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Auteur Sujet: Rencontres du XXIe  (Lu 1277 fois)

Hors ligne aurelia6

  • Buvard
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Rencontres du XXIe
« le: 29 Mai 2019 à 23:23:45 »
Prologue

Repas de famille. Mon frère vient de présenter à mes parents sa nouvelle copine, une certaine Natacha, une jeune avocate qui vient du Sud de la France. Natacha m’a l’air sympathique si ce n’est qu’elle vient de passer le repas à se ronger les ongles et à décortiquer le poulet sur son assiette de manière chirurgicale. Je parie qu’elle fait le ménage chez elle de manière millimétrée et garde toujours un gel antibactérien dans sa poche. Curieuse de nature, et alors que je rejoins mon frère sur la terrasse fumer sa cigarette, je m’empresse de savoir comment s’est opéré cette belle union. Il me dit sur le ton de la confidence :
-   J’ai rencontré Natacha sur Tinder. Mais n’en parle pas aux parents s’il te plait, je préfère leur dire que l’on s’est rencontré par le biais d’amis en commun.
-   Tinder ? Mais c’est pas juste une application pour trouver un plan c*l ?
Je suis peut-être vieux jeu, mais j’ai toujours pensé qu’il s’agissait d’une application pour faciliter les coucheries entre gens dépravés. Ok, bon j’exagère. Mais je n’imaginais juste pas une fille comme Natacha dessus, c’est tout.
-   Pas du tout, il y a des gens super intéressants dessus. Tu devrais t’y mettre toi !
-   Moi ? Pas du tout mon genre.
-   Tu es tellement vieux jeu parfois Elsa, tu vas finir toute seule ma pauvre.
-   Je suis juste en quête de célibataires trentenaires de qualité, et je ne pense pas que Tinder ait ce genre de profils.
-   Tu paries ? Inscris-toi sur l’application et je te parie que tu trouveras un mec en moins d’un mois.
-   Et sinon ?
-   Je jure d’arrêter de te faire chier avec ton célibat.
-   Ca marche !
Le soir même, je télécharge l’application. A ma grande surprise, les profils sont pas dégue, et certains sont carrément mignon. La prise de contact est facile, et je commence dès le soir même à parler avec un certain Jules, qui me fixe un rendez vous dès le lendemain dans un café parisien. J’accepte. Si j’ai un mois pour rencontrer quelqu’un, autant ne pas perdre de temps.


