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02 Mai 2026 à 14:24:11
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Auteur Sujet: La baleine de papier  (Lu 4099 fois)

Hors ligne Gobbolino

  • Tabellion
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La baleine de papier
« le: 17 Juillet 2019 à 20:47:59 »
Une bien triste histoire, puisque vous me demandez mon avis. Une bien triste histoire. Elle a commencé ici, et, si vous voulez tout savoir, elle est morte ici aussi, si tant est qu’une histoire puisse mourir. Je la vois réémerger, parfois, dans le lointain. Une gerbe d’éclaboussures, et elle a disparu à nouveau. Si vite qu’on se demande si elle a vraiment existé. La question se pose, oui. Peut-on dire que quelque chose n’existe pas, quand les remous qu’il provoque sont, eux, bien réels ? Je vous laisserai trancher. Je ne suis pas philosophe. A peine un universitaire, à vrai dire. Un employé au service des livres, plus précisément. Je les copie. Je les relie. Je répare les outrages du temps. Je n’aurais jamais pu être professeur, je n’avais pas de soutien, voyez-vous. Alors je me suis attaché aux seuls patrons qui voudraient bien de moi : ceux susceptibles de bénéficier de mon savoir-faire, et je leur ai consacré ma vie.

Mais ce n’est pas ce que vous voulez savoir, mes bons sires, non. Celui que vous recherchez, mais que vous ne trouverez plus ici, c’est Jacquemin. Un petit rat, comme je l’ai moi-même été des années avant lui. Un de ces étudiants qui vivent de par la charité publique. Sûrement, vous en avez croisé en votre temps ? Tenues noires, maigres comme des clous, bien trop souvent, abêtis des menus travaux qu’ils acceptent afin de gagner les quelques sous nécessaires pour acheter les mètres de copies nécessaires à leur éducation, et toujours en bandes de deux ou trois. Sauf l’hiver, où ils forment des rois, le soir, dans la chambre de l’un d’entre eux, pour espérer se réchauffer. Puis de temps en temps, il en vient un solitaire. Un qui reste en périphérie du groupe. Celui-là, c’était Jacquemin. Un brave garçon, pas forcément loquace, besogneux. Parfois un peu fantasque, aussi. Il aimait rester de longues heures les yeux dans le vague, à spéculer sur l’inconnu. Pas vraiment le genre à chercher la compagnie de ses semblables, alors le vin et les femmes, pensez-donc.
D’où il venait ? De l’Ouest, je crois. On pouvait toujours entendre une pointe d’accent quant il parlait en latin. Non que cela importe. Je sais que vous aimez les origines, c’est bien commode. Au sud, on est bagarreur, au Nord, menteur, à l’Ouest, fainéant. Mais croyez-moi, cela ne vous avancera à rien. De ce qu’on m’a dit, il n’était pas retourné chez lui depuis qu’il avait été immatriculé dans le collège, avec pour toutes possessions une tenue de rechange et une lettre du pontife local pour le recommander au bon soin des professeurs. Les fièvres, les disettes, les brigands sur les routes… Il y avait toujours une bonne raison pour ne pas lui envoyer l’argent du trajet. Et ce n’était pas avec ce qu’il parvenait à glaner ici et là qu’il pouvait se l’offrir... Bref, vous comprendrez davantage Jacquemin si je vous dis qu’il aimait passionnément les livres, qu’il avait calfeutré le petit entresol où il habitait d’herbes sèches pour l’isoler tant bien que mal du froid, et qu’il avait marchandé avec le meunier : quatre lettres contre quelques planches qu’il n’utilisait plus. In fine, la première avait suffi, sa douce, très impressionnée par la missive – pensez, elle n’avait jamais reçu de lettre ! a dit oui immédiatement, et que, fou de joie, le meunier a dispensé Jacquemin des trois missives supplémentaires et lui a offert les clous en plus. Avec ça, le Jacquot s’est construit une petite écritoire portative. Il avait de la ressource.


Tout a commencé dans la chapelle. Je me rappelle la scène, même encore aujourd'hui. J'étais venu allumer un cierge à la mémoire d'un mien ami, emporté par un mal infectieux, quelques trois semaines auparavant.
Une clarté pâle coulait à flot à travers les vitraux. Adossé au pupitre, une planche de bois calée sur les genoux, mon jeune ami écrivait avec ferveur. Nous étions au coeur de l'hiver. Je pouvais aisément deviner les intentions qui sous-tendait une telle passion dans son ouvrage. Profiter au maximum des quelques heures de lumière que daignait nous offrir le ciel, tout en achevant sa tâche assez vite pour que les augustes dalles de la nef ne gelassent pas complètement son arrière-train à travers le fin manteau qu’il avait déposé au sol. Un exercice délicat auquel je me suis moi-même maintes fois prêté, et dans lequel il était passé maître. De plus, bien que personne ne soit encore venu le déloger, il devait bien se douter que sa présence ne serait pas du goût des diacres, s’ils venaient à le surprendre là. Cela n'aurait pas été la première fois, et cela ne fut pas la dernière. Pas tout à fait du moins. Pourtant, malgré l'inconfort et ce jeu du chat et du rat, Jacquemin revenait toujours, vous savez. La chapelle était son Ithaque, son havre, son refuge les jours de vent mauvais et de tempête.

Un courant d’air plus insidieux que les autres se glissa contre sa peau et s’en vint cajoler les feuilles de papier sur son écritoire. Il les retint d’un geste machinal et suspendit le mouvement de sa plume. C'est là que tout a basculé, je pense. J'ai passé beaucoup de temps à recueillir les témoignages sur cette navrante histoire, et j'ai acquis la conviction qu'à mon insu, j'ai assisté à la genèse du drame.

Le père Wulgrin, voyez-vous, lisait les leçons d'Aristote sur la philosophie naturelle aux étudiants de deuxième année. Il n'avait guère goûté une petite rebuffade qu'un élève lui avait prodigué ce matin-là, en la forme d'un ricaement de dédain lorsqu'il avait buté sur un terme un peu plus abscons à sa langue que les autres. Il avait donc jugé avisé et équitable de demander à l'ensemble de la classe de rédiger trois essais chacun sur des livres de philosophie naturelle pour avoir osé mettre en doute son savoir. On ne nie jamais si fort que lorsque que l'accusation est vraie, voyez-vous ? Wulgrin n'avait pas plus de connaissances en philosophie naturelle que vous. Le maître du collège lui avait confié cette lecture après la mort du père Agrève, en attendant delui trouver un successeur. Mais le diable pêchait par orgueil et il ne l'aurait jamais admis, même sur son lit de mort. Plus que Jacquemin, c'est bien cette fierté mal placée qui a fourni le terreau de cette tragédie, je vous prie de le croire.

