Je m'appelle Sabla. Sabla Kastelo. J'ai un grand chapeau de paille, de larges lunettes de soleil "police", une chemisette hawaïenne largement ouverte sur des colliers de coquillages emmêlés dans les poils grisonnants de mon torse, un bermuda bleu délavé, les genoux calleux et des sandales en plastique transparent. Je ne me sépare jamais de mon sac en toile, dans lequel un seau, un râteau et une pelle en bois constituent mon équipement.
Vous avez deviné ?
Je suis réparateur de châteaux de sable.
Un faux pas, un geste maladroit ? Un coup de pied malveillant? Une vague destructrice? Vous pouvez compter sur moi! Du sable bien humidifié, quelques coups de pelle bien placés, berniques, couteaux, tellines pour décorer. Avec Sabla Kastelo, la situation n'est jamais désespérée! Adieu les larmes de rage ou de tristesse!
Je rafistole l'inutile. Quoi de plus futile? C'est vrai qu'un château de sable n'a jamais hébergé que des crabes, des crustacés, des puces de sable et des rêves d'enfants. Alors à quoi bon?
Je répare l'éphémère. À quoi ça sert? Lutter contre l'inévitable érosion? C'est vrai que j'aurais bien du mal de garantir mes réparations: les châteaux finissent inévitablement par disparaître le jour suivant. Alors à quoi bon?
Oui, je répare l'inutile et l'éphémère, et, sans vouloir me vanter, je fais ça à la perfection.
Alors quand ils sont venus me demander de prendre en charge le ministère de l'écologie, j'ai pris mon billet pour la Lune.
Depuis, je ne répare plus de châteaux de sable. J'en construis, seul, sur la Mer de la Tranquillité, avec mon grand chapeau, mes lunettes et mes sandales, en regardant la Terre s'écrouler lentement sur elle-même.