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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Décalcomanie [défi juin 2019]

Auteur Sujet: Décalcomanie [défi juin 2019]  (Lu 2545 fois)

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Décalcomanie [défi juin 2019]
« le: 21 Juin 2019 à 23:04:02 »
Défi mondes parallèles










« La poésie, c'est de l'intérieur vers l'extérieur ? »


La porte a claqué. Je ne sais plus vraiment de quelle porte il s'agit. Une porte d'appartement ? le mien, peut-être, ou d'un bureau, sans doute d'un bar ou d'une simple cage d'escalier anonyme. Je m'arrête. Comme pour attendre quelqu'un qui me courrait après. Un centre social, un magasin où j'aurais oublié quelques affaires ? Rien ne se passe. Je repars mais je ne sais plus trop. J'essaye de me rappeler ce que je sors faire, mais dans le fond, je m'en fous. C'est ça : ce n'est pas tellement que je ne sais plus, c'est surtout que je m'en fous. Du qui quoi quand, du moi où pour. Tout a disparu. C'est comme un flottement passager où je sens précisément l'onde de mes pas, dans les muscles de ma jambe, tout le corps. Je sens l'air qui s'évente sur ma vitesse. Et l'air qui entre, c'est comme s'il se bloquait, que je le retenais aux poumons. C'est un instant bon, très bon, ce flottement. Ce flottement. Je le retiens, fort. Ce flottement laisse se superposer mes passés, mes futurs, il me perd connaissance de l'instant.
L’œil divague et voit presque tout à la fois ; j'ai cru une seconde que j'étais dans un autre pays. Je n'ai pas reconnu la langue des gens dans la rue, alerte pourtant à quelques mots sonnant familiers. Pendant une seconde, j'étais en Allemagne, me dirigeant sac sur le dos vers la gare – j'en ai presque senti le poids. C'était il y a dix ans. La sensation est passée pour une autre : j'ai voulu remettre mon chapeau, vieille habitude de quand je travaillais dans les open-space. Surgissent au présent des entretiens que je dois passer pour y travailler à nouveau.

Je marche un et peu et redescends la rue comme mon esprit, par cheminement.
Je me rends compte de la supercherie de ce que je viens de ressentir, ce flottement. Mais je retiens encore ma respiration. Je bloque parce que je veux prolonger cet état, le plaisir de cette pliure mentale du temps. Pas de chapeau, pas de sac. Autour de moi, les passants passent, leurs formes s'allongent et se mélangent elles-aussi. Dans des détails de leurs habits, de leurs coiffures, de typographies sur les murs, je me projette à des époques que je n'ai même pas connues. Tout ces passants me semblent quantiques, interchangeables, et moi, flottant. Comme personne ne me remarque, ça pourrait être vrai. Leurs visages ne sont jamais les mêmes et pourtant, chaque pli caractéristique d'une moue ou d'une paupière m'évoque des connaissances, des anonymes avec qui j'aurais déjà partagé la foule. Je les observe vieillir, grandir et naître sur mon passage, au gré des poussettes et des cabas. J'ai beau revivre chaque année de ma courte vie, autour il y a toujours la même humanité, celle qui croupit dans ces temps modernes où les câbles poussent plus vite que l'herbe. J'ai beau être tous mes autres moi, les villes où j'ai respiré m'avalent toutes de la même façon.

Une odeur de poubelle, dans la rue, me frappe les narines. J'expire pour évacuer l'odeur. Le souvenir de quelques mois passés à la rue me rattrape. Instinctivement, mon corps longe les murs, courbe l'échine, se rend invisible. Je rejoue mes anciens rôles ; jeu morbide. L'usure sourde de ces jours clochards qui me tire. Mes yeux furètent de droite et de gauche, cherchant de quoi survivre. N'importe quoi.
C'est comme ça que j'arrive à un coin de rue et ce coin de rue, je le connais bien. Relâche. Un carrefour de grands boulevards qui chaque fois me surprend quand j'y déboule. Je ne cherche plus rien, vaincu par les perspectives, cette rue soudainement éventrée par cette ouverture urbaine de rond-point. Le vagabond contemplant un marais d'exhalaisons.
Cet endroit sonne comme un débouché logique. De cheminement. J'y reste pantois. Je m'y suis retrouvé tant de fois, à des moments clés de ma vie – la fin d'histoires d'amour, tristes et mal finies, des débuts de nouvelles ères ou de simples retours au sein de cette ville qui m'a vu naître. Combien de fois m'y suis-je retrouvé pour digérer des souvenirs ? Alors aujourd'hui ? Je contemple et tout se superpose, pour une troisième fois. Avec recul cette fois-ci. Je n'en tire qu'un vide. Celui d'une boucle de pensée qui s'achève, accompagnée par une logique physique inintelligible. Je cesse toute lutte.