Wulfrin espérait ainsi prodiguer une leçon d'humilité. Les livres, vous n'êtes pas sans l'ignorer, sont réservés aux professeurs, sous clés, à l'intérieur de la bibliothèque. Les étudiants auraient donc été obligés de rendre à leur lecteur le contenu de ses lectures, donc d'admettre qu'il leur avait appris quelque chose. Dans le cas contraire, selon les règles du collège, il était en droit de les mettre à l'amende, et je ne suis pas qu'à moitié convaincu que le mauvais bougre espérait bien tirer de ses ouailles de quoi se payer un cruchon de mauvais vin à la taverne des piles du pont.
Hélas, Jacquemin, lui, ne pouvait se le permettre. Il ne possédait tout simplement pas l'argent nécessaires. M'aurait-il demandé, je lui aurais prêté les quelques piécettes, mais je suppose que lui aussi avait sa fierté. Pas la plus grande, ni la moins souple, sans doute. Néanmoins, à force de la voir piétinée par des professeurs hautains et des pairs plus fortunés, je suppute qu'il a voulu, pour une fois, la panser. Or il avait un secret, qui lui permettait de faire exactement cela, comprenez. Un secret dont j'étais, j'en ai peur, l'initiateur.

Jacquemin avait lu tous les livres de la bibliothèque.

Je ne peux qu'imaginer qu'ainsi penché sur son écritoire de fortune, il parcourait les rayonnages de sa mémoire. À gauche de la porte et du pupitre du ronflant maître Nortimer, enchaînés au mur comme autant de condamnés, les ouvrages de théologie. Les Préceptes, Okham, le De Recta où un possesseur plus mutin que les autres avait griffonné quelques esquisses osées, avant de tomber dans l’oubli, et les Grands. De solides textes, longs comme des jours sans pain, lourds comme un orage en gestation, qui valaient largement le risque de se faire surprendre en train de les compulser. Au fond, les classiques. Accessibles en impression au mètre dans n’importe quelle boutique.Rien qui puisse l’aider. À droite, de même. Les textes de Loi. Cette divine, d’abord. Celle des hommes, ensuite. Des actes royaux à l’Amadis de Gaule, en passant par Ficin. Déjà vus, déjà lus, déjà passés de mode, et aussi utiles dans ces circonstances qu'une cautère sur une jambe de bois. Quant aux livres de grammaire et de copia, il était ridicule d’y penser.
Jacquemin souffla sur ses mains, engourdies d’immobilité, et se recroquevilla devant sa page. Un instant, j'imagine, son esprit erra vers les livres de médecine, jalousement gardés sous le pupitre du père Nortimer, et vers cette Réserve, à l’emplacement inconnu, où, paraissait-il, les ouvrages les plus anciens et les mystérieux dormaient, à l’abris de tout regard. Même les professeurs, disait-on, n’avaient pas le droit d’y citer. La pensée nous a tous effleurée, à un moment ou à un autre. Un havre de savoir intouché. Un supplice digne de Tantale pour des esprits avides de savoir, n'est-ce pas ? Surtout en un temps d'extrême nécessité comme cet après-midi là.

De ma place, je pus voir un léger tremblement s’emparer de sa main. Le signe, j'en suis convaincu, que son esprit enfiévré luttait contre l’idée qui venait de germer en lui, mais son corps, aiguillonné par le froid, refusait de se plier à sa volonté. L'esprit demande, le corps commande, vous connaissez l'adage. Dans ce cas précis, le corps a fini par gagner.
Comme mue par une volonté implacable, sa plume glissa dans la petite bouteille d’entre posée à côté de lui, s’essuya le long de son buvard, et déposa sur le papier son crissement familier, doublé, j'en aurais juré, d’un petit rire jubilatoire.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #1 le: 17 Juillet 2019 à 20:50:43 »
Pourquoi ai-je dit que j’étais l’initiateur de son secret ? Ma foi, c’est une autre histoire. Peut-être moins pertinente dans le cadre de vos investigations. Vous serait-il si nécessaire de connaître la cause première du mouvement, quand seule sa dernière révolution a causé la chute du pot de lait ?

Bien, puisque vous insistez : je vous ai dit, en toute bonne foi, que j’étais à l’origine du secret de Jacquemin, car je suis celui qui ai confirmé ses suspicions sur l’accès à la bibliothèque. Une démonstration d’intelligence que je n’avais pas soupçonnée de la part d’un étudiant qui venait d’arriver, son esprit encore si brut. Ce devait être notre seconde rencontre, la troisième tout au plus, en comptant le dîner d’immatriculation et la messe du dimanche matin. À l’époque, je n’étais même pas certain de son nom. Il ne se démarquait pas encore de cette foule de visages pâles et de coudes perdus dans des manches trop grandes. Il n’était qu’un étudiant dont j’avais requis l’aide pour préparer mes colles car il était devant mon office au bon moment.

Tandis que la mixture chauffait, nous avons commencé à sympathiser. Le jeune homme avait l’esprit alerte et ne tarissait pas de questions, notamment sur les bâtiments de notre vénérable collège, les textes à se procurer sur les cours, et d’autres éléments anodins. Peut-être me suis-je laissé flatter par son regard admiratif. Peut-être ai-je parlé un peu trop vite, ou voulu effacer un moment d’embarras. Toujours est-il que je me rappelle avoir mentionné qu’une fenêtre de la bibliothèque, celle située derrière les rayonnages de des textes de loi, fermait mal et que les pauvres ouvrages nécessitaient, par conséquent mes soins bien plus souvent que les autres, car le vent n’avait aucune difficulté à en soulever la clenche, et maître Nortimer, bien souvent, était bien trop occupé à arpenter les terres de Morphée pour s’en rendre compte. Peut-être, je vous l’accorde, ai-je également mentionné que ce défaut ne datait pas d’hier et que moi-même, en mon temps, j’avais, en désespoir de cause, profité de cet accès inespéré pour compulser un ouvrage introuvable à l’extérieur de ces murs. Je ne pensais cependant pas, je vous conjure de le croire, qu’il me prendrait aux mots. Il avait l’air d’un jeune homme si sérieux.

Mais revenons-en à la chapelle, où, depuis mon poste d’observation, je pouvais voir la plume de Jacquemin courir sur le papier. Vite, très vite, comme appelée par le large, et je devinais que l’esprit de Jacquemin filait dans son sillage. Il avait lu suffisamment de livres de philosophie naturelle pour en connaître les incontournables arcanes. Il naviguait les courants, les vastes chenaux du savoir institutionnel, barrait son frêle esquif de mots au large des ports trop connus, des mensonges trop éhontés. Une référence à Sénèque ne ferait pas sourciller, mais Hérodote, non, trop clinquant, trop controversé. Un tel navire de guerre attirerait l’attention sur les ombres que l’étudiant tissait sous la surface de l’eau. Je le regardai, fasciné.

Enfin, alors que les lèvres transparentes de la chapelle bleuissaient à l’arrivée du soir, il compléta son œuvre d’un point final. Une page entière, rédigée de son écriture serrée, surmontée d’un titre à l’obscurité lumineuse. Je n’ai, malheureusement, jamais vu ce document. Tout ce que j’ai pu reconstituer est que cet essai faisait référence à un ouvrage fictif, intitulé Phalainae.Il est impossible de savoir, désormais, ce en quoi il consistait. Tant de choses ont été écrites à son sujet. Tant de débats qui ont noyé, sous leurs arguments fallacieux, le mensonge initial. Tout ce que je peux vous dire  à son sujet est qu'il n'avait aucun fondement scientifique, et que quiconque connaissait les Textes aurait pu en conclure qui ne s'agissait là que d'une farce bien innocente. Cependant, il s'est avéré qu'il était également rédigé en des termes persuasifs. Suffisamment pour tenter un esprit fat, dont la seule ambition est de briller, fut-ce-t-en brûlant du mauvais bois.

