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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes

Auteur Sujet: [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes  (Lu 2263 fois)

Hors ligne Rémi

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[Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« le: 20 juillet 2019 à 22:51:01 »
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Peut-être était-ce trop tôt, peut-être n'était-il pas prêt. Il aurait dû attendre. Mais il avait tenu à la rencontrer, deux ans auparavant et Barbara lui avait dit : reviens plus tard.

La brume masquait sa silhouette au milieu des grands arbres, les particules d'eau collaient à sa peau comme autant de regrets poisseux. Lentement, il avançait. Sous ses bottes crottées, des paquets de feuilles mortes. Aucun bruit, juste la succion de ses pas dans l'humus gluant, et contre ses tempes, le martèlement régulier des battements de son coeur. Les oiseaux avaient fui, ou alors ils ne daignaient pas chanter pour lui, ils ne pouvaient feindre, une nouvelle tempête avait tout dévasté et lui, ce bel homme aux yeux gris, il portait sans aucun doute une responsabilité corrosive sur ses épaules. Les animaux fuyaient bien avant qu'il pût les apercevoir. La honte a-t-elle une odeur si prégnante ?

Du revers de sa manche, il effaça la transpiration mêlée de brume sur son front. La maison était encore bien loin. Son grand manteau descendait jusque sous ses genoux, il en défit les boutons pour tenter de respirer un peu mieux. Le brouillard s'épaissit, d'un coup. Appuyé contre un hêtre gigantesque, Eeven ne voyaient plus rien. Que du gris. Un tableau de Kandinsky dévoré de tous les ziguouiguoui, vidé des tâches et couleurs, mort. Il regarda ses mains, longuement, reluquant les veines saillantes, la crasse sous les ongles et les crevasses emplies de cendre. Un peu de sang, aussi. Le sien, sûrement.

En continuant vers le nord, il devrait retrouver le grand parc et la maison de maître, au milieu. Il referma son manteau, patienta un instant que les rideaux de vapeur s'écartent et enjamba une branche tombée au sol, puis une autre avant de contourner un frêne abattu. Les poils se dressaient sur ses avant-bras, malgré le maillot, la chemise de lin, le pull de laine et le lourd manteau. Au loin, un hululement. Eeven tendis l'oreille, le cri de l'oiseau se répéta, une seule fois. Et puis à nouveau se silence de mort, cette désolation sonore. Il décolla son pied gauche de la boue, et le bruit écoeurant l'enveloppa, comme une bouche immonde qui s'ouvre, il en entendit les filets de baves visqueux qui s'étendaient, toujours plus longs, toujours plus gluants.

Il aurait voulu disparaître, être avalé par cet humus noir, nourrir les vers, les pinces-oreilles et la vermine. À nouveau, il s'appuya sur un arbre. Levant la tête, il constata que la cime avait été arrachée. Quelques lianes de lierre pendaient, orphelines de leur support vivant. Eeven regarda plus haut, ce ciel monochrome, insondable mer de gris, reflet de ses yeux. À quelques encablures, la maison devait l'attendre. Elle aurait résisté à toutes les tempêtes, tout au plus aurait-elle perdu quelques ardoises. Mais, à quoi bon ? Barbara n'y serait pas, n'y serait plus. Trop longtemps, elle avait subit ses frasques...

Eeven gratta l'écorce sombre de ses ongles fendus, l'arbre se mit à vibrer. Là-haut, la masse compacte grise se mit en mouvement, les nuages commencèrent à se former, une spirale à se dessiner. Venu du ciel, un vent frais tomba, vertical, puissant, balayant les cheveux d'Eeven, faisant claquer son long manteau. Il serra les dents, de plus en plus fort, jusqu'à ce que des crampes viennent le défigurer, jusqu'à ce que les tendons de son cou se tendent à la limite de la rupture. Les lèvres tendues vers le gouffre au milieu des nuages anthracite, Eeven lâcha un long cri de douleur, rauque et malheureux qui se mêla au fracas du tonnerre.

Alors, sous la pluie torrentielle, il ouvrit son manteau, l'arracha et le jetta au loin. De ses mains noueuses et tremblantes, il défit son tricot, sa chemise et son maillot. Lorsqu'il fut nu, il hurla de plus belle, bras tendus vers les éclairs qui zébraient le ciel à présent presque noir. Tout autour de lui, les feuilles affolées s'arrachaient du sol, les branches se brisaient et volaient dans un furieux tourbillon où la terre se mélangeait aux végétaux broyés. Eeven s'effondra et le vent cessa aussitôt.

