai. Tu vois ? Comme moi j'ai l'air hautain maintenant que tu es à terre ?
- Qu'est-ce qui te prend, singe ?
- Il me prend ce gant, l'humain. Tu le sais, tu as voulu me le partager. Maintenant lève-toi si tu veux le récupérer.
- Singe, attends...
- J'ai dit.

L'humain se ramasse, mais ne se lève. Des jambes sans forces brassent le sol. Une main fébrile trémousse des cheveux, pendant qu'une autre tremble du coude pour soutenir un corps qui se pousse à l'allonge, alors que non. Il faut se lever. Le faut-il ? Des pensées agitent les paradoxes de l'esprit de l'humain. Il devrait, il aurait du, il pourrait ou aurait pu, il voudrait, aurait voulu ? Il pourrait vouloir ou aurait voulu pouvoir, croit-il. Quelque part même, il sait qu'il voudrait avoir voulu, ce pouvoir en fait simplement imaginé plus que su, mais voulu qu'est-ce que c'est ? Maintenant il retourne la situation, un gant. Qu'est-ce qu'un gant dans un visage ? Pourquoi cette sensation piquante, écrasée, déboussolant la tête comme si elle n'était qu'une boîte fragile. Pourquoi ? Parce qu'il faut se lever. Dans tous les cas.

- Singe. Je n'ai pas que la paix comme solution, mais je croyais te l'avoir proposée. Que fais-tu de la confiance ?
- Et toi, l'humain ? As-tu vérifié que tu avais la mienne ?
- N'inverse pas les rôles. Comment t'expliques-tu ?
- Je n'explique plus, l'humain. Je réplique. Tu n'as plus raison depuis que tu as perdu la raison. Et tu aspires la mort autour de toi, bien trop pour qu'on te laisse faire plus longtemps.
- Tu vas me tuer ?
- Tu vas mourir.

L'humain nu sort de sa poche une dégaine d'arme-à-feu. Un clic annonce qu'elle est chargée. Pointée sur le singe elle fait mine d'intimider. Le singe ne fronce plus le sourcil, au contraire se détend-il. Presque dérisoire, est la réplique du gant, qui plie le poing sorti de parterre et le désarme sans l'ombre d'une hésitation. Le doute n'est plus dans l'espoir de l'humain, ni dans la déception du singe, effective.
Un crac annonce que le poignet ne supportera plus qu'une deuxième fracture s'il en revient à rencontrer le gant à nouveau. Un cri, étouffé, dégluti. Le singe demande à ce qu'il se lève, s'il veut récupérer.
Mais l'humain n'a plus accès à la raison, comme l'a dit le cousin.
Il ne veut pas savoir s'il va se lever ou pas, il veut savoir si... Si il veut récupérer le gant ou pas. Tout n'est plus que cette question. Le gant. Doit-il lui revenir ? Il sait sa dangerosité. Il connait ses rouages. Il est fatigué l'humain, il laisserait bien, enfin, le gant au singe en débarras. Mais savent-ils seulement...
Alors il se lève.

- Singe. Aïe. Que veux-tu ?
- La volonté n'est rien.
- Au contraire, singe. N'oublie pas que ce n'est pas le gant qui décide. C'est toi. C'est ta volonté.
- A l'heure où l'on est, il n'y a que l'urgence. Tu es un danger par ton existence, pour tout ce qui est sur cette planète. Regarde-nous te fuir. Regarde-nous tant que tu nous vois. Un jour nous ne serons plus, alors que toi...
- Je vais te tuer si tu ne me tues pas.
- Je n'en suis pas sûr. Tu as le doute. Tu sais que le gant je le porte maintenant, et que c'est de ton histoire que tu ne saurais tracer un trait sur la mienne.
- Admettons alors qu'il nous faille partager ce qui fait que le gant est une malédiction, singe. Je ne vois que cette solution, sans quoi toi comme moi finirions comme tu me décris. Je le sais aussi singe...
- Essaye donc de me l'ôter à présent.