« Ou de l'extérieur vers l'intérieur ? »



Je vais m'asseoir. J'ai mes habitudes à ce carrefour : toujours le même banc vert. De l'autre côté de la rue, j'observe quelques dizaines de personnes qui se réunissent, avec des banderoles. Je me suis assis presque sans m'en rendre compte et c'est seulement quand enfin je m'y repose en confiance, que j'aperçois cette paire de lunettes. Je dis « cette paire de lunettes » , car en la voyant, je sais que c'est « cette » paire de lunettes. Elles n'ont rien qui les distinguent, si ce n'est qu'elles sont abandonnées. Je dis « cette », car quand je les vois, je souffle un petit rire, entendu, comme si leur présence était une évidence. Comme si je retrouvais un objet que je ne cherchais plus depuis longtemps, mais qui avait toujours été ironiquement devant moi. Je n'ai aucune raison de penser ça. Les deux verres sont tournés vers moi. Elles me regardent. Je tourne la tête, pour faire comme si je ne les avais pas vues, tente de rationaliser ma réaction. Les gens passent. C'est sans doute ça qui m'a fait avoir ce rire, l'impression d'avoir été observé à mon insu, tout ce temps de ma divagation, pour finalement tomber sur cette conclusion logique : se regarder soi.
Les verres sont teintés, on distingue vaguement à travers parce qu'il n'y a pas de soleil. Le banc vert, c'est comme un îlot de résistance au flot des gens – il ne résiste pas aux gens, il résiste à l'intérêt que la société active y vouerait. En plan fixe, le flot passant se mêle flou avec au milieu, bien nets, moi et ces lunettes qui me regardent.

Je tourne mollement la tête, voir si quelqu'un s'approche, cherche ou attend pour ces lunettes ; ce ne sont que des lunettes, idiot, je me marmonne. Je soupire, m'incline vers elles, les prends en main, les fait tourner entre mes doigts. Ce sont des lunettes de soleil. Elles ont une moustache et un gros nez. J'ouvre les branches – qui sont étonnamment fluides, c'est à dire, sans doute très usées. J'ai l'impression qu'entre mes doigts, les verres tremblent. Je les mets.
Noir. Je tourne la tête. Noir. Fais lentement « non » de la tête, longeant le paysage. Je ne vois rien. Les lunettes sont sans tain. Je les garde sur le nez. Je sens l'acidité de l'air sur ma peau, toute la vie humaine qui s'affaire, égale à elle-même. Le couinement des klaxons et les rainures usées de mon banc, sous mes doigts. Je l'imagine. Je me sens libre. C'est stupide mais je me sens libre. Comme une invisibilité légitimée par un bout de plastique. Le droit, au sein du monde, de ne plus prétendre voir, comprendre tous ces mouvements réglés chaotiques. Ne plus chercher le sens, ne plus aller dans sa direction – qu'elle quelle soit. Les mouvements spectraux du monde se gravent dans l'air, j'en hume les formes, les matérialités. Je peux y calquer ce que je veux. Ce que je sens. je ne vois plus rien, je sens tout. Mon monde est mort dans une erreur de lunettes, vive le monde qui renaît. Le monde qui est tous les mondes à la fois, juste parce que je les imagine. Tous libérés des sens.