La parenté de ce canular, génie du faussaire, fut attribuée à un Straton de Milet, et il fut bien sûr largement « corrigé, » si vous me pardonnez le terme, par ses soutiens et détracteurs, en Straton de Lampsaque, ou Thalès ou Anaximène - les deux natifs de Milet - bien que n’importe quelle personne un tant soit peu cultivée pourrait vous dire au premier coup d’œil qu’il est fort peu probable qu’aucun des trois n’ai jamais commis une telle absurdité. C’est malheureusement le problème avec la connaissance : ceux qui ne la possèdent pas sont près à prendre des mesures extrêmes pour que l’on ne vît pas l’abîme qu’ils abritent en leur sein.

C’était là-dessus, j’en mettrais ma main au feu, que comptait Jacquemin. En océan d’ignorance qu’il était, le père Wulfrin n’aurait soit pas vu, soit pas osé mettre sa crapulerie en doute, de peur de révéler la profondeur de sa propre bêtise. Et si d’aventure il avait éventé son esbrouffe, il aurait dû admettre ses propres lacunes. Un acte d’honnêteté intellectuelle dont il n’était pas plus capable que notre bon évêque de passer la journée sans toucher à son cruchon d’alcool.

Enfin, alors que les lèvres transparentes de la chapelle bleuissaient à l’arrivée du soir, il compléta son œuvre d’un point final. Une page entière, rédigée de son écriture serrée, surmontée d’un titre à l’obscurité lumineuse. Ses jambes raidies se redressèrent tant bien que mal, tiges de verre dans un habit de coton noir. Aussi silencieusement que possible, il rassembla ses pages, glissa son encrier et sa plume dans les poches de sa veste, et coinça ses planches sous son bras. Puis, dans une efflorescence de précautions, il se glissa jusqu’à la porte, et la referma derrière lui. Je le suivis, tenaillé par la sensation poisseuse d’avoir transgressé une barrière, pénétré dans un moment qui n’appartenait qu’à lui.
A l’extérieur, le vent rageait contre les pierres de la grande cour, rongeait les boiseries fatiguées, soulevait la moindre flaque en de furieuses tempêtes miniatures. Jacquemin releva son col et se livra aux éléments. Le ciel au-dessus de lui, bardé de violets et d’indigos profonds, avait l’immensité d’une mer. A le voir ainsi courbé par les embruns, j’avais l’impression d’observer un naufragé, perdu dans les tohu-bohus de courants dont l’harmonie lui était inaccessible. Il disparut bien vite sous une arche, et presque aussi rapidement, je le confesse, de mon esprit. Que m’importait un jeune étudiant studieux, quand bien même son choix de lieu d’étude n’était pas conventionnel ?

Ce qui s’est passé ensuite, je ne peux que le supposer. Jacquemin a rendu ses textes le lendemain, faux inclus. Puis la vie repris son cours, sans que nous réalisions que les quelques vaguelettes que nous pouvions voir à la surface étaient annonciatrices d’un désastre. A notre décharge collective, la clairvoyance est un art qu’il est bien plus simple d’exercer a posteriori. De plus, nous étions victime, je pense, de ce sentiment de calme qui s’insinue sur la ville, lorsque l’hiver réclame à lui les flots de la rivière. Les marchands ne passent plus, les fêtes se font rares, et même les professeurs les plus têtus rechignent à quitter la chaleur relative de leurs chambres pour donner lecture dans les salles d’études percluses de courants d’air. A ce titre, comment aurions-nous pu nous douter de la raison pour laquelle le père Wulfrin restait tant enfermé dans sa chambre ? Aucun d’entre-nous ne ressentait le besoin impérieux de parcourir la cour, balayée de rafales de pluie et de neige mêlée, et, avec le givre qui s’installait, même des actions aussi simples que de se rendre dans le hall pour dîner se révélaient dignes d’une épopée biblique. Nous étions bien plus préoccupés par la soudaineté des frimas que par un écrit perdu parmi tant d’autre, et tout autant susceptibles que ces derniers de finir en boutefeu.

Bientôt, le maître du collège annonça qu’une épidémie de fièvres avait été reportée dans un village à quelques heures au Sud. Par précaution, les étudiants qui le pouvaient furent invités à partir, afin d’éviter la contagion. La fin du trimestre fut déclarée avec quelques jours d’avance, et le collège se vida tout à fait avant la fin de la semaine. Ne restèrent plus que les rats, les laissés pour compte, tel que Jacquemin, les professeurs, et les vieux dogues dans mon genre. La glace acheva d’asseoir son emprise sur la rivière, la neige nous fondit dessus telle une armée silencieuse, et nous restâmes ainsi coupés du monde, en suspend, incapables de sentir, sous la gangue de gel qui avait pénétré les tréfonds du sol, les poches d’eau s’accumuler, plus vastes et plus nombreuses à chaque jour qui passait.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #2 le: 17 Juillet 2019 à 20:52:13 »
Jacquemin resta en arrière, comme les années précédentes. Le matin, il arpentait la campagne à la recherche de baies et de fruits sûrs que les frimas n’avaient pas réclamés. Le soir, il s’invitait dans la bibliothèque pour lire à la lueur des bougies. Je n’ai pas honte de dire que, plus d’une fois, il m’a invité à partager ses glanages, comestibles ou littéraire, et nous avons passé plus d’une soirée seuls, serrés contre le petit feu de la chambre des profanes, à discuter de ses dernières trouvailles en matière de philosophie ou de rhétorique. Maître Nortimer, comme à son habitude, s’était alité par peur de la fièvre, et racontait à qui voulait l’entendre que cette dernière lui déchirait les entrailles depuis le dîner saint, sans pour autant mentionner les trois chapons rôtis et deux poulardes au vin qui avaient trouvé grâce à ses yeux ce soir-là. La bibliothèque demeurait donc ouverte à qui savait y entrer.

Malgré le froid qui nous gerçait les mains et dessinaient de longues stries à travers nos peaux desséchées, l’odeur de son corps mal lavé, et le silence parfois si étouffant que nos respirations sonnaient parfois comme un sacrilège, nous appréciions tous deux, je crois, cette saison de paix. Même la rivière paraissait immobile, endormie dans sa gangue de glace, tant que le soleil ne pointait pas son nez pour souligner les ombres des courants contrariés, confinés au plus bas de son lit, mais toujours véhéments.

Janvier, puis Février passèrent ainsi, nous berçant d’un calme illusoire. Il m’arrivait même, certains matins, alors que j’observais la chappe de neige immaculée qui s’était déposée sur le jardin, d’imaginer que quelque créature fantastique nous avait jeté un sort, et que nous étions désormais enfermés dans une bulle d’hiver, coupés du monde à jamais.
Puis le froid se retira, insensiblement. Le soleil se montrait plus souvent, brûlait plus fort, repoussait glace et neige dans les ombres et les recoins. Ici et là, les premiers bourgeons firent leur apparition sur les arbres et les buissons. Les étudiants revinrent, petit à petit, par la terre puis par l’eau, alors que celle-ci se libérait chaque jour un peu plus de son cercueil blanc.