Des bruissements se font entendre aux alentours. Dans les buissons des bestioles jouent de mauvais tours à l'oreille paranoïaque de l'humain aseptisé, marqué par la terre sale de ses cernes.
Le singe ôte le gant, le jette derrière lui et fait face à l'humain qui titube. D'un coup innocent, il endolorit l'épaule opposée au poignet fracturé. L'humain emporté par l'impact, est poussé vers l'arrière en un frisement de cheveux ; il manque de tomber à la renverse.
Hélas, ses pas vers l'arrière le conduisent en perpendiculaire au sens de la route. Il s'approche du bord de la voie. Un parapet pas bien haut, qu'est-ce sur un pont en ruines ?
Les cuisses ne suivent alors pas, pas tout de suite, le corps, qui passe par dessus-bord. Le singe un sourire, des dizaines de mètres et même l'eau ne le sauverait pas. A moins que sa vie ne vaille vraiment le coup.
A moins...

En contrebas :
Plouf.
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Quinte de tous
« Réponse #52 le: 11 juin 2020 à 04:26:18 »
Quinte de tous

Le singe retourne dans la forêt.
Il ne sait pas que l'humain survit mieux que lui à l'assaut des flots depuis qu'il n'y a plus d'arbres dans sa maison. Alors oui, sans un regard il a laissé le pauvre couler, toucher le fond, remonter. Il s'est fait emporter par les flots l'humain, en contrebas il file, dans le courant d'un torrent imperceptible depuis la forêt, celui qui coulait sous ce pont et qui rejoint les eaux salées de larmes d'une planète oubliée, oubliée par ses grouillant phénomènes qui l'habitent.
Il est un peu abattu le singe, car il ne souhaitait pas en venir à cet extrême. Après tout nous sommes tous frères. Surtout eux deux. Alors quand la forêt lui a soufflé que c'était à lui de prendre la responsabilité, il a baissé les yeux. Résigné.
Là il erre, il arpente les souches et les racines. Rien de bien aérien, seulement est-il dans son environnement. La forêt cache la lune d'une cime austère, à présent que la mort plane sur son âme, au singe qui ne voit alors que par l’œil de la mort, et s'en attriste de tout ce qu'il voit. Cette mort qu'il retrouve, qu'il respire, qui l'imprègne et le maudit dès à présent depuis le non-temps, assurant que de sa main quelque chose passa vers l'au-delà. Son frère.
Il n'a pas choisi cette forêt par hasard.
Pense-t-il aussi y trouver quelque réconfort. Le cerf est dans les alentours, il le cherche. Lorsqu'il le trouve au bord de l'étang, il le rejoint pour se désaltérer. La lune est ici affichée, évidemment et se reflète, dans l'eau calme, l'eau lisse, l'eau noire d'encre, avec des nénuphars gris qui arrondissent ses bords, et bullent quelques ombres d'aquarelle.
Tout est sombre. Tout est gris, pas même souris ou ni anthracite. Un gris charbon, pur ou presque, total de la nuit. Les formes s'y découpent à travers des contours scintillants. Les étoiles ; des yeux luisant. Les reflets ; quelques reliefs cristallisés. Une goutte ou deux, une toile d'araignée. Des feuilles humides, oui, et des mouvements batraciens. Une petite scène immobile dans la quiétude d'une nature que le singe entendait retrouver, et qui semble effectivement s’apaiser.
Mais lui.
Lui n'est pas en paix.
Il demande au cerf ce que c'est que d'affronter l'un des siens.
Et dans les bois ils se répondent.
Mourir d'exister ne serait pas comme vivre pour mourir. D'après le cerf il n'y a que la paix intérieure qui justifie la réaction ou l'action de mort. Et la vie est d'autant plus précieuse qu'elle s'y gagne à la fin. A la fin de toute atteinte à l'existence, celle démarrée pour affronter les autres, leur enfer, leur doute, leur certaine attitude qu'il convient de contrecarrer ou d'accompagner, mais toujours sans se renier. Et le cerf de solitude se sert, il sirote l'étang, brame dans le bon temps, et se casse le crâne contre celui de son prochain. Quelque part pense le singe, il est comme l'humain.
Et lui aussi le singe, lorsqu'il gonfle de la poitrine, c'est pour tuer l'autre ou se tuer lui. Et il n'y a que lorsque l'autre meurt que lui survit. Un choix d'atome, un rebond impromptu, quelque tolérance zéro qu'il se figure pour délimiter là où le doute s’immisce. L'humain avait peur, mais il avait raison. L'humain n'avait pas que la force. L'humain.
Le cerf admet qu'il n'y a pas plus majestueux que lui dans la forêt, mais paradoxalement il tire de son mystérieux panache une ambition solitaire, comme si d'ego il ne voulait partager sa substance, et alors ; il se frotte contre un arbre, il silence entre les pousses, les troncs lui font son public, car les végétaux restent impudiques. Irrépudiables. Ascétiques. Les arbres alors émettent des voix, des vibrations, et le singe touche l'herbe du doigt en guise de connexion.
Et le vent souffle.
Il souffle que les feuilles se rassemblent.
Tourbillon dans la nuit obscure, il n'en est pas plus invisible. Ses copeaux de dentelle supportent alors une atmosphère, mouvante au possible de sa distorsion impalpable. Le singe frise son poil. Le cerf est trop dru. Mais une larme coule et se confond avec la rosée naissante.
Le matin point.
Laissant le cerf retrouver sa solitude, le singe repart, encore un peu gris mais moins sale, dans son esprit. Le cerf lui a dit que la paix survient après la douleur, et qu'il vaudrait mieux espérer que la mort ne soit pas qu'un enfer. Tout au plus le paradis n'est-il que le complémentaire de ce qui suit la vie, et que d'articulation des antagonismes nous ne pouvons nous départir, même une fois que nous ne sommes plus.
Le singe était perdu dans les cieux des ramures, il ne voyait que la confusion des branchages, et alors il s'était réalisé que d'aucun des vivants il n'avait aimé autant que l'humain. Son fils, son frère, son cousin. Un truc proche qu'il n'était pas obligé de sentimentaliser. Mais il l'avait fait. Il avait ri, souri, esclaffé de joie à la fierté de son autre soi, et aujourd'hui tout était terne, sauf la certitude d'un temps écoulé, bien dépensé autant que gagné. Pour une issue anxiogène ? Peut-être lui fallait-il à cette histoire, quelque fin amère, pour que rien ne se regrette, autre que la fin elle-même. En évocation d'un souvenir bien heureux, le singe gratte une écorce.
Puis il grimpe, et rejoint loin de sa ville, le chemin qu'il a emprunté, loin du gant, du pont, du béton et de la cité, ce qui d'organisation maîtrise les passions pour les voir s'envoler. Ou couler. Comme de raison appliquée il a fuit la raison. Dans un arbre, il était, et il va réfléchir à comment savoir où il doit être. Maintenant.
Alors qu'auparavant, bien longtemps avant un autrefois ; il était dans l'eau. Dans l'eau vague. Comme celle d'un torrent. Et il vivait là.
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Apex décimal
« Réponse #53 le: 12 juin 2020 à 07:48:49 »
Apex décimal