Premier date

Déjà le mec est en retard. Relou.
Franchement les mecs savent bien qu’on déteste poireauter solo à la terrasse d’un café. Bon j’avoue le café est pas mal, même canon. Il y a de grands miroirs et des sortes de moulures au mur, qui donne au lieu un air d’époque. Il a du gout, ce Jules. Jules a 34 ans, célibataire, sportif, aime le tennis et les voyages. J’ai trouvé la description de son profil Tinder super banale, à la limite du soporifique. Il s’est bien rattrapé avec quelques photos de lui en maillot de bain et un humour pince sans rire qui m’a plu, quand on a commencé à échanger.
Du coup me voilà, en jean délavé, haut rouge a fleurs, maquillage léger, à poireauter à la terrasse de « Le Paresseux ». J’avais demandé conseil à ma copine Agathe pour la tenue, mais fidèle à moi même j’avais lâché quand elle avait parlé de « deux couleurs minimum » et j’avais bravé la règle en enfilant pantalon bleu, haut rouge, et bottines argentées. Sans compter le rouge à lèvres et fards à paupières et là j’explosais le compteur couleur. J’espère que Christina Cordula ne m’en voudra pas.
J’en étais là de mes réflexions quand je vois un mec grand et brun qui ressemblait plutôt pas mal à mon prétendant Tinder se diriger vers moi en souriant.
 « Hey Clara, content de te rencontrer enfin!"
Je bafouille un moi aussi en rougissant et je lui claque la bise.
Bon je le trouvais déjà pas mal sur l’appli, mais en vrai je le trouve vraiment beau. Genre de ces mecs qu’on voit dans les pubs de montre en compagnie de mannequins mineures ou anorexiques.
Mais du coup la rengaine a enchainé direct dans ma tête « Trop beau pour moi! … Pourquoi le mec est il toujours célib alors à 34 piges? … .. Cherche pas un truc sérieux.. histoire d’un soir». Je devais avoir l’air confuse parce je fais tomber la carafe d’eau sur la table, qui se brise en morceux. Il éclate de rire et me dit: »Ca va, tu n’as rien? Ne t’inquiètes pas, je vais appeler le serveur»
Mortifiée, j’aide à nettoyer la table et je me plonge ensuite dans la lecture assidue des différents cocktails de la carte.
-   « On commande? » je lui dis d’une petite voix, espérant que l’alcool qui coulera dans mes flots me rendra un peu moins nunuche.
-   Avec plaisir, ma jolie.
On en est déjà aux surnoms? Bon je lui pardonne parce qu’il vient de passer la main dans ses cheveux et que j’apprécie particulièrement l’odeur de son parfum.
Je commande un sherry blossom (sherry, fleur d’oranger, liqueur de fraise) et lui une bière blonde.
Il embraye la conversation alors même que je me creuse la tête pour savoir par quoi commencer.
-«  Et donc ma belle, tu en vois beaucoup des mecs sur Tinder? »
Je me creuse la tête, pour trouver une réplique originale et drôle à la fois, qui cacherait mon absence de vie sexuelle de ces derniers mois. Il faut dire qu’après Vincent c’était le désert. J’avais choisi d’errer un bon moment dans ce désert avant que mes hormones me remettent sur le droit chemin et que mon frère me pousse à m’inscrire sur Tinder, ce melting pot virtuel d’âmes célibataires. Jules était le premier mec que je rencontrais depuis un bon moment, si ce n’est une brève interlude avec Ludo, l’informaticien de mon boulot. J’ai lâché prise avec lui au bout de quelques dates quand il avait commencé à mentionner les mots software et bitcoin. En réalité, je trouvais enrichissant de passer la soirée à discuter de blockchain mais ça avait légèrement érodé le potentiel érotique de la soirée.
Du coup, Jules était là à attendre ma réponse et je décidais de jouer la carte de l’honnêteté.
"Non, pas vraiment, pour tout te dire, tu es le premier. »
Il eut l’air étonné.
Avec ton corps de bombe?- Non je dis ca parce que la avec ton haut, c’est difficile de te regarder dans les yeux, me balance t-il avec un sourire coquin.
Pardon ?!


Retour à la case SWIPE. Swiper, ce nouvel anglicisme à la mode. C’est en réalité un mot de code secret pour désigner le fait de balayer rapidement de l’index quantité de profils de partenaires sexuels potentiels et valables dans l‘espoir de trouver LE bon. Je vois plutôt ca comme une alternative virtuelle à la masturbation.
Donc je voulais juste tomber sur un mec sympa, normal et pas trop porté sur mon décolleté dès le premier rendez-vous. Mission Impossible ?


