Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

28 octobre 2020 à 03:49:35
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » [Tictac 22.07.19] Le fils des os

Auteur Sujet: [Tictac 22.07.19] Le fils des os  (Lu 2632 fois)

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 9 496
    • olig marcheur
[Tictac 22.07.19] Le fils des os
« le: 22 juillet 2019 à 16:10:58 »

Il existe un désert. C’est au débouché des vallées d’altitude de Nevade et du grand fleuve Ijoaguas. L’eau se perche peu à peu sur de longs bancs d’alluvions pâlissants et serpente entre les contreforts rougeâtres des monts Mesford. Quelques fermes étendent encore leurs bandeaux frémissants jusqu’aux derniers points d’eau à demi saumâtres, fourrures d’orge et de maïs qui se dessèchent à mesure que le fleuve abandonne ordre et mainmise. Le fleuve on entend ses râles dans ces endroits. Entre les filons titanifères il expire doucement, un bras puis l’autre, comme un nageur perdant pied, laissant au soleil ses courants luminescents de phosphate comme s’il voulait les fumer. C'est ainsi qu'on atteint l’oasis de Cotacatama, bastion-fournaise, mouroir des eaux. Des buissons d’agaves entrecoupent les éclats de miroir de l’Ijoaguas, quelques fougères grises qui quand on s’y fraye un chemin laissent échapper une myriade de craquements délicats, comme les algues séchées que mâchent souvent les pêcheurs de bonite. Des véhicules flambant de poussière dévalent les circonvolutions de l’Interstates, pas beaucoup de véhicules, une douzaine par heure, et longent les dernières industries de la Panam : sites d’extraction d’uruborite, de phosphate et de nevadium, dont les échafaudages luisent au soleil de six heures. C’est l’endroit où les fleurs s’arrêtent de pousser, ce sont les dernières haies de papiers-azurs que les vieilles du village font mourir dans des vases d’un jet rapide d’eau bouillante. J’ai toujours vu ces boules de pétales bleus dans les maisons de Cotacatama, et chacune était peut-être plus ancienne que moi. Les vieilles, après l’eau bouillante, pulvérisent du COV sur les têtes, pour éviter que ça ne tombe en poussière. C’est exactement comme ça qu’on a procédé aussi, pendant les Évènements, aux charniers d’Anselm Gardens - tout le monde pulvérisé au COV. Et assis à l’ombre des dernières haies de papiers-azurs, dans les grondements intermittents des machines d'extraction, on distingue encore au loin les champs d’iuque et de lentisques des paysans de Cotacatama, doublement jaunis par le sable et par le nuancier émeraude de l’agaveraie du père Gramms.

Voilà ce qui s’opère au pied des Mesford, la transformation climatique portée sur les épaules brulées de l’Ijoaguas avant que ses flots ne se cassent la gueule dans les gorges de Cotarán dont ils ne ressortent plus jamais. Au-delà c’est le désert mojave. On dit aussi : “le mojave”, tout court. Ce qui fait que beaucoup ici n’ont jamais considéré les Mojaves comme des hommes, puisqu’au sein des premiers mots qu’ils ont appris il y avait : “mojave : étendue de pierre et de sable stérile”. Gramms, qui en sait beaucoup sur ces territoires en dépit de sa haine des Indiens, qui connait jusqu’aux rudiments de leur langue sans qu’on sache quel traitre à la tribu lui a fait office de professeur, m’a dit que Mojave voulait dire “les fils des os”. Malheureusement je ne me suis pas intéressé à la question à temps et je ne sais pas, je ne saurai jamais, quelle syllabe affecter à quel mot. Peut-être que “mo” veut dire fils et “jave” os. Ou “moj” pour os et “ave” comme suffixe d’appartenance.
Tout ce que je sais c’est la signification de Cotacatama, parce que mes voisins de Pelardo me l’ont dit, un jour que je me suis étonné du prénom de leur petite. Ensuite les jours ont passé, les semaines, on a cessé de bavarder car ils me savaient bien content de la politique d’Ordre-et-Progrès qui leur faisait tant de mal, et après le 8 aout ils n’ont plus été mes voisins. Et la petite Cota, elle était déjà partie, elle avait traversé la rue et on ne l’avait plus revue, et toutes sortes de choses ont été dites à son sujet… Il faudra bien que j'en parle, de ça aussi. Mais ce que je voulais dire maintenant, c’est qu’après les derniers bastions industriels du sud de Cotacatama, il n’y a plus que nous, nos têtes rendues cadavériques par le vert agave des terres du père Gramms qui pompent toute la chlorophylle contenue dans notre sang, et la toile d’araignée de l’Ijoaguas pas encore mise en pièces, ses cordelettes éblouissantes sur le damier de gypse, ses halètements sur les alluvions découvrant peu à peu la dentition gréseuse de Cotarán et l’immensité du Fils des Os.