Désormais, personne ne parlait plus que de la crue à venir. La rivière semblait calme, mais les voyageurs rapportaient qu’au Sud et à l’Est, elle avait déjà débordé, et qu’avec la fonte des neiges et les pluies de ces dernières semaines, le pire restait à venir. On parlait de la place du marché submergée, peut-être même l’église des démunis, à l’autre bout de la ville, de poumons purulents et de piles de pont trop fragiles pour affronter un courant furieux. Le bailli décida de faire installer des sacs de sable dans les lieux les plus exposés.

Toute cette agitation, vous le pensez bien, avait entièrement effacé de ma mémoire la petite incartade commise par Jacquemin l’automne passé. Mon office étant situé juste à proximité de la rivière, je m’affairais à rehausser mes meubles et installer mes possessions les plus fragiles en hauteur. Ce n’est qu’un soir, au dîner, que le doute a fini par m’effleurer. Deux étudiants de dernière année bataillaient à demi-voix à une table en contrebas. Rien qui puisse éveiller l’attention, au premier abord. Après tout, leur disputation de fin d’année approchait, et il n’était pas rare de voir, à cette époque de l’année, certains jeunes gens trop enthousiastes se répandre en diatribes sur tel ou tel sujet. Le débat, je le saisis au vol, portait sur la philosophie naturelle. Je connaissais bien le sujet, ayant moi-même dû défendre mon cas sur le sujet du dessein divin dans la forme des fleurs, et j’avais, sans me vanter, lu tous les livres de la bibliothèque sur la question. Je pourrais encore vous les citer de mémoire : l’un portait sur l’apparence des oiseaux, un autre sur la faune et la flore de notre région, et le dernier sur les habitudes des prédateurs.

Voilà pourquoi je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils quand l’un d’entre eux évoqua les baleines.

Mon premier élan fut d’ignorer ces quelques mots perdus. Les étudiants sont, après tout, prônes aux divagations. Que certains se soient laissé emporter dans les profondeurs de l’océan était inattendu, mais, en fin de compte, pas tant éloignés de leurs extravagances habituelles. J’ai, au cours des années, été amené à suturer une joue après une discussion un peu trop enflammée sur les écrits de Saint Augustin et son usage des paraboles, et pansé une vilaine estafilade, preuve, s’il en était, que le pauvre élève avait presque trop bien prouvé son point concernant le concept de poésie vue par Platon. Oh, je ne vous parle que des incidents qui me reviennent immédiatement en mémoire. Depuis que j’ai accepté ce poste, j’ai réparé bien plus de mains brisées et de côtes enfoncées que je ne pourrais le compter.
Ne prenez pas cet air étonné. Le chirurgien le plus proche habite à l’autre bout de la ville, et la rumeur veut que l’on a le temps de mourir trois fois avant qu’il n’arrive – s’il daigne se déplacer. Les étudiants ne sont pas réputés pour leur solvabilité. Quant à moi, je répare les livres, voyez-vous. Les humains ne sont pas si différents. Ce sont des histoires recouvertes de vêtements de peau et de cuir. Parfois, il est nécessaire d’en recoudre les coins, ou de purger son épaisseur d’un excès d’humidité. Voilà les limites de mes humbles compétences en la matière. J’aime néanmoins à penser qu’en plus d’une occasion, elles ont trouvé leur utilité.

Mais revenons-en à ce qui vous intéresse. Je doute que Jacquemin lui-même ait saisi la nature de la nasse qui se refermait autour de lui. Le trimestre avait commencé, et avec lui, la danse infinie des apprentissages et des récitations, sans compter la nécessité de pallier à l’incompétence du père Wulfrin. Un professeur remplaçant avait été trouvé, mais, malheureusement, les pluies diluviennes de ce début de printemps le retenaient dans le Sud. De plus, je crois avoir compris que mon jeune ami avait établi un petit emploi pour lui-même en tant qu’écrivain public, et, si vous prêtez foi aux rumeurs, il s’affairait également à la lueur de la lune, comme on dit, pour fournir à ses pairs des mémorandums sur les textes nécessaires pour leur éducation. Cependant, je ne saurais que trop vous conseiller de prendre ces ouï-dire avec une pincée de sel. Elles ne sont apparues qu’après, et je suspecte qu’un nombre conséquent de jeunes gens lésés dans leur fierté ont ressenti le besoin de salir celui qu’ils blâmaient pour leurs propres errances.

Toujours est-il qu’à nouveau, peut-être deux semaines plus tard, j’entendis évoquer les baleines. Cette fois-ci, lors d’une lecture. Notre maître avait hérité d’un superbe ouvrage, de la part d’un de ses cousins : une copie illustrée de l’Historia Animalum d’Aristote, conservée de manière exquise. L’on m’en avait confié l’examen, aussi est-ce également à moi que revint la responsabilité de l’apporter dans la salle de cours et de le remettre au père Anthelme, le seul parmi nous à savoir assez de grec pour en naviguer les méandres. Ma mission accomplie, je tournais les talons pour retourner à mon atelier, peut-être avec un peu moins d’enthousiasme qu’il n’eût été nécessaire. Le père Anthelme et moi nous connaissions depuis longtemps, et je le savais prudent, mais l’objet était précieux et je craignais d’être blâmé si un outrage, aussi minime qu’il soit, se trouvait infligé à son corps après qu’il soit passé entre mes mains. De plus, un feu généreux avait été allumé à l’arrière de la salle pour accommoder les vieux os de mon ami, et en comparaison, mon atelier me paraissait bien froid et inhospitalier, surtout en ces jours où la pluie semblait ne jamais vouloir cesser.
Je finis néanmoins par atteindre la porte, et, à regret, me glissais dans le couloir. Ce fut à ce moment-là, à peine à trois pas du seuil, que je croisais le groupe de retardataires. Ils se hâtaient avec plus d’empressement qu’un simple délai aurait justifié, ce qui me troubla. De plus, ils échangeaient à voix basse, comme alourdies par la colère qui habitait chacun de leurs mots. Encore une fois, je ne pu presque rien saisir de leur échange, si ce n’est cette flèche du Parthe, lancée par leur meneur alors qu’ils pénétraient dans la salle :

« On va le savoir tout de suite : je suis sûr que le père va ouvrir sa lecture avec les baleines ! »
Brekekeke koax koax

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Re : La baleine de papier
« Réponse #3 le: 17 Juillet 2019 à 20:54:42 »
J’ai, là encore, essayé de raisonner ces paroles, de leur trouver une explication naturelle. Je n’aurais, à ma décharge, jamais pu deviner seul ce qui se tramait sous le calme trompeur de nos eaux académiques, et Jacquemin ne s’est jamais, confié à moi, à mon grand regret. Non que je prétende avoir eu les capacités pour endiguer le flot dans sa course, ou réduire son courroux, mais peut-être s’il y avait eu la plus infime possibilité, aurais-je pu au moins divertir sa frénésie, ou le retarder de quelques secondes.