Le pauvre singe est un peu bougon.
Alors il s'en va défouler sa ténèbre dans les foulées d'un sentier naturel, creusé par les pas, creusé à la dent d'un trépas accumulé, multiplié, des centaines de vies ont passé pour grimper le volcan. Chacun y aura perdu une sandale ou un trousseau de clés. Certains y auront gagné de quoi sustenter à leur vie une aura chaleureuse, quand de contemplation bienheureuse, ils palpitèrent au sommet, la lave en ébullition dans cette cuve naturelle, ce téton de la terre, en vie d'un lait rougeoyant, giclant par gouttes d'une pluie brûlante, et à l'aura de fumée que les cendres ne savent qu'alourdir.
Il marche le singe, de ses mains il tâte l'atmosphère d'un terrain pas austère, plus, depuis que l'humain n'est plus, lui, et lui aussi, si hautain qu'il se perçoit, le torse bombé, velu, veule et voulant la venue d'une autre ère à ce que seul le temps sait rendre prospère. Puisque de son côté les sourcils sont froncés : c'est que quelque chose ne va pas. Pourquoi ?
Il bouscule des fougères. Les branchages aventureux s'écartent malgré tout sur son passage. Quelques cailloux se mettent à dégringoler, et alors la terre s'aplatit encore un peu plus. Des herbes courent, basses, et entre leurs brins quelques insectoïdes se télémorphent. Il n'y a plus que les lombrics invisibles qui traînent à cette heure matinale. Le soleil se lève à peine, et la fraîcheur de la nuit s'évapore lentement alors que le singe marche, grimpant la montagne. Il gravit un plateau, une clairière. Et puis de nouveau il longe une rivière, comme souvent le font à rebours, les aventurieux un peu couturiers des chemins ambitieux, un peu curieux des travers alambiqués, des trous verts un peu variés, un peu laborieux comme le sont charriés les ciments de la réalité. Et le singe arrive en forêt, il suit le sentier. Les cimes dépassent alors une surface de nuages, et au dessus de l'océan il arpente le versant livide de la montagne alors aseptisée. Des roches de plus en plus, et il n'y a plus rien de vert.
La crête est acérée.
Et au delà le singe se prend de vertige. Il inverse sa prudence, vers le haut le bas, et de nouveau à l'avant, il marche, jusqu'à l'abord des flots tumultueux. La plage n'est pas confortable. Mais le ressac est puissant.
Pour ne pas s'asperger, il reste à l'écart le singe.
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Vénération
« Réponse #54 le: 13 juin 2020 à 16:35:32 »
Vénération