"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul)

Hors ligne Miromensil

  • Modo
  • Comète Versifiante
  • Messages: 5 558
  • Mon nu mental
    • Mimerions
Re : [Tictac 22.07.19] Le fils des os
« Réponse #1 le: 22 juillet 2019 à 20:46:05 »
Loo

Au début tu parles direct d’un désert, puis tu parles de l’eau, et d’une oasis… du coup j’ai pas senti le désert…

Citer
Des buissons d’agaves entrecoupent les éclats de miroir de l’Ijoaguas, quelques fougères grises qui quand on s’y fraye un chemin laissent échapper une myriade de craquements délicats, comme les algues séchées que mâchent souvent les pêcheurs de bonite.
Toujours le fleuve
Sinon les craquements de fougères comme des algues séchées en bouche, on entend la phrase craquer sous la dent

Citer
Des véhicules flambant de poussière dévalent les circonvolutions de l’Interstates
Flambants ? (ici c’est un adjectif nan ?)

Citer
ce sont les dernières haies de papiers-azurs que les vieilles du village font mourir dans des vases d’un jet rapide d’eau bouillante
des haies qui meurent dans des vases, y a un truc étrange mais si ça se trouve c’est mon côté premier degré/ma méconnaissance, mais mon cerveau voit des grandes feuilles dans des bacs plutôt que des haies dans des vases, mais si ça se trouve c’est comme les noyaux, un truc que je visualise pas bien ?

Citer
J’ai toujours vu ces boules de pétales bleus dans les maisons de Cotacatama, et chacune était peut-être plus ancienne que moi.
Ok boules de pétales = les fleurs… Plus anciennes que le narrateur wouah, elles fânent lentement ^^

Citer
on distingue encore au loin les champs d’iuque et de lentisques
iuques ?
lentisques mon dico le souligne pas, ça doit exister ‘-‘

Citer
Au-delà c’est le désert mojave. On dit aussi : “le mojave”, tout court.
Ça me semble arriver un peu tard niveau construction du paysage au fil des deux paragraphes… ou alors perso je préciserais : « il existe un désert » plus loin, enfin dans le 2e paragraphe, et commencerais par la mort progressive du fleuve Ijoaguas, mais en vrai c’est vraiment pour donner une piste parce que c’est cool en l’état

Citer
“mojave : étendue de pierre et de sable stérile”.
Pierres ?

Citer
le vert agave des terres du père Gramms qui pompent toute la chlorophylle contenue dans notre sang
le narrateur est un homme-plante ? :o

Le désert comme « fils des os », avec la tentative d’explication par l’étymologie approximative, ça m’a plu, l’ambiance générale aussi, je suis curieuse du vécu du narrateur… qui il est, ses liens avec d’autres, comment il parle, etc (là je me dis que si ça se trouve tu l’as déjà écrit et j’ai pas retenu où)
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 9 496
    • olig marcheur
Re : [Tictac 22.07.19] Le fils des os
« Réponse #2 le: 23 juillet 2019 à 01:39:30 »
Au début tu parles direct d’un désert, puis tu parles de l’eau, et d’une oasis… du coup j’ai pas senti le désert…
oui pardon ! le rythme est pas très maitrisé. En même temps je veux bien marquer que tout débouche sur le désert, que le paysage est marqué par sa venue, lente mais inexorable... Quand je retravaillerai je caserai plus explicitement cette idée-là je pense : que le désert est le destin de l'Ijoaguas.
A ma décharge, en tictac je lance toujours les premières phrases spontanément, sans savoir où je vais... je mets souvent toute l'heure à atteindre le moment où je peux expliciter l'automatisme du début haha - pardon