De plus, d’autres peurs, bien plus concrètes, s’infiltraient jour après jours dans nos esprits. Les pluies ne cessaient pas. L’eau rongeait le pays jusqu’à l’os, emportant avec elle pierre, terre, constructions, et ne laissant aux hommes que la blancheur nue de sols épuisés. Chaque jour apportait son lot de nouvelles alarmantes : cultures noyées, ponts écroulés, ou collines effondrées. Tout voyageur qui parvenait jusqu’à nous charriait avec lui une lettre ou deux écrites à la hâte, annonçant le décès de tel ou tel parent. L’on disait même qu’en amont, une famille entière avait péri noyée, incapable d’échapper à la montée des eaux, et qu’à seulement deux jours de route, l’on repêchait presque sans répit les corps de pauvres erres qui, ayant tout perdu, avaient préféré confier leurs corps à la crue plutôt que de s’en remettre à la miséricorde des hommes.

Le danger était d’autant plus tangible que nous le savions inéluctable. Au bout de nos jardins, la rivière grondait, gonflée et goinfre. Sa langue goulue léchait les digues érigées à la hâte, débordait des fossés. Nous n’avions que trop conscience du terrain que nous lui cédions petit à petit, sans que pouvoir dire dire avec certitude quand son appétit ne se satisferait plus de ces concessions.

Ces préoccupations nous détournaient, je vous le concède, de signes avant-coureurs que nous aurions dû voir. Des argumentaires drus et destructeurs, qui, à chaque moment de relâche, tombaient en ondées délétères là où on les attendait le moins ; des disputes à la violence d’orages de printemps, se finissant de plus en plus souvent, lorsque la nuit déployait son obscurité complice, en averses de coups au sein même de nos dortoirs. Nous blâmions le temps, bien sûr, l’incertitude de cette époque, sans remarquer que le problème se répandait avec la même insensibilité apparente que la surface de la rivière, et faisait entendre ses clapotements au sein même de notre corps professoral. Que le père Wulfrin, par exemple, admoneste des étudiants n’était pas en soi une surprise. Que le mot « baleine » apparaisse dans son discours était déjà beaucoup moins anodin. Et que les étudiants acceptent, même de mauvaise grâce son autorité, aurait dû m’alerter. Hélas, ils ne faisaient que passer, et j’étais, à ce moment-là dans le jardin, occupé à creuser la terre gorgée d’eau, espérant déblayer une tranchée susceptible de ralentir la crue à venir. Pêché d’ingénuité. Chaque pelletée enlevée était immédiatement comblée par le pernicieux liquide. Lorsque j’abandonnais enfin mon effort, les paroles du père Wulfrin avaient dérivé loin de mes pensées, et le fossé que j’avais péniblement façonné était déjà plein à ras-bord.
La situation avait débordé hors de tout espoir de contrôle lorsque je reçus la première demande de consultation.

Avez-vous déjà vu une rivière en crue ? Non, je me doutais bien que non. Si vous en aviez vu une, vous sauriez. Le plus dangereux, ce ne sont pas les billots de bois qu’elle charrie, ou les pierres qu’elle arrache, ou les routes qu’elles submerge. Non, le plus dangereux, c’est que vous ne la voyez pas venir. Oh, vous entendez les avertissements, vous entendez les alarmes. Le silence assourdissant autour de vous, car tous les oiseaux et petits animaux qui pullulent d’ordinaire sur les berges ont gagné les hauteurs, et, parce que l’on vous a appris à rechercher ce qui dénote, et non ce qui manque, vous êtes incapable d’expliquer ce sentiment d’angoisse qui vous étreint soudain. Mais vous regardez l’eau, et vous vous dites que tout va bien. Qu’il y a dû y avoir une exagération, ou qu’elle s’est épandue en amont, à travers les champs, et ne vous menace plus, car elle semble si placide, si docile, ainsi, à vos pieds.

Puis vous tournez les yeux, et elle a recouvert vos chevilles. Vous reculez, mais à peine avez-vous le temps d’arriver sur le chemin, elle vous talonne déjà. Vous criez, l’on vient voir, l’on appelle tous les bras valides. L’on se passe les pelles, l’on creuse, mais il est déjà trop tard. Les caves, les entresols sont submergés. Alors on se regroupe, on essaie de sauver ce qui peut encore l’être. Voilà ce qu’est une crue. Une lenteur trompeuse. Une violence cachée. Une dévastation.
Comprenez-vous mieux, désormais ? J’ai souri en voyant cette première missive, si sérieuse, dans sa demande. Je me suis dit que cette histoire de baleines n’était qu’une erreur, une farce grossie hors de proportion, un monstre marin qui accouchait d’un rat. Pensez-donc. Les termes étaient si raisonnables. Une simple demande de recherche concernant tout texte intitulé Phalainae parmi les ouvrages de la bibliothèque, adressée au père Nortimer, et relayée, par ses soins, à mon bon office. Rien de plus. Je l’ai rangée avec mes tâches du lendemain, et suis retourné m’occuper de mes colles. L’humidité gênait leur séchage. Ce problème, concret et immédiat, je pouvais le résoudre. Alors je m’y suis employé, corps et âme, et j’ai laissé les crues, les baleines, et les autres tracas absurdes du quotidien sombrer dans les profondeurs de mon esprit. Nous l’avons tous fait.

Jacquemin ? Jacquemin, lui, avait, j’en suis persuadé, la sensibilité des rats. Il savait, peut-être confusément, peut-être sans se l’expliquer, qu’un désastre était imminent. Je ne doute pas qu’il essayât, avec la clarté de vision qui caractérise ceux qui n’ont plus rien à perdre que leur vie, de s’extraire de cette nasse de papier qu’il avait créée à son insu. Las, comme beaucoup de ses congénères, il se trouva pris au piège des murs qui l’avaient jusque-là protégé. Les pluies ne cessaient pas. Les routes étaient coupées. Il n’avait, de toutes les manière nulle part où aller. Nulle main généreuse disposée à l’abriter. Et quel avenir peut espérer un étudiant fugitif ? S’enfuir revenait à mourir.
Je le confesse, je ne lui prêtais, durant cette période, qu’une attention limitée. A peine l’apercevais-je au moment des repas, depuis la table des professeurs, où l’on tolérait ma présence. Pâle, certes, amaigri, et recroquevillé dans ses robes trop grandes, comme si elles pouvaient lui offrir la moindre protection. Mais, en ce point, il me semblait que nous étions tous à son image, et les murmures tempêtueux qui roulaient de table en table, parsemés de gestes embourrasqués, et d’imprécations à peine masquée par le tambourinage des gouttes de pluie sur les tuiles du hall. Tandis que le mot « baleine », réverbéré en échos de voix en voix, frappait l’oreille, comme autant d’éclairs : fugaces, douloureux, absurdes dans leur violence, et, dans l’état d’hébétude où nous nous trouvions, nous les accueillions avec la même fatalité.

Parfois, il arrivait à Jacquemin de me rejoindre, dans mon office, mais il ne pipait mot et se contentait de m’aider à tendre les feuilles de vélin sous leurs presses, ou à disposer mes dernières réserves de mousse sèche par-dessus un parchemin. Puis ses visites cessèrent tout à fait. Maintenant que j’y pense, je crois que cela coïncida avec l’arrivée de nouvelles demandes de recherche. Je les avais d’abord négligées, supposant que mes collègues et supérieurs comprendraient, au vu de la menace d’une crue imminente, mon manque de diligence.