« Exactement. C'est une respiration. »



Les verres ont simplement été inversés dans la monture. J'ai pu voir à travers, quand elles étaient face à moi et je me souviens de leur tremblement en les soulevant. Lentement, j'avance deux doigts en fourchette près de leur surface. J'appuie légèrement. Les verres branlent et cèdent tout de suite. Ils coulent sur mes joues tout en griffant mes cernes. Le monde réapparaît, dans toute sa fureur monotonique. Devant moi, des gens qui ont le ventre à moitié vide courent dans un nuage de fumée, fuient derrière des formes robotisées qui frappent à l'aveugle. Sans arrêter mon mouvement, mes deux doigts se posent sur mes paupières. Je me ferme les yeux, me lève et m'en vais.
« Modifié: 02 Juillet 2019 à 14:22:42 par Mystère »
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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #1 le: 23 Juin 2019 à 15:43:40 »
Citer
Je dis « cette », car quand je les vois, je souffle un petit rire, entendu, comme si leur présence était une évidence.
J'ai trop eu l'impression d'être un lecteur invisible assis à côté du narrateur, et de me bidonner en même temps que lui  :D

Citer
Elle me regarde
J'aurais plus mis "elles" du coup, la phrase suivante est au pluriel aussi.

(Y a quelques petites fautes, j'ai pas relevé)

Citer
Je soupire, m'incline vers elle, les prends en main, les fait tourner entre mes doigts. Ce sont des lunettes de soleil.
Mais la scène quoi  :D
(elles ?)
Je vois vraiment bien le gars qui les tourne dans tous les sens pour finalement se dire : « ce sont des lunettes de soleil. point. » haha

Citer
Le monde qui est tous les mondes à la fois, juste parce que je les imagine. Tous libérés des sens.
Pas tout à fait du coup, vu qu’il entend toujours les klaxons etc ? Enfin il a toujours l’ouïe on dirait…

Citer
J'ai pu voir à travers, quand elles étaient face à moi et je me souviens de leur tremblement en les soulevant.
Hum

Toute la partie du texte jusque « « Ou de l'extérieur vers l'intérieur ? » j’avais le nez en l’air aussi, j’avais l’impression de me promener sans faire vraiment attention à ce qui était écrit. J’ai atterri en même temps que le narrateur, quand il s’assied sur le banc. Là je voyais vraiment toutes ses actions, ses gestes, j’entendais ses pensées. C’est curieux parce qu’on s’attend à tout un truc avec la fin, quand il met les lunettes sur son nez (enfin moi avec le pitch de départ, je pensais que tout le monde allait faire des descriptions de ouf après avoir mis les lunettes)…. Sauf que, non. Haha. Il voit tout noir. J’ai pas ultra bien saisi en quoi c’étaient des lunettes de farces et attrapes à part que les verres sont réversibles. Au final ça me laisse un gout étrange de : « c’est la vie ». Ni tristesse ni joie particulière.

Et pour la question :
« La poésie, c'est de l'intérieur vers l'extérieur ? »
Oui, clairement ^^ Pour moi.

Chouette lecture, merci !

(Ah oui et J'ADORE le mot du titre)

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #2 le: 23 Juin 2019 à 16:27:57 »
Salut Mystère!

Citer
« La poésie, c'est de l'intérieur vers l'extérieur ? »
J'aime beaucoup ce début en question

J'aime beaucoup ce premier paragraphe tout en flottement, en perception découplée. Par contre je ne sais pas si c'est fait exprès, mais je me demandais pourquoi il n'y avait pas d'espace entre le premier et le deuxième paragraphe?

Citer
Ils me semblent quantiques, interchangeables et moi, flottant.
Ici par contre je suis perdue et ne comprends plus à qui "ils" se réfèrent. Ah si en fait, aux passants, mais c'est pas ultra clair je trouve.

Citer
des anonymes avec qui j'aurais déjà partagé la foule
:coeur:

Citer
J'ai beau être tous mes autres moi, les villes où j'ai respiré m'avalent toutes de la même façon.
:coeur:

Le paragraphe qui commence avec "une odeur de poubelle" et un peu plus vague, je ne comprends plus très bien de quoi on parle, la phrase "je laisse parler mon corps" ne m'évoque rien, ni celle qui suit.

Citer
et c'est seulement quand enfin, je m'y repose en confiance
juste un détail mais j'enlèverais la virgule ici

Citer
Je tourné la tête
petite coquille

Citer
tente de rationaliser ma réaction
j'aime bien ça, ça me parle

Citer
l'impression d'avoir été observé à mon insu, tout ce temps de ma divagation, pour finalement tomber sur cette conclusion logique : se regarder soi.
par contre pour moi c'est pas forcément une conclusion logique, dans le sens où le texte et la divagation du personnage ne me font pas me dire: "ah oui, évidemment".

Ensuite il y a de nouveau un retour à la ligne mais pas de nouvel espace.