Citer
Citer
Des véhicules flambant de poussière dévalent les circonvolutions de l’Interstates
Flambants ? (ici c’est un adjectif nan ?)
ah oui oui oui

Citer
Citer
ce sont les dernières haies de papiers-azurs que les vieilles du village font mourir dans des vases d’un jet rapide d’eau bouillante
des haies qui meurent dans des vases, y a un truc étrange mais si ça se trouve c’est mon côté premier degré/ma méconnaissance, mais mon cerveau voit des grandes feuilles dans des bacs plutôt que des haies dans des vases, mais si ça se trouve c’est comme les noyaux, un truc que je visualise pas bien ?
non c'est juste que j'ai mal géré la syntaxe, il faudrait plutôt dire "les dernières haies de papiers-azurs, dont les vieilles du village font mourir les fleurs dans des vases (...)"
En fait j'ai ajouté ça à la fin, parce que j'ai fini avant l'heure et que du coup je me suis mis en tête de caser une référence à l'illustration de couverture

Citer
Citer
on distingue encore au loin les champs d’iuque et de lentisques
iuques ?
lentisques mon dico le souligne pas, ça doit exister ‘-‘
oui c'est des pistachiers (: pour l'iuque, c'est juste un essai gratuit de francisation de "yucca"

Citer
Citer
“mojave : étendue de pierre et de sable stérile”.
Pierres ?
pourquoi pas. Mais pourquoi pas "pierre", pas pour dire "cailloux" mais pour dire "roche" ?

Citer
Citer
le vert agave des terres du père Gramms qui pompent toute la chlorophylle contenue dans notre sang
le narrateur est un homme-plante ? :o
non mais en effet il se fait parfois une représentation un peu bizarre du fonctionnement du monde, du corps etc.

Citer
Le désert comme « fils des os », avec la tentative d’explication par l’étymologie approximative, ça m’a plu, l’ambiance générale aussi, je suis curieuse du vécu du narrateur… qui il est, ses liens avec d’autres, comment il parle, etc (là je me dis que si ça se trouve tu l’as déjà écrit et j’ai pas retenu où)
non je crois pas avoir rien abordé de tout ça, qui maintenant que tu le dis semble pourtant assez essentiel haha !

Merci beaucoup pour cette lecture suivie (:
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul)

Hors ligne Chapart

  • Modo
  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 686
Re : [Tictac 22.07.19] Le fils des os
« Réponse #3 le: 23 juillet 2019 à 02:29:13 »

Il existe un désert. C’est au débouché des vallées d’altitude de Nevade et du grand fleuve Ijoaguas.
 L’eau se perche peu à peu sur de longs bancs d’alluvions pâlissants et serpente entre les contreforts rougeâtres des monts Mesford.

j'aime bien cette entrée en matière avec des phrases toujours plus longues et précises et sans virgules. Paradoxalement je crois que ça ralentit ma lecture (dans le bon sens du terme).

Quelques fermes étendent encore leurs bandeaux frémissants jusqu’aux derniers points d’eau à demi saumâtres, fourrures d’orge et de maïs qui se dessèchent à mesure que le fleuve abandonne ordre et mainmise.

j'aime moins "abandonne ordre et mainmise", au niveau sonorités je crois que je tique sur "abandonne ordre" et c'est presque un peu too much à mon goût. Abandonne sa mainmise, peut-être ?

Le fleuve on entend ses râles dans ces endroits.

J'aime bien la rupture dans la construction et l'absence de virgule

Entre les filons titanifères il expire doucement, un bras puis l’autre, comme un nageur perdant pied, laissant au soleil ses courants luminescents de phosphate comme s’il voulait les fumer.

pas très fan de "fumer ses courants luminescents", je crois ; j'ai de la peine à associer "fumer" à une surface d'eau et du coup je visualise mal.