Il n’en fut rien. Les messages se faisaient toujours plus nombreux, pressants, querelleurs. Certains réclamaient, d’autres exigeaient, ou menaçaient. Tous, cependant, insistaient sur l’extrême importance de vérifier, au plus vite, tout document de notre modeste bibliothèque ayant trait aux baleines. Notre collège, je fus trop long à le réaliser, se trouvait à l’épicentre d’un raz-de-marée académique. Des missives, toujours plus nombreuses, envoyées d’autres régions, voire de la capitale et même, en une occasion ou deux, d’au-delà de nos frontières, arrivaient comme l’on se perd, au gré des accalmies. Et je n’ose imaginer combien ne nous sont jamais parvenues, égarées en route, noyées, ou abandonnées aux éléments faute de pouvoir les acheminer.

De plus, les demandes étaient toutes plus rocambolesques les unes que les autres. Un père de Saint Jean réclamait une vérité dont je n’avais ni queue ni notion, dénonçait une dissimulation coupable de notre part. Un autre, du collège de Saint Bénédicte, nous accusait d’ignorer l’importance du trésor que nous détenions. Quant à ce que vos estimés collègues nous ont écrit, je vous en laisserai juger. Ils n’étaient pas, je vous l’assure, ni les moins courtois, ni les plus virulents.

Le seul point commun entre ces épîtres était que leur objet en revenait sans cesse aux baleines, associées, à mesure que le temps passait, à des théories toujours plus incroyables. Un maître dont je tairai le nom n’a rien moins que déclaré dans le déroulé de ses lignes que les baleines étaient des oiseaux, et que nous en détenions la preuve. Un autre a discouru des pages durant sur les qualités médicinales de l’animal, prétendant qu’une consommation régulière permettait d’obtenir la vie éternelle et que le jet d’eau qu’elles extrudent est à l’origine du mythe de la fontaine de Jouvence.

Que l’on nous demande de vérifier la légitimité d’un dessin de squelette reproduit sur un vélin, ou d’infirmer telle ou telle hypothèse à l’aide de nos ouvrages, ne sort en rien de l’ordinaire, et il nous arrive, je l’admets, lorsque nous nous retrouvons entre clercs, de rire de quelques professeurs farfelus derrière leur dos. Néanmoins, je reçois d’habitude rarement plus d’une missive sur la question, et la correspondance s’arrête bien souvent avec ma réponse, contrairement à cette polémique, dont les proportions et l’absurdité ne cessaient de croitre.

Oui, à bien y réfléchir, c’est à cette période que je cessais tout à fait de parler avec Jacquemin. Oh, je le voyais encore. Le monde universitaire est un monde clos. Mais ses habitudes avaient changé. Il ne parlait presque plus avec ses camarades – et encore moins avec ses professeurs, s’attardait de plus en plus à la marge : en bout de table aux repas, dans les coins d’ombre lors des lectures, ou à la périphérie toujours plus restreinte du jardin, armé d’une pelle trop lourde pour lui, à chaque fois que sa présence n’était pas exigée ailleurs. Pris dans mes propres alarmes, j’attribuais ses agissements, si similaires aux miens, aux mêmes causes. Il s’agissait malheureusement là d’une faute de logique. Ressemblance n’est pas coïncidence, et un même résultat peut découler de plusieurs causalités.

De plus, à bien y repenser, je suspecte que le pauvre garçon croyait que le pire était derrière lui, qu’il suffirait de restait en retrait, de laisser la vague passer, pour ensuite reprendre le cours tranquille de sa vie. Il ne pouvait savoir – nous ne pouvions savoir – que, quand bien même, ce jour-là, la pluie se calma pour la première fois depuis des semaines, et un timide rayon de soleil s’en vint rebondir sur les couches de tourbe en suspension charriées par la rivière, loin en amont, les digues avaient lâché.

Mais cette partie là de l’histoire, vous la savez mieux que moi. Je ne peux qu’imaginer pour palier à mon ignorance. Les controverses épistolaires, les escarmouches, et ces rumeurs qui enflaient davantage à chaque ruisselet d’encre. Les étudiants en appelant aux professeurs pour les départager. Les professeurs, trop fiers, ou trop fainéants pour avouer leur ignorance. Les maîtres, traînés dans la tourmente par les bouillonnements de leurs ouailles, incapables d’en circonvenir la violence. Et celle-ci qui jaillit, enfin, là-bas. Qui frappe le fils de notre bien-aimé seigneur, entre tous. Non, même en exerçant toutes mes capacités à conjecturer, je ne peux pleinement peindre ce tableau que vos confrères m’ont décrit. La colère, la rage. Les scrutateurs de sa majesté dépêchés avec la célérité d’un fleuve furieux, jusque dans notre humble collège. Pour y arriver trop tard.

Comprenez, mes bons sires, je ne mets pas en doute les qualités de vos estimés collègues. Je ne doute pas un instant qu’ils aient honoré, à chaque étape, le serment qu’ils avaient prêté en rejoignant vos rangs. Il est des forces, cependant, contre lesquelles l’on ne peut pas lutter, et la crue est de celles-là. Imaginez donc, à votre tour. Nous étions si soulagés de voir un coin de ciel dégagé. Si désireux de mettre ce triste épisode derrière nous. De concert, les maîtres des différents collèges ont décidé de décréter cette journée chômée, et d’organiser des célébrations pour louer la miséricorde de notre Seigneur à travers les différentes églises de la ville. La procession devait partir du collège de Saint-Bénédicte, s’arrêter d’abord à l’église de la place du marché, puis traverser la ville jusqu’à l’église des pauvres, et revenir, en deux ou trois étapes, jusqu’à la chapelle du collège royal, où l’évêque lui-même comptait venir célébrer une grand-messe. Ô, nous nous réjouissions par avance. Des ordres avaient été donnés aux cuisines, et, malgré la maigreur des réserves, notre intendante était bien décidée à nous faire oublier les repas composés de pain sans farine, et de tubercules véreux.

Appelez cela le destin, appelez cela la main de dieu si vous le voulez. Une heure avant le début de la procession, le ciel vira au noir. Un voile d’obscurité si opaque que d’aucun y virent la main du malin. Le tonnerre claqua. Les éclairs churent sur nous en horde. Le vent, jusque-là doux comme un agneau, se métamorphosa en loup avide, arracha couronnes et étoles de nos mains. Alors seulement vint la pluie. Un rideau serré, lourd, vindicatif, qui nous trempa jusqu’à l’âme.

Je restai quelques instants hébété, ma chandelle votive, mouchée, toujours serrée entre mes mains. Puis les premiers cris me parvinrent. Une immense vague, accourue depuis l’amont, avait achevé l’œuvre commencée par les intempéries tant de mois auparavant. La rivière, trop gavée d’elle-même, se vomissait partout où elle le pouvait. En un instant, le Grand pont et le Petit pont furent submergés, les choristes qui s’y tenaient balayés.
Le choc me rendit mes sens. Je me précipitais vers le collège, hurlant à qui voulait l’entendre qu’il fallait sauver les livres.

Vous me pardonnerez, je l’espère, si ma langue peine à retranscrire la folie qui régnait alors. Entre les roulements du tonnerre et le craquement sec des éclairs, la rivière mugissait dans nos oreilles telle un monstre des temps anciens. L’eau tombait si dru qu’il nous était parfois impossible de décider si nous étions encore sur la terre ferme, ou si l’eau nous avait rattrapés. Nous butions sur les vestiges de nos digues éventrées, sur les débris rejetés à l’avant-garde des flots meurtriers ; sur nous-mêmes, plus souvent qu’à notre tour, perdus comme nous l’étions.