Le singe il est bougon ; il a besoin de conseil.
Alors il va voir l'Immobile. Celui qui, en tailleur dans sa souche, a blanchi tout son pelage au froid d'un hiver intérieur, de glace, de marbre, poli et aux milles reflets des douleurs du passé, desquelles il tire la sagesse, cette capacité qu'on a de réparer nos erreurs. L'immobile allonge une barbe, il a les yeux fermés et les pouces en ronds jusqu'aux index. Ses coudes et ses genoux forment un laçage de ses membres plutôt paisible, calme et esthétique. Il respire l'harmonie qu'on lui prête souvent.
D'un soupir, il s'enquiert auprès du jeune bougon.
- Que te mène sur cette route, voyageur de la vie ?
Le singe ne réfléchit pas longtemps.
- Le remord.
Sans ouvrir les yeux, l'autre répond.
- Es-tu bien sûr que ce n'est pas le regret de n'avoir fait ce que tu devais ?
- Si, aussi, je ne sais quelle douleur est plus insupportable que l'autre : l'inaction ou la faute. Dis-moi, sage, suis-je seul frappé de ténèbre, où est-ce réellement le lot du vivant de mourir à petit feu ?
L'Immobile ouvre un œil, et cela ressemble à un effort physique surhumain. En fait il a ouvert les deux, mais le second est trop fatigué pour se hausser à un niveau perceptible d'ouverture. Et l'autre est à peine entrebâillé. Manifestant une intrigue qui lui est propre, il bouge aussi quelques lèvres.
- Seuls les nuages ont la réponse, mais les arbres se questionnent aussi.
- Et l'eau alors ? Que dit-elle porteuse de vie ? Est-elle si exigeante que ça ?
Un sourcil se bouscule à froncer d'intérêt complexe et douloureux.
- Oui... Probablement que l'équilibre...
- ...sage ?
- Pardon. Laisse-moi m'égarer quelques temps, et reviens avec autant de poids à mon âme. Je flotterai dans ton entre-deux-eaux, et nous nagerons agréablement. Reviens demain.
Alors le singe va faire une promenade aux alentours. Une journée court ainsi, et lorsqu'il revient à la souche, le sage a poussé ; imperceptiblement.
- A présent, voyageur de la vie, nous allons un peu nous raconter. Cela permettra quelques détours à ne pas prendre, si tu me suis. Pour ma part je n'ai que le fruit de mes réflexions à partager, et rien que l'effort d'une discussion est pour moi dénaturation de mon essence. C'est pourquoi je reste ici, immobile, à attendre des bêtes comme toi qui reconnaissent la nécessité de se dédouaner des choses mortifères de la vie. Alors maintenant raconte...
- J'ai tué mon frère.
Le sage reste impassible, mais il se ferme un peu en réalité. Tout autant, ses portes s'ouvrent, et il lâche un autre soupir.
- Cela te préoccupe assez pour que tu commences ainsi. Tu l'estimais.
- Je l'aimais, et je suis amer de ce qu'il a fait d'insoupçonnable.
- Il n'était pas toi, ai-je envie de te dire à l'honneur de désillusion. Ne te pose pas la question du mérite passé : je te suggère de te donner les raisons de poursuivre le bien que tu poursuivais par tes actes. Si tu les regrettes ils ne feront que du mal. Alors que si tu en fais quelque chose, le positif de tout ceci te reviendra bienheureusement.
- Mais la mort, sage...
- Tu te demandes jusqu'où ton âme salit ce qu'il reste de ton frère. C'est normal. Apprends à nettoyer plutôt, c'est la même incertitude.
- Je ne peux pas ; il était trop...
Le singe s'arrête au milieu de quelque chose qu'il n'ose pas continuer. Son regard s'amoindrit. Sentant sa douleur, le sage ferme à nouveau les yeux et inspire la paix à grands poumons.
- Que te disent les nuages, sage ?
Quelques instants s'écoulent.
- Que la réponse n'est pas à notre portée ni à toi ni à moi. Que la sagesse elle-même est largement plus vaste que ce que nous n'oserons jamais toucher d'espoir ; la vertu est infinie et ils soufflent, ces nuages, il volent comme jamais notre lourdeur terrestre ne nous permettra.
Le singe se plante ici, dubitatif.
- Que faire alors ? Si je suis déterminé à trouver de quoi agir, c'est bien de principes dont je suis à la recherche. N'en as-tu pas en ce qui concerne la culpabilité ? Je ne sais comment vivre à présent, car me hante ce passé.
Semblant s'intéresser, le sage est pourtant si loin de ces ennuis, là dans sa souche, qu'il parait étrange qu'il puisse formuler un conseil pertinent. Et pourtant à qui sait l'écouter, dit-on, se révèlent des directions à l'existence que lui seul sait visiblement générer.
L'intériorité insondable de l'Immobile effraye un peu le singe. Mais il a confiance, car on lui a dit qu'il y avait ; cette confiance.
Il attend la réponse du singe blanc, qui tarde un peu, presque endormie alors.
- Faire. Agis selon sa mort. Doit-il exister encore et perdurer à travers ton acte ou au contraire disparaître dignement et définitivement ? C'est à toi, vivant, de choisir, et d'agir. Il n'est là que par ces souvenirs que tu entretiendras. Et de ses erreurs il t'est à toi, possible de rendre un juste honneur.
- Je dois perpétuer sa mémoire, quelle qu'elle soit, alors ?
- A ta manière, surtout, et sans irrespect envers le compromis de vos âmes.
- Pourquoi pas...
- Que vas-tu faire concrètement ?
- Je pense aller questionner. Aller découvrir. Explorer.
- Ah ?
- Lui le faisait, et c'est à la fois là où je l'admirais et là où il a failli.
- Donc ?
- Donc je me dois de continuer sa mission. Je pense. Et tenter de réussir là où il m'a demandé de lui rendre compte de son échec.
- Paix.
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Intermidial
« Réponse #55 le: 19 juin 2020 à 19:46:34 »
Intermidial