Citer
En plan fixe, le flot passant se mêle flou avec au milieu, bien nets, moi et ces lunettes qui me regardent.
Cette phrase n'est pas très claire je trouve.

Citer
cherche ou attend pour ces lunettes
j'aime bien que ce soit "attend pour ces lunettes" et pas "attend ces lunettes"

Citer
J'ai l'impression que dans mes doigts
dans mes doigts? Aïe!

Citer
et le les rainures usées de mon banc, sous mes doigts
petite coquille

Citer
réglés chaotiques
j'aime bien cette contradiction

Citer
Mon monde est mort dans une erreur de lunettes
:coeur:

Citer
Devant moi, des gens qui ont le ventre à moitié vide courent dans un nuage de fumée, fuient derrière des formes robotisées qui frappent à l'aveugle.
Cette phrase me laisse perplexe. Je sais pas si je n'y comprends rien, mais ça me donne soudain l'impression que le narrateur se retrouve dans un monde futuriste où des robots s'acharnent sur des humains. Il a voyagé à travers les lunettes?

Citer
C'était des lunettes de farces et attrapes.
J'ai pas compris non plus.

En général, j'ai plutôt aimé l'écriture, même si par moment je trouvais que ça avançait trop lentement. J'ai aimé l'idée de ne plus rien voir et de ce fait, de pouvoir tout imaginer
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Par contre la fin m'a laissée un peu perplexe, je crois que je ne l'ai pas comprise.

Voilà, merci pour la lecture!







"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #3 le: 23 Juin 2019 à 20:06:35 »
Bonsoir


Un texte qui m a bien plu ! :)

Et en le lisant j ai un peu cherche mes lunettes sur mes yeux ! ;D
Je ne crains pas d etre paranoiaque

"Le traducteur kleptomane : bijoux, candelabres et objets de valeur disparaissaient du texte qu il traduisait. " Jean Baudrillard

Léilwën

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #4 le: 23 Juin 2019 à 22:20:35 »
Hoy Mystère ! o/

Citer
« La poésie, c'est de l'intérieur vers l'extérieur ? »
=> ça me parle cette question métaphysique... en tout cas, j'aime bien l'entrée en matière :)
Citer
un magasin d'où j'aurais
=> je trouve le "magasin d'où j'aurais" pas très joli à l'oreille... personnellement, j'aurais supprimé le "d'" ou j'aurais remplacé par "duquel" (mais ce serait peut-être plus lourd...  :\?)
Citer
Tout disparu.
=> instinctivement j'ai lu "tout 'a' disparu" ; euh, du coup je voulais être sûre qu'il ne manquait pas de mot ? :-[ (désolée pour la question peut-être bête...)
Citer
C'est comme un flottement passager où je sens précisément l'onde de mes pas, dans les muscles de ma jambe, tout le corps
=> ça j'aime bien :)
Citer
Je sens l'air qui s'évente sur ma vitesse
=> ça j'aime moins... je trouve l'utilisation de "vitesse" un peu bancale ici (ou alors "sur mon passage" ? "sous l'effet de ma vitesse" ?  :\?)
Citer
C'est un instant bon, très bon, ce flottement. Ce flottement. Je le retiens, fort. Ce flottement laisse se superposer mes passés, mes futurs, il me perd connaissance de l'instant.
=> :coeur:
Citer
les open-espace
=> open-spaces
Citer
Je marche un et peu et redescend
=> redescends
Citer
Autour de moi, les passants passent
=> :coeur:
Citer
Dans des détails de leurs habits, leurs coiffures, de typographies sur les murs
=> pour moi, il manque un "de" devant "leurs coiffures" pour que la phrase soit correcte grammaticalement parlant
Citer
je me projette à des époques que je n'ai même pas connu
=> connues (le participe s'accorde avec le COD placé devant "que" - pronom relatif, du coup l'accord se fait avec l'antécédent du pronom relatif "des époques", féminin pluriel)
Citer
Ils me semblent quantiques, interchangeables et moi, flottant
=> ici, il manque une virgule avant le "et", qui introduit une opposition (il y a une virgule devant "et" et "mais" quand ils introduisent une opposition, 2 éléments à séparer)
Citer
chaque plis caractéristique
=> pli
Citer
J'ai beau revivre chaque années
=> année
Citer
celle qui croupi
=> croupit (c'est le verbe conjugué)
Citer
les villes où j'ai respiré m'avalent toutes de la même façon.
=> :coeur: :coeur: :coeur:
Citer
Combien de fois m'y suis-je retrouvé pour digérer des souvenirs ? Alors aujourd'hui ? Je contemple et tout se superpose, pour une troisième fois. Avec recul cette fois-ci. Je n'en tire qu'un vide. Celui d'une boucle de pensée qui s'achève, accompagnée par une logique physique inintelligible. Je cesse toute lutte.
=> j'aime beaucoup ça aussi ! :)