Je parvins, je ne sais comment, à la porte de la bibliothèque, déjà en partie submergée. Quelques étudiants qui m’avaient suivi m’aidèrent à la pousser pour pénétrer dans le lieu. Tout était perdu, déjà, ou presque. Les rangées les plus basse partaient à la dérive. Les étagères oscillaient sous les assauts répétés du flot. Le pupitre du père Nortimer s’était reversé, révélant, à la lumière qui pénétrait par intermittence à travers les fenêtres, d’inattendues entrailles enflaconées. Par bourrades, plus que par mots, j’intimais à certains de mes épigones improvisés de passer dans mon office par l’intérieur, pour y récupérer les ouvrages déposés à ma charge. Quant à moi, j’essayais, en dépit de l’obscurité, des cris de panique à l’extérieur, et de l’eau, qui ne cessait de monter, de libérer tous les textes à ma portée.
Une nouvelle vague se fraya un chemin jusqu’à nous. Les reposoirs les plus proches de moi vacillèrent, et je dû me rattraper à l’un d’entre eux pour ne pas être emporté. Saisi de panique, j’entrepris d’arracher tous les livres que je pouvais atteindre de leurs logements, déchirant leurs couvertures, brisant leurs dos, afin de les libérer de leurs chaînes. Une page sauvée pourrait toujours être copiée, ou reliée à nouveau, me répétais-je dans ma frénésie, Une page noyée ne pourrait plus jamais être ramenée à la vie.

Tout à cette entreprise, je n’entendis pas les alarmes. J’aurais péri dans l’effondrement des rayonnages devant lesquels je me tenais, si deux étudiants de dernière année n’étaient pas restés en arrière, et ne m’avaient pas saisi par le col au dernier moment. Ils me traînèrent à l’extérieur, tandis que je contemplais l’irréparable se produire mes bras crispés autour de mes ouailles rescapées. Je ne sais combien de temps nous dûmes ensuite batailler contre la crue. Chaque remous cachait un piège mortel. Chaque pas recelait un péril. Chaque pouce de terrain que nous pensions praticable se dérobait sous nos pas, et malgré toute notre hâte, l’eau caracolait tout autour de nous, nous enserrait à chaque instant un peu plus fermement.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #4 le: 17 Juillet 2019 à 20:55:48 »
Par miracle, nous atteignîmes la route avant d’être tout à fait submergés. Je me laissaisalors tomber à genoux dans la fine pellicule de boue liquide qui la recouvrai déjà, tétanisé par la perte que nous venions de subir. Ce fut à ce moment-là que vos estimés collègues nous rejoignirent et exigèrent des réponses à des questions dont nous étions bien incapables de saisir le sens. Des mots furent échangés, que je ne peux, pour toute la bonne foi du monde, vous répéter, tant mon esprit hébété peinait à rejoindre le moment des vivants. Toujours est-il qu’ils abandonnèrent là leurs bêtes, et se dirigèrent vers la dépouille de notre collège, malgré nos supplications et nos avertissements.
Nous ne les vîmes jamais reparaître.

Et Jacquemin, dans tout cela ? J’y viens. Bien que je soupçonne que vous en savez plus que moi sur ce point. Pris dans la tourmente, je ne l’ai pas remarqué, mais ses condisciples attestent qu’il m’a suivi dans la bibliothèque et qu’il faisait partie de la courageuse petite troupe qui a traîné les livres rescapés à l’extérieur. Au-delà de la porte, les témoignages, vous avez pu le remarquer, s’embourbent. Certains jurent qu’ils l’ont vu retourner avec eux à la route. D’autres, que la vague qui a failli causer ma perte l’a entraîné par le fond. D’autres encore assurent l’avoir vu courir à travers les jardins submergés, jusqu’au Petit Pont, et qu’il était en train de le traverser lorsqu’un arbre déraciné en a ravagé les arches, précipitant pierres, Jacquemin, et les livres qu’il tenait serrés contre son cœur au cœur du Maëlstrom.

J’ai moi aussi entendu que plusieurs personnes ont également assuré l’avoir vu, près de notre embarcadère submergé, essayer de se hisser sur une barque qui n’avait pas encore été emportée par le courant. J’aurais voulu que cela soit vrai. Mais rappelez-vous qu’il faisait si sombre que nous peinions à distinguer les visages de ceux à nos côtés. Comment diable auraient-ils pu reconnaître Jacquemin ? Par ailleurs, ces mêmes individus affirment – ne me dites pas que l’on ne vous en a pas fait part – qu’alors que Jacquemin avait réussi à grimper sur l’embarcation, et à la libérer de ses entraves, une énorme forme blanche a soudain soulevé les flots furieux, saisi le fragile esquif dans sa gueule affamée, et a disparu aussi vite qu’elle était venue au milieu du chaos liquide.

Voilà toute l’histoire, messieurs. Je vous le dis encore une fois, comme je l’ai dit à tous ceux qui, avant vous, sont venus ici en quête d’une Vérité tangible et définitive. Vous ne trouverez pas ce que vous cherchez ici. Le livre que vous demandez avec tant d’insistance n’a jamais eu place dans notre bibliothèque, pas plus qu’il n’a été perdu dans la crue. Ce n’était qu’une illusion, une chimère, inventée par un étudiant pour rendre la monnaie de sa pièce à un professeur injuste, et qui a payé cette innocente farce de sa vie. Voilà le fin mot de l’histoire, quand bien même il ne vous satisfait pas. Vous pouvez retourner faire votre rapport à notre seigneur. Il ne sert à rien de remuer la boue davantage.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #5 le: 17 Juillet 2019 à 22:12:07 »
Bonsoir Gobbolino,

Franchement, ce genre de texte, c'est pas mon trip. Il a donc fallu que je me force pour aller jusqu'à la fin. De plus, comme je ne me suis jamais intéressé à ce genre littéraire, je n'y connais pas grand chose. D'autres sauront donc mieux que moi faire des remarques précises. Néanmoins, j'ai repéré pas mal de fautes, et des répétitions dont je doute qu'elles soient volontaires. Ca pourrait donc peut-être intéressant, mais à mon avis, ça demande à être retravaillé.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #6 le: 18 Juillet 2019 à 08:24:59 »
Bonjour,

Bon récit, j'ai aimé cette petite escapade ;) à la façon d'Umberto Eco et mon imagination a fait le reste.

Quelques longueurs gâchent un peu l'histoire, il me semble que certains paragraphes pourraient disparaitre pour rendre le déroulé de l'histoire plus accrocheur et donc un peu moins fastidieux pour plaire au plus grand nombre.

Quelques coquilles accrochent le regard …

Merci pour le partage. 8)
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Re : La baleine de papier
« Réponse #7 le: 18 Juillet 2019 à 10:03:58 »
Bonjour Gobbo (j'aime bien les diminutifs, de la flemme ? mais non !  :-¬?)