Des buissons d’agaves entrecoupent les éclats de miroir de l’Ijoaguas, quelques fougères grises qui quand on s’y fraye un chemin laissent échapper une myriade de craquements délicats, comme les algues séchées que mâchent souvent les pêcheurs de bonite.

j'aime beaucoup la construction et la progression de la phrase

Il faudra bien que j'en parle, de ça aussi. Mais ce que je voulais dire maintenant, c’est qu’après les derniers bastions industriels du sud de Cotacatama,

pas fan de la transition "Mais ce que je voulais dire maintenant, "

Au global, c'est un texte très chouette, je serais bien incapable de faire ça en une heure  :mrgreen: ; j'aime bien la façon dont petit à petit on décrit des choses toujours plus précises en zoomant sur des éléments du paysage, et la façon dont certaines phrases sont construites dans ce sens-là ; c'est très contemplatif et dense au niveau du vocabulaire. J'aime aussi bien le souffle qui se dégage du texte et qui me donne envie de ralentir. Forcément, j'aurais envie d'en savoir plus sur le narrateur, ses voisins et la petite fille, et juste dans un extrait comme ça cette partie-là est très courte en comparaison de la description qui précède. Il y a quelques images qui manquaient un peu de précision à mon goût et sur lesquelles j'ai buté, et quelques endroits où j'ai trouvé les phrases un poil trop chargées, comme s'il leur manquait un centre de gravité.

Merci pour le tic-tac !  :)

 

Hors ligne Become

  • Calliopéen
  • Messages: 405
Re : [Tictac 22.07.19] Le fils des os
« Réponse #4 le: 24 juillet 2019 à 12:56:41 »
Hola :)

Ouais je suis d'accord avec Miro, kefa le désert puis on part sur l'oasis et l'eau et des contrées bien vertes et dodues :D
mais c'est le tic tac, je comprends tout à fait

Il y avait quelques répétitions et tournures maladroites, mais ça je pense qu'à la réécriture tu verras par toi-même ce qu'il faut améliorer.
Ce que j'aime bien, c'est que tu as tissé une ambiance et une histoire, que tu rends vivante cette ville, le fleuve et tu inventes tout un historique. Cette première partie était plus fluide, la deuxième partie, sur le désert, je l'ai senti moins naturelle, on dirait que tu t'es laissé emporter par l'histoire du fleuve et après tu as voulu revenir au désert et au lien avec le narrateur et tu ne savais plus comment faire  ^^

Citer
Voilà ce qui s’opère au pied des Mesford
cette phrase a un peu cassé le rythme

Citer
Gramms, qui en sait beaucoup sur ces territoires en dépit de sa haine des Indiens, qui connait jusqu’aux rudiments de leur langue sans qu’on sache quel traitre à la tribu lui a fait office de professeur, m’a dit que Mojave voulait dire “les fils des os”.
au début, je croyais que Gramms était le perso principal de l'histoire et après tu introduis un narrateur à la première personne du coup c'était un peu déroutant

En fait le désert n'est qu'une touche de description dans le paysage non ? Parce que le texte parle plutôt des habitants de Cotacatama et de son histoire, ou la chute laisse penser ça

Je trouve qu'il y a plein d'éléments positifs mais avec le tic tac tu n'as pas trop pu les développer, mais ça pourrait donner le prologue d'un chouette texte si tu voulais le reprendre :)
Vivons d'humour et de crème fraîche

Hors ligne Lo

  • Clochard céleste
  • Vortex Intertextuel
  • Messages: 9 496
    • olig marcheur
Re : Re : [Tictac 22.07.19] Le fils des os
« Réponse #5 le: 01 août 2019 à 20:27:05 »
Ouais je suis d'accord avec Miro, kefa le désert puis on part sur l'oasis et l'eau et des contrées bien vertes et dodues :D
haha oui, et comme tu dis c'est le tictac, cela dit elles ne sont pas si vertes et dodues, ces contrées, comme tu dis. Il faudra peut-être que j'insiste davantage là-dessus. Elles jaunissent et sablonnent de plus en plus, tout ce qu'il reste de vert c'est des plantes grasses...

Je continuerai ce texte-là en le postant un jour assemblé à tous les tictacs précédents, en espérant que ça clarifie un peu. Et puis d'autres tictacs viendront pour développer tout ça...

Merci d'être passée !
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul)

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.17 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.025 secondes avec 23 requêtes.