Deuxième date

-   Et donc là tu vois, la venus d’Urbin et ses courbes représentent bien toute la sensualité de l’art italien du début du XVIe siècle…
Mes yeux se ferment légèrement à mesure que mon interlocuteur énumère les innombrables qualités « sensuelles » des œuvres d’arts italiennes de la Renaissance. Le mot sensuel vient de sortir de sa bouche pour la quinzième fois depuis les dix dernières minutes et je commence sérieusement à perdre patience.
Je jette un coup d’oeil à ma montre, et je me rends compte que cela fait à peine une demi-heure que je suis assise avec lui. Et dire qu’il m’a programmé une visite dans une galerie d’art appartenant à un de ses amis pour « me faire plaisir ». Je me demande si la galerie regorge de tableaux « sensuels » ou si l’art y sera plus conventionnel.
Bien sûr, entre deux descriptions de ses artistes préférés, je peux à peine en placer une. Je réalise au cours de la discussion que ma connaissance en art à l’époque de la Renaissance italienne est de toute façon assez limitée. Je tente de faire bifurquer la conversation vers des thèmes qui me parlent davantage mais tout changement de sujet semble définitivement exclu.
Je tente une brève incursion :
-   Et sinon, tu as vu le nouveau film de Guillaume Canet au cinéma ? Je crois que le film a explosé les recettes depuis sa sortie en salle.
-   Qui ca ?
Soupir. J’ai du mal avec les gens qui ne vivent pas avec leur temps.
Le serveur arrive, et j’hésite entre commander un double whisky, ou toute autre substance à même de me faire oublier mon désarroi, ou prétexter un mal de ventre et m’en aller.
Mais mon statut de célibataire endurci me pèse, je me remémore les paroles de ma mère : « moi à ton âge, j’avais déjà eu Georges et nous étions en train de terminer l’achat de notre première maison ». Je respire profondément, décide de faire des efforts supplémentaires, et commande un gin tonic. Mon artiste incompris me sourit.
-   Je pense qu’on a beaucoup de points communs, toi et moi.
Je demeure interdite tant j’ai du mal à trouver le moindre point commun entre nous.
L’heure passe, sans que j’aie pu intervenir davantage et je ne me sens pas capable à affronter le passage prévu vers la galerie d’art.
Cette galerie a l’air cool, cependant. Durant les brèves secondes où j’ai prêté attention à ce que mon amateur d’art italien m’a dit, j’ai cru comprendre qu’elle appartenait à un ancien immigré hongrois et qu’elle regorgeait d’œuvres d’art réquisitionnés par les fascistes sous Mussolini et récupérées après la deuxième guerre mondiale.
Entre subir un monologue permanent sur l’érotisme dans l’art d’époque ou rentrer regarder la télé et me lamenter sur l’échec de ma vie amoureuse auprès de ma coloc Agathe, je choisis la première option.
Du coup nous nous dirigeons vers la galerie Cadessa, qui regorge de tableaux exécutés par des artistes italiens du XVe au XVIIe siècle. Le lieu est super joli et la galerie débouche sur un mignon jardin assez romantique. Fabio a bien prévu son coup. En soi, j’aime bien les mecs qui arrivent à faire des efforts pour trouver des sorties originales et singulières, et je le remercie pour cette initiative.

Les tableaux sont assez originaux, mais Fabio a décidé de me décrire chacun d’entre eux pendant une vingtaine de minutes, ce qui a le don de m’exaspérer. Je fais mine d’écouter mais je prête davantage attention à ce qui semble être le gérant de la galerie, un mec assez mignon aux yeux clairs. Il parle avec animation à une femme, qui pourrait être intéressé par l’achat d’une nature morte d’un certain Cavarozzi. Pas le truc que j’aimerais mettre dans mon salon, mais chacun ses goûts.

Je prétexte un besoin d’aller aux toilettes et je quitte Fabio à sa description de l’harmonie des couleurs d’un tableau représentant une femme sur un bateau. Je me rapproche du centre de la pièce, pour me rapprocher du mec aux yeux bleus. Il décrit avec finesse la cohérence du choix des ombres et des lumières du tableau que la cliente potentielle souhaiterait acheter. Je suis fascinée. C’est marrant comme la description d’un tableau, abrutissante avec Fabio, parait totalement différente quand c’est lui qui en parle. Il fait vivre les couleurs, et je suis sous le charme.