Citer
c'est seulement quand enfin, je m'y repose en confiance
=> ici, grammaticalement, soit il faut supprimer la virgule, soit il faut en rajouter une avant "enfin" pour mettre l'adverbe en apposition (tel quel, tu as la phrase "c'est seulement quand enfin" qui ne veut rien dire...) [vu la suite de la phrase, je serais pour la suppression de la virgule pour ne pas alourdir]
Citer
Je dis cette paire de lunettes
=> j'aurais tendance à mettre des guillemets autour de "cette paire de lunettes"
Citer
Elles n'ont rien qui les distinguent
=> distingue (c'est "rien" qui "distingue", indéfini masculin)
Citer
Comme si je retrouvais un objet que je ne cherchais plus depuis longtemps, mais qui avait toujours été ironiquement devant moi.
=> hu hu  8)
Citer
Le deux verres sont tournés vers moi. Elle me regarde
=> "Les deux verres" ; et du coup il faudrait dire "ils me regardent", ou alors changer en "la paire (de lunettes) me regarde"
Citer
Je tourné la tête
=> tourne
Citer
Le banc vert, c'est comme un îlot de résistance au flot des gens – il ne résiste pas aux gens, il résiste à l'intérêt que la société active y vouerait. En plan fixe, le flot passant se mêle flou avec au milieu, bien nets, moi et ces lunettes qui me regardent.
=> j'aime beaucoup ça :coeur:
Citer
ce ne sont que des lunettes, idiot, je me marmonne
=> guillemets ou italiques pour "ce ne sont que des lunettes, idiot" ?
Citer
Je soupire, m'incline vers elle, les prends en main
=> elles (= les lunettes)
Citer
c'est à dire, sans doute très usées
= > "c'est-à-dire" et la virgule est de trop
Citer
et le les rainures usées
=> "le" intempestif^^
Citer
J'ai l'impression que dans mes doigts
=> "qu'entre mes doigts", plutôt ? (ça me fait bizarre d'imaginer les lunettes à l'intérieur des doigts :-X)
Citer
Mon monde est mort dans une erreur de lunettes
=> j'avoue que je ne saisis pas bien le concept d'"erreur de lunettes" :-[
Citer
C'était des lunettes de farces et attrapes.
=> je trouve cette phrase limite de trop :-[ (mais ce n'est qu'un ressenti personnel :-[ :-[)

Au total : j'aime bien les textes introspectifs et leur créativité intrinsèque (j'entends par-là que les parallèles entre l'extérieur et l'intérieur qui sont faits par les différents auteurs sont souvent originaux et uniques (c'est le cas ici !)) ; j'aime beaucoup aussi l'idée que la poésie soit une respiration qui permette de faire sortir l'intérieur et d'intérioriser l'extérieur.
Ceci étant, je pense qu'il y a moyen de plus accentuer la différence "intérieur"/"extérieur" (mais c'est juste pour apporter une piste de réflexion hein :-[)

Merci et à plus tard ! :oxo:

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #5 le: 25 Juin 2019 à 18:13:55 »
Hello Mystère :)

Alors avant toute chose, les textes "flous" et moi avons une relation très compliquée, entre amour et haine, et généralement ça passe ou ça casse… Ici, malheureusement, ce n'est pas trop passé.

Citer
La porte a claqué. Je ne sais plus vraiment de quelle porte il s'agit. Une porte d'appartement ? le mien, peut-être, ou d'un bureau, sans doute d'un bar ou d'une simple cage d'escalier anonyme. Je m'arrête. Comme pour attendre quelqu'un qui me courrait après. Un centre social, un magasin d'où j'aurais oublié quelques affaires ?
Déjà, avec cette phrases, je ne sais plus où j'en suis. C'est probablement voulu de ta part, mais j'ai passé un petit temps à bloquer sur cette phrase pour essayer de comprendre où se passe l'intrigue, pourquoi quelqu'un voudrait lui courir après, tout ça tout ça ^^.

