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Auteur Sujet: [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes  (Lu 2198 fois)

Hors ligne Miromensil

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[Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« le: 20 juillet 2019 à 22:57:58 »
On va rien comprendre, je pense. C'est une pièce de puzzle du nerprun, le texte long que j'écris pour le moment. C'est un point dans l'océan de points, y a un tas de trucs derrière, ou peut-être pas tant... je devrais même pas le dire, si ça se trouve ça tient debout tout seul. Mais voilà je l'ai écrit alors je poste, la couv m'a inspiré.



Les pages des carnets s’ouvrent random sur des pages occultes. Sur autant de nuits dissimulant des paysages à l’insu de tous, ils se dressent immobiles, immeubles le long de quai-rues annoncées par des pancartes à la page vierge. Une procession de chatons chargés de ronds de pollen douillets avance par rebonds lents, imitent la forme d’un S avant d’épouser la linéarité de la route. Il n’est pas d’heure et Arthème Vork se remémore un arc-en-ciel qui l’a fait chavirer. Il chasse le souvenir d’un revers de main, préférant les lignes parallèles bleutées où s’encastrent des fenêtres à un nuancier de moiteur. Arthème Vork, arcenciologue, amoureux des couleurs discordantes, ne cherche pas quelqu’un. Vingt deux heures zéro neuf l’habille de son habit « il fait crevant de chaud », au crépuscule pendu à ses lèvres, et la touffeur passée de date le brout de son indolence rougeâtre. Il détourne aussi le regard de la brume qui envenime ses pieds, ralentit sa marche. Autour de lui, les processions de chatons, descendus des châtaigniers, mus par une autonomie jaunâtre, passent sans le zieuter de bas en haut. Arthème les surplombe de ses poches trouées. Un dessin stupide, au loin, d’une maison richement parée de grains de brume, annule son aêtre, comme si le palace lui refusait sa présence ici. Une odeur de feu crachote des rigoles le long du quai qu’il longe. Une rumeur raconte que les chatons des châtaigniers dissimulent les rails afin qu’aucun train digne de ce nom n’emprunte ce chemin, auparavant hanté par le muséum des lampadaires, aujourd’hui coupés de leurs têtes.

C’est ainsi et pas autrement. Un presque inconnu marche à ses côtés, le titille de sa silhouette araignée – il a de longues jambes et de longs bras fins, se déplace sur la pointe des pieds, ponctue l’avancée de Arthème de sa gaucherie nonchalante parce qu’il tient à peine debout. Cet inconnu-là, Arthème l’a surnommé « Là-Haut » au temps de l’arc-en-ciel révolu. Il ne devait pas le revoir. Pourtant, Là-Haut le préoccupe toujours. Que dira-t-il aux rumeurs qui le questionnent incessamment ? Kleur. Arthème ne pense qu’à la kleur, aussi menues soient-elles. Alors, que pourrait-il faire d’un type qui ne s’habitue pas à sa propre verticalité, lui intimant derrière ses yeux clos de le sauver de sa chute imminente ? Il lui aurait rétorqué « kleur » comme réponse à tous les points de Là-Haut qui se suspendent. Là-Haut est proche de la décrépitude la plus totale, irréversible. Arthème l’a laissé trembler de tout son aêtre, impuissant. A l’heure d’aujourd’hui, il chotte dans les cadavres dénués de vie des lampadaires, autrefois muséum de muses à la langue pendante. Les chatons moumoutent de leur lumière éteinte.

« Vous n’êtes une longue entaille, des pieds à la tête, qui donne sur un abime ». Et pourtant vous engendrez des créatures invisibles qui ne se révèlent que grâce aux papilles ou à cause des narines. A bien y réfléchir, c’est ce que Arthème aurait dit à Là-Haut s’il avait pu articuler ce que ses mains dessinaient faute de savoir qu’avancer. Ils sont partis chacun de leur côté. « Un gouffre d’Hume, rien qu’un gouffre ». L’arc-en-ciel le désignait ; Arthème a voulu l’ignorer. Il lit très bien ce qu’indique les pancartes à l’encre invisible pour l’œil nu mais l’âme habillée – il est le meilleur placé pour lire ce genre de choses, même si Peut-Être n’est pas là – l’-a-til seulement croisée. « Vous ne faites pas beau à être » ; l’âtre de Arthème Vork tremblait piteusement. Ce type-là gronde infiniment plus que lui. Il ouvrira toutes les boites, dévissera les couvercles les plus entêtants, enfoncera son ongle dans des opercules tellement délicats contre lesquelles les vents incisifs n’oseraient murmurer des échappées mauvaises. Il n’en ira pas autrement. Arthème, amoureux de Kleur, s’est senti démuni face à la tempête entraperçue de Là-Haut. Cet Hume-là est une porte, il a senti son gouffre, il l’a laissé tomber dedans. Dedans lui. Les créatures rient. Les fleurs typiques des ruines grandissent sur ses épaules, celles aux noms imprononçables, ou alors tellement crié à la cantonade que leurs syllabes écorchent la gorge. « Kleur » et pourtant Arthème s’est senti si pâle.

Il évolue dans un cimetière itinérant. Des pages de carnets aux noms et prénoms des mourants se gomment au fur et à mesure qu’on y avance. On n’y lit plus rien. Arthème se rend ici volontairement, dans ce repli de Chute, un de ceux dont on ne sait pas si les murs limitent le pourtour ou pas. Il y règne une atmosphère de décalage horaire face auquel le blanc des yeux baisse les bras. Ainsi. Les os du squelette de Là-Haut ne sont que balafres sur rues données, lisibles par tout en chacun acceptant de se pencher sur lui comme un saule sur sa rivière, retenant des larmes périmées à cause de la chaleur bleue.

