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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » L'esquisse

Auteur Sujet: L'esquisse  (Lu 2144 fois)

Hors ligne Cyr

  • Prophète
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L'esquisse
« le: 20 Juillet 2019 à 19:30:55 »
J’esquisse à nouveau sur la table du salon, le portrait d’une inconnue. En cherchant des photos, par hasard, je suis tombée sur la tienne. Quelle image, comme c’était étrange cette familiarité, cette douceur et cette volonté dans ton visage ! Faut-il se considérer folle à vouloir t’écrire encore, sans avoir aucun projet et pour seule ferme ambition de te dépeindre, de te plaire peut-être, de te côtoyer comme il est possible ? Ah égoïsme intenable, ne considérant que l’instant. Boursouflures de rêves ! Et s’il était content, de me lire ? Ahhh des années d’idioties, déjà ! Combien de copines dans ta vie et tu ne m’entendais pas. Je me souviens l’ivresse de mes vingts ans quand tu venais agiter tes idées sous mon nez. Je te croyais plus grand que tu n’étais. J’essayais de te courir après comme après un train qu’on n’attrape jamais. Il fallait que je t’affronte, que je me confronte. J’étais comme folle de vouloir te dépasser. Je n’avais jamais connu cela où que se soit. Dans mon univers qui semblait s’effondrer d’ennui, je me sentais soudain féconde. Cela n’était pas simple de t’apprécier. Tu étais intriguant mais parfois aussi comme un chien qui vous mordez par excès de liberté. J’ai aimé depuis d’autres personnes, plus facile à côtoyer mais je me demande si ce garçon existe encore.
C’est illusoire. On ne veut pas que des mots. On ne veut jamais que cela. Alors quoi, un peu plus. Juste être dans ses bras, une heure, un jour, prendre les coups de son mécontentement, de sa douleur, se retirer doucement, reprendre le cours d’une vie laissée en plan. Ce n’est pas aimer.

2ème jet

J’esquissais à nouveau, sur la table du salon le portrait d’une inconnue.
En cherchant des photos, par hasard je suis tombée sur une de toi, jeune homme. Quelle image, comme c’était étrange cette familiarité, cette douceur et cette volonté dans ton visage !

Faut-il se considérer folle à vouloir t’écrire encore, sans avoir aucun projet et pour seule ferme ambition de te dépeindre, de te plaire peut-être, de te côtoyer comme il est possible un peu, beaucoup, complètement ? Ah, égoïsme intenable ne considérant que l’instant. Boursouflures de rêves ! Et si tu étais content, de me lire ? Des années d’idioties, déjà ! Combien de copines dans ta vie et tu ne m’entendais pas. Je me souviens de l’ivresse de mes vingts ans quand tu venais agiter tes idées sous mon nez. Je te croyais plus grand que tu n’étais, tu t’en allais, j’essayais de t’attraper. Il fallait que je t’affronte, que je me confronte. J’étais comme ivre de vouloir te ressembler. Dans mon univers qui semblait s’effondrer d’ennui, je me sentais soudain féconde.
Cela n’était pas simple de t’apprécier. Tu étais intrigant mais parfois aussi tu mordais, comme un chien par excès de liberté, parce qu’on t’avait blessé ? J’ai aimé d’autres personnes depuis, plus facilement mais je me demande si ce garçon existe encore.

C’est illusoire. On ne veut pas que des mots. On ne veut jamais que cela. Alors quoi, un peu plus. Juste être dans tes bras, une heure, un jour, prendre les coups de ton mécontentement, de ta douleur, se retirer doucement, reprendre le cours d’une vie laissée en plan. Ce n’est pas aimer peut-être, si l’on songe déjà à disparaître.

Je dessinais ton visage autrefois, une, deux, trois, plusieurs fois. Pour tes boucles, ton sourire, tes yeux particuliers, ton rire, l’évasion... Dessiner c’est s’embarquer dans ce que l’on voit, laisser se former une myriade de désirs et de sentiments obscurs, plus délicats que ceux qui voudraient aboutir. C’est un poème qui tourne autour d’un visage, même inconnu. C’est sentir tout juste parfois, l’envie de toucher sans le vouloir, se croire l’ombre si sombre qui se prend dans un cou, un reflet trop clair sur un nez. Être près, loin, incroyablement près, sans plus savoir qui l’on est. Rêver, si bien qu’on ne sait plus très bien voir comme au premier instant.