Citer
C'est comme un flottement passager où je sens précisément l'onde de mes pas, dans les muscles de ma jambe, tout le corps. Je sens l'air qui s'évente sur ma vitesse. Et l'air qui entre, c'est comme s'il se bloquait, que je le retenais aux poumons. C'est un instant bon, très bon, ce flottement. Ce flottement. Je le retiens, fort. Ce flottement laisse se superposer mes passés, mes futurs, il me perd connaissance de l'instant.
J'ai du mal à appréhender ce "flottement" dont tu parles.

Citer
L’œil divague et voit presque tout à la fois ; j'ai cru une seconde que j'étais dans un autre pays. Je n'ai pas reconnu la langue des gens dans la rue, alerte pourtant à quelques mots sonnant familiers. Pendant une seconde, j'étais en Allemagne, me dirigeant sac sur le dos vers la gare – j'en ai presque senti le poids. C'était il y a dix ans.
Je suis complètement perdue ;D

Citer
Je me rends compte de la supercherie de ce que je viens de ressentir, ce flottement.
Supercherie ?

Citer
Leurs visages ne sont jamais les mêmes et pourtant, chaque plis caractéristique d'une moue ou d'une paupière m'évoque des connaissances, des anonymes avec qui j'aurais déjà partagé la foule.
Par contre j'ai beaucoup aimé la partie en gras :)

Citer
Une odeur de poubelle, dans la rue, me frappe les narines. J'expire pour évacuer l'odeur. Le souvenir de quelques mois passés à la rue ; je laisse parler mon corps.
A partir de là, j'aime plus :)

Citer
Je dis cette paire de lunettes, car en la voyant, je sais que c'est « cette » paire de lunettes. Elles n'ont rien qui les distinguent, si ce n'est qu'elles sont abandonnées. Je dis « cette », car quand je les vois, je souffle un petit rire, entendu, comme si leur présence était une évidence.
J'ai bien aimé ce passage !

Citer
Je sens l'acidité de l'air sur ma peau, toute la vie humaine qui s'affaire, égale à elle-même.
L'acidité de l'air ? J'ai du mal à me le représenter…

Citer
Je l'imagine. Je me sens libre. C'est stupide mais je me sens libre. Comme une invisibilité légitimée par un bout de plastique. Le droit, au sein du monde, de ne plus prétendre voir, comprendre tous ces mouvements réglés chaotiques.
J'aime bien :)

Citer
C'était des lunettes de farces et attrapes.
Je ne sais pas trop quoi faire de cette fin :\?

Voilà, l'un dans l'autre, il y a quelques passages qui m'ont bien plu, mais je n'ai pas suffisamment compris ton propos pour pouvoir pleinement l'apprécier, je pense… Mais de nouveau, j'ai de lourds antécédents avec les écrits qui partent dans tous les sens, je ne sais jamais dire avec précision pourquoi j'adore ou pourquoi je reste indifférente. :/ Donc c'est clairement plus lié à mes goûts personnels qu'à la qualité de ton récit ;)

A plus !
"Il est plus facile de jouer au mikado avec des spaghettis crus qu'avec des spaghettis cuits.” - Philippe Geluck.

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #6 le: 02 Juillet 2019 à 14:30:58 »
Salut tout le monde !

Merci pour tout vos commentaires et corrections :) Je vois que la fin laisse dans le flou, et je le comprends, j'ai beaucoup hésité et corrigé sur celle-ci ><

Je tente un truc qu'il n'y avait pas avant (que je supprimerai peut-être parce que pas certain de moi), au niveau de la descritpion des lunettes, ça change en quelque chose d'autre ce qu'il y avait avant ^^





@miro

Citer
C’est curieux parce qu’on s’attend à tout un truc avec la fin, quand il met les lunettes sur son nez (enfin moi avec le pitch de départ, je pensais que tout le monde allait faire des descriptions de ouf après avoir mis les lunettes)…. Sauf que, non.
haha, bah à la base je voulais partir sur un truc comme ça, et me suis débiné (et senti malin en plus d'avoir fait un truc "différent", mais en y réfléchissant maintenant, je me dis que j'ai choisi une certaine facilité plutôt que d'affronter l'écriture d'un gros bordel hm)