Je m’approche de lui :
-   Je ne m’y connais pas vraiment en art, mais je souhaiterais investir dans l’achat d’une première œuvre. J’aime beaucoup les artistes exposés dans votre galerie. Lequel me recommanderiez-vous ?
Je n’ai pas prévu de claquer l’intégralité de mon compte PEL dans l’acquisition d’un nouveau tableau mais quoi, un petit mensonge n’a jamais fait de mal à personne.
Il me sourit et commence à me vanter les mérites d’un certain Mirosof, un jeune peintre russe récemment découvert et dont l’originalité des portraits a été notamment souligné par le célèbre critique d’art Mirut.
Je ne sais pas pourquoi mais j’absorbe le flot de ses paroles avec autant d’intérêt que s’il m’avait parlé de la nouvelle démarque Sandro. Je suis donc là, accroché à ses lèvres, et j’en oublie Fabio. Lui ne m’a pas oublié et s’avance vers moi d’un pas ferme. Il semble énervé.
-   Carole, tu viens, je voulais te faire voir le dernier portrait de Carasu.
Je regarde gêné mon mignon gérant, et j’essaie de lui faire comprendre par télépathie que je n’ai aucune envie particulière de voir ce portrait.
Il ne semble pas comprendre et me dit :
-   Bon et bien, ravi d’avoir fait ta connaissance, si tu as une question particulière, n’hésites pas à me faire signe.
J’enrage intérieurement de quitter ce bel inconnu mais, bien élevée, je m’approche de Fabio pour lui faire savoir que je dois rentrer bientôt. Celui-ci semble comprendre et nous nous dirigeons vers la sortie de la galerie. Je suis pressée de mettre fin à cette mascarade. L’épisode de la galerie m’a juste fait comprendre que je dois arrêter les rencontres virtuelles au profit de plus de sorties dans le monde réel. Comme dans d’autres galeries d’art où je pourrais croiser de mignon artistes passionnés et passionnants.
Nous sortons.  Je m’empresse de le quitter après un remerciement et une bise solennelle.

J’attends que Fabio soit sorti de mon champ de vision pour rentrer à nouveau dans la galerie et me diriger prestement vers Maurice – son nom a été prononcé à haute voix par un autre visiteur de la galerie-
-   En fait, voici ma carte de visite avec mon numéro. N’hésitez pas à m’appeler si tu souhaites discuter art et peinture autour d’un verre, lui dis-je avec un petit sourire.
Wow je m’évertue devant ma propre audace.
-   Il me répond gêné : Pas de souci si tu veux en discuter mais je préfèrerai que cela reste au sein même de la galerie si cela ne te dérange pas. Ma copine est assez jalouse et je préfère éviter tout conflit inutile.
Déconfite, je bégaie :
-   Oui bien sûr, ça tombe sous le sens, évidemment. Et je déguerpille aussitôt.

Il commence à pleuvoir. Je cours vers le métro. Qui a dit que rencontrer des mecs dans la vraie vie était une bonne idée ? Rentrée chez moi, je m’installe dans mon canapé et je rouvre l’application.


Troisième date

Ma copine Agathe m’explique que l’échec de mes rendez-vous Tinder provient du fait que je ne « parle » pas assez avec mes prétendants avant de les rencontrer. En effet, l’idée de papoter virtuellement avec de parfaits inconnus me dérange. Et puis, je ne veux pas revivre le malaise que j’ai ressenti la semaine dernière quand une notification Tinder m’indiquant un nouveau match s’était affiché en gros sur mon portable au cours d’un diner entre potes.

Du coup, je passe directement à la case verre ou café au lieu de passer des plombes à m’enquérir des professions ou des passions d’untel.

En bonne élève studieuse, et constatant l’échec cuisant de mes deux derniers dates, je décide de suivre les conseils d’Agathe. Je suis en ce moment même en train de rédiger une réponse détaillée à la question « Et sinon qu’aimes-tu faire dans la vie ? » posé par un dénommé Charles. Je mentionne même mon intérêt balbutiant pour l’apprentissage du mandarin. « Charles » a l’air de trouver ça cool. En même temps, j’ai l’impression que cool est l’unique adjectif de son vocabulaire. On parle rapidement de ciné, de sport, mais je trouve notre discussion très plate et je décide de ne pas donner suite.

Puis vient le tour de Louis. Louis est un architecte de 33 ans, qui habite en banlieue parisienne et qui est passionné de gastronomie française. Il a de l’humour, ce que j’apprécie particulièrement. On papote un petit peu et le feeling semble passer. Puis il me signale qu’il préfèrerait me rencontrer pour de vrai, et a du mal avec les longues conversations par texto. Je souris. J’accepte son invitation à diner, devant l’air dépité d’Agathe qui m’explique que je n’ai pas assez « cerné ma cible ». Peu importe, j’ai faim.