Je ne t'ai pas encore lu, pour une raison qui me paraît évidente. Trop long d'un coup. Un petit conseil : si tu veux avoir plus de lecteurs il faut doser tes messages, tu postes petit à petit, un épisode, puis un autre et ainsi de suite. Il faut savoir que lire sur un écran d'ordi est parfois usant, alors le lecteur se lasse.
Ensuite, normalement tu aurais dû poster tout ensemble dans un même post, en effet les doublons ou messages multiples d'un même auteur à la suite ne sont pas autorisés ici. Je ne vais pas regrouper, normalement je devrais mais il y a trop de matière pour ce faire.

À plus donc, dès que j'aurais le temps et le courage.

Bonne continuation à toi  ;) ;)

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Hors ligne Gobbolino

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Re : La baleine de papier
« Réponse #8 le: 18 Juillet 2019 à 11:25:54 »
Alors, dans l'ordre :

Merci pour ta lecture, Dieter, surtout si le genre ne te branche pas. Je vais retravailler ça. Pour les répétitions... Ca dépend lesquels. Je sors mon peigne et je m'attaque à la giraffe, haha.
Baghou : Merci beaucoup aussi. C'est pour le moment un premier jet, je vais reprendre ça.
Claudius : Gobbo me va très bien^^.
Désolée pour le trop long d'un coup et pour les doublons, j'avoue que je me suis dis, allez, on va tester, on verra bien ce que ça donne XD.
Je vais reprendre au fur et à mesure. 
Pour palier à cela, du coup, vaudrait peut-être mieux que je supprime tout, retravaille et revienne ?
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Hors ligne Dieter

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Re : Re : La baleine de papier
« Réponse #9 le: 18 Juillet 2019 à 11:45:07 »
Helle Gobbolino,

Pour les répétitions... Ca dépend lesquels. Je sors mon peigne et je m'attaque à la giraffe, haha.

La plus flagrante se trouve dans la seconde partie : en début du 5e paragraphe, on a ces phrases qui se retrouvent aussi en début du 8 e paragraphe :
Citer
Enfin, alors que les lèvres transparentes de la chapelle bleuissaient à l’arrivée du soir, il compléta son œuvre d’un point final. Une page entière, rédigée de son écriture serrée, surmontée d’un titre à l’obscurité lumineuse.

Citer
vaudrait peut-être mieux que je supprime tout, retravaille et revienne ?
Non, rien n'empêche de retravailler le texte puis de poster une nouvelle version à la suite. Ainsi, les lecteurs pourront comparer les deux, ce qui permettrait d'affiner encore plus les remarques, au cas où tu modifierais/supprimerais des passages qui n'auraient pas du l'être.
Une autre solution est de faire comme moi : dans chaque partie, je clique sur "modifier", je poste la nouvelle version au-dessus de l'ancienne, et laisse l'ancienne version en spoiler. Exemple ici.
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Re : La baleine de papier
« Réponse #10 le: 18 Juillet 2019 à 13:27:04 »
Salut Go (oui, encore plus flemmard que d'autres :D)

Quelques remarques de détail et chipotages :

Citer
Je la vois réémerger, parfois, dans le lointain. Une gerbe d’éclaboussures, et elle a disparu à nouveau. Si vite qu’on se demande si
me semble que "disparaître" devrait être au présent

Citer
Peut-on dire que quelque chose n’existe pas, quand les remous qu’il provoque sont,
qu'elle
(quelque chose peut être masculin ?)

Citer
les quelques sous nécessaires pour acheter les mètres de copies nécessaires à leur éducation,
nécessaire x2

Citer
Sauf l’hiver, où ils forment des rois, le soir, dans la chambre de l’un d’entre eux, pour espérer se réchauffer.
je ne comprends pas "former des rois"

Citer
In fine, la première avait suffi, sa douce, très impressionnée par la missive – pensez, elle n’avait jamais reçu de lettre ! a dit oui immédiatement,
j'ai tiqué à "sa douce" : celle de Jaquemin ou du meunier ?
je pense qu'il faudrait préciser "lettres d'amour" au-dessus (ou autre formulation bien sûr)

Citer
pour que les augustes dalles de la nef ne gelassent pas
ah ! quand même ! je l'attends depuis un moment ce joli subj imparfait ^^

Citer
Cela n'aurait pas été la première fois, et cela ne fut pas la dernière.
cela n'eût pas été ?

Citer
en attendant delui trouver un successeur.
manque une espace entre de et lui

Citer
Il ne possédait tout simplement pas l'argent nécessaires.
nécessaire

Citer
dans n’importe quelle boutique.Rien qui puisse l’aider.
manque une espace ici aussi

Citer
Les textes de Loi. Cette divine, d’abord. Celle des hommes, ensuite.
Celle divine

Citer
à l’abris de tout regard.
abri

Citer
La pensée nous a tous effleurée,
effleurés

Citer
celle située derrière les rayonnages de des textes de loi,
bug

Citer
Je le regardai, fasciné.
l'imparfait me semblerait approprié ici

Citer
intitulé Phalainae.Il est impossible
manque une espace

Citer
bien que n’importe quelle personne un tant soit peu cultivée pourrait vous dire au premier coup d’œil
eut pu vous dire ?

Citer
ceux qui ne la possèdent pas sont près à prendre des mesures extrêmes pour que l’on ne vît pas l’abîme qu’ils abritent en leur sein.
voie (la phrase est au présent ici)

Répétition d'un passage :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


Citer
Aussi silencieusement que possible, il rassembla ses pages,
n'y a-t-il pas qu'une page ?

Citer
qu’une épidémie de fièvres avait été reportée dans un village à quelques heures au Sud.
rapportée ?

Citer
La fin du trimestre fut déclarée avec quelques jours d’avance, et le collège se vida tout à fait avant la fin de la semaine.
fin x2

Citer
tel que Jacquemin, les professeurs, et les vieux dogues dans mon genre.
tels

Citer
sans pour autant mentionner les trois chapons rôtis et deux poulardes au vin qui avaient trouvé grâce à ses yeux ce soir-là.
me parait un peu exagéré ^^(ça fait un peu banquet à la Obélix)

Citer
Le soleil se montrait plus souvent, brûlait plus fort,
brûler ne me semble pas approprié (même brûler pas fort c'est déjà beaucoup)

Citer
Après tout, leur disputation de fin d’année approchait, et il n’était pas rare de voir, à cette époque de l’année,
année x2

Citer
mais l’objet était précieux et je craignais d’être blâmé si un outrage, aussi minime qu’il soit, se trouvait infligé à son corps
trouvât ?

Citer
De plus, ils échangeaient à voix basse, comme alourdies
voix basses

Citer
Encore une fois, je ne pu presque rien saisir de leur échange,
pus

Citer
Hélas, ils ne faisaient que passer, et j’étais, à ce moment-là dans le jardin,
la virgule après "j'étais" me semble de trop

Citer
Je me laissaisalors tomber à genoux
manque une espace



J'ai bien aimé l'écriture qui colle avec l'époque, j'ai bien aimé la forme épistolaire également.
Je pense que tu pourrais racourcir un peu : comme ton narrateur connait finalement assez peu le héros, tu ne peux en dire grand chose et il nous reste assez lointain. Peut-être que les menaces sur sa personne pourraient être plus fortes lors de la scène de la crue, histoire de faire monter la tension pour le lecteur.
Cela dit, c'est un texte déjà fort agréable à lire :)
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


A+
Rémi
« Modifié: 18 Juillet 2019 à 16:57:50 par Rémi »
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

 


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