Un oursin, ça pourrait paraître bougon.
Mais au fond, c'est un peu tout mignon.
L'oursin pourtant, il était bougon. Oui on va pas se la faire à l'envers, quand tu construis une biologie acérée contre-incidence, ça fait des trucs enfermés dans une boule de piquant. L'oursin, il est piquant. En tartine de néant, il se décapsule un instant, et lorsqu'il se déguste, c'est juste... Juste. Et donc, il se balade sous l'océan, parce qu'il peut ne pas amasser de mousse puisqu'il boit les marées et ne peut les réparer. Bon l'oursin il est bougon car bien évidemment, il voudrait un câlin. Un bon.
Il se plante de route sur sa route il est piquant de doute, car il aspire les trucs de trous étoilés comme on ausculte une géométrie sacrée. Oui. Bon. L'oursin il est bougon, il voudrait se prendre pour un ourson. Tout doux. Tout moelleux. Quelque chose de mignon, mais pas qu'au milieu. Il faudrait d'attention qu'aucune griffe ne se signe, il n'y avait qu'en prémisses des auspices lovhain'piss, mais les pics, les piquesses, se poilent en ourserie là où se dressent oursination...
Bon.
Un oursoin, ou un oursion, c'est selon. Le choix. De libertation. Pracrastinatoresque, d'un virulent vortex déjà serré contre rigidité, mais également à serrer de culminance dirigée. Un cri se tale, sous l'océan, le son n'est pas pour les oursins, aucun saint chez ces oursons, car le son oui se vague, se morfond et se divague à lui-même. Vulgairement. Toujours.
Un oursant, comme un enfin, en fond de teint trituré au visage d'un soulèvement de pensée, une onde, un sourcil dans un micro-onde, une planète pas tout-à-fait ronde, on demande ce qu'on démontre, des montres à aiguilles, à aiguillons, d'oursin d'ourson, les poings les ponts les peints de tons... Et dans tout ceci, un ours-dindon.
Il a la farce, il a le clairon.
Il fait pas trace de son tison.
Le fameux oursin au bout d'une pique.
Au destin un peu trop tragique.
Pour qu...
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La conscience du spirographe
« Réponse #56 le: 23 juin 2020 à 03:42:18 »
La conscience du spirographe