Nous nous retrouvons à l’entrée d’un restaurant assez majestueux du centre-ville. Il est grand, brun et porte un long manteau bleu foncé. J’ai un petit coup de cœur et je rougis quand il me sourit. Il m’ouvre la porte et nous entrons dans une salle assez sombre, tamisée de petites lumières éclairant les tables. J’aime l’aspect feutré de la pièce et la douceur de la serveuse qui nous installe à notre table.

Nous commençons par échanger des banalités, et la conversation suit son cours avec aisance. Je me surprends à me confier à lui, alors même que nous ne nous connaissons à peine. Je lui parle de la difficulté de mon métier d’enseignante et de la frustration qui peut m’envahir devant le manque de progrès de mes élèves. Il écoute, pose les bonnes questions. Après les derniers rendez-vous ratés de ces derniers jours, je reprends confiance.

J’ai bu deux verres de vin et pompette, lui raconte sur le ton de la confidence comment j’ai surpris un des profs de 4eA flirter avec la conseillère d’orientation, et s’embrasser comme des ados après la réunion parents profs devant le collège. Nous rigolons en silence alors que la serveuse nous amène nos assiettes. Nous avons opté pour le menu « gastronomique », avec entrée, plat et dessert aux noms compliquées et aux prix exorbitants. Louis a insisté pour ce choix, prétextant une grande faim. Je n’ai pas insisté. J’espère que mes « Asperges de provence fumées aux herbes de montagne» sera bonne. J’hésitais entre cette entrée et le « velouté de champignons de Paris revisité », mais je me suis abstenue, ayant peur d’inconforter mon charmant compagnon par des bruits de déglutition peu appropriés.

Il remplit à nouveau mon verre de vin, se rapproche de moi, et effleure ma main.
-   Jolie montre, me dit-il en souriant
Je rougis.
-   Merci, c’est juste une vieillerie trouvée dans une friperie.
Je suis grisée à son contact, et l’effleurement de sa main sur la mienne m’a rendu légèrement fébrile. Je retrouve une contenance en buvant plusieurs gorgées du cabernet sauvignon que nous avons commandé.
Je n’ai même plus faim, et je redoute l’arrivée de mon « canard en sauce façon picarde » en guise de plat principal. Étant donné que Louis vient d’Amiens, je voulais par ce plat faire ressortir notre attachement commun aux produits du terroir et aux valeurs rurales. Pas sure que le message soit passé.

Nous parlons ensuite musique, et il me parle de son compositeur préféré J.J Cales. Je trouve ça fou, étant donné qu’il fait aussi parti des miens. Il me parle de son attachement à toute l’époque du West Side Blues, avec des mecs tels que Earl Hooker ou Otis Rush. Je suis aussi une inconditionnelle du « vieux » blues, pas ce genre de ramassis bourgeois qu’on nous sert aujourd’hui. Nous parlons prochaines sorties et futurs concerts, ce qui nous permet de fixer une nouvelle date de rencontre. Je suis aux anges.

Le dessert arrive, et ma « tarte renversée aux agrumes » ne me donne plus vraiment envie. J’ai toujours l’estomac coupé quand je sens que je pourrais tomber amoureuse. Il déguste sa « compotée de fruits exotiques » et me parle de son envie de s’évader de Paris, et son besoin de grands espaces verts. Je le rejoins totalement sur ce point, même si vivre dans une ville où j’aurai du mal à trouver un studio de yoga pourrait nuire à ma santé mentale.

La serveuse arrive avec l’addition, et j’en profite pour me refaire une beauté dans les toilettes. En revenant, je vois la serveuse avancer vers moi, l’air gêné, et Louis a disparu.
-   Madame, je suis désolée, mais votre ami m’a dit qu’il ne trouvait plus sa carte bancaire et m’a assuré que vous seriez en mesure de régler l’addition. Il m’a dit de vous dire qu’il a dû partir, un imprévu de travail je crois.
Je jette un coup d’œil rapide à l’addition, 210 euros, justifié par les deux menus et deux bouteilles de vins partagés. Je suis révulsée. Écœurée, je signe un chèque rapide et rentre chez moi, à pied, ayant explosé mon budget sortie pour le mois à venir.