Lorsqu'il reprit connaissance, il constata que ses vêtements étaient restés entassés à ses pieds. Devant lui, une tranchée dans le sol, un profond sillon tracé en ligne droite, le long duquel aucun arbre n'avait résisté. Et au bout, la maison.

Barbara n'y serait pas, n'y serait plus. Peut-être était-ce trop tard.
Oh oui youpi !

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #1 le: 20 juillet 2019 à 23:56:27 »
Tu dis que c'est peut-être confus... cette remarque m'a rendu un peu confus haha ! ça veut dire qu'il y a un scénario clair à identifier ? je suis peut-être passé à côté. En tout cas j'ai bien aimé cette atmosphère, je trouve que tu rends vraiment l'atmosphère contenue dans le titre sur lequel on est tombé, c'est assez chouette comme réalisation de ce point de vue-là, je trouve que c'est vraiment une bonne illustration atmosphérique des "cicatrices des tempêtes", c'est un peu gothique et tout, ça m'a bien plu.
Mais du coup l'histoire m'intrigue...
(À moins que ce ne soit que le premier texte d'une longue série de tictacs dans le même univers ? :mrgreen:)
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Hors ligne Rémi

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #2 le: 21 juillet 2019 à 00:03:08 »
Citer
ça veut dire qu'il y a un scénario clair à identifier ?
:D c'est bien ça le problème

Citer
(À moins que ce ne soit que le premier texte d'une longue série de tictacs dans le même univers ? :mrgreen:)
soit ça, soit je le reprends pour y intégrer une histoire plus riche

Citer
je trouve que tu rends vraiment l'atmosphère contenue dans le titre sur lequel on est tombé, c'est assez chouette comme réalisation de ce point de vue-là, je trouve que c'est vraiment une bonne illustration atmosphérique des "cicatrices des tempêtes", c'est un peu gothique et tout,
ouaip, de ce côté-là, ça se tient, mais c'est un peu faiblard pour en faire un texte à part entière.

Merci pour la lecture !
Oh oui youpi !

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #3 le: 21 juillet 2019 à 12:37:19 »
Yo Rémi !

Chouette remise en jambes ^^

Citer
Les oiseaux avaient fui, ou alors ils ne daignaient pas chanter pour lui, ils ne pouvaient feindre, une nouvelle tempête avait tout dévasté et lui, ce bel homme aux yeux gris, il portait sans aucun doute une responsabilité corrosive sur ses épaules.
La phrase titube un peu non ?

Citer
Le brouillard s'épaissit, d'un coup
Virgule en trop ?

Citer
Eeven tendis l'oreille, le cri de l'oiseau se répéta, une seule fois.
Tendit

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Trop longtemps, elle avait subit ses frasques...
Les frasques de quoi ? de la maison ?

Citer
Alors, sous la pluie torrentielle, il ouvrit son manteau, l'arracha et le jetta au loin. De ses mains noueuses et tremblantes, il défit son tricot, sa chemise et son maillot. Lorsqu'il fut nu, il hurla de plus belle, bras tendus vers les éclairs qui zébraient le ciel à présent presque noir. Tout autour de lui, les feuilles affolées s'arrachaient du sol, les branches se brisaient et volaient dans un furieux tourbillon où la terre se mélangeait aux végétaux broyés. Eeven s'effondra et le vent cessa aussitôt.
<3
(jeta ? pas sure)

L'atmosphère est bien rendue, c'est vrai qu'on sent les hésitations d'intrigue quant à la présence de Barbara. Ca manque peut-être d'un poil d'éclaircissements, encore que je ne suis pas sûre qu'on ait vraiment de savoir pourquoi il la rencontre, etc. Elle lui dit de revenir mais elle ne précise pas quand, du coup ce sera peut-être trop tard pour qu'il la revoie, c'est ça ? Je cherche peut-être midi à 14h.

Merci pour ce défi et cette couverture en tout cas !