Citer
J’ai pas ultra bien saisi en quoi c’étaient des lunettes de farces et attrapes à part que les verres sont réversibles. Au final ça me laisse un gout étrange de : « c’est la vie ». Ni tristesse ni joie particulière.
En fait l'idée c'était que comme les lunettes sont cassées, on se dise que la vie lui a fait en quelque sorte une farce avec ces lunettes, mais c'est pas passé du tout comme explication donc tant pis ^^


Citer
Et pour la question :
« La poésie, c'est de l'intérieur vers l'extérieur ? »
Oui, clairement ^^ Pour moi.
beh comme je le dis dans le texte, pour moi c'est les deux, et même l'alliance des deux, ce qui provoque une respiration, les deux quoi :) parce que y'a des beautés dans la vie qui te frappent et viennent de l'extérieur pour être intégrées en toi après, enfin la poésie c'est pas réservé à l'écriture je pense

(pour le délivré des sens, c'est plus pour le sens, signification quoi)

merci pour ton com', et content que tu te sois laissée prendre à toutes ces divagations, ça fait plaisir que l'effet ai fonctionné sur toi :)




@dlm

Citer
Par contre je ne sais pas si c'est fait exprès, mais je me demandais pourquoi il n'y avait pas d'espace entre le premier et le deuxième paragraphe?
alors, en fait y'a pas de règles immuables sur les paragraphes
si tu regardes bien dans les livres y'a parfois des paragraphes sans lignes sautées, c'est des simples retours à la ligne que je fais, j'ai juste ajouté un alinéa pour marquer l'idée différente, mais ça reste des sous paragraphes avec des idées qui restent communes au gros paragraphe, donc je laisse ensemble, enfin c'est classé avec une certaine logique tout ça huhu (et ça ferait trop fouilli à mes yeux de sauter une ligne à chaque fois, ou de pas marquer ces retours à la ligne)



Citer
Le paragraphe qui commence avec “une odeur de poubelle” et un peu plus vague, je ne comprends plus très bien de quoi on parle, la phrase “je laisse parler mon corps” ne m'évoque rien, ni celle qui suit.
j'ai essayé de clarifier ça ! (et pas mal de tes autres remarques ^^ )


Citer
En général, j'ai plutôt aimé l'écriture, même si par moment je trouvais que ça avançait trop lentement. J'ai aimé l'idée de ne plus rien voir et de ce fait, de pouvoir tout imaginer
oui c'était ma peur aussi, c'est entièrement divagatoire donc il se passe que dalle :huhu:
(et oui ton interpretation est bonne, ça plus ce qui est en italique)


Merciiii pour ta lecture et ton com super utile ! :)




@Merci txuku haha ^^




@léli


Déjà merci pour tout le relevé de fautes huhu (on a tellement besoin de ça, tellement tellement ^^ )

Citer
je me projette à des époques que je n'ai même pas connu

=> connues (le participe s'accorde avec le COD placé devant “que” - pronom relatif, du coup l'accord se fait avec l'antécédent du pronom relatif "des époques", féminin pluriel)
ptain, tellement pas intuitif, me gave cette règle |-|

Citer
=> guillemets ou italiques pour "ce ne sont que des lunettes, idiot" ?
non celle-là je veux la garder adns le flot du texte :)


Hm, t'as peut-être raison pour ta remarque de fin, j'ai pas chercher à trop marquer la différence, enfin je voulais pas en faire quelque chose de trop voyant, mais c'est une bonne piste si tu le soulèves que ça se voit pas, va me demander plus de réflexion par contre

Encore merci !! :)







@ocubrea


Arf, oui donc déjà c'est sûr que si t'aimes pas ce genre de texte, tu vas pas accrocher, c'est long et entièrement basé sur des impressions qui peuvent sembler abstraites ^^ Faut absolument pas chercher une intrigue quoi :mrgreen:


Pour le début, c'est juste pour parler de l'impression de quand tu t'arrêtes en sortant de chez toi, avec la sensation da'voir oublié un truc