En rentrant, je supprime l’application et je bannis le mot « Tinder » de mon vocabulaire, au minimum pour les dix prochaines années.




Hors ligne Marcel Dorcel

  • Prophète
  • Messages: 661
Re : Rencontres du XXIe
« Réponse #1 le: 30 Mai 2019 à 04:30:31 »
A la recherche de l'âme sœur ? Pour moi, pas vraiment, la narratrice me semble plus en quête d'elle-même que d'une aventure suivie. Elle pose un regard cynique sur ses rencontres, à l'évidence ce sont plus les tics, les défauts de ses prétendants qui l'intéressent.

Elle joue.
Toute séduction, dirons-nous, est un jeu par ailleurs.

L'humour de la demoiselle est caustique, ça mitraille de partout et les interlocuteurs pris comme cible en prennent plein la gueule.

Les relations de séduction envisagés sous le prisme des nouvelles technologies sont dans ce texte le reflet des débats qui agitent la société en ce moment. Je relève un féminisme assez appuyé.
Sous les petites vannes, l'humour parfois potache, se cache une âme en peine, en peine de mettre le langage en adéquation avec ses attentes.
J'ai relevé un ou deux trucs qui clochent. Au début, tu évoques une jeune femme un peu coincée, rétrograde, disons qu'elle n'est pas la jeune femme moderne telle qu'on nous la vend. Puis étonnamment, on la découvre plus Vampirella que Cendrillon. C'est elle qui mène la danse des prétendants.

Du côté littéraire, je n'ai pas été fortement emballé mais réellement y avait-il un autre moyen qu'une langue directe pour raconter cette histoire ?

La fin, quand la belle reste en rade, est un bon retournement de situation, me la rend plus attachante.Le lecteur aime toujours les perdant(es) !

Si je peux me permettre, tu devrais lire( si ce n'est déjà fait ) LES LIAISONS DANGEREUSES de LACLOS, en tous points supérieur à Casanova, summum patenté de la séduction et du libertinage .

Et pour en finir, j'ai remarqué que les vieux prénoms revenaient à la mode, Maurice notamment...moi c'est Marcel ! Welcome in the darkness .

Bien le bonjour et à te relire.

NB : d'autres lecteurs plus attentionnés relèveront les coquilles et autres méfaits de style que je n'ai pas pris la peine de commenter. Mes doigts malhabiles ont encore un peu de mal à me servir du Quote...
Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce que je pense d'eux,  alors ils en diraient bien davantage
Sacha Guitry

Les miroirs ne conservent pas les souvenirs
Varlam Chalamov

On n'écrit pas parce qu'on a quelque chose à dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.
Emil Cioran

Hors ligne extasy

  • Palimpseste Astral
  • Messages: 3 099
Re : Rencontres du XXIe
« Réponse #2 le: 30 Mai 2019 à 21:31:19 »
Yo !

Je t'écris depuis mon téléphone (sans tinder ^^), alors excuse moi d'être bref. Alors en bref, je me sens mitigé après ma lecture, déjà parce que j'ai eu l'impression que tu pouvais faire bien mieux (bizarre comme impression puisqu'on ne se connaît pas), un peu comme si tu limitais ton imagination et tes capacités pour rien. Par exemple je ne reçois pas beaucoup de la narratrice, je veux dire c'est quand même un narration en "je", et pourtant je ne trouve pas grand chose de connu ou de ressenti de la part de ce je. La narratrice se contente de raconter les faits poir faire progresser le récit, avec quelques réactions persos (et toujours mentales). Donc voilà, je trouve que c'est en effet un moyen de mener l'histoire jusqu'à sa fin mais bon, tu peux sûrement faire mieux.
Après tout dépend de où tu en es dans l'écriture, est ce que tu débutes, est ce que tu as l'habitude d'écrire ? Parce que si tu débutes alors je trouve que c'est déjà très cool ce que tu as fait, mais dans l'absolu j'attends plus d'un texte, et j'ai envie de te dire arrête de te limiter et investis toi plus que ça.