C'est un truc dentelé, avec tout plein de dents.
Un peu bougon il est l'objet, car il va servir à illustrer un type d'objets bien particulier qui n'aime généralement pas être comparé à un objet, v'là la difficulté et donc, le lourd fardeau du spirographe dentelé. Il a des dents, et ces dents ne mordent pas vraiment. On va dire qu'elles broient des couleurs. En fait, si tant est qu'on puisse parler de mâchoires, ce qui porte ces dents est en perpétuelle mastication tant qu'on veut le faire ingérer, digérer ou exagérer des trucs. Genre un trait. Au stylo. Noir.
Le spirographe il se dit pas toujours que ouais, il est un cadre non pas pour décorer avec un tableau, mais un cadre pour décorer un tableau. Vierge. Donc bin le truc c'est que c't'un objet, encore une fois, qui sert à la création d'objets, encore une fois. Et par, c'est un comble, l'objet qui n'aime pas à être comparé ou défini comme un objet, ce type particulier de rassemblement d'entités à similitudes applicables... Donc voilà, un cadre, c'est ce qu'il est le spirographe, et à l'intérieur du cadre, quand tu as glissé une feuille de papier et réglé toutes les dents, bin tu peux, toi l'objet que j'incarne potentiellement par ce discours descriptif d'une réalité, tu peux commencer à faire mâchouiller le dessin par le spirographe. Oui.
Il est un peu bougon le spirographe, parce que. C'est d'une émotivité plate et pourtant résistante à l'immortalité, qu'il se place sur l'échelle de l'humeur. Un truc gris, neutre, mais qui note quand même une déperdition de substance dans le temps. Eh oui. Jamais vu d'anciens spirographes. Quoique, des nouveaux non plus forcément. Il a sa vie le truc.
Et puis voilà tout le principe du spirographe ici en humain conscient et fier de l'être : Il est totalement géré par le stylo noir, qui est tenu par une main innocente, qui ne fait qu'appliquer le règlement, en somme agir les déterminismes du truc ; et le truc, c'est le spirographe, l'absence même de volonté puisque c't'un objet typiquement basique, un objet mécanique certes, mais plus ou moins inerte dans ce qu'on se figure de son âme...
Et le spirographe qui manipule le stylo qui manipule la main qui manipule le spirographe... Mmmh !
Qui sait à l'avance ce qui va se dessiner comme rosace ?
Parce que c'est sûr, certain : tout est joué d'avance au moment où commence le dessin. Et alors qu'il n'est pas fini. Et pourtant visiblement si. Oui ?
Le spirographe il est bougon, parce qu'au-delà d'être un objet dans le règne du vivant et en pierre d'un édifice animal voire humanomorphe... Et bien. Il est juste bougon comme ça sans raison.
Il trace sa route.
Et d'autres.
Et ce c'est sûr : sans se soucier de ce qui se décide.
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Sa barbe qui l'empêchait de sourire
« Réponse #57 le: 25 juin 2020 à 10:38:23 »
Sa barbe qui l'empêchait de sourire