Pareil, si tu l'as pas vécu, je vais avoir du mal à t'expliquer ce flottement :/ Cette impression de... plus se souvenir de sa vie momentanément, d'être juste "là" sans plus d'attaches. Parfois j'ai des rémanences de trucs que j'ai fait y'a longtemps, des images de lieux où j'étais et des préoccupations que j'avais dans ces instants qui me reprennent comme si c'était maintenant, c'est assez bizarre à vivre, on peut ne pas y faire attention du tout du tout, mais quand on écoute un peu plus, ça arrive plus souvent qu'on ne le croit et c'est parfois dur de savoir pourquoi ca revient (une image, un mot, une odeur)


(non supercherie ne prend pas de majuscule haha, une tromperie quoi)


Pour la fin c'est de ma faute, elle colle pas :huhu:


Content quand même que quelques morceaux t'aient plu ^^ Et désolé de l'incompatibilité haha







A plus tout le monde :)
Le style c'est comme le dribble. Quand je regarde Léo Messi, j'apprends à écrire.
- Alain Damasio

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Re : Décalcomanie [défi juin 2019]
« Réponse #7 le: 02 Juillet 2019 à 15:20:06 »
Hello Mystère,

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J'essaye de me rappeler ce que je sors faire, mais dans le fond, je m'en fous. C'est ça : ce n'est pas tellement que je ne sais plus, c'est surtout que je m'en fous. Du qui quoi quand, du moi où pour.
J'aime bien ça

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Ce flottement laisse se superposer mes passés, mes futurs, il me perd connaissance de l'instant.
L’œil divague et voit presque tout à la fois ; j'ai cru une seconde que j'étais dans un autre pays. Je n'ai pas reconnu la langue des gens dans la rue, alerte pourtant à quelques mots sonnant familiers. Pendant une seconde, j'étais en Allemagne, me dirigeant sac sur le dos vers la gare – j'en ai presque senti le poids. C'était il y a dix ans. La sensation est passée pour une autre : j'ai voulu remettre mon chapeau, vieille habitude de quand je travaillais dans les open-space. Surgissent au présent des entretiens que je dois passer pour y travailler à nouveau.
Et ça :coeur: :coeur:

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Je marche un et peu et redescends la rue comme mon esprit, par cheminement.
Là je n'ai pas trop compris le parallèle, par contre :-/

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des anonymes avec qui j'aurais déjà partagé la foule
:coeur:

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J'ai beau être tous mes autres moi, les villes où j'ai respiré m'avalent toutes de la même façon.
:coeur:

(Je n'ai pas tout relevé mais j'aime beaucoup les deux premiers paragraphes. On est tout de suite immergé, je trouve, tout de suite avec le personnage.)

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Je ne cherche plus rien, vaincu par les perspectives, cette rue soudainement éventrée par cette ouverture urbaine de rond-point.
J'aime bien "vaincu par les perspectives", mais la deuxième partie de la phrase marche moins bien je trouve. Le "cette" + "cette" peut-être, et "ouverture de rond-point" me parait un peu bancal.

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Le vagabond contemplant un marais d'exhalaisons.
Là je n'ai pas bien compris l'image non plus (ça se rapporte à quoi exhalaisons ?)

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De cheminement.
Je n'ai pas trop compris pourquoi ce bout de phrase à part.

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Je m'y suis retrouvé tant de fois, à des moments clés de ma vie – la fin d'histoires d'amour, tristes et mal finies, des débuts de nouvelles ères ou de simples retours au sein de cette ville qui m'a vu naître.
Je vois très bien l'idée mais l'énumération me semble un peu longue et/ou bancale

J'aime bien toute la suite de réactions à partir du moment où il trouve les lunettes, elles sont tout de suite amenées au statut de personnage elles aussi, c'est chouette.

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Elles ont une moustache et un gros nez.
??? x)

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Le droit, au sein du monde, de ne plus prétendre voir, comprendre tous ces mouvements réglés chaotiques. Ne plus chercher le sens, ne plus aller dans sa direction – qu'elle quelle soit.
:coeur:

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Mon monde est mort dans une erreur de lunettes, vive le monde qui renaît.
:)

Et j'aime bien le paragraphe final aussi, l'aller-retour entre les lunettes noires, les verres qui tombent, les yeux fermés à nouveau. Je m'étais un peu demandé ce que ça faisait là les gens avec les banderoles dans le paragraphe d'au-dessus (c'était un détail assez précis alors que le reste était plutôt flou) mais ok, ça se tient.

Merci beaucoup pour la lecture !

 


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