Bon j'attends ton retour du coup :)

Hors ligne aurelia6

  • Buvard
  • Messages: 3
Re : Rencontres du XXIe
« Réponse #3 le: 31 Mai 2019 à 09:14:24 »
Bonjour
Merci beaucoup pour vos retours très enrichissants, c'est vraiment cool de pouvoir avoir un regard neuf et extérieur sur mes écrits
Alors oui en effet je débute en écriture (hormis des dissertations à rendre pour les cours!) mais j'ai toujours aimé lire et écrire
J'ai bien relevé le fait que la "narratrice est sûrement un peu en quête d'elle même" comme tu le dis Marcel et qu'ici l'écriture reste l'objet de processus mentaux avec peu de ressentis exprimés, c'est vraiment intéressant. En effet il peut être parfois facile de se cacher derrière une plume acerbe et humoristique pour masquer un certain malaise ou la solitude du personnage en question
A retravailler donc :)

Hors ligne Philippe47

  • Calligraphe
  • Messages: 122
Re : Rencontres du XXIe
« Réponse #4 le: 31 Mai 2019 à 10:45:59 »
Bonjour,

Je ne vais pas être très original dans mon commentaire, tant je rejoins pour l'essentiel ce qui a été dit soit par Marcel Dorcel soit par Extasy. Mais je n'aurais pas trouvé sympa de ne pas commenter ton texte parce qu'à beaucoup d'égards je le trouve intéressant.

La façon d'écrire (le "style") à la fois descriptif, direct et très actuel dans son vocabulaire a le mérite de "faire vrai" et est tout à fait adapté à l'histoire. Mais je me suis alors interrogé (comme le souligne autrement Marcel Dorcel) sur ce que recherchait réellement le personnage principal. Explorer Tinder ? explorer la diversité psychosociologique des réponses à une offre publique ? Passer le temps en se servant d'instruments mis à sa disposition (les répondants ayant alors le même statut d'instrument que Tinder) ?

Tout comme Extasy, j'ai eu le sentiment (étrange et aberrant) qu'avec les mêmes qualités qui sont les tiennes, tu pouvais faire franchir à ce texte une étape. Il me semble que ce qui manque, c'est une perception des ressorts essentiels qui animent le personnage. Ressorts qui viendraient au bon moment s'ils arrivaient vers la fin. Donc la déception finale est tout à fait bienvenue en ce qu'elle nous suggère que pendant tout le texte la narratrice s'est menti sur ses motivations. Mais alors, quelles étaient-elles ?

Pour reprendre un élément du commentaire de Marcel Dorcel
Citer
Elle joue.
Toute séduction, dirons-nous, est un jeu par ailleurs.
Séduire est un verbe actif qui implicitement envisage un objectif, des moyens et une démarche (tactique ou stratégique selon le rôle affecté au temps). Donc, s'il faut parler relations interpersonnelles, séduire c'est mentir. Il me semble que c'est de ce coté là que tu peux "redimensionner" le personnage et lui donner de l'envergure. D'une certaine façon, elle ne veut pas séduire mais être séduite, sauf qu'elle veut aussi être charmée. Et personne sur Tinder pour satisfaire à cet aspect du cahier des charges.  ;D
Dit autrement, le "thème" de ton texte pourrait être : les appli peuvent-elles compenser les retards imputables à un hasard fainéant et qui nous aurait oublié ?
.
Voilà. Tout ce qui est ci-dessus relève bien sûr d'une perception complètement personnelle. Je ne suis ni ne deviendrai un écrivain. Mon propos est donc d'abord de dire que ton texte est très plaisant à lire et qu'il contient des évolutions que je crois très intéressantes.
« Modifié: 31 Mai 2019 à 13:30:32 par Philippe47 »
Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté (Confucius).

 


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