Il était la, un peu bougon. Le misanthrope.
Il ne se souvenait pas de son premier poil, mais il sentait sur son visage, comme quelque recouvrement à la fois naturellement normal et légèrement étrange à porter. Il lui avait fallu grandir beaucoup, longtemps, avant que ne survienne la présence avérée de cet item de son corps. Et longtemps, il avait considéré celui-ci comme un détail. Un misanthrope à barbe était-il.
Souvent, lorsqu'il misanthropait de bonne foi, l'on se référait sans le faire, à la rugosité de sa pilosité maxillaire. Et jamais n'entendit-il autre chose à propos de ce lieu de son corps, que les remarques graisseuses, le fouillis décoiffé que se figuraient les indécents, la masculinité maladive de sa manifestation barbue. Et pourtant. Lorsqu'il décida de s'occuper du massif floral de son visage, il fut bien surpris d'entendre, parmi les remarques, une qui le toucha particulièrement :
- Oh, que cela fait plaisir de voir un sourire !
Il ne fut pas surpris en revanche, que ces mots lui arrachent une augmentation sensible de cedit sourire, sur ses lèvres à découvert, sa bouche qui s'étira en croissant de lune pointé vers le haut. Et il fut joyeux un instant avant de sombrer à nouveau dans sa misanthropie.
Il partit alors en d'obscures réflexions où il incriminait sa barbe d'avoir trop dissimulé ses humeurs lorsqu'elles étaient souriantes.
"Comment ! Quelques poils seulement et tout le monde croit que je suis bougon ? Mais alors quelle réaction suscité-je ? La mauvaise foi que je remarque autour de moi n'est-elle que la manifestation d'une ambiance bougonne justifiée sans sourire ?"
Il se regarda dans le miroir, et effectivement remarqua les traces maintenant visibles qu'il octroya peut-être un peu trop rapidement au seul effet de son pelage. Le misanthrope se trouva austère. Il se contempla à l'aube de ce jour où il apparaissait nouvellement souriant, mais en remarquant tous les autres traits qu'il associa à l'humeur générale d'une barbe : frigidité des zygomatiques entraînant un affaissement triste des yeux, ou une gaucherie d'épaules, une ratatine de ventre, un ballement de bras. Il se figura que son dos voûté ne pouvait être ainsi que parce que son sourire n'avait pas tiré les bonnes forces de droiture de son corps. Il s'effraya de son regard anciennement broussailleux.
Sa misanthropie lui apparut alors digne de nom mais pas digne de conception : il avait l'air bougon, comme il l'était, mais ne se traduisait pas sur son corps, la marque de ses affects amoureux : sur lui n'était affichée que sa douleur, et non son ambition à tout réparer. En le regardant on ne voyait que pessimisme, et non son combat pour le bon équilibre.
Alors il se promit de muscler un peu ce qui s'était atrophié sous dissimulat. Il chercha des raisons de sourire et, les trouvant, se mis dans l'effort de permettre à son corps de traduire le positif émotionnel qu'il souhaitait transmettre. Comme avec des haltères, il se mit à renforcer son sourire, et prit soin de l'afficher au rasoir.
Parce qu'il voulait être un misanthrope heureux parmi les humains.
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Hors ligne Le nuage goéland

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Re : Chatouiller le misanthrope
« Réponse #58 le: 25 juin 2020 à 17:08:40 »
Bonjour. J'ai lu ton texte sur les singes et j'y ai pris de l'intérêt. Ton écriture possède un ton bien personnel, une force bien caractéristique. C'est vrai que ça m'a fait penser à "Huis-clos" de Sartre. Et il y a une certaine noirceur mais je devrais plutôt dire un humour noir qui m'a séduit. La narration donne envie de libérer son rire malgré tout. C'est très bien. Au plaisir.