Je regardai un moment ton visage et puis je repris entre mes doigts le portrait inachevé de la jeune femme. Ça n’était pas si mal. Mais quand j’aurais fermé les yeux, quand se sera demain ou plus tard, ce ne sera plus qu’une image.
« Modifié: 21 Juillet 2019 à 16:20:14 par Cyr »
"Il y a deux sortes de poètes : les bons, qui brûlent leurs poèmes à l'âge de dix-huit ans, et les mauvais, qui continuent à écrire de la poésie jusqu'à la fin de leurs jours." Umberto Eco

Hors ligne Chapart

  • Calame Supersonique
  • Messages: 1 639
Re : L'esquisse
« Réponse #1 le: 21 Juillet 2019 à 05:13:57 »
Salut salut  :),

J’esquisse à nouveau sur la table du salon, le portrait d’une inconnue.

hum, il me semble qu'il manque une virgule après "à nouveau".

En cherchant des photos, par hasard, je suis tombée sur la tienne.

'la tienne', c'est un peu bizarre pour dire 'une photo de toi', je trouve.

ambition de te dépeindre, de te plaire peut-être, de te côtoyer comme il est possible ?

je crois que je comprends pas bien le sens du "comme il est possible"

Ah égoïsme intenable, ne considérant que l’instant.

là aussi, je trouve qu'il manque une virgule après "ah"

Boursouflures de rêves !

j'aime bien

Et s’il était content, de me lire ?

du coup, en lisant ce qui précède, je croyais que cette personne à laquelle la narratrice pense était une femme (à cause de "l'inconnue" du début et du fait qu'ensuite elle veut "dépeindre" la personne dont elle parle, du coup je croyais que ce "dépeindre" se rapportait à l'esquisse de la toute première phrase. Mais en fait, en relisant, je vois que c'est moi qui ai mal compris  ^^)

Ahhh des années d’idioties, déjà !

je suis moins fan du "Ahhh" ici

Combien de copines dans ta vie et tu ne m’entendais pas. Je me souviens l’ivresse de mes vingts ans quand tu venais agiter tes idées sous mon nez.

souviens de / vingt

J’essayais de te courir après comme après un train qu’on n’attrape jamais.

je trouve la répétition de "après" un peu dommage. "J'essayais de te poursuivre comme on court après un train qu'on n'attrape jamais", ou quelque chose du genre, rendrait mieux (à mon avis).

Cela n’était pas simple de t’apprécier.

je trouve ça un peu lourd. "T'apprécier n'était pas chose aisée" ? "Il n'était pas simple de t'apprécier" ?

Tu étais intriguant mais parfois

intrigant

aussi comme un chien qui vous mordez par excès de liberté.

un chien que vous mordez

J’ai aimé depuis d’autres personnes, plus facile à côtoyer mais je me demande si ce garçon existe encore.

le "depuis" est mal placé, je trouve. Tourné comme ça j'ai l'impression en première lecture que ça va être suivi d'un lieu. "Depuis, j'ai aimé d'autres personnes, plus faciles …". Je trouve que casser la phrase ne deux et recommencer avec "Je me demande si ce garçon existe encore" est plus percutant.


Au global, quelques lourdeurs qui m'ont fait un peu sortir du texte. C'est très personnel, mais je crois que j'aurais aimé retrouver plus loin le portrait de l'inconnue du début, ou de voir cette idée développée, intégrée aux pensées qui suivent. Là, le texte commence sur ce geste de la narratrice, et ensuite on part très vite dans ses pensées et cet aspect-là disparaît entièrement. J'aurais aimé le retrouver, par exemple à la fin, comme pour clôturer le texte, revenir à la case départ. Un retour à la réalité. Là, on a les deux éléments, on passe de l'un à l'autre de façon assez nette, et j'aurais eu envie de sentir, par exemple sous forme d'image, une certaine porosité entre ce présent, les photos, et cette évocation d'une relation passée.

Il y a quelques tournures qui m'ont bien plu.