Elle faisait allusion à une pluie dense et tiède qui a crépité toute la nuit sur les feuillages fauves et les fruits blets de l'automne (Tournier)

Ashka

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Re : [Tic-tac 20 juillet 2019] Les cicatrices des tempêtes
« Réponse #4 le: 21 juillet 2019 à 22:18:10 »
 ;)
Citer
Mais il avait tenu à la rencontrer, deux ans auparavant et Barbara lui avait dit : reviens plus tard.
Perdue un peu au "deux ans auparavant et" le "et" est en trop, ou pas ?
Citer
les particules d'eau collaient à sa peau comme autant de regrets poisseux.
joli !
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juste la succion de ses pas dans l'humus gluant, et contre ses tempes, le martèlement régulier des battements de son coeur
on colle bien au personnage, c'est bien fait je trouve.
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il portait sans aucun doute une responsabilité corrosive sur ses épaules
joli encore
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Les oiseaux avaient fui, ........... Les animaux fuyaient bien avant qu'il pût les apercevoir.
À éclaircir, au sujet du verbe "fuir" qui revient et dans le propos ?
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pour tenter de respirer un peu mieux.
condenser ?
Citer
Un tableau de Kandinsky dévoré de tous les ziguouiguoui, vidé des tâches et couleurs, mort
:coeur:
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les crevasses emplies de cendre. Un peu de sang, aussi. Le sien, sûrement.
glauque à souhait ! :coeur:
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patienta un instant que les rideaux de vapeur s'écartent
éclaircir ? Au sujet des rideaux de vapeur ? De son manteau, ou autour de lui ?
Citer
se silence de mort,
ce
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cette désolation sonore
:coeur:
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Il décolla son pied gauche de la boue, et le bruit écoeurant l'enveloppa, comme une bouche immonde qui s'ouvre, il en entendit les filets de baves visqueux qui s'étendaient, toujours plus longs, toujours plus gluants.
Peut-être un peu trop après "s'ouvre" ? sauf si tu veux étendre la glaucitude !
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nourrir les vers, les pinces-oreilles et la vermine
un chouilla trop ? Condenser , même si je comprends l'intention ?
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orphelines de leur support vivant
peut-être "vivant" pas utile, pour alléger la fin de phrase ?
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Eeven regarda plus haut, ce ciel monochrome, insondable mer de gris, reflet de ses yeux
joli encore !
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À quelques encablures, la maison devait l'attendre. Elle aurait résisté à toutes les tempêtes, tout au plus aurait-elle perdu quelques ardoises
pas convaincue par la concordance devait/ aurait :\?
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tendons de son cou se tendent. Les lèvres tendues
Tendons/tendent, pas fan et chtiotte répétition avec "tendue".
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Eeven gratta l'écorce sombre de ses ongles fendus, l'arbre se mit à vibrer. Là-haut, la masse compacte grise se mit en mouvement, les nuages commencèrent à se former, une spirale à se dessiner. Venu du ciel, un vent frais tomba, vertical, puissant, balayant les cheveux d'Eeven, faisant claquer son long manteau. Il serra les dents, de plus en plus fort, jusqu'à ce que des crampes viennent le défigurer, jusqu'à ce que les tendons de son cou se tendent à la limite de la rupture. Les lèvres tendues vers le gouffre au milieu des nuages anthracite, Eeven lâcha un long cri de douleur, rauque et malheureux qui se mêla au fracas du tonnerre.
Alors, sous la pluie torrentielle, il ouvrit son manteau, l'arracha et le jetta au loin. De ses mains noueuses et tremblantes, il défit son tricot, sa chemise et son maillot. Lorsqu'il fut nu, il hurla de plus belle, bras tendus vers les éclairs qui zébraient le ciel à présent presque noir. Tout autour de lui, les feuilles affolées s'arrachaient du sol, les branches se brisaient et volaient dans un furieux tourbillon où la terre se mélangeait aux végétaux broyés. Eeven s'effondra et le vent cessa aussitôt.

Lorsqu'il reprit connaissance, il constata que ses vêtements étaient restés entassés à ses pieds. Devant lui, une tranchée dans le sol, un profond sillon tracé en ligne droite, le long duquel aucun arbre n'avait résisté. Et au bout, la maison.

super passage ! waw ! :coeur:

Citer
Barbara n'y serait pas, n'y serait plus. Peut-être était-ce trop tard.
un peu perdue avec le "n'y serait pas, , n'y serait plus dans le sens, éclaircir ? ou pas ?

Voilà un petit retour au fil de ma lecture, bravo pour ce tictac !! :coeur: :coeur:

 


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