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Parfois il cueille des trèfles en passant sur l'autoroute
« Réponse #59 le: 26 juin 2020 à 03:45:17 »
merci, Le nuage goéland...
excuse moi, mais celui-ci pour le coup, est plus triste et pessimiste :

Parfois il cueille des trèfles en passant sur l'autoroute
Pas le temps d'être bougon.
Le gens il est pressé, parce que être pressé, c'est bien. Plus tu es pressé, plus ça veut dire que tu es tellement important que toi-même, tu passes après toi. Quand tu es pressé comme le gens, il faut aller vite, vite. Il faut t'oublier, sans cesse, pour exister. Un rendez-vous en retard, et hop, le gens il n'est ni impoli, ni mal organisé, ni irrespectueux ou juste débordé. Non. Un rendez-vous en retard, et le gens est important car il est pressé. La marque de son importance, c'est la valeur de son excuse.
"désolé, j'avais un coup de fil à ne pas louper ; déjà que je l'avais loupé une fois..."
Le gens il est pressé il a pas le temps d'être bougon, mais en fait, un peu quand même. Parce qu'être important, c'est chiant. Eh. Être important, c'est méga-chiant.
"désolé, j'avais un rendez-vous en retard ; ça m'a mis en retard..."
Tu cours à droite à gauche, comme le gens pressé. Tu te dis, ouais, je rends des services partout, je vole vers mes responsabilités de gens important, et c'est ça l'important. C'est ça ta valeur. Le fait qu'on aie besoin de toi, partout, tout le temps, ça te hisse au niveau omnipotent de la métaphysique. Tu ne peux donc que t'enorgueillir d'être pressé, c'est-à-dire de perdre du temps à rattraper sans cesse.
"désolé, mon alibi ne tenait pas la route j'ai du m'en créer un de toutes pièces..."
Le gens pressé, il est un peu bougon, mais surtout il est occupé. Il donne de lui, comme toi quand tu es dévoué à ta passion, et que tu te sacrifies par goût pour l'objet de tes choix. Et c'est parfaitement valable. Le gens pressé, c'est tout le monde. C'est toi, c'est moi ; il suffit qu'il s'agisse d'un gens qui existe dans ce monde effréné, et tout de suite, ou plutôt à un moment, le gens pressé c'est tout le monde.
"désolé, j'avais oublié pis j'ai pas envie pis tu me soules..."
Voilà ce que dirait le gens s'il n'était pas pressé, important et bougon à la fois. Enfin, non, peut-être pas. C'est ce qu'il ne dirait pas s'il était ceci, qu'il est bel et bien. Oui il l'est. Du coup il ne dit pas, lorsqu'il est en retard, qu'il s'est arrêté sur le bord de l'autoroute car il a aperçu un trèfle. Il ne dit pas le rodéo qu'il a tout-de-même envisagé pour faucher le rarissime, mais qu'il n'a pas osé effectuer. D'ailleurs, il a préféré s'arrêter à la vue du quadrifol, parce que d'une, ça ajoutait à son importance d'empressement. Et de deux parce qu'il serait passé à côté de sa superstition.
"désolé, j'ai eu un pépin, c'est vraiment pas de chance..."
Le rodéo il en rêve, le gens, mais uniquement lorsqu'il n'est pas pressé et surtout pas, lorsqu'il voit un trèfle sur le bord de l'autoroute. Parce que s'il est pressé et qu'il en voit un, alors là il ne peux plus rêver rodéo. Et pourtant. Non, jamais il ne fauche ce passant immobile. Jamais il s'abaisse en pleine course, visant le macadam sans se le ramasser, afin de cueillir la fortune au bord du sentier des gens pressés, bougons et importants.
Non, quand le gens pressé chasse le quadrifol, il est comme toi ou moi : son importance se change en une modestie fière de l'être, revendicatrice de la relativité de son essence... Il n'y a rien de plus dérisoire alors, que le sentiment plein de correspondre à la minusculité des choses. Tu es important, alors c'est que ton empressement mérite de s'arrêter sur le bord de l'autoroute, au nom du fait que tu es minuscule face à un trèfle.
Mais franchement, aujourd'hui, qui est assez important pour cueillir les trèfles ?
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