Merci pour le partage !  :)

Hors ligne Cyr

  • Prophète
  • Messages: 622
Re : L'esquisse
« Réponse #2 le: 21 Juillet 2019 à 16:31:00 »
Salut,
Tes retours m'ont donné envie de me reprendre d'où le 2ème jet mais il faudra que je me reprenne encore...
J'ai bien apprécié tes remarques. Cela donne du recul. Merci à toi.
"Il y a deux sortes de poètes : les bons, qui brûlent leurs poèmes à l'âge de dix-huit ans, et les mauvais, qui continuent à écrire de la poésie jusqu'à la fin de leurs jours." Umberto Eco

Hors ligne Louce-Phij

  • Plumelette
  • Messages: 18
Re : L'esquisse
« Réponse #3 le: 21 Juillet 2019 à 21:24:14 »
Bonjour,

Je ne vais pas revenir sur le premier jet, par contre je me permets mon avis sur la frontière avec la réalité et le rêve pour compléter ce que dit Chapart.

Tu t'es bien corrigée sur le deuxième, je crois, on ressent que la narratrice revient à elle à la fin du texte (ou alors j'ai mal compris). C'est un parti pris qui n'est pas forcément obligatoire à mon sens, mais alors il faut signifier au lecteur que le protagoniste souhaite y échapper absolument et à se complaire dans le rêve : c'est une alternative qui peut être intéressante aussi. À toi de voir si tu veux faire du texte poétique ou de la fiction (c'est les deux genres principaux que je ressens dans ton texte, mais je suis loin d'être un lecteur à la science infuse). Mais n'oscille pas entre les deux, je crois que c'est ce qui peut le plus sortir le lecteur de ton texte, il pourrait lâcher en se disant : je ne sais pas ou va le texte et je ne me sens pas concerné.

Sinon, pour arrêter sur le ton critique. Le reste du texte m'a beaucoup plus, c'est personnel, mais je pense que tu tiens bien ce que j'appellerai le "rythme de l'amour" ou plus simplement le fantasme. Le dessin est un angle intéressant pour amener ton sujet. En particulier le passage ou la narratrice s'imagine avoir dépassé un stade de rêverie et s'imagine littéralement que son fantasme se tient dans ses bras, particulièrement bien trouvé à mon sens, bravo.
Pourtant ce genre de texte peut vite tomber dans des poncifs déjà vus 100 fois sur le romantisme ; tu t'en sors très bien : ) (oui je ne pensais pas tomber sur un texte sur l'amour en ouvrant un topique nommé "esquisse", surprise étonnante puis agréable), mais tu ne tombes pas dans les clichés, du moins je ne l'ai noté nulle part. Et aussi tu n'explicites pas tout (pas de longue description) c'est mieux, je serais sorti de l'ambiance poétique.

Bon... désolé pour le pavé, je n'arrive pas à faire simple ^^ pour résumé : plus d'affirmation dans le ton appréciable, mais c'est une base très solide que tu proposes là.

Bonne écriture et bonne continuation.

Hors ligne FVarga

  • Tabellion
  • Messages: 40
    • Les mots tartares
Re : L'esquisse
« Réponse #4 le: 21 Juillet 2019 à 21:46:49 »
j'aime bien cette idée de livrer l'évolution d'un texte au fur et à mesure de sa construction.
la présentation est facilitée par la relative brieveté du récit.

la seconde mouture est plus conséquente que le premier jet, mais également plus incisive. on voit naitre ainsi le travail du style.

je suis impatient de voir le texte finalisé ou dans une version encore plus travaillée.
Désolé pour les accents - Mon clavier fatigué et mon système ne reconnaissent pas le français accentué...

Hors ligne Feather

  • Grand Encrier Cosmique
  • Messages: 1 038
Re : L'esquisse
« Réponse #5 le: 28 Août 2019 à 10:52:19 »
"Je dessinais ton visage autrefois, une, deux, trois, plusieurs fois. Pour tes boucles, ton sourire, tes yeux particuliers, ton rire, l’évasion... Dessiner c’est s’embarquer dans ce que l’on voit, laisser se former une myriade de désirs et de sentiments obscurs, plus délicats que ceux qui voudraient aboutir. C’est un poème qui tourne autour d’un visage, même inconnu. C’est sentir tout juste parfois, l’envie de toucher ... "
Je suis venue te lire par curiosité... Ce passage a attiré mon attention par sa fluidité, ton style et l'emploi du vocabulaire révèlent une certaine familiarité avec le thème, j'aurais peut-être creusé cette introspection narrative car cela semble facilement profitable au narrateur et semble être un terrain facilement abordable pour lequel je perçois une aisance poétique dans l'écriture.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

 


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