« Qui t’a coupé ? »
Ça ne fait aucun doute. Des coups de pieds acérés ont dû être donnés contre la porte de son aêtre. Un fusain aiguisé comme une arme a marqué ses flancs, ses côtes ; lacéré sa mémoire. Des fleurs nées de sa tempête poussent pour tenter de le guérir, baumes que crachent ce qui vivotent sur le seuil de son attention. Ainsi, et de trop. Une gomme pourrait à peine quelque chose contre les entailles qui l’enserrent comme des lacets de chaussures noués qu’une effervescence tenterait de casser mais en vain, vain de dénouer ce qui une fois défait retrouverait aussitôt sa forme noueuse. La seule échappatoire digne de ce nom pour Là-Haut est d’imploser par toutes ses ouvertures filiformes. Fusain noir, marques au langage indélébiles. Arthème se stoppe devant la page de carnet où s’illustre la bête grande maison trop imposante pour tout ceci qui végète à l’insu des innommables.

Dans les délabrements du muséum devenu rue, Arthème bute encore contre les rejetons des châtaigniers. Les chatons sentent la hargne de Là-Haut et processionnent jusqu’à lui. Son maelstrom se déclenche. Il rameute toutes les rumeurs mêmes les plus taiseuses. Sa tempête s’annonce à travers ses blessures aux embrasures certaines. Il commence à peiner à suinter toute sa hargne. Kleur, Kleur, remède de Arthème Vork, se chiffonne sous ses semelles. Il tentera bien quelque chose, tant que Post-Scriptum ne se donne pas à voir. Le temps s’égrène pullule après pullule dans sa gorge barrée. Avec sa mince marge de manœuvre, il ne pourra pas grand-chose. Déjà les monstres à l’errance vive traversent les explosifs entrouverts par Là-Haut. Purulente, leur haleine se déverse dans les goulots des corridors qui se plantent à travers toutes les pièces, chaque repli insoupçonné de Chute. Ils osent les peurs de Là-Haut. Leurs frissons déchirent les eaux calmes. Arthème Vork ne pourra pas les contrer.
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Rémi

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #1 le: 20 juillet 2019 à 23:20:44 »
Mézalor ? Miro parmi nous ? Je vous attendais demain, quelle belle surprise !

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On va rien comprendre, je pense.
:D ça fait envie !

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si ça se trouve ça tient debout tout seul.
je lis et je te dis koa



(c'est quoi l'aêtre ? me demande-je)
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Les chatons moumoutent de leur lumière éteinte.
:coeur:

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Les fleurs typiques des ruines grandissent sur ses épaules, celles aux noms imprononçables, ou alors tellement crié à la cantonade que leurs syllabes écorchent la gorge. « Kleur » et pourtant Arthème s’est senti si pâle.
:coeur:

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Les os du squelette de Là-Haut ne sont que balafres sur rues données, lisibles par tout en chacun acceptant de se pencher sur lui comme un saule sur sa rivière, retenant des larmes périmées à cause de la chaleur bleue.
:coeur:

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Ils osent les peurs de Là-Haut. Leurs frissons déchirent les eaux calmes. Arthème Vork ne pourra pas les contrer.
et ces trois phrases de fin créent une tension et un dénouement  :coeur:
(même si j'ai pas capté grand-chose avec tous ces persos que j'ai du mal à cerner)

Un sacré univers que le tient, j'aime comme tes persos se dessinent et se gomment.

++

Hors ligne Miromensil

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #2 le: 22 juillet 2019 à 08:07:46 »
Rémi ! /o/

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:D ça fait envie !
:-[

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(c'est quoi l'aêtre ? me demande-je)
hum un truc que j'ai eu envie d'inventer spontanément en écrivant, et j'aime bien... je veux pas qu'il soit question d'âme ou d'esprit dans les persos de ce monde, mais d'aêtre, un truc plus proche de l'âtre (c'est plus concret/visuel)

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(même si j'ai pas capté grand-chose avec tous ces persos que j'ai du mal à cerner)
oui zut du coup ça se tient pas trop tout seul
(mais en fait Lo il commence à faire un peu pareil haha, enfin nos défis tictac sont des coupes d'univers plus larges je dirais)

merci d'avoir lu avec des petits coeurs malgré l'entame peu engageante !
Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Hors ligne Meilhac

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #3 le: 22 juillet 2019 à 11:08:10 »
bonnard ! j'adore !
oui oui ça tient debout tout seul!
j'ai trouvé le "chaviré" un poil too much
j'ai adoré tout le reste ! excellentissime !!!!! :)



(et sinon : un tic-tac cet après-m'? ou demain après-m'?) 8)

Hors ligne Lo

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #4 le: 22 juillet 2019 à 11:09:32 »
« Vous n’êtes une longue entaille, des pieds à la tête, qui donne sur un abime ».
(qu'une)
À prendre comme une définition de l'humanité c'est assez puissant (et difficile à encaisser, même en tant que lecteur :/).

J'avoue que j'ai compris peu de chose, mais j'ai pris les mots comme ils viennent en essayant d'y trouver mon compte ! Arthème Vork me fait penser à un Van Helsing philologue ou à un djinn emprisonné dans un dictionnaire...
Je me demande si, pour ce genre de texte, j'aimerais pas lire avant une vraie contextualisation qui donne les clés de "ce qui s'y passe", pour ensuite plonger dans l'univers lexical étrange sans un regard en arrière. J'ai l'impression que j'en profiterais bien plus, alors que là y a toujours une partie de moi qui cherche à comprendre ce qui se passe et qui se frustre d'échouer.
J'ai pris du plaisir à la lecture (:

(Meilhac : en milieu d'aprem je pense être dispo !!)
"Me lyrics provide electricity" (Sean Paul ft. Fennekin)

 


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